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29 mars 2017 3 29 /03 /mars /2017 06:07

Note préalable importante : chaque vidéo ici est "programmée" pour commencer à un certain moment où la vedette semble "appeler à l'aide"... quoique cela reste indécidable.....

 

Il s'agit d'être éventuellement attentifs à ces détails, sans être pour autant conspirationnistes.... (être ici dadaïste, ou jungien/marcusien, peut-être, car les intentions corporelles ne sont pas toutes conscientes ; faire une croix avec ses doigts sur sa joue, par exemple, comme on le voit dans le clip "poison dior 5", ci-dessous, avec Camille Rowe, cela peut signifier : tondre les cheveux, ce qui renvoie par exemple à la stigmatisation odieuse des femmes qui auraient eu des relations avec des allemands pendant la seconde guerre mondiale, après la victoire française... mais évidemment, ni l'actrice ni le réalisateur ne peuvent être "conscients" de ces intentions latentes ; etc.).

Neutrogena, par J and J's

Qui est Johnson & Johnson ? 2

Johnson & Johnson (ou J&J) est un plus qu’un laboratoire. C’est un groupe pharmaceutique, autour de trois activités :

  • La pharmacie
  • La parapharmacie
  • Le matériel médical

On rencontre rarement le nom de J&J, qui a une stratégie de marque très développée et une multitude de filiales. L’activité pharmaceutique est, par exemple, est gérée par les filiales, Janssen, Cilag ou Ortho McNeil. Saviez-vous par exemple que la Marque Neutrogena qui arbore fièrement le drapeau norvégien est en fait détenue par ce groupe américain ?

Des rappels en série

Au mois de janvier, Johnson & Johnson (J&J) rappelait un lot de lotion pour bébé commercialisé dans une partie des Etats-Unis. La FDA, l’agence sanitaire américaine, avait en effet détecté des taux anormalement élevés de bactéries. 3

Ce rappel, pour choquant qu’il soit car le produit est destiné aux bébés, n’est qu’un épisode de plus dans une longue série noire. En décembre dernier par exemple, J&J rappelait 12 millions de bouteilles de Motrin. 4 En septembre, ce sont 200 000 seringues d’Eprex qui ont du être rappelées. 5

En mars 2011, plus de 340 lots d’équipements fabriqués par Ethicon sont rappelés, « la faute à un sous-traitant ». 6 En février 2011, une faute de frappe dans l’étiquetage entraîne le rappel de 660 000 boites de Sudafed. 7 Guignols !

Début 2011, J&J doit rappeler presque chaque semaine un lot de produit parce que l’emballage pue. En cause le bois des palettes. 8, 9, 10

Je pourrais passez des heures à lister les gaffes. Je ne mentionnerai que la période du mois d’avril 2010, pendant laquelle J&J a rappelé pas moins de 43 produits destinés aux enfants. En cause des erreurs lourdes intervenues dans la fabrication du produit : doses inadaptées, contamination bactérienne, fuites, présence de particules de verres ou de métal… 2 L’entreprise écope de 483 mises en garde pour manquement sur les deux usines qui fabriquent ces produits. 11 Ces rappels en masses ont provoqué d’importantes ruptures de stocks, laissant les patients sans soins. Un article de novembre 2011, décrivait comment plus d’un an et demi plus tard, J&J n’avait toujours pas été capable de compenser le manque.

Les syndicats ont dénoncé une politique délétère de réduction des coûts : réduction des effectifs, accélération des procédures, recours accru à la sous-traitance, démotivation… En effet, en Novembre 2009 (soit avant que ne surgissent les problèmes), J&J annonce la suppression de 6 à 7% de ses effectifs, soit 7 à 8000 postes. 12, 13 La réponse de J&J à ces nouveaux problèmes ? Licencier plus pour empoisonner plus. En janvier, une centaine de personnes est remerciée. Comme l’écrit Ed Silverman, le seul qui n’ait pas été rappelé est Bill Weldon, le PDG du groupe. Il a en revanche reçu une augmentation. 14

Des produits pas sûrs, toxiques

Les rappels sont une choses : le produit ne convient pas, donc, on arrête de le vendre… ou pas.

En 2009, la FDA décide de suspendre la vente d’un implant de la hanche fabriquée par DePuy, filiale de J&J. L’implant, qui doit favoriser la croissance osseuse et éviter une opération chirurgicale, est défectueux et entraîne de terribles douleurs. La décision avait bien entendu entrainé un rappel des produits. Un article récent nous apprend que le même implant est néanmoins vendu à l’étranger, notamment en Europe. Pire : profitant d’un vide juridique, DePuy continue de vendre, y compris aux Etats-Unis, un modèle très similaire. 15

Similairement, depuis 2009, J&J a fait l’objet d’intenses pressions car l’entreprise utilisait des produits toxiques (ou du moins très suspects) dans ses shampooings pour bébés (oui, ils n’ont pas l’air d’aimer ces créatures) : le 1,4-dioxane et le quaternium-15, tous deux soupçonnés de provoquer des cancers. Ces ingrédients sont interdits notamment en Scandinavie, en Allemagne ou au Royaume-Uni, mais J&J continue de les utiliser dans ses shampooings aux Etats-Unis ou en Chine par exemple. Il faudra attendre novembre dernier et la menace d’un boycott pour que J&J envisage enfin de changer sa formule. 16, 17

Corruption

Il y a enfin les affaires de corruption.

J’ai déjà écrit un article sur le scandale du Risperdal. Pour promouvoir son produit, J&J a acheté la complicité d’un décideur texan. L’homme mettait en avant le produit et l’a fait adopter comme traitement de première intention des patients schizophrènes. Par la suite, il a visité le reste des Etats-Unis pour que tous reprennent ces recommandations. 18

Ce n’est pas le seul cas où J&J s’est fait prendre pour corruption. En avril 2011, le laboratoire a été condamné à une amende de 70 millions de dollars pour avoir versé des pots-de-vins à des médecins grecs, polonais et roumains afin que ceux-ci prescrivent les « bons » produits. 19

L’image de J&J

Comme je l’écris plus haute, l’image de J&J était jusqu’alors presque immaculée. On avait beaucoup parlé dans les années 80 d’un terroriste qui trafiquait des bouteilles de Tylénol dans les pharmacies pour tuer sans discernement. Mais on ne saurait mettre le laboratoire en cause !

Je suis plus surpris en revanche que le laboratoire n’avait pas écopé durablement d’une image d’immondes grippe-sous en 2008. En effet, J&J porte alors plainte contre la Croix-Rouge ! Et tenez-vous bien, parce que la Croix Rouge utilise le logo d’une croix rouge sur fonds banc, logo déposé par J&J ! 2

Attention, asseyez-vous. Oui, le logo a bien été trouvé par Henri Dunant, fondateur de la Croix Rouge, qui inverse les couleurs du drapeau de son beau pays de montagne, la Belgique (je sais, c’est comme ça qu’on débusque les cancres en géographie). La loi américaine est à l’époque assez floue, et J&J obtient la possibilité d’utiliser le logo. Par la suite, et pour éviter d’être copiée par des laboratoires concurrents, elle le dépose auprès de l’office de propriété intellectuelle. D’après le droit des brevets, le laboratoire ne peut en aucun cas attaquer la Croix Rouge qui bénéficie de l’antériorité : elle l’a utilisé avant. Les droits appartiennent pour de bon à J&J, mais l’entreprise ne peut rien réclamer à l’ONG puisqu’elle s’en servait la première. Alors je ne sais pas ce qui s’est passé, si les avocats étaient en vacances, s’ils étaient cuits ou s’ils ont fait un pari, mais ce que je sais, c’est que l’entreprise n’en est pas sorti grandie.

Mystères de l’opinion

Et pourtant, 1 an après plus personne ne s’en souvenait. N’est-ce pas paradoxal ? S’en prendre à une ONG n’avait pas eu d’impact durable sur la réputation de J&J. Un rappel massif de produit en 2010 n’était alors présenté que comme un mauvais moment. La présence de produits toxiques dans les shampooings n’aurait eu aucun impact en soi sans le reste : J&J aurait affirmée être en conformité avec la loi américaine, et des détracteurs auraient été invités aimablement à choisir des produits concurrents si ceux de J&J ne leur plaisaient plus. On se moque que les médecins grecs touchent des pots de vins, de toute façon, ils sont grecs et la fraude est une seconde nature chez eux, même qu’on devrait surtaxer les restaurants de kébab pour financer l’emprunt à la Grèce, et qu’on devrait leur faire payer le droit d’avoir inventé la république.

Non, les vrais problèmes de J&J sont venus des odeurs suspectes de ses produits : on n’attend pas d’un médicament qu’il sente comme un animal mort ou comme le slip de tonton Georges un lendemain de choucroute.

Cela, ce n’est que pour l’image. Car pour le problème de fond, l’origine des morceaux de verre dans les fioles, des produits non-stériles, des fautes de frappes (guignols ! oui, je sais, je l’ai déjà dit) et même des mauvaises odeurs, peut-on donner tort aux syndicats ?

Bon courage à AstraZeneca, qui supprime 12% de ses effectifs, soit 7300 postes dans le monde. Je sens de grands moments en perspective…

 

Un contributeur anonyme....

1) L'instrumentalisation de la vedette à des fins inhumaines.

 

La vedette, ici Gemma Arterton, jouant dans Prince of Persia, Gemma Bovery, Their finest, James Bond, Vita and Victoria, Song for Marion, etc., est utilisée, comme caution "créative" et "féminine", affairée et "épanouie", pour justifier la folie du pharmaceutique devenant "industrie capitaliste privée", diffusant des produits en appelant d'autres (effets secondaires "calculés"), produisant cancers et autres atrocités (même logique calculante).

Puanteur du produit "soignant" = dissociation "guérison"/odeur de mort = augmentation statistique (selon une randomisation rigoureuse) des chances de développer des troubles psychiques (surexposition du pharmakon comme dualité scindante, remède/poison, à la manière de la pomme d'Adam) = produits comme le "risperdal" (lui-même un poison, qui en appelle d'autres "rentables") plus "écoulable" = profits.

Logique calculante, non conscientisée, car ne tenant pas compte des individus concrets (donc non "complotiste" intentionnellement) dite du pompier pyromane.

 

Logique du pompier pyromane unidimensionnelle et calculante (non spécifique, non-humaine, chosale, fétichisée) = Etat cybernétique, capitalisme dont il dérive et qu'il structure formellement, système militaro-policier, du soin, de l'encadrement, de l'autovalorisation de la valeur, etc.

Un sourire "épanoui", celui de la vedette (ici Gemma A, qui désigne subliminalement une "perle", principe d'incarnation éternelle - Apocalypse, 21 : 21 - mais qui sera atrocement marquée au fer rouge, comme nous tous qui "adhérons"), ce "sourire" justifie la guerre, la mort, le suicide indéfiniment prolongés, jusqu'à peut-être... l'extinction finale précoce, individuelle puis collective.

 

J'ai moi-même consommé du Risperdal pendant 4 ans, lorsque j'étais malade : pendant ce temps, sous l'effet du poison psychique, dissociateur, les médecins me conseillaient de regarder les clips publicitaires pour me détendre (un clip neutrogena pourquoi pas), pour fantasmer un monde idéalisé dans lequel je serais pourtant toujours un "loser", mais pour me faire taire aussi : à "l'hôpital", fort peu hospitalier et soigneux ici (Vinatiers, Lyon : on y faisait des expériences, sur le même site, avec les handicapés, "mystérieuses", durant les années 1940). Je sais donc très bien de quoi je parle (cf article ci-dessus).

La vedette n'est pas "coupable" ici pourtant : elle est réifiée, surexposée, au même titre que tout-e salarié-e vendant l'énergie de son corps pour que se développe une logique aveugle et incontrôlable (prostitution).

 

Il faut le lui dire : elle l'ignore, sans quoi elle n'agirait pas ainsi : Gemma Arterton sera issue d'une famille modeste, ancienne militante punk féministe (Violent rose) ; mais on lui dicte son texte (pouvoir morbide masculiniste ou sexualiste/exploitant).

 

Les liens ci-dessous suggèrent la possibilité de sortir du désastre, de trouver des moyens de soin très efficaces si l'on sortait du système d'accumulation d'abstractions destructives, inconscient et inconséquent, qui ne profite à personne (capitalisme : sadomasochisme narcissique, triste, et fétichiste).

2) Mise en abîme : critique brève d'un livre de la vedette masculine Raphaël Enthoven, Matière première. Avec illustrations et monstrations du désastre qui n'est pas dit par lui.

Ecrire une philosophie spectaculaire : RE

 

Des « livres » de Raphaël Enthoven, il y a très peu à dire, tant leur vacuité est avérée.

Un essai symptomatique : Matière Première.

Présentation brève de Gallimard : "Comment élever la philosophie jusqu’aux objets du quotidien? Comment parler du GPS, de la carte de fidélité, de l’iPhone, des capsules Nespresso, des affiches électorales, des zones fumeurs, de la 3D, de France Info, de la baguette de tradition française, du micro-trottoir ou de Lady Gaga sans verser dans la «mode de la philosophie» qui fait des bulles en pensant le trivial? La dignité des objets que la philosophie se donne est un faux problème. À l’inverse de ceux qui, à force de demander à la philosophie d’être accessible alors qu’elle l’est déjà, en interdisent l’accès autrement que par la porte de service, l’enjeu, ici, n’est pas de descendre jusqu’au monde en simulant l’intérêt qu’on lui trouve, mais de partir de lui comme d’une matière première."

Ici, l'absence totale de critique saisissant la totalité unidimensionnelle d'un système d'abstractions réelles réifiant et prolétarisant les individus, réduits à n'être que pures ressources exploitables, confère un supplément d'âme à l'aliénation quotidienne et consentie. De façon très cynique, mais avec le sourire pédant qu'on connaît.

L'orientation devient errance suicidaire lorsqu'elle a pour vecteur la guerre du pétrole et la destruction écologique (GPS). 

La sociabilité connectée au design "fun" devient dissociation criminelle lorsqu'elle dépend de l'écrasement des prolétaires chinois poussés au suicide, enfants ou adultes, dans les usines d'assemblages de smartphones, ou lorsqu'elle dépend des affections pulmonaires d'enfants congolais surexploités dans des mines de cobalt, pour produire les téléphones "high-tech" (iPhone).

La consommation du café, derrière le sourire niais et pathétique d'un clown, ou d'un George Clooney, c'est l'exploitation massive d'enfants, d'Amérique latine, d'Afrique, ou du Vietnam. La drogue que consomme le travailleur stressé, à deux doigts du burn out, des centres occidentaux branchés, lui permettra d'oublier qu'il est un esclavagiste, jusqu'à ce qu'il craque et appelle son psychiatre, avec son iPhone, et s'aide de son GPS pour s'orienter jusqu'à son cabinet. Comme destructeur et esclavagiste du quotidien qui s'ignore, même ses démarches de soin, qui voudraient réparer cette conscience morale meurtrie, ne font que détruire encore plus ce qu'il ne veut plus anéantir. 

Pour ceux qui encaissent, la "séduction" hébétée d'un Clooney permettra de jeter un voile pudique sur un désir suicidaire et morbide, et transformera la misère déplorable en soi en pulsion libidinale lamentable, narcissique solipsiste et sadique, se méprisant elle-même, mais malgré elle (auto-réification).

Une affiche électorale viendra orienter cette détresse, latente ou consciente, névrotique ou psychotique, vers un espoir qui promet ce qui n'advient pas : comme figure figée, comme mise en scène hypocrite, le citoyen-travailleuse sait qu'on lui ment, mais il souscrit : sa non-duperie acquiesce à l'ironie du spectacle politicard, qui se transforme en spirale cynique indéfinie : la vengeance a désormais le sourire, l'espoir, la solidarité pour principes mensongers, et c'est dans l'urne ou dans l'exclusion identitaire, dans le tweet ou par la matraque du flic, que ces sourires, espoirs, solidarités, expriment leur "vocation propre".

Les plus "sains", dans un monde qui s'autodétruit, n'encaissent pas sa violence, et fument compulsivement : ils seront parqués dans des zones restrictives, où on les jugera bientôt. Sur leur paquet, un système sadique montre leur cadavre précoce à venir, leurs poumons délabrés, un enfant qui fume, un parent qui lui crache sa fumée à la figure, un nourrisson qui est mort (à cause d'eux), un trou dans la gorge. L'Etat s'enrichit substantiellement "grâce" à ces cigarettes, mais il veut taxer encore davantage les fumeuses et fumeurs qui lui reversent ces sommes quotidiennement, alors qu'ils sont déjà sacrément névrosés (si ce n'est plus) : il veut accroître leurs dissociations psychiques, les encourager à consommer un produit pour mieux exhiber son potentiel meurtrier, pour mieux rendre très visible leur désir suicidaire, qui était pourtant déjà assez explicite pour eux, pour elles.

Pourtant, sur l'emballage d'un smartphone, du café, il n'y a pas d'informations explicites : pourquoi ne pas mettre, sur l'emballage du smartphone, la photo de l'enfant congolais qui étouffe, dans l'usine de cobalt ? Ou la photo d'une usine d'assemblage chinoise, où les prolétaires sont entassé-e-s, et traité-e-s comme du bétail ? Pourquoi ne pas mettre, sur l'emballage du café, un enfant exploité sauvagement, pour que l'urbain occidental branché puisse se "motiver" avant une journée de travail ? Pourquoi ne pas mettre, sur l'emballage d'un GPS, les images des corps déchiquetés, conséquences de la guerre du pétrole, ou des accidents de la route ? Ou encore les prédictions climatiques à moyen terme, si nous continuons à "rouler", à bord de ce bolide enragé et polluant qui va bientôt se fracasser contre un mur (le capitalisme mondialisé) ?

La "baguette" française, ici, devient celle du professeur de philosophie français, qui enfume son auditoire, avec ses références fumeuses et livresques, pour que le désastre ne soit surtout jamais dit, ou apparent. On y met autant de confiture qu'on manque d'une culture sociale, empirique, véridiques : enfermé dans ses propres zones académiques ou spectaculaire séparées de la complexité du monde, essentiellement souffrante, Enthoven, ou tout autre philosophe de service, traitera avec la plus grande désinvolture des phénomènes qui concentrent une affectivité tragique atroce et désolante.

Lady Gaga, dans ce contexte, qui défend idéologiquement des positions "politiques" qui paraissent justes (anti-fascisme, anti-homophobie, féminisme), mais dans le royaume du fric, de la manipulation, et de l'humiliation (spectacle capitaliste), par lequel chaque consommateur-travailleuse anonyme se sent moche, ignorée, banal, "normalisée", s'atomise, se désole narcissiquement, se nombrilise, oublie toujours plus que son GPS, son iPhone, son café, son droit de vote, ses clopes, son quotidien donc, favorisent la guerre, l'étouffement des enfants, les meurtres de masse, et l'extinction précoce de toute vie sur terre, cette Lady Gaga, qui fait de nous des huîtres hébétées complètement gaga, ne serait "glorifiée" pour son "combat politique" que de façon atrocement niaise, naïve, et encuculante (Gombrowicz, Ferdydurke) : de façon à maintenir, autrement dit, les individus sensibles et affectés sous une tutelle insupportable, qui fait d'eux des bourreaux extrêmes, dans la banalité de leur quotidien, mais tout à fait malgré eux. Ils le font sans le savoir (Marx, Capital, I, chapitre 1).

 

Seule une critique radicale du dit "réel" aurait pu adéquatement rendre compte des thèmes qu'Enthoven aura traités dans son ouvrage stupide et indigent.

Il n'aura pas su comprendre une seule seconde cette idée d'Arendt, et c'est son très grand tort : 

 "Le mal peut être à la fois banal et extrême. Seul le bien est radical."

A rendre gaga et hébété, pour oublier l'abject quotidien banalisé

3) Appel à contribution

 

Les vedettes qui vendent leur image pour rester de façon aussi explicite, confortable, "épanouie", cet "Eichmann-que-nous-sommes-tous" (Sortir de l'économie, Clément Homs), veulent-elles encore rester dans cette dissociation, et participer aussi clairement à un suicide collectif certain, dont souffriront nos enfants, et dont souffrent aujourd'hui surtout ceux qui seraient "lointains" (dits "Tiers-monde").

Si la réponse est non, d'autres documentaires pourraient être tournés, relayés par d'autres médias (alternatifs) : témoignages, confrontation, partages, soins.

Une matrice possible se trouve ci-dessous :

Les liens ci-dessous illustrent le projet, et des montages possibles, qui viendraient ponctuer les entretiens et interventions des documentaires (zones d'enfermements, psycho-analyse dialoguée, des vedettes ou anonymes).

Clip niais et indigent, d'Anton Corbijn...

Un film spectaculaire et mal foutu d'Anton Corbijn....

La misère psychique "mystérieuse"

Le "swag" désinvolte puant

Le travail métronomique devenu esthétique

La dite "sensualité" au service du désert

Pseudo-mystère, fétichisme effectif

C'est par de telles banalisations enrobées de "fun" ou de "créativité" que de tels individus TRES SERIEUX prospèrent (republie une édition non-critique de Mein Kampf, prône un retour à "l'économie" allemande des années 30, homophobe et sexiste, transphobe, sexualiste, anti-algériens, catholicisme contre tout autre religion).

Un appel à l'aide (deux coups pour détruire les engins de mort : SABOTONS)

Un film simpliste, avec le même acteur

Le néocolonialisme devenu "voyage" au visage "d'ange" (une vedette prolétarisée et instrumentalisée, une enfance abîmée qui devient la caution du massacre de millions d'enfants).

Tout-e lyonnais-e marxien-ne (Timothée H, Zacharias, etc.), et tout-e communard-e cosmopolitique déplore l'instrumentalisation pour le fric et l'exploitation de l'enfance dite "lointaine" de ce "girl power" multiculturel. Mais lorsqu'il devient conforme à ses intentions affichées, ce "girl power" devient militantisme radical (Martin Luther King, Malcom X, 2Pac) et quitte ce spectacle pour rejoindre un lieu où l'on agit au lieu de "reproduire" ou contempler passivement...Beyoncé serait ici la métaphore d'un cheval de Troie au sein de la gestion du désastre : mais ce n'est pas de l'intérieur qu'elle peut le déverrouiller, c'est de l'extérieur que nous viendrions le déverrouiller, pour suggérer et accomplir le désir latent d'auto-abolition d'une bourgeoisie suicidaire malgré elle...

Les liens ci-dessous illustrent ce qui vient d'être montré

Complément au lien ci-dessus : Une enfance massacrée par le spectacle, qui porte une autre enfance, un sourire atrocement crispé, conscient que cet éloge est une honte, et que ces applaudissements sont des crachats ; le violet, couleur de la sagesse, devient viole public immonde....

Conclusion : science et technique ; totalitarisme et son dépassement

Quels arts visuels reproductibles de combat aujourd'hui ?

 

 

1° Réductions totalitaires

 

A) Le cerveau n’est-il qu’une machine ?

 

 

La cybernétique, théorie de l'information établie par Norbert Wiener (1948), permet d'unifier une grande diversité de champs, à partir du seul principe de boucle de rétroaction à l'intérieur d'un système dès lors auto-régulé, ou homéostatique (système constitué par une émission, une réception, et une « boîte noire », l'effet de feedback étant l'information donnée en retour par le fait de la réception) : ainsi, en vrac, la génétique, l'informatique, les neurosciences, la linguistique, la thermodynamique, le marketing, une certaine sociologie, peuvent-ils relever d'une même logique, du point de vue d'un formalisme rigoureux. A l'intérieur d'une telle logique, les analogies de fonctionnement entre le cerveau et la machine sont non seulement constatables, mais les expérimentations pratiques qui en découlent fonctionnent. Seulement, là où il y a une difficulté il me semble, c'est qu'on ne s'en tient pas à une pure description théorique dans ce contexte (je précise que « cybernétique », étymologiquement, signifie pilotage, c'est-à-dire contrôle, en un sens pratique). En effet, outre une analogie entre le réseau des neurones et le réseau informatique, un réductionnisme sera d'abord insidieusement opéré : celui qui réduit l'esprit au cerveau.

Sur la base de ce réductionnisme, la connaissance cybernétique rendra possible apparemment un contrôle efficace des esprits, de même qu'une régulation efficace d'un réseau informatique est possible, si du moins on en connaît le fonctionnement mécanique. Ainsi, une application radicale de la connaissance neuroscientifique cybernétique sera le neuromarketing : puisque le cerveau est une machine complexe comparable à une machine informatique, il « réagit » à l'information selon des déterminations strictes, de même que la machine informatique, et ainsi il serait possible d'induire des comportements en le stimulant de telle ou telle manière (slogans efficaces, couleurs efficaces, messages subliminaux = consommation probable, avec un haut degré de certitude). Certes pourrait-on dire, le neuromarketing est un faible danger, puisqu'il présuppose un réductionnisme erroné (il ne modifierait en fait que la motricité, au niveau comportemental, et non l'esprit dans toute son amplitude). Mais malheureusement, il me semble que ce réductionnisme, au départ erroné, tendra, par ses effets pernicieux, à se rendre véridique dans la réalité - le cerveau, en tant qu'organe de l'action, du choix, s'il est trop mobilisé, tend, je pense, à résumer de plus en plus l'esprit tout entier, et à recouvrir cette mémoire intégrale que Bergson convoque pour affirmer l'autonomie du spirituel par rapport au matériel.

De fait, il ne me semble absolument pas anodin de comparer, comme cela est fait aujourd'hui, le cerveau – des souris, pour l'instant - (mais bien vite l'esprit humain) à internet : les scientifiques qui s'y intéressent sont certainement de purs chercheurs, et non des manipulateurs sans scrupules ; et leurs méthodes sont rigoureuses, a priori neutres, et non immédiatement idéologiquement déterminées. Mais la recherche fondamentale est guidée (parfois malgré elle), le plus souvent, vers des applications pratiques possibles : ses méthodologies sont parfois intimement connectées à un souci de contrôle, à un niveau plus pragmatique. C'est ainsi que j'entends une façon de saisir le concept foucaldien de pouvoirs-savoirs. Je vois d'un très mauvais œil cette science du cerveau qui est fascinée par le modèle informatique : les techniques de manipulation publicitaire, médiatique, politique, n'en seront que plus efficaces.

La question à poser serait : Pourquoi nous posons-nous ce genre de questions ? (la question d'une analogie possible entre machine et vivant). Les réponses sont peut-être très élaborées, précises, rigoureuses, vérifiables. Mais si la question de départ était à la base inepte, à côté de la plaque, ou encore dangereuse ? Pourquoi vouloir absolument ramener l'animé à de l'inanimé (à du mécanique, du physico-chimique) ? Désir morbide ou peur de la liberté ? Peut-être un peu des deux...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

B) Bêtise du transhumanisme

 

L'homme « augmenté » ne sera certainement pas un individu doté d'un meilleur QI, d'une plus grande espérance de vie, de forces physiques plus importantes, qu'il aurait acquis via des moyens artificiels.


La dimension artificielle de l'acquisition, d'une part, nous diminue, ne nous augmente pas. C'est par l'effort, qui renforce l'estime raisonnable de soi, qu'une « augmentation » réelle pour l'homme advient. D'autre part, le « progrès » pour un individu ne saurait s'évaluer selon des critères quantitatifs, car ceux-ci appauvrissent sa façon de se concevoir et de se sentir soi. Il n'y a d'« augmentation » que dans l'incarnation et la spiritualité ; il s'agit alors d'un saut qualitatif, d'un passage à une nouvelle intensité, et non de l'acquisition d'une nouvelle « compétence » mesurable. L'homme « augmenté » selon l'idéologie transhumaniste est un homme diminué, selon ce point de vue qualitatif. N'ayant rien vécu authentiquement, il serait par exemple le plus mauvais des philosophes : comment pourrait-il saisir, par exemple, le fait que la grâce permet une ouverture sur le monde, et la fluidité continue de la durée intime de la conscience ? De la même manière qu'une machine sans âme est infiniment inférieure à un être humain incarné, doté de son expérience propre et de son affectivité propre, de la même manière un transhumain serait infiniment inférieur à un humain s'étant façonné par lui-même, par-delà l'augmentation, saisie en fonction d'une rationalité instrumentale, de ses capacités mécaniques.
La bêtise du transhumanisme, son manque total de vision philosophique, politique, ou poétique, doit nous permettre de rester optimistes sur un point : on ne bâtit pas un monde complet avec une telle absence de pensée ; on ne bâtit pas un monde humain complet avec de simples capacités techniques. Néanmoins, les moyens dont disposent dans la réalité présente les tenants de l'idéologie transhumaniste sont effrayants (cf. google). Et ces individus d'une bêtise insondable sont actuellement à combattre, non pas parce que leur utopie stupide devrait nous effrayer, mais parce qu'ils construisent concrètement un capitalisme dont le visage est plus effrayant encore que précédemment.


De toute façon, en un certain sens, l'homme « augmenté » est déjà sur terre : une certaine bio-médecine mécanisée à l'extrême, le dopage, la coke, le « fucker » fondant sa séduction sur des méthodes cybernétiques, le trader « sur-boosté », photoshop dans la publicité, tous ces phénomènes nous suggèrent l'existence présente d'humains augmentés. Ils ne sont certes pas encore le transhumain tel que le pense un Ronald Bailey, mais ils en seraient un avant-goût. C'est ce genre d'« augmentation » bien réelle et tout à fait contemporaine qu'il faut combattre dans la réalité présente, pour bâtir un monde où tout transhumanisme sera décidément impossible.
Combattre le transhumanisme pour combattre le transhumanisme est, quoiqu'il en soit, assez vain : cette idéologie n'est que dérivée par rapport à sa cause profonde : la structure capitaliste. C'est seulement dans un certain contexte économique que ce genre d'usage impensé et crétin des technologies peut être envisagé. Détruisez le capitalisme, et l'idéologie transhumaniste ne sera plus qu'un mauvais rêve.

Le pire, ou le plus lamentable : ce sont des fictions hollywoodiennes indigentes et mal informées qui peuvent fournir ici une "idéologie" totalitaire qui voudrait se projeter dans un "futur mondial" "accompli" (mais où une infime minorité bénéficierait d'une surhumanité aristocratique abjecte - quoique cela serait déjà le cas, d'après ce qu'on dit).

Cf : Limitless, Lucy, etc.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C) L'accélérationnisme : bêtise, inconséquence et obscénité

 

Citation d'un "accélérationniste" : " L’accélérationnisme proclame que la seule manière de dépasser le capitalisme est de pousser sa logique à l’extrême, c’est-à-dire d’exacerber ses tensions internes en accélérant son développement pour de le faire imploser. Marx, déjà, tenait par moments un discours similaire. Notamment lorsqu’il parlait des contradictions du capitalisme, contradictions dont il faisait du communisme la résolution. Ce dernier mot est à prendre au sens de l’”Aufhebung” dont parle Hegel – même si je ne suis pas certain que Marx emploie ce terme-là." 
Ce que ne dit pas cet ahuri hébété théorisant : "pousser la logique du capitalisme à l'extrême" n'est pas qu'une phrase ou qu'une formulation théorique "sans conséquence" ; dans les faits, à travers ce processus d'accélération, si l'on a un minimum de sens historique, on sait qu'on aura des millions de vie sacrifiées, des dommages écologiques irréversibles, des dynamiques militaires et policières absolument meurtrières, des formes néo-fascistes triomphantes, des traumatismes irréparables ; si finalement le capitalisme "disparaît", on ne pourrait rien bâtir de solide sur un sol aussi pourri, de toute façon. Ce serait trop tard. Les accélérationnistes devraient en rester à la SF, et réfléchir deux minutes avant de parler.... et réfléchir aussi au contexte dans lequel ils disent cela (replis nationalistes, racisme culturaliste, regain d'antisémitisme, patriarcat barbarisé : ils ne veulent jamais que durcir ces logiques.... "temporairement" ? ou jusqu'à anéantissement peut-être, bien plutôt).
Quand un train fonce à toute vitesse pour venir s'écraser contre un mur, plutôt que de faire accélérer le train, on peut tout aussi bien sauter hors du train, et laisser la machine, sans rien pour l'actionner, s'arrêter d'elle-même...

D) L'optimisme absurde et obscène relativement à quelque "technique capitaliste" "émancipatrice"

 

 

 

Sommaire La richesse dans une société fétichiste

a) Richesse matérielle et richesse abstraite

b) Des conséquences désastreuses très réelles liées à ce primat accordé à la richesse abstraite au sein du capitalisme : la valeur comme force impersonnelle hostile qui s’oppose au travailleur

c) Un autre aspect de l’abstraction capitaliste qui engendre des conséquences objectivement désastreuses : la contradiction entre une réalité finie et un procès économique d’accumulation qui se veut infini

d) Le mouvement de la richesse abstraite au sein du capitalisme : l’argent comme fin en soi tautologique et formelle

 

La richesse dans une société fétichiste

a)Richesse matérielle et richesse abstraite

La critique marxienne de la valeur, du fétichisme, de l'argent et de la marchandise, renvoie à une critique de la richesse au temps de la société marchande. Pour comprendre ce qui motive cette critique, il faut donc s'intéresser aux propriétés singulières d'une telle richesse, et voir en quoi celle-ci, dans sa spécificité, nous renvoie à une folie pure et à une aberration.

La richesse matérielle et la richesse abstraite, la production de valeurs d'usage et la production de valeur se distinguent entre elles. Ici, nous avons affaire à deux niveaux de réalité complètement différents, qui ne coïncident pas a priori. Comme l'explique Marx : « Si, par suite de quelque circonstance, la force productive de tous les travaux diminuait dans la même mesure, de telle sorte que toutes les marchandises exigent plus de temps de travail pour leur production, et que cette augmentation s'effectue dans la même proportion, la valeur de toutes les marchandises aurait augmenté, l'expression concrète de leur valeur d'échange serait restée la même, et la richesse réelle de la société aurait diminué, puisqu'il aurait fallu plus de temps de travail pour créer la même masse de valeurs d'usage[1]. » De même, dans un contexte de surproduction, la masse des richesses matérielles peut augmenter exponentiellement, mais la quantité de richesses abstraites stagner ou diminuer.

Cette non-coïncidence est redoublée par un rapport hiérarchique entre richesse matérielle et richesse abstraite. La richesse matérielle ne « compte » pas en tant que telle, elle n’est qu’un moyen qui doit servir une seule finalité : l’augmentation de la richesse abstraite. La production réelle n'est qu'une annexe, un intermédiaire inévitable, un mal nécessaire pour faire de l'argent, comme l’explicitera aussi Marx dans le livre II du Capital. Le rapport entre richesse matérielle et richesse abstraite est donc un rapport d’opposition, de contradiction, d’autant plus que, si elles ne coïncident pas formellement, et si la première n’est qu’un moyen pour la seconde, elles restent néanmoins indissociables (une marchandise qui n’aurait aucune utilité, aucune matérialité, ne saurait s’échanger, et ne saurait donc produire une richesse abstraite).

L'argent, donc, et non la qualité concrète, la « vertu » sociale ou matérielle des biens produits, est la seule et exclusive finalité de la production au sens capitaliste. Cela fonde, comme nous l’avons vu, une société qui n’a aucun contrôle sur le caractère concret de ses activités productives, et qui est fondamentalement inconsciente, voire folle.

b)Des conséquences désastreuses très réelles liées à ce primat accordé à la richesse abstraite au sein du capitalisme : la valeur comme force impersonnelle hostile qui s’oppose au travailleur

Le primat accordé à la richesse abstraite, à la valeur, dans la société capitaliste, n’est pas simplement une façon « fausse » de se représenter les produits du travail. Il a des conséquences réelles, et souvent désastreuses, non pas seulement pour la société consommatrice, mais aussi pour les travailleurs eux-mêmes. La valeur devient une puissance sociale qui s’oppose au travailleur, et qui devient la négation de ses intérêts vitaux les plus immédiats. Ainsi, le temps de travail moyen, socialement nécessaire, qui constitue la valeur, est une norme appliquée au réel, une abstraction jouant à même la réalité, qui a des conséquences très concrètes pour les individus producteurs. Comme le dit Marx : « Après l'introduction du métier à tisser à vapeur, en Angleterre, il ne fallait plus peut-être que la moitié du travail qu'il fallait auparavant pour transformer une quantité de fil donnée en tissu. En effet, le tisserand anglais avait toujours besoin du même temps de travail qu'avant pour effectuer cette transformation, mais le produit de son heure de travail individuelle ne représentait plus désormais qu'une demi-heure de travail social et tombait du même coup à la moitié de sa valeur antérieure[2]. »

La critique du primat accordé à la richesse abstraite dans la société capitaliste pourrait donc, entre autres choses, très concrètement, dévoiler les logiques concurrentielles destructrices, au sein de la compétition entre capitalistes, par lesquelles les travailleurs ne bénéficiant pas des techniques optimales de production, s’appauvrissent inexorablement, ou, s’ils sont remplacés par des machines, perdent leur emploi.

Par extension, la critique des logiques néocoloniales, au sens économique, des centres « impérialistes », logiques fondées sur une compétition technologique, au niveau mondial, toujours plus agressive, trouverait dans la « critique de la valeur » ainsi développée des outils précieux.

Dans une optique similaire, on pourra, avec cette idée d’un standard de productivité (devenu fondamentalement moyenne mondiale, dans le cadre d’une économie de marché mondialisée, par-delà tout « protectionnisme » relatif) standard en évolution qui, dans le contexte d’une révolution constante des technologies, produira concrètement la paupérisation de millions de travailleurs (ou encore la perte de leur emploi, de leur moyen de survie), dénoncer radicalement la naïveté étonnante et l’optimisme malvenu de l’économiste américain Jeremy Rifkin[3], qui voit dans la « troisième révolution industrielle » un « espoir » « formidable » pour « l’humanité », laquelle se confronterait selon lui, à travers le développement des potentialités d’Internet par exemple, à la possibilité de développer des « communaux collaboratifs » susceptibles de contrecarrer la logique « individualiste » du profit, au bénéfice d’intérêts « collectifs » « réels » (quoique pouvant tout à fait « s’intégrer » à ce capitalisme ainsi « assaini », « humanisé », « réajusté », ou quelque peu « éclipsé »). C’est oublier un peu trop vite que la « troisième révolution industrielle » en tant que telle, en tant que révolution informatique et microélectronique qui affecte directement la production industrielle, est d’abord un facteur de barbarisation du capitalisme et de l’exploitation des travailleurs au niveau mondial, qui sont pris dans des logiques concurrentielles qui menacent leurs salaires, leur emploi, et donc leurs conditions de vie réelles. L’espoir de Rifkin, dans ce contexte, est un espoir qui ne concernera pas « l’humanité » en général, mais bien plutôt certains individus privilégiés des centres occidentaux urbanisés, espoir qui reposera donc sur la nécessité d’une division internationale du travail excluant la grande majorité de la population mondiale. Par ailleurs, Rifkin, avec sa découverte prétendument « géniale » d’un « coût marginal zéro » (il nous explique que le développement extrême des technologies dans la production rend gratuits certains biens ou services, menaçant le système pour qu’il se conforme finalement aux aspirations sociales « réelles »), ne comprendra pas qu’il ne fait ici aucune « découverte », mais qu’il ne fait que récupérer, pour mieux la mutiler (pour mieux supprimer le facteur de l’exploitation), une thèse marxienne qui n’inspire aujourd’hui aucun optimisme, mais plutôt un désespoir accablant : la thèse de la baisse tendancielle du taux de profit ("réel"). Très clairement, selon cette thèse marxienne, le surdéveloppement des technologies dans la production (partie du capital constant), implique une part toujours plus faible du recours à la force de travail dans cette production (capital variable), force de travail qui pourtant, en tant qu’elle est exploitée, rend possible le profit. La « troisième révolution industrielle » sera donc un facteur par lequel le capitalisme s’autodétruit qui se sera renforcé, et qui produira une barbarisation de ce capitalisme, au niveau global, en tant qu’il sera confronté à la potentialité ou à la réalité de ses crises (cf. dérégulations massives, extorsion de la plus-value de plus en plus agressive, marchandisation toujours plus poussée de tous les biens, etc.). La « gratuité » de certains biens ou services, dans ce contexte, permettra tendanciellement d’écouler ces biens ou services dans un contexte de baisse de pouvoir d’achat globalisée (du fait d’une augmentation exponentielle de la masse des produits, et du maintien de bas salaires, ou d’un chômage de masse), pour mieux éviter une crise des débouchés à un niveau plus général, mais elle n’annonce en rien un « réajustement » vertueux, du point de vue des intérêts capitalistes (qui restent les intérêts qui prévalent, dans le système compris dans son ensemble), en tout cas tant que la force de travail elle-même ne devient pas toujours plus flexible et plus malléable, c’est-à-dire qu’elle annonce, du point de vue des intérêts de la collectivité concrète, réellement une dissolution aggravée. Rifkin, considérant que la réaffirmation d’« intérêts collectifs » « réels » liés à quelques « communaux collaboratifs » (qui ne renvoient pourtant qu’à une façon naïve d’interpréter des phénomènes de toute façon superficiels), venant « contrecarrer » la logique « individualiste » du capitalisme visant le profit pour mieux « l’humaniser », ne tient absolument pas compte d’une donnée élémentaire et fondamentale de ce capitalisme, capitalisme qui, qu’on le considère comme « sauvage », « social », « durable », « soutenable », « vert », ou « collaboratif », demeure en dernière instance et demeurera un système économique fou et délirant en soi qui accorde un primat à une richesse abstraitement conçue, niant, au niveau global, les vies subjectives qualitatives des individus et leurs besoins concrets, et produisant de ce fait nécessairement des ravages objectifs toujours plus désastreux, même et surtout au fil de ses développement technologiques.

De ce fait, Jermy Rifikin apparaîtra, à juste titre, comme un idéologue favorable à la bourgeoisie, et au développement de puissances néocoloniales (occidentales) destructrices, prônant un « capitalisme éternel » contradictoire en soi.

c)Un autre aspect de l’abstraction capitaliste qui engendre des conséquences objectivement désastreuses : la contradiction entre une réalité finie et un procès économique d’accumulation qui se veut infini

Dans l'économie capitaliste, la téléologie vitale s'est inversée dans la téléologie marchande : peu importe l'utilité de ce qui est produit, pourvu que l'on produise de l'argent. Cela étant, si la valeur d'échange est formellement indifférente à la valeur d'usage, sa possibilité dépend pourtant d'une telle valeur d'usage : les marchandises ne s'échangent que si elles ont fait reconnaître leur utilité. Dès lors surgit une contradiction entre une production de valeurs d'usage limitée et un procès de valorisation se voulant illimité.

Le besoin d'argent ne connaît aucune limite : il est une quantité qui peut s'accroître indéfiniment. Mais pour que cet accroissement indéfini se produise, il faut bien que la production réelle des valeurs d'usage dont l'argent est le représentant progresse elle aussi de façon illimitée (par-delà la non-coïncidence a priori entre les deux sphères), ce qui implique contradiction, dans la mesure où cette production réelle est par essence finie : les besoins auxquels elle répond sont limités, tout comme les ressources naturelles qu'elle suppose.

La société marchande a pour projet la création de toujours plus de nouveaux besoins, entretenant l'illusion que cette création pourra se poursuivre indéfiniment ; elle apparaît ainsi comme une société du confort et de l'abondance, toujours plus « soucieuse » du bien-être de ses membres, alors même qu'elle promeut la négation de toute richesse concrète, la satisfaction de besoins toujours nouveaux n'ayant de sens pour elle que dans le cadre de l'autovalorisation de la valeur. Elle sera en fait une société vouée, asymptotiquement, à sa propre dissolution, en ce qu'elle occulte l'essence du besoin sur lequel elle repose pourtant (la finitude), quoique malgré elle. Par ailleurs, au sein de cette contradiction entre un procès abstrait qui se voudrait infini et une limitation de la réalité qualitative, elle déploiera des logiques de marchandisation de tous les biens, et d’extension mondiale de la production, par laquelle tous les secteurs de la vie deviendront soumis à la dépossession liée à la structure marchande (ceci fondant, au sens strict, un totalitarisme économique mondialement proliférant).

En outre, la nécessité d'accumuler toujours plus d'argent pour maintenir la valeur entretient une croyance éminemment dangereuse, celle selon laquelle les ressources naturelles utilisées pour produire les marchandises seront indéfiniment disponibles. On peut alors constater que la théorie marxienne de la valeur, dont procède la critique du fétichisme, peut toucher des questions très précises et très actuelles, comme la question écologique. Un problème écologique central est posé par le fait que notre société fétichise les produits du travail de telle sorte qu'elle ne considère plus les limites réelles de la production réelle, et qu'elle fait progresser toujours plus celle-ci comme si ce progrès pouvait posséder l'éternité du progrès d'une forme pure quantitativement déterminée.

En ce sens, la notion même de « développement durable » apparaîtra dans toute son ineptie. Car le « développement » ici en question n’est rien d’autre que le développement d’une richesse abstraitement conçue, d’une quantité de valeurs qui affirme constamment sa perpétuation à l’infini, dans un monde matériel limité qui sera concrètement et continuellement ravagé par cette prétention, et il ne pourra de ce fait jamais être « durable », ni « équilibré », mais il suppose au contraire un pillage continu des ressources naturelles et une soumission toujours plus agressive des individus à la structure marchande, par-delà tout ajustement cosmétique promu de façon « humaniste » et naïve (« permaculture », éoliennes, panneaux solaires , idéologie du « colibri », coworking, etc.). Le « développement durable » donc, consciemment ou inconsciemment, ne sera qu’un instrument idéologique pour maintenir un capitalisme que l’on voudra « éternel », et donc il sera un discours favorable à la bourgeoisie qui exploite et détruit concrètement la nature et les individus au travail, dans la mesure où tout discours qui affirme la possibilité d’« humaniser » ou de « moraliser » le capitalisme, ou encore de le rendre plus « durable », plus « vivable », sans pour autant l’abolir réellement, sera particulièrement bienvenu du point de vue des capitalistes eux-mêmes.

d)Le mouvement de la richesse abstraite au sein du capitalisme : l’argent comme fin en soi tautologique et formelle

Dans les sociétés dans lesquelles il existe une dimension sociale de l’activité productive en tant qu’elle est concrète, explique Marx dans la 1ère section du Capital, l’argent ne possède a priori que deux déterminations essentielles : il est un moyen de mesurer les prix (et en tant que tel, sa présence matérielle n’est pas indispensable) ; et il est une médiation pour l’échange (l’argent affirmant ici sa présence matérielle). Dans ce contexte, le schéma de l’échange s’exprime ainsi : M-A-M (Marchandise-Argent-Marchandise). Cette formule, dite « circulation simple », a pour point de départ et pour point d’arrivée une valeur d’usage censée satisfaire un besoin humain concret. L’argent n’est ici qu’un moyen permettant la satisfaction de besoins concrets.

Une troisième détermination de l’argent, toutefois, apparaît, avec la thésaurisation : l’argent en tant qu’argent. Ici, après une vente de marchandise, le vendeur extrait la somme d’argent de la circulation, pour la « stocker », à titre de « trésor » (M-A). Mais dans ce contexte, la valeur finit par disparaître en tant que telle, puisqu’elle n’est plus en circulation.

L’argent en tant qu’argent, l’argent comme fin en soi, connaît réellement sa consécration dans la société capitaliste. La formule M-A-M s’inverse en A-M-A (Argent-Marchandise-Argent). Le point de départ et le point d’arrivée ne sont plus des valeurs d’usage concrètes, mais des pures déterminations quantitatives, des sommes d’argent. Seulement, pour que cette circulation capitaliste de la valeur ait un intérêt, il faut que la somme finale soit supérieure à la somme initiale. On aura donc : A-M-A’ (Argent-Marchandise-Davantage d’argent). Le capitaliste investit dans des facteurs de production (matières premières, instruments, force de travail) pour produire des marchandises (A-M). Et la vente de ces marchandises produites permet d’obtenir une valeur supérieure à la valeur initiale investie (M-A’). Cette augmentation de la valeur est rendue possible par le fait que, parmi ces facteurs de production, une « marchandise » produit plus de valeur qu’elle n’en coûte : la force de travail. En effet, le capitaliste extorque une plus-value au salarié, dans la mesure où ce dernier reçoit une quantité de valeur qui lui permettra de reproduire sa force de travail, mais travaille en outre, dans les faits, plus de temps qu’il n’est nécessaire pour accomplir cette valeur (ceci fondant l’exploitation au sens strict).

Avec la formule A-M-A’, la valeur se conserve en tant qu’elle reste dans la circulation, et cette conservation aura donc pour condition son accroissement indéfini. La finalité dernière du capitalisme étant donc l’autoconservation indéfinie de la valeur, au sein de l’accumulation du capital.

Nous avons déjà pu voir que, dans le cas où ce qui rend possible l’accroissement (ou l’autoconservation) de la valeur, à savoir l’exploitation de la force de travail (laquelle produit un surtravail pour qu’en découle une survaleur, une plus-value), devient un facteur de moins en moins mobilisé dans la production, de par un surdéveloppement des technologies dans cette production (ce qui arrive aujourd’hui, après la « troisième révolution industrielle »), nous assisterons, au niveau global, à une massive et asymptotique dévalorisation de la valeur, qui n’annonce pas hélas une disparition pure et simple du système (puisque ce procès est asymptotique), mais au contraire une paupérisation massive des travailleurs ou des chômeurs, au niveau global, c’est-à-dire une extorsion de plus-value toujours plus agressive, liée à un capitalisme devenu proprement « sauvage » en tant qu’il se confronte aux crises qu’il a lui-même engendrées.[4]

Toute la folie du système capitaliste, fondé sur des catégories, fallacieusement naturalisées, produisant l’inversion réelle du concret et de l’abstrait, fondée sur une fétichisation des biens produits, fondée sur un primat aberrant accordé à une richesse abstraitement considérée, induisant une praxis révolutionnaire dont la conséquence reviendrait à revendiquer l’abolition pure et simple de telles catégories, vient donc finalement se concentrer dans cette formule de la circulation qui fait que le capitalisme est ce qu’il est : A-M-A’.

Or, nous l’avons vu, dans la mesure où cette formule comprend en son sein la question de l’exploitation, de l’extorsion de plus-value, nous ne rejetons pas absolument, finalement, la critique du capitalisme plus « traditionnelle » que les marxistes les plus « orthodoxes » ont mise en avant (et ni donc, bien sûr, entre autres choses, la critique de la propriété privée des moyens de production, qui est de toute façon décisive).

Mais il apparaît aussi maintenant que, le fait de critiquer cette forme d’exploitation empirique, cette forme d’extorsion de la plus-value, implique le fait de critiquer, plus en profondeur, toute définition abstraite de la richesse fondant une société aveugle et inconsciente. Critiquer de façon conséquente les mécanismes de l’exploitation ne saurait déboucher sur la préconisation d’une redistribution « plus égalitaire » de la valeur conçue comme finalité dernière du combat. Car l’exploitation renvoie, en dernière instance, au caractère fou et délirant de la logique abstraite de la valeur, qui ne saurait jamais s’inscrire dans un système réellement égalitaire et « vertueux ». Abolir définitivement l’exploitation, donc, c’est abolir définitivement la valeur, et tout ce qu’elle implique : le travail en tant que tel, la marchandise, et l’argent. Chose que les marxistes traditionnels n’ont pas toujours voulu considérer assez sérieusement, promouvant donc malgré eux, trop souvent, une forme de « capitalisme éternel » (les « communismes » totalitaires maoïstes et staliniens n’étant, par exemple, historiquement, jamais que des capitalismes d’Etat, capitalisme d’Etat que voulaient aussi et veulent encore mettre en œuvre, au fond, les « trotskistes » et les« léninistes » les plus dogmatiques).

 

Appendice :

 

Ceci sera donc dit, également, contre tout théoricien pseudo-critique qui oppose aujourd'hui, de façon binaire et simpliste, la critique des catégories logiques (valeur, travail abstrait, argent, marchandise) et la critique des formes empiriques que prennent ces catégories (salaires, exploitation, prix, inégalités), en supposant que la thématisation des premières empêche de penser les secondes, et en supposant donc qu'un point de vue mutilé et confus, bêtement descriptif, serait le seul point de vue adapté (on songera à l'article indigent, dont les auteurs exhibent impudiquement leur propre étroitesse d'esprit : "Les impasses de la grande dévalorisation", novembre 2016, par Jacques Guigou et Jacques Wajnsztejn). Pourtant, critique empirique et critique logique ne s'opposent pas, mais se complètent ; la formule A-M-A' indique très bien, synthétiquement, qu'on ne peut isoler l'un des deux aspects. En revanche, ceux qui (tels Guigou et Wajnsztejn) voudraient accorder un primat à l'empirique se privent d'une critique unifiante et totalisante, et sont épistémologiquement ineptes (pour reprendre une idée hégélienne, ils proposent un ensemble d'idées éparpillées, une pure extension, privée de la force pour les rassembler). Leur façon de "donner des leçons" fait penser à la sottise du sot qui reproche à son interlocuteur d'être lui-même stupide, sous prétexte qu'il ne partagerait pas ses vues limitées et partielles.

Difficile de communiquer avec une telle bêtise "savante" (d'autant plus bête qu'elle se dit savante, d'ailleurs).

On notera au passage que ces théoriciens de "Temps critique" tendent à valider l'idéologie confusionniste d'un capitalisme devenu "cognitif", insistant donc davantage sur la composition "technique" du capital, et non plus sur sa composition organique. Ils se rapprochent ainsi davantage d'un Rifkin que d'un anticapitalisme strict. Ils peuvent nier l'existence d'une dévalorisation asymptotique de la valeur "réelle", et tenter d'imaginer les moyens de sauver le "soldat économie". La critique de la valeur inscrit le capitalisme cognitif dans la dynamique négative qui lui correspond ; loin de nier son existence, il le ramène au contraire à une compréhension plus profonde des crises systémiques du capitalisme, système qu'il ne s'agit donc plus de "sauver" ou de "réguler" superficiellement, mais qu'il s'agit bien d'abolir.

L'économicisme "cognitiviste" et l'économicisme marxiste "orthodoxe", peuvent finalement cohabiter provisoirement, sans trop de difficulté, comme le montre le geste confus et bariolé de Guigou-Wajnstejn. Dans un cas comme dans un autre, le capitalisme n'est pas vraiment mis en cause en tant que tel.

 

[1] Contribution à la critique de l'économie politique, p. 19

[2] Capital, Livre I, p. 64

[3]Cf. Rifkin, Jeremy,La nouvelle société du coût marginal zéro : L'internet des objets, l'émergence des communaux collaboratifs et l'éclipse du capitalisme

[4] Concernant cette question d’une irréversible dévalorisation de la valeur au sein du capitalisme moderne, on se reportera à l’ouvrage de Trenkle et Lohoff, La grande dévalorisation. Dans cet ouvrage, les auteurs montrent ce mouvement de dévalorisation de façon très empirique et très historique, ainsi que sa relation avec le développement du capital fictif.

E) Citations éclairantes

 

a) Arendt :

"Du point de vue de la vérité scientifique, les spéculations des idéalistes étaient pseudo-scientifiques; de nos jours, à l’autre extrémité du spectre, on dirait qu’il se passe quelque chose de semblable. Les matérialistes jouent le jeu de la spéculation à coups d’ordinateurs, de cybernétique et d’automatisation ; de leurs extrapolations sortent non pas des fantômes, comme dans le jeu des idéalistes, mais des matérialisations semblables à celles des séances de spiritisme. Ce que ces jeux matérialistes ont de vraiment remarquable, c’est que leurs résultats rappellent les concepts des idéalistes. C’est ainsi que l’Esprit du Monde de Hegel s’est récemment matérialisé dans la construction d’un “système nerveux”, organisé sur le modèle d’un Ordinateur géant. Lewis Thomas (in The Lives of a Cell, New York, 1974) entend concevoir la communauté mondiale des êtres humains comme un Cerveau géant où l’échange des pensées est si rapide “que les cerveaux de l’espèce humaine semblent souvent subir une fusion fonctionnelle”. Avec l’humanité en guise de “système nerveux”, la terre entière “devient… un organisme vivant fait de parties finement imbriquées qui se développent toutes “à l’abri de la membrane protectrice” de l’atmosphère entourant la planète”. (Voir Newsweek du 24 juin 1974, p. 89)

 

 

b) Russel

Et dans son Histoire de la Philosophie Occidentale, Russell affirme :

 

« La théorie que le monde physique est constitué uniquement de matière en mouvement fut la base des théories reçues sur le son, la chaleur, la lumière et l’électricité. »[1]

 

[1] Russell Bertrand, Histoire de la Philosophie Occidentale, Gallimard,1968, p 616.

c) A. Sohn-Rethel, Travail intellectuel et travail manuel  (entre-monde...)

- "En fait l'automatisation du processus de travail, dont dépend le capital afin de contrôler la production, n'est pas incarnée dans le travailleur humain mais dans les conditions qui déterminent la quantité de force de travail dépensée que celui-ci a vendu au capitaliste. Le capitaliste ne contraint pas directement la volonté du travailleur par son action personnelle mais indirectement par l'action des choses et des services qu'il peut acheter avec son argent et surveiller avec son autorité."

 

 

- "Afin de souligner le parallèle entre les deux voies de développement par lesquelles le capitalisme s'arracha des chaînes paralysantes du système dépassé du libre-marché, il suffit de rappeler la citation faite par Lénine dans son Impérialisme de l'entretien entre Cecil Rhodes  et le correspondant du Times, Wickham Steed, en 1895 :

 

« J'étais hier dans l'East-End (quartier ouvrier de Londres), et j'ai assisté à une réunion de sans-travail. J'y ai entendu des discours forcenés. Ce n'était qu'un cri : Du pain ! Du pain ! Revivant toute la scène en rentrant chez moi, je me sentis encore plus convaincu qu'avant de l'importance de l'impérialisme... L'idée qui me tient le plus à cœur, c'est la solution du problème social, à savoir : pour sauver les quarante millions d'habitants du Royaume-Uni d'une guerre civile meurtrière, nous, les colonisateurs, devons conquérir des terres nouvelles afin d'y installer l'excédent de notre population, d'y trouver de nouveaux débouchés pour les produits de nos fabriques et de nos mines. L'Empire, ai-je toujours dit, est une question de ventre. Si vous voulez éviter la guerre civile, il vous faut devenir impérialistes[1]."

 

L'année 1895 fut également celle où Freidrich Wilson Taylor présenta ses travaux à l'American Society of Mecanical Engineers lors d'un exposé auquel il donna un nom remarquable : Le salaire aux pièces : vers une solution partielle du problème du travail."

 

 

[1] Die Neue Zeit, 1898, 16e année, n°1, p. 304.

- "L'augmentation des surcoûts entraîne une économie du temps spécifique dans le processus de travail productif. Plus haute sera la capacité productive d'une usine, c'est-à-dire plus elle manufacturera de produits en un temps donné, en conséquence de quoi le capital tournera plus rapidement, plus bas sera le prix de production à l'unité des produits manufacturés et meilleure sera la compétitivité de l'entreprise. Dans les conditions d'un capitalisme monopoliste la rapidité des opérations dans une usine donnée est le facteur déterminant pour l'entreprise dans sa lutte pour le profit."

- "L'uniformité de la mesure entre l'homme et la machine introduit un nouvel enjeu pour la lutte des classes dans le procès de travail. L'unité de mesure impose l'alternative suivante : la subordination du travail à la machine ou au contraire de la machine au travail. L'une des deux doit nécessairement s'affirmer. Sous la direction des capitalistes la première subordination est assurée car les ouvriers vont travailler avec leur bras, comme une seule force combinée, tandis qu'ils restent divisés en esprit, au moyen de leurs salaires individuels. Pour que le contraire soit possible l'esprit des travailleurs doit s'adapter au caractère composé de leur travail combiné. Un des rares exemples d'une telle possibilité nous fut donné lors de la grève de Pirelli en Italie en 1968 où les travailleurs imposèrent leur propre temporalité au moyen de « contre-normes » et réussirent à prendre la ligne de montage des mains des managers, réduisant la vitesse à 30 pour-cent par rapport à celle d'origine.

            Cette grève, ainsi que beaucoup d'autres occupations d'usine en Italie, en France, en Angleterre et ailleurs, illustre le fait que le fétichisme, observé par Marx, implique « l'inversion » des relations entre le travail et le capital comme étant limitée à un type de production où travail et machine forment une structure commune.

            Le capital se voit constamment obligé de restructurer son processus de production, non seulement pour réduire les coûts de production à l'unité et éviter la récession, mais, de manière encore plus contraignante, pour maintenir sa main de fer sur la lutte des classes. Ainsi la tendance actuelle allant vers la substitution de la ligne rigide par des groupes de travail semble à première vue être une concession aux travailleurs. En fait il s'agit comme toujours de briser le pouvoir de négociation que les travailleurs ont appris à tirer de leur ligne de travail. Une autre réponse du capital aux luttes industrielles consiste à « rationaliser » la production en ayant toujours moins de travailleurs et toujours plus de machines automatisées, sans égard pour le péril à long terme que représente cette tendance pour le capital lui-même."

- "Le système du capitalisme monopoliste est marqué par une dualité économique. La première partie de cette dualité se situe dans le marché et remonte aussi loin que la production de marchandises elle-même, l'autre est spécifique à la forme la plus récente, sinon ultime, du capitalisme. Mais les règles du marché ne sont plus les mêmes que ce qu'elles étaient à l'époque du libre-échange. Dans le marché libre le système de production était étroitement lié à la reproduction de valeurs – c'est-à-dire de valeurs servant le processus de reproduction de la société – , valeurs qui étaient représentées par des marchandises. Ainsi dans l'ensemble la reproduction du capital était parallèle à celle de la société, bien qu'elle soumette cette dernière aux désastreuses vicissitudes des cycles commerciaux. Par la manipulation des caractéristiques du marché propre au monopolisme, ce lien fonctionnel a été peu à peu affaibli. La production monopoliste n'est plus entravée par la fabrication de valeur à reproduire, ainsi la consolidation de la tendance au monopole dans le milieu des années 90 du siècle dernier[1] a sonné le départ d'une course à l'armement menant finalement à la Première Guerre Mondiale. Il est évident qu'une part toujours plus grande du P.N.B se compose de biens non-marchandisables dont l'État fait reposer le coût sur les populations civiles, tandis que les profits privés vont aux manufacturiers. Dès le début l'État permit aux capitalistes de satisfaire les exigences d'une production illimitée, fondée sur l'économie de temps, en étendant les marchés par nature limités. Avec la création, pendant la Première Guerre Mondiale, de la chaîne, destinée à la production de masse mécanisée, puis de son intégration, après-guerre, dans le système capitaliste à un niveau mondial, la dualité entre l'économie de marché et l'économie des usines devint un trait permanent du capitalisme monopoliste mondial. C'est cela qui a mené à la Grande Récession des années 30, lorsque les deux économies s’effondrèrent à un niveau tel que le système capitaliste lui-même fut menacé. Seule l'Allemagne d'Hitler adoptant sans réserve la production de bien non-marchandisables et se réarmant pour la Seconde Guerre Mondiale aida le capitalisme mondial à passer le cap grâce à une course internationale à l'armement. Après la Seconde Guerre Mondiale les grands pontes du business se rendirent compte des contradictions apparues avec la production de masse, et de la menace qu'elles faisaient peser d'une rechute dans un état de préparation de guerre. Les grandes entreprises mirent en place une stratégie de « planification » centrée sur un seuil de rentabilité afin de contrebalancer les tendances centrifuges de la production contre les effets centripètes limitant le marché. Ainsi, sans la Guerre de Corée dans les années 50 et la Guerre du Vietnam dans les années 60 et 70, soutenues par une inflation de longue durée, il est certain qu'une répétition de la grande crise mondiale économique aurait eu lieu avant la fin des années 70.

Ce bref rappel des événements nous sert à mettre en lumière les contradictions encore plus profondes existantes dans la nature du capitalisme monopoliste et qui permettent d'expliquer les effets toujours plus destructeurs du capitalisme sur la société. Tandis que les régulations propres à l'économie de marché sont affaiblies par les manipulations, les pressions toujours plus grandes en faveur de la production continue et de l'économie du temps deviennent les forces générales du développement capitaliste. L'économie de marché, fondamentale pour la production marchande, doit être conservée si le capitalisme veut survivre, et l'économie de la production doit pouvoir y trouver sa place. Mais les limitations que le capitalisme doit imposer à l'économie des usines, dans l'intérêt de sa propre préservation, ne doit pas nous empêcher d'analyser la structure formelle de la production et du Taylorisme. Depuis le début nous avons considéré cette nouvelle économie comme faisant partie du capitalisme parvenu à sa troisième phase, cependant il se peut qu'elle recèle des potentialités qui pourraient s’avérer vitales si la société n'était plus soumise au capitalisme. Cela n'implique aucunement que nous croyions que le capitalisme soit dans une phase de transition vers un tel futur, ni aucune croyance dans l'existence d'une nécessité innée d'une destruction finale qui intervienne autrement que par un renversement révolutionnaire. Néanmoins nous pouvons nous rappeler les remarques faites par Marx dans les Grundrisse :

 

« Mais à l'intérieur de la société bourgeoise qui repose sur la valeur d'échange, se forment des relations de commerce et de production qui sont autant de mines propres à la faire éclater. (Il s'agit d'un grand nombre de formes antagoniques de l'unité sociale dont le caractère conflictuel ne pourra jamais se résoudre au moyen de transformations paisibles. D'un autre côté, si la société telle qu'elle est ne contenait pas, à l'état latent, les conditions matérielles de production et de circulation propices à une société sans classe, toute tentative révolutionnaire ne serait que du donquichottisme) »[2].

 

[1]1890 donc (N.D.T).

[2]Marx, Principes d'une Critique de l'Économie Politique in Oeuvres : économie, Tome II, éd.pléiade, p 212.

 

 

 

 

 

 

 

 

F) Prévisualisation

Le scientifique et technocrate contemporain, grâce au surdéveloppement de l'outil informatique, et grâce à l'élaboration d'un calcul intégral spécifique, pourrait bien être un jour capable de prévisualiser les actes humains qui se dérouleront dans le futur. Ou encore : un tel fantasme pourrait exister (cf. Bojowald, L’univers en rebond).

Le mythe d'un démon laplacien, dans le contexte d'un déterminisme intégral, serait devenu réalité. Cet horizon alarmant signifierait peut-être que nous aurions banni décidément l'étonnement de vivre tout événement, quel qu'il soit, puisque nous aurions pu le « voir » sur quelque écran, antérieurement.

Qu'est-ce à dire ? Supposons qu'un homme « contemple » une scène de sa vie telle qu'elle se déroulera dans cinq ans. Que s'est-il passé là ? Il n'a fait qu'appréhender visuellement, ce qui est le superficiel en soi. De fait, une fois qu'il vivra la scène effectivement, cinq ans plus tard, il découvrira son authentique teneur presque aussi pleinement que s'il n'avait rien « vu ». Car entre « voir » un vécu et le vivre effectivement, il y a un abîme : vivre le vécu, en effet, est un fait inextensif, invisible, inexpérimentable de l'extérieur. « Voir » le vécu n'est « connaître » que la surface sans intérieur . Si des hommes détenaient le pouvoir de prévisualiser l'avenir humain, ils se penseraient certainement très puissants, selon leur pensée mutilée et abstraite. Mais leur démarche, médiocre et vile en soi, abolissant leur propre liberté et non celle de quiconque vit sans se regarder vivre, serait plutôt l'impuissance en soi : l'impuissance de saisir le miraculeux comme miraculeux qui, de toute façon, quand bien même on voudrait le rendre pré-visible, ne cesserait pas moins d'être miraculeux.

Elucidations possibles de la prévisualisation

 

Bojowald, le physicien allemand spécialisé dans la gravitation quantique à boucles, indique que celui qui a trouvé la "fonction d'onde" initiale de notre séquence d'univers (big bang), connaissant donc le conditions initiales de cet univers, pourrait prédire, voire prévisualiser avec exactitude tout l'avenir de cet univers, dans les moindres détails, à la manière d'un démon laplacien. Si "l'univocité" de cette fonction d'onde, reposant sur la réduction technique/théorique du paquet d'onde, est atteinte, et réduit l'indétermination quantique, alors un tel rêve devient réalité.

Cette mécanique effrayante rendrait opérants des délires à la Minority report.

Bojowald imagine que le "détenteur" de la fonction d'onde initiale "univoque" pourrait "contrôler" les mouvements futurs de la bourse, et "devenir riche" (paralogisme ici : connaître l'avenir pour en bénéficier, c'est le modifier, et donc la connaissance de départ est erronée).

 

Mais tentons une conception de la prévisualisation qui soit moins totalitaire, plus gracieuse et libre ; qui ne se "regarderaient" pas sur des écrans, mais se vivrait en chair et en os, dynamiquement et joyeusement.

Dialogue : Benoît Bohy-Bunel et Liamine Touhami (chercheur en physique et en métaphysique)

I Dans le contexte d’une durée pure et continue, fluide et ouverte, quelle sera « l’origine » du vivant conscient de cette temporalité ?

 

Benoît BB :

 

Avant de répondre à cette question, il me faut présenter certaines conditions temporelles induites par la « réalité » de l’éternel retour du même.

J’aimerais revenir sur un concept jungien : le concept de synchronicité. Ce concept pourrait avoir une signification psychologique, mais aussi physique, cosmologique, dans un premier temps. Mais n’a-t-il pas une autre signification ? Voyons cela de plus près.

 

La compénétration intuitive de tous les instants de la durée éternelle définit, pour la conscience intime du vivant sensible, une « épaisseur » de la durée : le passé, dans la mémoire, et le futur, dans l’anticipation, « grignotent » le présent vécu, continuellement. Le futur est donc constamment « déjà là », dans l’épaisseur du « présent », et on pourra même dire, en un certain sens, qu’il « conditionne » déjà le présent, en tant qu’il le pénètre intimement (et cela, d’ailleurs, définit une forme de « déterminisme », voire de « prédétermination », aux niveaux ontologique, psychologique, qualitatif pur, qui donne à penser). Cette détermination spécifique du « présent » par le futur renvoie à une « double causalité » : le futur déterminé par le présent détermine ce présent à son tour, au sein d’une temporalité non fermée, qui par l’anticipation est constamment contaminée par ce qui est à venir (ceci définissant l’actuel au sens strict). En langage jungien, donc, on peut appeler ce phénomène de double causalité : « synchronicité ». Jung ajouterait au concept bergsonien de durée pure une dimension essentielle : l’épaisseur de la durée conditionnerait psychologiquement une forme de « pressentiment », et « physiquement » une forme de « pré-action », qui impliqueraient le surgissement de « coïncidences signifiantes ».

La physique appréhende aujourd’hui quelque peu le concept de synchronicité : Philippe Guillemant, un physicien français, la définit précisément en tant que causalité finale, ou en tant que double causalité, peut-être « élucidable » physiquement un jour. François Martin, chercheur en physique au CNRS, développe une théorie de la « Psyché quantique » susceptible d'expliquer ce genre de « doubles causalités », en postulant des superpositions d'états au niveau de la conscience elle-même, et une intrication conscience-univers.

Le principe physique de moindre action, à travers une autre dimension, à mon sens, contient déjà en germe cette idée d’un présent déterminé par son futur.

En outre, l'hypothèse cosmologique d'un éternel retour du même complexifie la détermination de ces bases, ou les révèle même peut-être dans toute leur nécessité, il me semble : si le « futur » d’une séquence physique donnée s’est « déjà déroulé » antérieurement, sur le plan des agencements spatiaux, l’idée que le futur vécu à venir détermine le présent vécu, actuellement, dans l’épaisseur de la durée, de façon synchronique, selon une certaine « double causalité », devient plusintuitive.L’épaisseur de la durée, la fluidité du temps, cette façon dont le futur « grignote » le présent, renverrait, dans l’éternel retour, à une tendance qu’ont la matière, ou la conscience intime du vivant, à préformer des agencements qui se déroulent invariablement de la même manière. De ce fait, le principe d’éternité vécue (l’épaisseur de la durée) finit par être associé à une forme de retour de mêmes qualités, de mêmes expériences « sensibles » envisagées, ce qui est un avantage certain, dans la mesure où j’ai déjà souligné la difficulté à associer durée pure ouverte et « mêmeté ».

 

(Note importante : Lorsque je dis que le « futur » d’une séquence physique déterminée s’est déjà déroulé antérieurement, il faut bien comprendre ce que j’entends par là : le temps ne « revient » pas en arrière, dans le cadre de l’éternel retour du même. Le temps demeure irréversible, et il progresse sans cesse. Mais certains agencements spatiaux vont se répéter à l’identique, au sein de l’irréversibilité temporelle. En ce sens, d’un point de vue spatial, les agencements à venir au sein d’une séquence déterminée se sont « déjà » produits à l’identique, dans une séquence antérieure qui sera dite « identique », spatialement parlant. Dans l’expression « éternel retour du même », il faut considérer que cette « mêmeté » ne concerne que les agencements spatiaux qui reviennent à l’identique, et peut-être les qualités sensibles inextensives liées à cette mêmeté spatiale, si elles en dépendent strictement ; mais les moments du temps, quant à eux, ne seront jamais absolument les mêmes, puisque le temps demeure irréversible, et ne cesse de couler. C’est pourquoi le mot « futur », dans cette acception, est mis entre guillemets (absolument parlant, il reste un « passé »))

 

 

Par ailleurs, je vois pour ma part très souvent des synchronicités d'une grande beauté, dans mon quotidien le plus banal.

Prenons la couleur violette, qui a du sens pour moi en ce moment, selon une symbolique qui m’appartient. Une jeune femme qui me touche intimement arrive soudainement devant moi avec un habit violet. Je vois cela comme une forme de pro-vocation. Pourtant elle ne connaît pas ma fascination pour cette couleur, et elle ne sait pas ce que cela signifie pour moi.

La « loi » psychologique (durée épaisse, « pressentiment ») et physique (« double causalité », pré-action) de la synchronicité dans l’éternel retour du même, pourrait éventuellement donner du sens à ce phénomène mystérieux, d’autant plus si un principe d’amour intellectuel comme principe de reconnexion intuitive à la totalité (cf. Spinoza) s’associe ici à un principe d’amour sensible pour une personne sensible et charnelle (cf. Diotime, dans Le Banquet de Platon).

 

Ceci est donc un premier point, qui nous intéresse particulièrement dans une théorie de l’éternel retour. Mais j’aimerais envisager une autre dimension de la question, peut-être plus ésotérique, et moins utile, dans l’immédiat, d’un point de vue théorique, mais qui s’avérera peut-être important si nous envisageons d’autres dimensions du concept d’éternel retour (dimensions éthiques ou esthétiques).

 

La signification psychologique ou physique de l’événement que je viens de décrire (une jeune femme portant un habit violet) ne doit-elle pas cohabiter avec une signification « théologique », en un sens très large (non ecclésiastique) ? Il me semble qu’une détermination théologique intervient soudainement dans le phénomène de la synchronicité : une « intention » qui « harmonise » les préformations psychiques et physiques semble se manifester ici. Dans l’hypothèse cosmologique de l’éternel retour, certes, le phénomène de la préformation semble « logique ». On pourrait même postuler, métaphysiquement, une continuité qualitative d’une « âme » qui resurgirait elle aussi en tant que « même », et qui anticiperait, au sein d’une « réminiscence » spécifique, un « futur » déjà déroulé. Mais il semble aussi, au sein de la synchronicité, que l’attention sélectionne des éléments apparemment arbitraires, qui « comme par magie » vont être également préformés puis formés dans le « monde physique ». L’attention sélective de la conscience, qui rejoindra une distribution sélective des forces physiques, apparaît comme un « acte » profondément magique, mystérieux. Une « intention » extérieure, transcendante, paraît les avoir suscitées. Les élucider scientifiquement nous permettrait de cerner leur fonctionnement « mécanique », mais ne nous permettrait pas de saisir leur signification intentionnelle, ésotérique.

En comprenant que les synchronicités réclament une interprétation non seulement scientifique, mais aussi « théologique », en un sens nouveau, ou ésotérique, nous comprendrons qu’elles pourront devenir des « manifestations » éventuelles, physico-théologiques, de l’existence d’une instance sensible extérieure à notre sphère visible, spatiale, ou d’une intentionnalité transcendant, ou intégrant le monde sans y être, produisant des agencements intentionnels dans le monde, et suscitant des attentions sélectives. Cette instance « disposerait » synchroniquement, par exemple, l’attention à la couleur violette dans un esprit donné (symbole), et cette couleur dans un objet du monde (habit), puis elle susciterait une rencontre nécessaire, pour rendre « manifeste » sa présence. Elle « s’adresserait » à nous par le biais des synchronicités. Dans l’éternel retour, cela signifie qu’elle « disposerait » un certain futur dans un certain présent, rendrait manifeste, actuellement, ce futur, pour que nous saisissions la loi de cet éternel retour. « Elle », devenue manifeste dans les synchronicités deviendrait « elle », devenue manifeste dans son intention : c’est notre éternelle répétition qu’« elle » tenterait de nous dévoiler.

Chez Simone Weil, la grâce, qui est une forme singulière de l’attention, par laquelle ce qu’elle appela « Dieu » advient, est bien cette façon de laisser se manifester en soi un vide, ou un laisser-être, un certain principe donc, de dilatation du temps (la pesanteur, l’énoncé d’une divinité s’étant absenté, étant vecteur de resserrement de l’être, ou de l’esprit).

 

Malheureusement, cette proposition paraît pour l’instant complètement mystique, et totalement étrangère à un discours qui se voudrait « rationnel » ou au moins « raisonnable », et pouvant concerner une épistémologie de la cosmologie discursive.

Soyons donc beaucoup plus clairs, et tâchons de rendre exotérique l’ésotérique.

Qu’est-ce que la conscience, d’abord, pour le vivant ? Bergson nous dit constamment que la conscience est mémoire, mémoire fondant une capacité à se préparer à l’action future, donc à l’anticipation (Cf : « la conscience et la vie »). Tout être vivant se mouvant possède une telle « conscience » de fait, en tant que tout vivant se meut quelque peu, et doit pour se faire s’adapter, tout en la développant, à une projection et à une accumulation du passé dans le présent nécessaires pour lui. Les végétaux, plus sédentaires, possèdent cette conscience faiblement, les animaux moins faiblement, et les humains, projetant leur action, sur la base d’une mémoire plus conséquente, vers un futur très lointain, semblent être les vivants les plus « conscients ». Mais dans ces trois cas, la conscience demeure essentiellement principe moteur, principe de croissance et de persévération dans l’être, conatus désirant. En tant que telle, elle n’est rien d’autre que la sensibilité même du vivant (végétative, motrice, ou cogitative).

On dit du vivant humain qu’il possèderait une « conscience intellectuelle », ou réflexive, voire une « raison » (fondant éventuellement une conscience morale) qui serait radicalement différente de toute conscience sensible. Cela est faux. Cette conscience intellectuelle n’est jamais que ce que Jung aura appelé une « pensée dirigée » (Métamorphose de l’âme et ses symboles, I) : et cette pensée dirigée n’est rien d’autre qu’une pensée se formulant dans le langage, par le biais des mots. Mais que sont donc les mots ? Ils sont d’abord de perceptions visibles (visualisation de mots écrits, de corps parlant, de choses visibles dans l’espace désignées par les mots) et des perceptions auditives (audition de corps parlant), qui désignent également des perceptions tactiles (espace à trois dimension) ou gustatives et senties. La dite conscience « intellectuelle » n’est donc rien d’autre qu’une mémoire réfléchie de certaines sensations visuelles et auditives désignant d’autres sensations du corps, elle ne se distingue pas qualitativement de la conscience sensitive de la pensée non-dirigée. Elle n’est pas même une « portion isolée » de la conscience sensible tout court : elle n’est rien d’autre que la conscience sensible immanente sous l’une de ses manifestations particulières, c’est-à-dire mémoire, et anticipation sensibles, conservation sensible du passé dans le présent, et projection, en mouvement senti, vers l’action future.

 

Ce qu’on aura appelé « âme » humaine, en croyant qu’elle était une partie de l’individu différente du corps ou de sa sensibilité n’est qu’une mystification : c’est ici le visible et l’audible dans le langage écouté ou lu, parlé ou écrit, soit une partie de la sensibilité, qui ont prétendu ne pas être cette sensibilité, ou pouvoir être « plus » que cette sensibilité. Mais lorsque nous supprimons, très simplement, cette mystification, en rappelant que l’âme n’est rien d’autre que la sensibilité, le corps, la perception sensible, parfois dirigée, parfois non-dirigée, parfois davantage visuelle et auditive, parfois davantage sentie par l’être entier, alors le corps sensible et conscient se réintègre et se réincarne. De ce fait, puisque tout vivant, même végétal ou animal, comprend cette conscience en tant que sensibilité, il n’y aura plus de différence qualitative, ontologique, absolue, entre les consciences du vivant, mais simplement des différences relatives à des degrés différenciés de complexité.

La durée pure que Bergson décrit dans son Essai sur les données intimes de la conscience est donc d’abord celle du vivant humain qui l’appréhende (quoique difficilement, car la conscience langagière ou dirigée, comme partie de la sensibilité qui tend à s’isoler du reste de la sensibilité, obstrue le chemin vers cette appréhension laissant-être le temps pur), mais elle est aussi nécessairement celle de tout vivant sensible quel qu’il soit, puisque la sensibilité ici en question ne se différencie que selon des ordres toujours plus complexes, mais non selon une rupture qualitative absolue. On pourra même considérer que cette durée pure est la temporalité de la cellule vivante initiale, primordiale, elle-même, se divisant initialement, dans la mesure où il existe un être-affecté, donc un être-sensible de toute cellule vivante, pour qu’elle puisse se diviser.

J’ai donc pu simplifier la question : la durée pure et ouverte, épaisse, synchronique en tant que continue, qui est mémoire et anticipation à divers degrés de complexité, dont je parle, est bien la durée de tout sujet sensible vivant. Mais que sera donc la spécificité de cette durée ? Comment la définir de façon vraiment unitaire et synthétique ? Je pense qu’elle signifie, très précisément : fond inextensif, invisible, perdurant, et soutenant l’organisation et l’identité permanente et dynamique d’un corps matériel vivant extensif, visible, dans l’espace. De l’organisme monocellulaire jusqu’à l’humain, on devra considérer que ce qui est simplement « visible » lorsque ces corps vivants sont vus « par d’autres », ne saurait résumer absolument l’être de ces corps, lesquels possèdent aussi une dimension interne, un principe interne d’organisation, qui n’occupe aucun espace, qui est invisible et inextensif, et qui est tout simplement le fait même de sentir, l’actualisation même de la sensibilité, comme mémoire et projection.

Donnons un exemple « humain ». Lorsque je parle à mon amie, je vois les gestes de son corps, ses expressions faciales, j’entends sa voix. Quelque chose de son « intériorité », de ses intentions, de ses désirs a priori « cachés », m’est donné ici. Pour autant, je ne saurais dire dans cette situation que j’accède totalement et absolument, complètement et adéquatement, immédiatement, à la manière même dont elle est affectée elle-même par le monde, à la manière dont elle perçoit, sent les choses, son propre corps, mes propres gestes et paroles, etc. Car ce fait même de sentir, pour elle, n’est visible nulle part pour un observateur qui serait « extérieur ». Il n’est d’ailleurs pas même visible pour elle-même. Ce fait de sentir est l’invisible même, l’inextensif même, qui fonde le fait que le corps réellement senti, en première personne à chaque fois, est toujours déjà quelque chose de totalement invisible. Ce qui est visible, vu, senti, est certes visible, perceptible, par définition. Mais le fait de voir, ou encore de sentir, toucher, goûter, écouter, ce fait même, dans sa facticité sensible, n’est en rien visible, ni par celle qui sent, ni par celui qui la perçoit de l’extérieur. Même si l’on observe une photographie du cerveau, ou une image du cerveau en mouvement, on ne saurait « voir » la manière même de sentir de l’individu qui vit avec ce cerveau. Pour « savoir » comment se déroule ce sentir, il faudrait être cet individu ; mais alors même dans ce cas, ce sentir ne serait toujours pas visible.

Ceci vaut donc pour tout vivant. La conscience sensible du vivant signifie très précisément ce fait : tout corps vivant sensible est toujours beaucoup plus que ce qui est simplement visible, pour un observateur extérieur ou pour lui, puisque son principe interne d’organisation, de conservation, et de projection, soit sa sensibilité ou sa conscience même, par laquelle il se développe visiblement et extensivement dans l’espace, est quelque chose d’invisible, d’inextensif.

Mais remontons un peu plus loin. Nous avons une « première » cellule, par exemple qui, de façon très problématique, « surgit » à partir d’une matière physico-chimique « non-animée ». Que s’est-il passé là ? A partir d’un donné spatial et étendu qui apparemment ne comporte pas de principe d’organisation inextensif (matière physico-chimique « inerte », « inanimée »), aurait surgi soudainement une matière radicalement « nouvelle », la « vie sensible », nouvelle car faisant pénétrer dans un univers en lequel chaque élément aurait pu se réduire à de l’extensif, un principe matériel en lequel une dimension inextensive (la conscience motrice) s’affirmait.

Pour autant, la bactérie elle-même n’est-elle pas constituée également de physico-chimique ? Et, dans une temporalité a priori fluide et continue, n’est-elle pas tout simplement une simple complexification de la matière physico-chimique dite « inanimée » qui la précède, se différenciant d’elle non pas par nature, mais selon une variation graduelle ? Ainsi donc, ce qui est vrai pour sa temporalité sensible ontologiquement (la permanence d’une dimension inextensive et invisible qui organise et soutient sa manifestation extensive et visible, au sein d’une durée pure ouverte et continue) doit être vrai pour la temporalité de la matière physico-chimique qui a permis son émergence : les objets dits « inertes », ou « purement » physiques, donc, si la vie biologique qui émerge à partir de la sphère physique n’est qu’une complexification de cette matière, et non une rupture ontologique absolue, ce qui doit être puisque c’est dans un processus continu qu’elle émerge, ces « choses » donc dites inertes, doivent également comporter une dimension inextensive, invisible, qui sera leur principe interne moteur, dynamique, d’organisation et d’agrégation, fondant un substrat permanent à leur base. Ce qui est appelé sensibilité, conscience, âme, animation du vivant, doit avoir son correspondant analogique en ce qui concerne les choses matérielles non-vivantes, dans la mesure où elles posséderaient elles aussi une dimension temporelle inextensive et invisible qui les meut.

Leibniz avait su appréhender quelque peu cette nécessité ontologique, en envisageant le fait que toute matière, même purement physique, était en quelque sorte « percevante », ou « sensible ». Mais son idée de « monade » hélas, présupposait encore trop une localité spatiale assignée, et ne cernait pas la dimension absolument inextensive du phénomène.

Soyons plus clairs que lui. Ce que nous appelons « gravitation », ou « champ gravitationnel de forces », ou encore « forces », « énergie », n’est jamais quelque chose d’extensif, de visible dans l’espace physique. Il ne s’agit là que de relations pures, idéales, invisibles, censées expliquer les mouvements relatifs les uns aux autres des phénomènes visibles. On pourrait diviser à l’infini l’espace solide occupé par un objet physique soumis à la gravitation, et observer pendant dans siècles chacun des plus petits éléments visibles qui le constitue, pour rassembler tous ces éléments finalement et tenter de cerner exhaustivement l’organisation synthétique visible de cet objet, pour autant, on ne serait pas encore capable de pénétrer complètement et adéquatement ce que signifie cette force de « gravitation » à laquelle il est soumis, puisque celle-ci est essentiellement une relation inextensive,qu’on ne trouve nulle part dans l’espace (ici, les formes mathématiques définissent au sens strict ces relations invisibles et inextensives qui unissent les formes matérielles visibles et étendues).

Soyons plus précis encore : les principes élémentaires de la physiques, soit le principe de conservation des forces, de l’énergie, le principe d’inertie, la loi de la gravitation, le principe de moindre action, sont autant de façon de dire que la matière dite « inanimée » est en fait mue par un principe interne inextensif qui se situe entre les objets physique, et qui est très strictement analogue à la conscience sensible du vivant qui est elle aussi conservation du passé dans le présent (mémoire) et persévérance, inertie dynamique, économie de l’énergie (projection, anticipation, action).

Cela me fait dire donc que la matière physique précédant l’émergence de la vie se développe elle aussi au sein d’une temporalité fluide, continue, non divisible dans l’absolu, ouverte, à la manière du vivant conscient, puisqu’elle n’est qu’une forme moins complexe de la temporalité du vivant, mais non différente ontologiquement. Bergson sous-entend cela clairement dans les premières pages deL’évolution créatrice, lorsqu’il indique que la durée intime, continue, fluide, de l’individu vivant sensible est certainement définit aussi celle de l’univers physique comme totalité. A ce moment-là, Bergson dit aussi implicitement que l’univers, nécessairement, est éternel. Car la continuité de la durée de l’univers comme tout signifie qu’il n’existe pas pour lui d’atome temporel, d’instant « t » absolument surgissant à partir duquel il pourrait se manifester ex nihilo, ou disparaître vers le rien, mais elle signifie au contraire que tout « présent » de l’univers physique signifie nécessairement conservation inextensive soutenant une conservation extensive, donc passée, de cet univers, et projection inextensive soutenant une projection extensive, donc future, de ce même univers.

Mais précisément, Bergson dit bien : « l’univers comme totalité », et non les parties de l’univers. Je ne suis pas en train de dire qu’un objet inerte, isolé, sans relation avec les autres objets, pourrait par lui-même posséder une dimension inextensive en tant que motrice ou conservante. Certes, le vivant individué possède toujours plus, pour lui-même, sa conscience sensible, qui fait que cet inextensif qui le meut et l’organise, l’unifie, et par lequel il est affecté, semble toujours plus posséder une « localité spatiale », et ce jusqu’à l’humain conscient, extrêmement individué, et dont la sensibilité semble extrêmement réduite à son seul corps. Cela étant, la dimension insensible, non « organisée » localement, non « individuée », de la matière physique indique que l’inextensif qui l’organise n’a définitivement plus aucun « lieu ».

Je m’explique. L’inextensif, par définition, n’a pas de lieu. Seul ce qui est étendu a un lieu, occupe un espace. Lorsque je dis qu’un corps vivant et sensible conscient possède une part d’inextensif, d’invisible, je suis donc en train de dire qu’il existe une dimension de son être, qui le meut (son désir dirait Spinoza, son conatus), qui n’a absolument aucun lieu assignable. Il n’est absolument pas dans notre monde visible. Il soutient un certain corps visible localisé, mais en tant que tel, il n’est trouvable nulle part sur ce corps, pas même « autour » de ce corps, pas même « très loin » de ce corps. Il est donc, au sens strict, dans un ailleurs radical. Il est au-delà de toute l’infinité spatiale et temporelle, il est par-delà tous les mondes spatiaux ou visibles possibles existants. Il est dans une autre dimension de l’être, au sens strict (non pas dimension intelligible, comme dirait Kant, mais plutôt dimension intensive, invisible, au sens strict).

Cet ailleurs radical se laisse plus aisément imaginer lorsqu’on a affaire simplement au monde physique dit « inerte » qui précède toute vie, et qui survit à toute vie. Ici, les relations de conservation, d’inertie, de persévérance, parce que nulle « sensibilité » des objets isolés n’existe, parce que l’inextensif n’a pas tendance à devenir un principe moteur particularisé en tant que « conscience individuée », sont bien des relations à saisir dans leur totalité organisée absolue. Ainsi, on pourra dire en toute légitimité, en se fondant simplement sur des données phénoménologiques purement descriptives, intuitivement évidentes, axiomatiques (Merleau-Ponty, Bergson, sur la question de l’invisible ou de l’inextensif), en se fondant sur l’idée simple d’une émergence progressive du vivant à partir du physique, sur l’idée d’une complexification progressive de la matière n’incluant nulle rupture ontologique absolue, qu’il doit exister une principe inextensif , invisible, se situant dans un ailleurs radical, radicalement transcendant, sans lieu et sans forme, qui doit posséder une sorte de « conscience », de « sensibilité » (ou d’intégration informative), par analogie avec celles du vivant, qui sera aussi principe de conservation et de projection, principe moteur et organisateur, de tout ce qui est visible dans l’univers éternel et infini.

Mais une tension, certes, apparaît ici. Pour le vivant conscient complexe très individué, pour le vivant humain, par exemple, l’inextensif paraît attaché exclusivement à certaines sensations, perceptions, pensées dirigées ou non-dirigées, qui ont une localité très précise (le corps vivant de celui qui perçoit). Et ainsi cet inextensif paraît être lui-même divisible, de même que les différents corps vivants conscients sont distincts dans l’espace. Pourtant, l’inextensif, par définition, n’occupant aucun lieu, ne peut se diviser ; seul l’espace se divise.

Autrement dit, de fait, puisque tout vivant est issu d’une matière physique dont la totalité est organisée, synthétisée, par un principe inextensif qui lui-même ne peut être qu’unique (puisque seul le spatial, le visible, l’extensif, est multiple), alors tout vivant lui-même, lorsqu’il développe sa sensibilité, sa conscience inextensive, n’exprime jamais que ce seul, même et unique principe inextensif.

Soit deux humains vivants, sensibles et conscients, qui échangent. L’un développe une sensibilité inextensive qu’il éprouve, mais qui n’est visible ni pour lui ni pour l’autre. L’autre développe de même une conscience sensible qu’il éprouve, mais qui n’est visible, spatiale, ni pour l’autre ni pour lui. Il faudra considérer, axiomatiquement et rigoureusement, que ces deux manières de se sentir soi, pour le premier et pour l’autre, que ces deux manières inextensives d’être conscient, « se situent » en fait dans un ailleurs radical, transcendant, par-delà toute spatialité de l’univers physique en lequel elles sont une seule et même manière invisible d’affecter et d’être affecté. Autrement dit, au moment même où j’éprouve une certaine sensation invisible, même si ma conscience « langagière » ou « intellectuelle » est très peu capable de désigner ce fait, je suis en train d’éprouver toutes les sensations invisibles qui ont été éprouvées par tous les vivants dans tout le passé de la vie, qui sont éprouvées dans le présent de la vie, et qui seront éprouvées dans le futur de la vie, c’est-à-dire que j’éprouve toute l’actualité inextensive et insécable de la vie sensible, c’est-à-dire que j’éprouve plus largement le principe inextensif même qui est au fondement de l’organisation et du déploiement se conservant de toute la matière physique infinie et éternelle de tout l’univers.

C’est la partie sensible et auditive de la conscience du vivant humain, qui se conserve dans la mémoire des mots, des écrits, des paroles, et qui scinde sa sensibilité pour l’individuer outre mesure, qui l’empêche de comprendre que tout ce qu’il sent, c’est à la fois tout ce que sentent, invisiblement, tous les êtres de l’univers, et qu’il n’est de fait pas séparé d’eux, au sein de l’invisible lien qui unit tout ce qui est, lien qui, axiomatiquement et nécessairement, est l’Un-originaire même (l’idée de « multiplicité quantitative inextensive » étant une contradiction dans les termes).

« Dieu-e », selon un jeu de mot lacanien signifiant (qui n’est jamais qu’une logique appliquant les outils jungiens de synchronicité et d’inconscient collectif à une herméneutique des mots et des symboliques culturelles en tant que signifiants, Lacan n’a rien inventé), selon donc un « jeu de mot » cernant une intention d’un certain langage, « Dieu-e » sera : cette instance inextensive qui rassemble tous les êtres et toutes les choses, et qui n’est finalement « reconnue », attestée, dévoilée, que par le dire d’une sensibilité vivante qui aura obstrué ce chemin vers elle pour mieux garantir ce dire devenu individué, transmissible, réfléchie, partageable, deux fois conscient, soit : ceci qui « dit eux », chaque fois que son unité radicalement extérieure, transcendante, ailleurs, est révélée par une position (intuition sensible et intellectuelle de « Dieu-e », dont l’existence est ici absolument claire et nécessaire, sans qu’elle doive être « démontrée » : il s’agit simplement de la vivre et de la « montrer », négativement, en tant qu’une invisibilité, qu’elle est, s’affirme nécessairement à travers toute apparition visible).

Nous voyons ici très clairement que ce que nous avons appelé « monothéisme » n’est absolument pas distinct du panthéisme, mais ces deux formes trouvent très clairement leur fond commun dans l’animisme. C’est dans l’animation inextensive de fait de toute matière, même dite « inerte », que la nécessité d’une transcendance invisible et « une » se manifeste, au fondement de la multiplicité des choses perceptibles. Ceci ne violant en rien les dites « sciences » modernes, mais allant plutôt dans leur sens, comme on l’a vu. On peut néanmoins imaginer que le vivant sensible possède une animation, une sacralité supérieure, dans la mesure où sa sensibilité inextensive tend à individuer, et donc à accomplir l’invisible dans un lien « reconnu » dès lors. Et on peut imaginer que le vivant disposant des mots et des symboles, projetant une mémoire et une anticipation plus conséquente, redouble encore cette « reconnaissance ». Mais entre tous ces ordres (choses physiques, vivant non-humain, vivant humain), il n’y a que des différences de degré, d’un point de vue très rigoureux, et non de nature, si bien que tout anthropocentrisme, et même tout « bio-centrisme » relèvent d’axiologies arbitraires et illégitimes si elles prétendent définir des hiérarchies absolues et dogmatiques. Selon moi, les monothéismes abrahamiques (judaïsme, christianisme, islam) sont des contradictions dans les termes si elles ne reconnaissent pas leur fond animiste, et si elles considèrent comme barbares les sociétés premières qui ont développé cet animisme (par exemple, une fête comme Noël est liée à un solstice, une fête comme Pâques est attachée au calendrier lunaire, le ramadan est pareillement lié au calendrier lunaire). Ce que je retiens d’Abraham, c’est qu’il a détruit les fétiches, les idoles de son père, contre toute idolâtrie de la matière inerte, et qu’il n’a pas tué son fils finalement, car il n’a pu lui-même à son tour se soumettre à l’idolâtrie qui consiste à sacrifier la vie visible de l’autre au principe inextensif transcendant. Le sacrifice animal rituel, contre tout sacrifice humain, tout comme le refus d’idolâtrer les choses inertes, sont posées comme choix d’inscrire un ordre de la vie spécifique, mais qui ne vient pas briser l’animisme initial, bien au contraire : privilégier la vie sensible sur le non-sensible, sur le chosal local et « inerte », c’est privilégier la dimension invisible de toutes les choses que reconnaît cette vie, et c’est donc protéger cette dimension invisible, même celle de la matière physique non-vivante ; sacrifier l’animal en le respectant, c’est s’inscrire dans un ordre animal et végétal des choses, en ne renonçant pas à la prédation, mais en la sublimant dans le rituel humain, puisque l’homme est ce vivant capable de redoubler la reconnaissance de l’inextensif, dans un amour intellectuel et sensible de cette invisibilité une et motrice.

Mais nous voyons donc maintenant que ma proposition relative aux synchronicités, comme « manifestations » physico-théologiques d’une instance invisible motrice dans le monde, n’était pas forcément totalement mystique ou « ésotérique », mais qu’elle s’enracine dans une conception intuitive et discursive assez simple des êtres naturels, qui a en plus pour elle l’autorité de la phénoménologie (Merleau-Ponty), de l’épistémologie bergsonienne, et de la philosophie naturelle des religions les plus archaïques (animisme, panthéisme, abrahamisme). Il me semble de façon très claire en outre que les physiciens les plus « cartésiens » (et que Descartes lui-même, quoique de façon peu claire), lorsqu’ils évoquent par exemple un principe d’homogénéité de l’univers, ou avec leurs concepts d’instances immatérielles comme ceux de « forces », de « champ », d’ « énergie », etc., que les biologistes les plus darwiniens, avec leurs concepts d’adaptation ou de sélection, de spéciation (conatus invisible du vivant), que les cognitivistes les plus physicalistes (avec leur concepts cybernétiques purement formels, sans contenu « matériel »), admettront sans aucune difficulté qu’ils supposent constamment un substrat invisible qui serait à la base des mouvements visibles qu’ils observent. Je n’ai fait que radicaliser leurs démarches fragmentaires et souvent impensées, pour les mettre en cohérence.

 

 

Je reviens donc finalement sur cette question des synchronicités, pour justifier beaucoup plus clairement ce que je voulais dire. Un individu humain, conscient, vivant et sensible, est hanté par la couleur violette (symbole de pureté, mysticisme, méditation, introspection, spiritualité). Il y a là une mémoire, une attention à une enfance par exemple, qui se manifeste : une temporalité fluide et continue qui a priori n’obstrue pas la voie vers les souvenirs les plus archaïques. Une jeune femme, donc, qui le touche particulièrement, et qui porte elle-même une enfance, une autre mémoire, une autre projection, et qui porte la grâce aussi, la fluidité du temps, sa prédétermination qualitative, propre à la danseuse, par exemple, dont j’ai déjà parlé, arrive, à un moment très précis pour lui, avec un habit violet. Comme un signe, au sens strict (signe qui avec Bergson, Bachelard ou Lacan sera aussi cygne, principe aquatique fluide par excellence, principe de la continuité, de la mémoire, et de la création, soit principe de la grâce). Dans cette situation, axiomatiquement, c’est une seule et même inextensivité, invisibilité motrice et sensible, qui se manifeste dans ces deux corps apparemment divisés, tout comme cette inextensivité une est toujours une, dans l’infinité temporelle et spatiale de tous les êtres, et prend des formes individuées de façon seulement contingente. Autrement dit, l’intention invisible de l’homme qui observe cette synchronicité qui lui parle et l’intention invisible de cette jeune femme qui a choisi de porter un habit violet sont fondamentalement une seule et même intention. Mais l’enfance même de cet homme qui aura été marqué par la couleur violette, dans cette actualité inextensive du vivant, doit-on dire, était déjà cette intention de la jeune femme choisissant cet habit violet. Autrement dit, déjà enfant, cet homme se situait dans l’intention qui déterminerait qualitativement cette jeune femme à porter un habit violet ce jour-là. Ce présent archaïque déterminait déjà le futur de cette jeune femme, d’une façon rigoureuse.

 

Mais les mots que les individus utilisent pour désigner le monde, s’ils permettent de se projeter formellement dans un avenir lointain (projets réfléchis) et dans une mémoire ancestrale (discours historique), sont aussi des obstructions pour cette mémoire et cette anticipation inextensive qui est sensible au sens non séparé (intuitif, non dirigé intellectuellement), en tant qu’ils sont des principes d’individuation, de segmentation apparente de l’inextensif : chacun revendique « son » inextensif, et affirme qu’aucune connexion entre les sensibilités ne peut exister.

Mais lorsqu’il laisse être cette synchronicité sans mot, sans réflexion intellectuelle et sans jugement, au cœur d’une sensibilité non fragmentée, complète et incarnée, cet homme comprend que c’est bien une même intention invisible qui se manifeste là, et que cela lui indique qu’il se souvient de quelque chose.

Car revenons sur cette notion d’éternité. Si la temporalité du vivant est aussi celle de l’univers physique, alors celui-ci est fluide et continu, non surgissant absolument, non disparaissant absolument : éternel par définition. Le passé de l’univers sera donc lui-même « éternel », en tant qu’actualité persévérante éternellement. Mais que se sera-t-il « passé » au sein de ce « passé » éternel ? Une inextensivité motrice aura déployé une infinité d’êtres et de choses visibles qui auront été portés par lui. Mais ces êtres et ces choses sont portés aussi par un principe qui conserve (conservation des forces, de l’énergie), par un principe qui projette tout en maintenant (inertie). Ils sont en nombre infinis, mais ils doivent aussi être préservés en tant qu’individuations finies. Nécessairement, ces individuations, selon un principe de conservation cohabitant avec un principe d’éternité, devraient bien elles-mêmes se manifester à nouveau, à l’identique, dans l’éternité. Autrement dit, la sensibilité qui s’affirme ici et maintenant, si elle est enveloppée et mue par une inextensivité qui enveloppe tout ce qui est visible, et si elle s’est déjà manifestée à l’identique dans un corps spatialement identique, au sein d’une actualité passée, alors elle doit, en tant qu’inextensive, être traversée elle-même par cette sensibilité identique qu’elle fut elle-même peut-être déjà une infinité de fois. La réminiscence qui se jouerait là, dans la contemplation d’une couleur violette portée, apportée, méditée, et toujours déjà devenue, serait en fait une sensibilité identique s’étant répétée dans l’éternité au passé, qui affecterait cette même sensibilité au présent, au sein d’une même actualité inextensive motrice et consciente d’elle-même, sentie. L’enfance hantée par la couleur violette était l’enfance hantée par ce « futur » déjà éprouvé, dans l’inextensif éternel, futur où serait contemplé une certaine jeune femme portant un habit violet, qui deviendrai l’événement le plus marquant de sa vie.

 

Sur ce point donc, une certaine science moins cloisonnée et fermée d’esprit, et une certaine « théologie » moins obscurantiste et anthropocentrique, pourraient éventuellement un jour cohabiter harmonieusement : la science (psychologique, biologique ou physique), en tentant d’élucider, avec ses outils formels complexes, via une mathématique intuitive ou qualitative, les synchronicités, « banaliserait » ou « normaliserait » quelque peu leur présence dans le monde, produisant sur un terrain logique, ce qui n’est encore que trop sur un terrain intuitif (et désobstruant de ce fait le chemin qu’elle a elle-même obstrué, réalisant de ce fait la vocation « scientifique » abrahamique au sens strict). La « théologie », sur la base d’une « normalisation » des synchronicités, se saisirait de ce phénomène devenu plus « visible », pour interpréter éventuellement de façon plus précise et de façon plus profonde (et surtout moins destructrice, moins anthropocentrique, moins patriarcale, moins barbare), la présence d’une instance inextensive radicalement transcendante, ou radicalement « ailleurs ». Mais elle n’aurait pas à occuper le terrain scientifique pour formuler de telles interprétations, de toute façon relevant d’une dimension sensible ne concernant pas la science « formelle », dénuée de contenu subjectif qualitatif (elle expliciterait simplement cet amour charnel et intellectuel pour une autre personne, puis pour l’être lui-même, dans la réminiscence). Surtout, elle devrait renoncer totalement à toute figuration anthropomorphique de quelque « Dieu » patriarcal qui n’aura jamais existé que dans l’imagination malade des hommes de pouvoir voulant soumettre les autres, comme Spinoza le disait déjà en son temps (Ethique, Traité théologico-politique). Elle devrait renoncer à l’idée mal formulée que ce « Dieu » imaginaire aurait créé « l’Homme » à son « image », puisque l’inextensif qu’elle appelle Dieu, n’occupant absolument aucun espace, aucun lieu, ne saurait avoir aucune « image ». Le vivant humain a du divin en lui, certes, au même titre que tout vivant d’ailleurs, dans la mesure où sa sensibilité consciente comporte une part d’invisibilité, qui n’est rien d’autre que ce « divin ». Le vivant humain, si sa conscience sensible est plus développée, accède certes plus à cette dimension divine, mais son « langage », qui peut sublimer cette conscience, peut aussi hélas l’obstruer complètement, faisant de lui un être encore plus hébété qu’un végétal ou qu’une bactérie. Mais, quoi qu’il en soit, la partie visible de l’humain est ce qui le distingue radicalement de ce divin. Tout ce qui relève de l’image, du visible, chez le vivant, est tout ce qui le distingue radicalement du divin, même si ce qui meut, invisiblement, ce visible mouvant, demeure bien ce divin-Un. Si le mot « Dieu-e » voulait désigner cet inextensif, et s’il était possible de le décrire négativement, alors :

  1. il ou elle ou x n’aurait aucun genre (n’étant en rien « Père »), mais aurait tous les genres et aucun à la fois (pansexualisation et asexualisation infinies de l’inextensif) ;
  2. on ne pourrait en parler de façon « adéquate », puisque tous les mots ne désignent que ce qui est visible, sensible ; désigner cet « être », ce serait le traduire dans ce que cet être n’est pas, et donc le trahir a priori ;
  3. on ne pourrait interpréter nul commandement de sa part, puisque tout commandement se dit dans le langage, humain, trop humain, nécessairement inadéquat, et on ne pourrait, pour s’ouvrir à cette instance, que laisser être l’être temporel fluide s’écouler, dans la grâce, pour constater qu’une mémoire archaïque se dévoile en lui, qu’une projection infinie s’affirme en lui, ce qui ne signifie rien d’autre que notre propre infinité répétée à l’identique éternellement, de façon irréversible et indépassable, se manifeste en lui (amour, laisser-être : états conscients qui sont les contraires absolus de toute « obéissance »).

 

Sur cette base, pour répondre finalement à la question qui nous occupe, je dirai que la vivant sensible et conscient, et donc l’humain également, attentif aux synchronicités, est d’abord issu de son éternelle répétition, et d’une forme d’auto-engendrement du monde qui comprend cette éternelle redite. Et il est aussi, je pense, de ce fait même, issu d’une inextensivité invisible organisant et muant, conservant et projetant, la totalité des êtres et des choses visibles : les synchronicités, qu’il perçoit dans leur disposition intentionnelle, impliquent cela.

 

II Ebauche d'une interprétation mathématique des synchronicités

 

Liamine Touhami :

 

Concernant les synchronicités, nous pourrions tenter une interprétation mathématique plus précise.

Comme nous le disions précédemment, le temps vécu est toujours différent du temps physique calculé sur des supports spatialisés, ce qui empêche donc d'éprouver par le calcul cette fluidité vécue par la conscience du temps. La synchronicité d'événements prévisualisés dans une conscience, c'est-à-dire la simultanéité d'un futur virtuel introduit dans un présent vécu, reviendrait à poser une équation différentielle du troisième ordre où le présent, seul élément réellement connu du calcul, fusionnerait avec des éléments du futur sélectionnés par un opérateur. Le passé jouerait alors le rôle de mouvement rétrograde amenant une consistance à l'opérateur de sélection. Plus clairement, la synchronicité d'un événement, du point de vue strictement mathématique, consisterait à rétrécir le champ temporel d'une telle manière qu'une situation non encore vécue puisse apparaître à une conscience dont l'effort de rétrécissement a pu rendre possible la conception d'une telle situation. Les sentiments tels que le flashback ou la réminiscence pourraient alors être des sortes d'efforts inconscients avortés, ne permettant pas la visualisation complète du futur éprouvé. Je pense qu'il s'agit là d'un sujet extrêmement complexe, je compte par conséquent travailler et m'informer davantage avant de plus m'avancer sur le sujet.

III Certains témoignages de la « réalité » de l'éternel retour au sein d'une expérience personnelle située

 

Benoît BB :

 

Dans mon expérience personnelle, il y aurait trois manifestations de l'éternel retour remarquables.

La première, la plus récente, est la plus marquante. Une impression olfactive. Je me suis mis à porter un certain parfum (Dior), et en le sentant, je me suis "souvenu" que c'était le "mien", de toute éternité. Certainement y a-t-il autour de ce parfum toute une mythologie personnelle qui justifierait une impression vive. Mais il n'y a pas que cela : très clairement, je me suis « souvenu » avoir déjà été un certain homme portant ce parfum.

Une première rencontre amoureuse est une autre forme de manifestation de l'éternel retour. Si je m'apprête à vivre une relation forte avec une personne, très souvent une familiarité immédiate s'installe entre nous, dès la première rencontre, comme si nous « savions » déjà que nous allions vivre une relation "à venir" (de fait déjà vécue ?), digne d'être vécue.

Troisième forme de manifestation : le non-désespoir « ontologique », palpable chez tous les hommes que je rencontre. Qu'est-ce à dire ? Les individus sont « préoccupés » au quotidien : ils semblent avoir banalisé le fait de vivre, comme s'ils appartenaient à cette Terre de toute éternité. Je les trouve fort « installés » ici-bas, et c’est un sentiment que je crois partager avec beaucoup. C'est qu'ils ont peut-être une conscience pré-thématique de l'éternel retour. S'ils étaient convaincus que le néant succède à leur vie, ils ne seraient pas autant dans la quiétude moyenne et quotidienne qui paraît si visible sur leur visage calme. Heidegger, par exemple dans la première section d’Etre et temps, faisait de la préoccupation moyenne du quotidien de chacun, de cette façon quotidienne de manipuler sereinement les choses et les étants, de survivre et de vivre dans la quiétude, trop souvent quelque chose de « médiocre », ou une forme de « déchéance ».Mais on peut voir cela aussi comme une forme de banalisation réjouissante liée au fait de vivre une vie sans dimension tragique trop prégnante, sans dramatisation constante, qui pourrait indiquer que nous « saurions », pré-thématiquement, que nous sommes « installés » dans cette vie de façon très radicale, de façon totalement pleine, de façon éternelle. Même le dépressif est dans cette banalisation, je peux le dire, car j’ai vécu la dépression la plus intense. Même Cioran au fond « connaît » la loi de l'éternelle répétition, car il y a de la bouffonnerie comique dans son geste « nihiliste » adolescent, cela n’échappera à personne (Cioran ne reconnaît plus aucune valeur, car il aime trop la vie et ne supporte pas l’idée qu’il faille mourir ; mais il est manifeste dans ses écrits que ce nihilisme n’est qu’une pose, et qu’une conscience pré-thématique de sa propre éternité, peut-être, s’affirme ici, en tant qu’il n’est jamais qu’un mauvais acteur ; ce qui est comique, si nous avons raison, c’est qu’une aurons là un sinistre individu qui se lamentera pour l’éternité de devoir mourir, et qui mourra puis naîtra une infinité de fois pour mieux réaffirmer sa constante plainte gémissante, plainte qui déplore le contraire de ce qui est réellement vécu). Je regarde donc simplement le visage impassible de mes semblables, et je « sais », intuitivement, du moins je crois « savoir », qu'ils ont une conscience pré-thématique de l'éternel retour. Très paradoxalement, mais très certainement, leur « extase » dionysiaque face à l’éternité, ne s’affirme pas de façon dramatique, mais elle est au contraire on ne peut plus visible à travers leur sérénité moyenne et quotidienne. Il faudrait simplement qu’ils s’en aperçoivent, mais alors certes, peut-être, dès lors, ils se mettraient à s’enflammer et à crier bruyamment face à telle ou telle « révélation ». S'ils se pensaient réellement « finis », non éternels, je pense qu'ils se rouleraient par terre toute la journée, hurleraient constamment, et se scarifieraient continuellement pour apaiser les douleurs de leur âme, car la vie inextensive est une chose trop extraordinaire et miraculeuse pour qu’on puisse penser qu’on la vit en devant un jour renoncer à elle. Il y a encore des humains qui produisent, créent, édifient, construisent, sereinement et patiemment, en donnant un sens à tout cela : cela indique pour moi qu’il doit exister pour eux une conscience pré-thématique de leur éternité, car je ne pense pas qu’on puisse agir de la sorte sans qu’une dimension inconsciente de l’être ne saisisse intuitivement sa dimension éternelle.

Ces trois exemples que je viens de donner doivent pouvoir approfondir encore le concept d’éternel retour. Je m’explique. Si l’on admet que des séquences physiques, que des agencements spatiaux déterminés, se répètent à l’identique dans l’éternité de l’univers, on admet la possibilité selon laquelle des êtres exactement identiques à nous (avec le même prénom, le même matériel génétique, les mêmes vécus déroulés dans l’espace, etc.) réapparaissent dans des contextes spatiaux exactement identiques, avec des écarts de temps certes considérables, mais non infinis. Dans cette situation, deux options sont envisageables :

  1. soit l’être vivant qui meurt puis qui resurgit « à l’identique », après un écart de temps astronomique, au sein des mêmes agencements spatiaux, est « identique » simplement pour un observateur (supposé éternel) qui le considérerait « de l’extérieur » (qui pourrait même observer ses « pensées » physiquement, spatialement déterminées, mais « de l’extérieur », sur une « image » de son cerveau en mouvement, par exemple), mais il possède une intériorité, une conscience sensible, une identité personnelle qualitative (inextensive) différente, qui n’est plus la « même » (et alors la vie que « je » vis actuellement ne serait pas éternelle au sens strict : qu’un autre être exactement identique à moi, spatialement parlant, resurgisse dans une séquence identique à venir, ne signifierait pas que « moi », avec mon intériorité inextensive singulière, je resurgisse à l’identique) ;
  2. soit le fait de resurgir spatialement à l’identique, avec le même matériel génétique, dans des contextes spatiaux exactement identiques, signifie que c’est l’intériorité elle-même, la sensibilité consciente propre, l’identité personnelle qualitative, qui resurgit en tant que « même » âme (et alors, « je » suis éternel au sens strict : lorsque mon corps resurgit à l’identique au sein d’agencements spatiaux identiques, c’est encore bien « moi » qui resurgis, avec mon « âme » singulière).

Les trois exemples que j’ai donnés tendent à suggérer que c’est bien la deuxième option que nous pourrions choisir. Nous aurions une « réminiscence » confuse de nos vies identiques antérieures, certaines impressions de « déjà-vu », qui pourraient nous faire dire que, au fil des répétitions spatiales à l’identique de nos vies, une forme de continuité qualitative s’affirme (mais alors, certes, puisque mémoire implique accumulation du passé dans le présent, progrès constant, cette « même » âme qui resurgirait, cette « même » qualité inextensive qui se re-manifesterait, serait « identique » en tant que prise dans une évolution permanente, peut-être infime mais néanmoins certaine, par-delà l’identité stricte des agencements spatiaux du corps vivant). La loi psycho-physique de la synchronicité (« pressentiment » ou « pré-action ») s’appuierait sur l’unité qualitative d’une conscience qui se re-manifeste une infinité de fois dans l’éternité. Nous postulerions alors une forme de « métempsychose à l’identique ».

A ce titre, précisons une chose qui a son importance. J’ai déjà dit qu’il y avait une seule dimension inextensive dans l’être, et que l’inextensif est par principe indivisible, non-multiple. Or, il semble ici que je divise l’inextensif, en disant qu’un corps présent sensible pourrait avoir une dimension inextensive « différente » de celle d’un autre corps, passé, spatialement identique, mais temporellement antérieur (selon la première option). Par définition, ce doit bien être la même inextensivité qui se manifeste et qui meut ces deux corps, en dernière instance, si bien qu’il faut introduire plus de finesse dans ce problème.

Pour nuancer le problème, donc, il faut préciser une chose. Mon amie qui est là devant moi, par exemple, en tant qu’elle comporte une dimension sensible, inextensive, partage avec moi une appartenance à un inextensif-Un. Pour autant, cette appartenance ne veut pas dire, au sein même de ma sensation, que j’accède pleinement à la façon dont elle sent elle-même les choses, car nous sommes deux corps sentants séparés. Sur un fond inextensif commun, nous affirmons deux modalités différentes de cet inextensif, et c’est ce qui fonde notre identité personnelle inextensive, notre individuation propre, distincte de toute autre. Le problème de la « métempsychose à l’identique » renvoie donc au problème de savoir si la modalité inextensive très singulière qui est propre à mon individuation présente elle-même se répète à l’identique au sein de l’éternel retour d’agencements spatiaux à l’identique. Il se pourrait qu’un « clone » de moi-même ait exactement les mêmes vécus et pensées que moi, dans le même espace, sans pour autant que ce soit « moi-même » au sens strict qui vive « cette vie ». Nous pourrions certes avoir pour fond commun un inextensif commun, mais pour autant, les modalités individuées de cette inextensif commun pourraient différer d’un corps à l’autre.

 

 

« Prouver » cette métempsychose à l’identique paraît extrêmement difficile : les réminiscences dont j’ai parlé trouvent d’autres types d’explications, moins extrinsèques, et moins téméraires, si j’ose dire, dans les branches de la neurobiologie ou des sciences cognitives. Toutefois, pour donner un sens nouveau à ces réminiscences, nous pouvons formuler un problème nouveau, qui donne à penser. Voici ce problème : peut-on dire que la qualité d’une conscience, ce qu’il y a d’invisible dans une conscience et qui lui est absolument propre, sa modalité inextensive singulière, est assez dépendant des agencements spatiaux présents dans l’univers, et de la constitution physiologique, génétique, matérielle, du vivant, pour que la répétition à l’identique de ces agencements et de cette constitution implique le re-surgissement de cette même qualité ? Il me semble qu’un monisme spécifique pourrait permettre une résolution au moins partielle de ce problème.

 

 

IV Tentative d'interprétation cosmologique, ontologique et biologique, de ces témoignages liés à une « réalité » de l'éternel retour

 

Liamine Touhami :

 

Je vais commencer par la dernière expérience dont tu as parlé, qui nécessite à mon avis une explication cosmologique de tout premier ordre. Nous pourrions débuter ainsi. Depuis Démocrite jusqu'à nos jours, des preuves scientifiques de plus en plus éclairantes tendent à nous montrer que l'univers est fait de toutes petites particules insécables, et qui constituent le coeur de toute matière, de toute nature. Les raisonnements philosophiques concernant la nature animée, vivante ou percevante, de ces particules, ne nous intéressent guère dans une explication scientifique, mais que savons-nous empiriquement de celles-ci ? Les dernières théories sur ce sujet nous donnent à stipuler qu'au lieu d'un big bang créateur de matière, il y aurait une contraction qui, manifestement, aurait succédé à une expansion quasiment infinie. Le modèle serait alors une fluctuation de vibrations élémentaires de la matière en expansion et en contraction, par l’effet des accélérations de la matière aux confins de l'univers fini. Au-delà, inutile de spéculer métaphysiquement sur des données hypothétiques, mais il est surtout utile de savoir, dans la mesure où nous sommes nous-même constitués de ces particules, si une conscience pré-thématique de leur éternité est possible. Concernant la question de savoir si cette éternité doit être constamment la même, nous disons seulement que, le nombre de fluctuations étant potentiellement infini, et les différents agencements possibles de ces fluctuations, selon le principe de conservation, étant fini, les situations ont toutes les chances statistiques de se répéter indéfiniment à l’identique. Nous ne disons rien de plus, la causalité matérielle n'est pas violée et la liberté humaine n'est donc pas concernée puisque cette considération est strictement cosmologique (et non ontologique). Dans l'explication apparemment complexe que nous tentons, non sans oublier de faire part du décalage qu'il existe entre des calculs complexes qui déterminent un retour fluctuant de la matière d'une part, et la conscience a priori qu’un éternel retour existe pour un être fait de cette matière d’autre part, nous disons que certaines expériences spécifiques, ajoutées à un raisonnement sur la causalité cosmologique, nous amènent à penser comme possibles ces intuitions d'un éternel retour, si du moins nous parvenons à résoudre à un moment donné ce problème de la relation entre l’extensif et certaines modalités singulières de l’inextensif que tu poses. Voici donc, tirée de ton dernier exemple d'expérience, l'explication cosmologique.

Le second exemple quand à lui est ontologique, en ce sens que l'intersubjectivité qu'il présuppose (relation de deux êtres qui s'aimeront) doit nécessairement inclure un argument ontologique. Mais il peut se tirer, sur la base de la vue darwinienne de la biologie, de l'explication cosmologique précédente. Si l'on considère que l'être vivant est doué d'une capacité d'évolution par une expérience somatique dont la mémoire agirait sur la pensée, nous pouvons dire que l'expérience des particules qui nous constituent agit en quelque sorte sur notre pensée subjective et, dès lors, intersubjective, surtout lorsque des émotions sont en jeu, car les intuitions sont alors plus flagrantes et remontent à la surface du psychisme. Or, nous avons justement donné comme expérience de ces particules un éternel retour de fluctuations de matière et de vibrations élémentaires. C'est donc ce qui devrait se trouver dans notre corps à l'état somatique, et dans notre âme par intuition de cet état. Ainsi l'âme tire sur un support éternel ce qui, dans le corps fini, n'est qu'à l'état de pur souvenir somatique, si du moins une certaine modalité propre d’un inextensif singulier trouve un tel support au sein d’un corps s’étant re-manifesté à l’identique (chose encore indécidable). Voici l'interprétation ontologique tirée de l'argument cosmologique.

Enfin, dans le premier exemple donné, l'olfaction tient une part prépondérante dans la sensation de réminiscence. Soit nous reprenons l'angle pragmatique pour expliquer que le cerveau des primates a toujours évolué dans sa primitivité avec un organe olfactif important, tenant lieu d'intuition première des états somatiques, et ainsi expliquons de même la réminiscence par ce sentiment de percevoir la mémoire de son corps par intellection d'une olfaction pure ; soit nous utilisons un argument métaphysique qui donne à l'âme en elle-même le pouvoir de tirer par transcendance la certitude d'une métempsychose éternelle. Les deux sont valables à mon sens mais l'argument métaphysique, contrairement à l’argument pragmatique, ne saurait dériver d'arguments déterministes « classiques », puisqu’aucune « causalité » (au sens courant, spatial) n'apparaît dans la durée pure de l'âme, seuls des arguments qualitatifs la concerne. La question est encore une fois très complexe et nécessite donc un travail continu et vigoureux, et relève plus d’un problème encore difficile à trancher, comme tu l’as dit, que d’une vérité qui serait directement accessible.

 

 

 

 

V Le temps est-il double ou simple ?

 

Benoît BB :

 

Nous pourrions maintenant poser une question importante : le temps, dans notre contexte, est-il double ou simple ?

Je pense que nous avons d’abord tendance à penser que le temps est double logiquement, mais aussi ontologiquement. L'opposition entre une éternité divine qui aurait la primauté, et dont tous les instants s’entre-pénètreraient, et une éternité physique lui étant associée, qui supposerait un temps qui se segmente en instants distincts, est une opposition qu'il faut bien faire pour penser logiquement les êtres, ce qui est le premier point. Mais cette dualité concerne également un être-en-soi des choses intuitivement donné : Dieu possèderait en soi l'éminence (la compénétration des instants, qui échappe à tout instant divisé, possède ontologiquement l'éminence) ; ce qui est le second point.

La compénétration des instants, propre à l’éternité divine, pourrait bien être aussi celle de la durée pure de la conscience intime humaine (ce qui irait dans le sens d’une notion de mémoire intégrale, entendue de façon bergsonienne) ; la conscience intime humaine participerait de la transcendance divine en ce sens, elle lui serait associée, dans la mesure où elle est, elle aussi, l’expression d’une liberté créatrice. Le temps divisé quant à lui, la temporalité physique, qui ne conserve pas le passé et le futur, pourrait bien renvoyer à la spatialisation dont tu parles.

 

 

Mais focalisons-nous davantage sur le temps strictement physique. On devrait pouvoir l’interpréter lui aussi en termes de durée pure, en tordant quelque peu sa signification. La dualité entre l’éternité physique et l’éternité divine (ou psychique) serait ainsi fortement relativisée. L’éternité divine n’aurait plus que sa transcendance pour se distinguer de l’éternité physique.

On pourrait identifier la temporalité du tout physique comme unité à celle des données intimes de la conscience : autrement dit, le continuum bergsonien pourrait bien s’appliquer à l'universel physique comme au singulier psychique (la théorie de la « Psyché quantique », d'ailleurs, qui ne distingue plus strictement le « temps physique » et le « temps de la conscience », pourrait aller dans ce sens). Ceci constituerait en soi un argument philosophique pour poser l'éternité de la durée physique, argument qui ne saurait d’ailleurs être complètement fourni dans le cadre spatialisant de la physiocratie transcendantale. Résumons le point en question : puisque la temporalité des données intimes de la conscience est ouverte et continue, et dans la mesure où la temporalité du physique comme tout est analogue à cette temporalité psychique, alors, très certainement, le temps physique est ouvert et continu : donc, par extension, éternel. Cela suppose bien sûr que l'on pense la physique, c'est-à-dire certaines données spatiales, certaines juxtapositions dans l'étendue, sous l'angle de la durée pure. Autrement dit, cela suppose que l'on établisse une mathématique qualitative de la physique.

Dans ce passage d’un temps physique spatialisé à un temps physique qualitatif, que s’est-il passé ?

D’un point de vue théologique, le temps physique lui-même est a priori divisible, segmenté, de telle sorte que Dieu peut agir sur lui, mais il finit par se transformer ontologiquement en durée pure, sous l’effet de la co-création divine, qui est un principe d’intégration de l’éternité divine dans l’éternité naturelle.

D’un point de vue psychologique, cette durée pure, qui n’est pas seulement celle de la liberté créatrice divine transcendante, mais aussi celle de la liberté créatrice immanente de la conscience intime humaine, devient précisément le cadre de la temporalité physique, dans la mesure où le point de vue de la conscience intime finit par être le point de vue qui prévaut (en elle s’écoulerait le temps « réel »).

D’un point de vue épistémologique, on finira par penser le passage de la physiocratie transcendantale (point de vue spatial) à l’idée d’une pure fluidité, d’une pure continuité qualitative du temps physique. La physiocratie transcendantale est le point de vue qui s’impose au départ, et qui paraît conforme à la détermination spatiale du temps physique. En outre, elle permet de penser rigoureusement le déterminisme intégral qui régit le cours physique des choses, dans la mesure où elle repose sur une radicalisation du concept de causalité. Par ailleurs, elle postule une régression à l’infini des causes et des effets, par souci de ne pas violer la loi naturelle, si bien qu’elle indique explicitement le principe d’éternité physique comme principe « logique » et cohérent. Pour une philosophie qui tente d’insérer le monde naturel dans un principe d’éternité et dans un cadre déterministe, la physiocratie transcendantale paraîtra donc d’abord parfaitement appropriée. Mais l’intégration qualitative de la durée pure, psychologique ou divine, dans le temps physique, possède des avantages épistémologiques plus importants : d’abord, l’éternité, au sein d’une durée qualitative, fluide et continue, indivisible, devient palpable actuellement, elle s’affirme dans l’actualité d’un moment dont l’épaisseur indique l’ouverture, l’impossibilité du segment, l’impossibilité du surgissement absolu, là où la physiocratie transcendantale ne fait que « déduire », de l’extérieur, le principe d’une infinité d’instants qui seraient tous donnés « en même temps » pour un intellect qui symboliserait le temps (autrement dit, l’éternité est vécue dans le cadre de la durée pure, là où elle n’est que spéculée dans le cadre de la physiocratie transcendantale) ; de plus, au déterminisme « mécanique » de la physiocratie transcendantale, qui ne tient pas compte du développement de la continuelle nouveauté à travers l’écoulement du temps, le principe d’une durée physique qualitative substitue l’idée d’une intime imbrication de tous les éléments d’un système en devenir les uns dans les autres, au sein d’un progrès continu (elle permet de concilier l’idée de « déterminisme » intégral, mais cette fois-ci en un sens non classique, en un sens « qualitatif », et l’idée de continuelle nouveauté)[6].

Théologiquement, psychologiquement, et épistémologiquement, le passage d’une temporalité physique spatialisée à un temps physique qualitatif, qui n’exclut pas la première mais la subsume bien plutôt sous un principe qualitatif pur (pour venir l’enrichir), prend donc tout son sens. Le temps est a priori double, mais il tendra à devenir simple (même l’éternité transcendante divine finit par fusionner avec l’éternité immanente physique).

Tout cela suppose en fait la mise en place d'une physique qualitative, ou bergsonienne.

 

 

 

VI Les principes d'une physique qualitative, ou bergsonienne

 

Liamine Touhami :

 

Je travaille depuis quelques années sur les principes d'une épistémologie bergsonienne de la physique, dont je vais exposer les concepts et principes.

 

Le premier concept est déterminé par le contenu empirique et logique d'une insertion qualitative dans l'espace, c'est-à-dire qu'on associe la moindre quantité d'espace et de durée nécessaire aux interactions de la matière, on en constate la particularité, et on détermine le contenu de cette unité d'espace qualitatif par des phases de mouvements initiaux qu'on nomme pré-actions.

Si l'on conçoit donc un tel "espace qualitatif ", nous sommes conduits à envisager sa composition en phases (ces phases correspondent à des mouvements primitifs exécutés par la matière pour former l'objet de la matière, sa forme et son contenu empirique). Car le mouvement est bien l'insertion de la durée dans l'espace, mais à la seule condition qu'il soit interprété dans sa simplicité et son irréversibilité, ce qui signifie que, contrairement à la physique quantitative, qui traite le mouvement comme pouvant se jouer à "rebours" (violation du principe d'irréversibilité), la physique qualitative prendra en compte la durée comme unique en chacun de ses instants (instants inégaux et produisant des conditions différentes, recelant une nouveauté), dans le sens où chaque instant suivant sera pénétré du précédent.


L'espace de phases est par conséquent l'espace où interviennent les moindres quantités de mouvement de matière, et les moindres unités temporelles, unités indivisibles et entre-pénétrées dans l'essence même du mouvement. Cette "matrice" de l'espace qualitatif constituée de ces unités temporelles pourrait s'appeler "fluxion de l'espace ", et décrirait bien la façon dont la durée s'insèrerait dans l'espace. Cette notion est centrale dans la mesure où toute chirurgie temporelle (explication du mouvement par ses causes initiales internes) n'est possible qu'à partir d'un tel espace. Or l'on sait que les structures du cerveau propres à opérer une telle sélection dans le divers de l'expérience sont elles-mêmes liées à une causalité spatio-temporelle dont les derniers ressorts sont des mouvements indivisibles.

On partira du principe que, pour l'espace, tout est donné lorsqu'il est homogène (lorsqu’il est dénué de la teinte temporelle de la perception), puisque ses parties sont infiniment divisibles et ses multiples infiniment déclinables ; tandis que pour le temps physique s'écoulant dans le monde, rien ne peut être donné d'avance, la particularité temporelle étant, par essence, la simplicité, l'indivisibilité, et la fluidité. La durée se donne en un bloc et ne peut rebrousser chemin ni encore rester fixement établie comme l'espace. L'espace des phases temporelles initiales est donc composé des plus petits mouvements de la matière, matière perçue et percevante. Cet espace, dans la physique moderne, est un espace à multiples degrés de liberté, non euclidien et complexe, dans le sens où, quelle que soit la succession temporelle qui puisse être constatée dans les événements, cet espace doit nécessairement être appréhendé par des calculs tensoriels et différentiels. L'équation tensorielle est un calcul faisant état de tenseurs métriques (unités de valeur d'un espace non euclidien, soumis à des forces telles que la gravité ou la gravitation). Quant à l'équation différentielle, c'est un calcul qui décrit le mouvement d'un mobile dans le temps physique (homogène par unités de temps infiniment déclinables dans l'irréversibilité future).

Ceci étant posé, il convient de respecter le point de vue temporel bergsonien qui confère au temps vécu par la conscience la primauté sur l'observation spatialisée, puisque c'est justement la durée vécue qui emporte le caractère réel des événements comme insérés dans la série causale. C'est donc bien en temporalisant l'espace (et non l'inverse, qui est le propre de la perception) que nous pouvons seulement remonter à une réalité physique qualitative. Comment procéder ? Insérer de la durée dans l'espace, du qualitatif dans la quantité, c'est proprement aller en sens inverse de l'entendement humain, qui lui introduit l'espace homogène dans une durée sentie en première personne. Or remonter cette direction en sens inverse doit correspondre à une certaine intuition de l'espace différente de celle communément admise d'un tout homogène divisible en parties.

Dans la mesure d'un événement, la physique opère dans l'espace-temps comme s'il s'agissait d'un plan déroulé où les équations résolvent la courbe d'un mouvement, les positions d'un mobile, et considèrent le temps physique comme une ligne dont les "moments " sont des points de l'espace. Or, si nous souhaitons avoir une vue qualitative de cette mesure, nous devons opérer une prévision de tous les instants de la durée, car si nous voulons atteindre la réalité de l'événement dans toute sa teneur, l'explication ne peut pas être que purement quantitative et spatialisée. Ceci inclut une interprétation différente de l'espace. Cet espace serait mesuré par une mathématique prenant en compte la fluidité temporelle mettant en jeu des unités hétérogènes et indivisibles, uniques pour chacune d'entre elles, et délivrant la teneur d'une durée irréversible.

 


Il apparaît par conséquent, si l'on considère un instant de durée comme n'ayant aucune dimension finie dans l'espace mais comme une certaine tension dans le champ de l'espace, comme une tendance à emplir d'une certaine réalité le scénario joué par la matière (les mouvements, la causalité des phénomènes physiques), et si cette tension est traduite dans le langage mathématique « ordinaire » par une ligne dont les points sont des positions dans l'espace, que la nouvelle mathématique d'une physique qualitative devrait traiter une immensité de données en un minimum d'équations initiales, ce qui ressemblerait à un formalisme d'un super espace possédant des milliards de couches. Ainsi, dans une telle configuration, la prévisualisation d'événements dans le temps deviendrait réalité, puisque le calcul d'une infinité de mouvements initiaux équivaudrait à tracer la durée dans l'espace des phases, et ainsi, en une durée infime de temps physique écoulée, à contracter le plan d'un devenir infini de la matière.

Ceci est, bien entendu, plus un programme qu'une doctrine en soi. Il promet plus une méthode nous rendant capables d'envisager sous un angle différent la physique mathématique, notamment la durée des événements et leur dimension dans un nouvel espace, que la résolution d’une quelconque assertion cosmologique sur la composition et la structure de l'univers.

 

En tout cas, cette physique « nouvelle » permettrait de penser le continuum temporel (au niveau d'une chirurgie temporelle), qui signifie l'ouverture de la durée, c'est-à-dire, par extrapolation, l'éternité du temps physique. En outre, le concept de « prévisualisation » que je propose (qui évoque la notion de « synchronicité », soit dit en passant), permettrait de penser un « déterminisme » global spécifique, non « classique » mais qualitatif (et ce, potentiellement, même au niveau quantique, ce qui permettrait peut-être, à terme, de définir cette fameuse « univocité » de la fonction d’onde initiale)… déterminisme dont nous avons besoin pour penser l'éternel retour, comme tu l'as déjà dit. Il serait l’articulation du déterminisme « classique » (spatialisant) et d’un déterminisme « qualitatif » (épaisseur de la durée pure). Il serait donc, en dernière instance, un outil méthodologique possiblement pertinent pour poser, également, la question d’une « métempsychose à l’identique » dans le cadre de l’éternel retour du même.

Conclusion : un art visuel (cinéma, photo, par exemple, qui ne serait pas "mécanique" ou "industriel" exprimerait parfaitement cette grâce raisonnable et intuitive, qu'une "technique" qualitative ou "mathématique" intuitive, pourraient saisir.

Voir liens ci-dessous....

Le cinéma deviendrait : le monde qui s'auto-affecte

 

Le cinéma propose une perception décentrée. C’est du ciel parfois que l’image peut être « perçue ». Puis c’est du point de vue d’un objet, d’une chaise ou d’une table, que nous voyons, par exemple, deux personnages échanger, se disputer, faire l’amour ou discuter. 

Lorsque je suis seul avec une amie, dans notre appartement, il n’existe que deux perceptions possibles : ma perception, située, qui saisit certains éléments de mon corps propre, et perçoit certaines dynamiques du corps de l’amie ; et la perception de l’amie, qui se saisit soi partiellement, ainsi que mon corps propre, dans ce qu’il a de perceptible pour-une-autre. La perception de nos deux corps l’un à côté de l’autre est une perception apparemment impossible, car il n’y a pas de « témoin extérieur ». Si un objet de notre appartement pouvait sentir ou percevoir, cette perception, certes, serait envisageable. Mais envisager ce fait ne paraît pas encore très « raisonnable ». Le cinéma nous encourage à dépasser cette incrédulité « raisonnable », à croire à la richesse d’un monde partout sensible.

Par la figuration cinématographique, en effet, les deux amis sont « seuls » dans la pièce, mais à la fois ils sont « montrés » de la manière dont divers objets de la pièce, selon leur « point de vue » situé, pourraient les « voir », les « entendre ». La perception n’a plus de centre, ses « perspectives », qui sont celles des « choses » « extérieures », se déplacent, en même temps que l’image en mouvement. C’est d’abord un miroir qui perçoit. Puis nous accédons à la perception que le lit pourrait avoir de la scène. La situation en serait presque comique, car impossible.

Ici, le fait d’oublier qu’il y a une « caméra qui tourne », et que c’est elle qui « se déplace », qui donne à voir ces différentes perspectives possibles, soit la suspension d’une certaine « incrédulité », nous ramène au fait de croire que le lit, le miroir, pourraient « percevoir » la scène, et que nous serions nous-mêmes, spectateurs, ce lit, ce miroir, situation qui devrait provoquer une incrédulité plus profonde encore.

Il y aura donc une seconde suspension d’incrédulité que formulent, inconsciemment, les spectateurs de cinéma, seconde suspension qui sera engendrée par une première, et qui est fort peu considérée (pour cause).

Après la suppression « raisonnable » de cette seconde suspension d’incrédulité, de fait, c’est toute la « magie » du cinéma qui s’effondrerait, soit la « magie » d’un art profondément ésotérique, qui suggère l’ouverture d’un monde comprenant, potentiellement, une infinité de perceptions, celles de toutes les choses et de tous les êtres, inapparentes.

Le cinéma, par principe, nous donne à voir un monde extraordinairement riche, qui constamment s’auto-affecte, qui n’a plus d’intérieur et d’extérieur, en suggérant la possibilité d’une infinité de perspectives sensibles, partout et nulle part, du moins lorsque nous ne cessons pas de suspendre une première incrédulité, et que nous continuons à suspendre la seconde qu’elle engage. Ce cinéma nous montre ce que Leibniz aurait pu exprimer : nous percevons et pensons les objets, le ciel, les paysages, l’infinité des êtres et des choses, mais, en retour, ils posent eux aussi une perception sur nous. Ce cinéma nous montre, profondément, l’ouverture pleine d’une réalité qui est partout sensible, ce qui pourrait engager non plus simplement une passivité contemplative, mais aussi et surtout, ensuite, hors des salles obscures, une incarnation active et créative dans le monde, potentiellement différente, constructive et transformatrice. Cette incarnation plus créative, que devrait permettre cet art sacralisant, signifierait un rapport aux choses et aux êtres qui ne serait plus simplement « préoccupé », instrumental, utilitaire, car cet art aura pu dévoiler le fait qu’une dimension invisible, sensible, animée, pourrait bien envelopper ces êtres et ces choses qui nous « regardent », qui ne sont plus, dès lors, de simples « moyens » « inertes » à « employer ».

Même la plus triviale comédie romantique hollywoodienne devrait pouvoir dévoiler, a priori, ce mystère ésotérique du cinéma, qui renvoie à une certaine « vérité » attachée à l’ouverture de l’être, « vérité » que l’être « rationnel » ne voit plus. 

Mais précisément, un tel « cinéma de masse », un tel oxymore, n’engage plus les créations de soi que tout cinéma devrait permettre, et il trahit une certaine vocation possible : ce sont des « vedettes » devenues marchandises, des produits « placés » « stratégiquement », qui focalisent les « attentions » (inattentives). Une seule, superficielle et vaine, suspension d’incrédulité, fait disparaître la profondeur des deux autres, pourtant maintenues, mais sans qu’elles puissent provoquer désormais des créations transformatrices : l’incrédulité qui est suspendue, massivement, c’est celle qui nous ferait voir que certaines fictions publicitaires, certaines propagandes devenues « cinéma », engagent des comportements normés, des consommations « ciblées », des « adaptations » statistiques à un monde unidimensionnel, qui empêchent que soit prise en charge une autre « magie » qui veut s’exprimer, un autre « enchantement » qui veut se donner.

Certes, finalement, dans ce contexte désastreux, une résistance veut exister. Terrence Malick, depuis longtemps, s’engage fermement dans cette résistance. Mais une réception « adéquate » paraît toujours plus absente. Et ce qui sera vu ici, même pour les plus « attentifs », sera, dès lors, trop souvent, une boursouflure pédante, ou une démonstration esthétique des thèses ambiguës d’un « Heidegger », froidement « académique » (Le nouveau mondeThe Tree of LifeKnight of Cups).

Une balade plus sauvage évoque pour certains un lointain souvenir plus « vrai », nostalgique.

La situation est tragique, impossible. Aujourd’hui, on voudra, légitimement, souligner plus explicitement la nécessité d’une « plus profonde » suspension d’incrédulité, mais on finira par abolir complètement ses « effets » escomptés : celui qui aura voulu « réinstaurer » une magie plus belle, dans un contexte nécessairement « phatique », finira par la massacrer encore plus, malgré lui.

Et le « critique » qui affirme ces choses de façon simplement « théorique », sans s’engager dans le risque d’une création, est bien sûr lui-même visé par ses propres critiques, plus encore que les créateurs qui osent l’échec. Mais il ne s’ôte pas le droit de déplorer une situation, qui le mutile, lui mais aussi tant d’autres.

Dziga Vertov, peut-être, désigne encore plus radicalement cette tragédie de l’art devenu « art des masses », qui comprend pourtant en son germe la possibilité d’abolir toute massification (L'homme à la caméra). Nous pourrions avoir, un jour, les yeux pour entendre de tels cris.

Laissons finalement la parole à la critique de cinéma Marie Gueden (critikat), qui exprime très clairement ces tensions et intentions tragiques du cinéma moderne, lorsqu'elle suggère l'ouverture du sens, de façon subtile et claire, du film Knight of cups, de Malick : "Dans un projet qui tient vraisemblablement à cœur à Terrence Malick de rappeler l’exil de l’homme sur terre, on pense à Solaris de Tarkovski que celui-là a, semble-t-il, en tête. Mais qu’y a–t-il entre les contreplongées omniprésentes et les plongées, dont le film recourt à l’image du monde comme un bassin qu’on survole, sinon la place de l’homme ? Qu’il y a-t-il derrière les images de surface, sinon le lieu du cœur, la perle en question ? C’est, peut-être, ce à quoi nous sommes invités à méditer, même si Malick en passe par un splash fulgurant qui finit par tourner un peu à vide, voire agacer à coup de surcharge évanescente, sensualiste et pathétique."

 
 

Une sensibilité photographique comme amor fati

 

 

Dans une photographie, si c’est la « beauté » qu’elle vise, un seul corps, ou être, peut équilibrer, illuminer, l’ensemble.

Un oiseau « situé » au centre de « l’image », parce qu’il « est », précisément, à cet « endroit », rendra, par exemple, les agencements équilibrés, proportionnés, signifiants : harmonieux.  Mais l’oiseau de son côté n’est pas passé « par là », à cet « instant » précis, parce qu’il « pensait » que « cela ferait une belle photo ».

Un visage soudainement ému, et dévoilant une profondeur inaperçue par celui qui l’anime, n’a pas « produit », de même, cette émotion, pour permettre une « belle photographie ». Sinon cette photographie, montrant une expression mimée, jouée, ne serait plus si « belle », ni si touchante. C’est bien l’artiste qui photographie, qui saisit cet affect devenu visible, et qui donne donc à voir la profondeur de sa fixité, qui la crée au sens strict.

C’est le, la photographe, qui, dans l’ensemble, organise, pénètre le monde visuellement, qui le crée, avec son seul regard, avec sa seule faculté à saisir une synchronicité subtile, une certaine instantanéité belle. 

En un certain sens, c’est l’artiste qui a « fait » que l’oiseau est passé « par là », à cet « instant » précis, c’est l’artiste qui a « fait » que ce visage nous touche maintenant. Cette sensibilité artiste, photographiant, est devenue cet oiseau, ce visage.  Tout comme elle est la mer, jusque dans ses infimes remous, lorsqu’elle la figure, puisqu’elle l’envisage, dans l’image, puisqu’elle donne à voir ces « petites perceptions », chaque infime goutte d’eau, qui ne font plus aucun bruit (Leibniz).

La séparation entre « le soi » et « le monde » ne signifie plus rien pour cette âme artiste, puisqu’elle crée le monde qu’elle met en image, en suggérant son harmonie possible, dans un temps infime, et dans cet espace rectangulaire restreint. 

Plus généralement, l’éthique du photographique ressemble à l’éthique de l’amor fati : l’artiste, photographiant, « veut » que les corps et les êtres « soient » tels qu’ils « sont », au moment où ils le « sont », tout comme si son acte avait « désiré » leur « configuration ». A tel point que « l’instant » impossible, non « vécu » par ces êtres (car toute temporalité éprouvée par un être est une épaisseur, une continuité, un devenir, et jamais un « instant »), acquiert, grâce à l’artiste, la dignité de ce qui est permanent, de ce qui est durable : de ce qui existe, en tant que tel, et longtemps.

Il y a beaucoup de choix dans l’acte de photographier : choix relatifs au temps (une « pression »), choix relatifs à l’espace (un « cadrage »). Ces choix seront une façon decréer le monde tel qu’il « est », donc tel qu’il n’existe pas, pour finalement lui offrir cetteexistence. Tout ce qui existe devient, et, a priori, ne peut pas « être », de façon figée, mais cela tourmente l’âme photographe. Faire exister cet « être » comme fixe, ce sera, photographiquement, le saisir soudainement, pour ensuite le projeter, comme « image » permanente, dans un devenir durable. Ces choix seront, ainsi, une façon d’inventer ce monde, devenu « monde » instantané, figuré, tel qu’il n’est jamais éprouvé par celles et ceux qu’il figure, et de vouloir que ce monde instantané soit finalement vécu, éprouvé, par d’autres, pour longtemps. Tout acte photographique est, par principe, une affirmation éminente, démiurgique : il affirme le « monde », fixe, « étant », sa propre « création », etlui offre un avenir.

Mais cet acte a aussi une dimension morbide, ce qui le rend, paradoxalement, d’autant plus beau : il affirme, en son être, la mort de l’être figuré, sa fixité éternelle, au sein d’une vie dynamique et mouvante, ce qui engage une responsabilité extrême, en un sens précis (Alix Cléo Roubaud).

Cette élection, ou cet hommage, au futur antérieur (« nous aurons été cela »), montre finalement une exceptionnalité extraordinaire de tout être, qui donne à penser : en négatif, elle le désigne tel qu’il n’existe jamais (« instantanément »), pour mieux sublimer cette existence réelle, la pérenniser, dans ce qu’elle a de miraculeux. Cette « écriture de la lumière » devient l’écriture de la clarté, inouïe, éternelle, de tout ce qui devient.

Bousiller cette vocation, toutefois, consistera à rendre trivial, et laid, « publicitaire » ou « promotionnel », un acte aussi ésotérique, et aussi mystérieux. Ce bousillage systématique voudra devenir la « norme », et ce qui devait provoquer l’étonnement radical, provoque finalement l’ennui, le sentiment d’une banalité écrasante. Les êtres figurés « publicitairement » lassent, et sont platement insultés, alors qu’ils devraient susciter, toujours déjà, la faveur, l’admiration, et la gratitude.

Toutefois ce n’est jamais cet art subtil qu’il s’agira d’« accuser » sans nuances, mais plutôt son instrumentalisation « productive », qui abolit, de façon certes « logique », ses potentialités subversives et créatives.

En effet, ce n’est pas la « reproductibilité technique » propre à cet art qui abolit a priori sa vocation à saisir « l’aura », mais plutôt la dynamique économique, intéressée, qui s’est emparée de cette reproductibilité, pour abolir sa dimension autotélique. En effet, selon une perspective « charitable », et attentive à l’éthique photographique, cette reproductibilité, a priori, pourrait très bien indiquer qu’un art, désormais confiant dans sa capacité à désigner le miracle, ne craint plus de ce fait l’ubiquité de ses œuvres, puisque chaque exemplarité pourrait dévoiler une présence pleine. Une photographie qui dépasserait les menaces qui la détruisent aujourd’hui pourrait même, d’une certaine manière, grâce à sa reproductibilité, venir abolir le fétichisme du « chef-d’œuvre », « chose » trop assignée à un lieu « unique », et abolir ainsi, d’autres formes de fétichismes plus profonds. Ce n’est pas la reproductibilité de la photographie « en général », donc, qu’il faudrait critiquer, mais l’inversion, le bousillage contemporain, de sa vocation profonde, potentiellement émancipatrice, au nom même, ainsi, d’une reproductibilité spécifique, dont les vertus sont toujours pensables.

Une photographie plus « fidèle », si elle pouvait exister, dans l’œil du créateur, ou dans celui du spectateur, donnerait à voir, à nouveau, cette sacralisation nouvelle qu’elle tend, toujours déjà, à suggérer. Tout exemplaire, même multiplié, pourrait ainsi favoriser une expérience unique. C’est le sensori-moteur du créateur, comme celui de qui contemple, qui serait, dès lors, substantiellement affecté. Et les regards deviendraient gestes gracieux et libres à venir, de même que les gestes deviendraient regard intensifs et pleins. Le « spectacle » qui ne devient pas aussi acte libre et transformateur du spectateur, qui est dissociation dans la vie, s’abolit par là même, et c’est sa finalité clivante, destructrice et réifiante, qui disparaît dès lors.

Le « spectaculaire », au sein de cette projection, ou de cet espoir, cesse d’être une insulte, dans la bouche du « critique », et devient une valeur créative digne d’être assumée.  

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Published by ben
29 mars 2017 3 29 /03 /mars /2017 06:05

La larme, ici visible, lorsqu'elle chante un amour charnel et mystique, ou l'arme de la joie profonde,  qui révèle la perle, la gemme, la "j'aime", et réciproquement, soit l'aura, ou la madeleine de Proust qui dit le verbe aimer comme Ronsard, ou d'une Gilberte Swann, d'un signe, ou d'un cygne, d'une Albertine Simonet qui écoute Vita et Virginia (ou Orlando qui "dit "e" : V/V/E = WE : "nous").

Et c'est dans la laideur du spectacle marchand que se dérouleraient de telles sublimités ésotériques...

Pastiche romantique ou bovaryste/masculin (élucidé plus loin)

 

Mary Magdalene

Une émotivité à fleur de peau,
Sur son visage épanoui,
Dans ses yeux doux 
Mouillés d’une larme discrète,
S’annonce clairement.

Son ironique voix,
Ses gestes exagérés,
Trahissent une intention,
Que recueillent sûrement,
Ces paroles explicites.

Mary Magdalene,
Indécrottable romantique,
Madame Bovary,
Tu ne saurais sans précaution,
T’adresser de la sorte, 
A un prince persan trop sage,
Que trop d’emphase irrite.

Mais la situation,
Plus belle était toutefois.

Aussi fou, 
Aussi improbable,
Que cela semblait d’abord,
Marie Madeleine
Dirigeait le chœur,
De vieilles dames étourdies,
Qui avaient toute la beauté 
De leurs amours secrètes,
A révéler dans le son.

Son chant, de fait,
Ne lui était pas destiné.
C’était pour bien plutôt 
Laisser s’ouvrir enfin
Ces huîtres millénaires
Qu’elle incitait leur voix
A se perdre dans la mer.

De là découle une perle.
Une gemme ? Une j'aime.

BBB

Avant-propos

 

Ces questions et orientations ci-dessous synthétisent de façon didactique, puis plus "ésotérique", ce site philosophique et critique très exotérique. Comme synthèses, elles permettent éventuellement une compréhension de l'ensemble plus intuitive ou plus unifiée....

 

Les problèmes ici se présentent donc parfois comme énigmes, mais elles sont critiquées radicalement comme "énigmes", potentiellement "amusantes", dans les articles qui les élucident, tant la désolation qu'elles enveloppent ne saurait jamais être associée à quelque chose de "ludique" ou "spectaculaire".

En outre, les liens de causes à effets dans cette présentation paraîtront "illogiques", à un certain moment, et sembleront relever trop souvent d'un "ésotérisme" fumeux.

Mais c'est aussi pour suggérer d'autres formes de manipulations spectaculaires qu'ils sont proposés. Ou pour mettre en lumière la dimension ridicule ou inconséquente de certains "jeux de langage" postmodernes.

Leur "poétique" nébuleuse peut parfois séduire, mais il ne faut pas toujours chercher leur sens littéral.

Les premières remarques proposées ici, de toute façon, sont politiques. Et il s'agirait de concevoir le langage crypté pratiqué dans cette introduction générale comme ayant d'abord une vocation politique et stratégique, même si cela n'apparaît pas au premier abord.

Certes, l'auteur peut évoquer des sentiments qui ont été intenses dans ce contexte, érotiques, amicaux ou autres.

Mais il montre aussi implicitement leur bousillage désolant, par un ordre extatique et subliminal qui suggère des formes d'existence obscènes, voire meurtrières, dans le même temps où il nous juge.

C'est sa propre psycho-analyse jungienne, pour ainsi dire, en tant que marcusienne, révolutionnaire politiquement, que l'auteur propose soigneusement, pour lui-même  et en considérant celles et ceux qui l'ont affecté, considérant que le mythologique qui hante chaque inconscient collectif moderne aujourd'hui est trivialisé et dissocié par des images publicitaires ou des fictions niaises d'une grande pauvreté esthétique et éthique.

Néanmoins, dans la mobilisation d'une "kabbale" inventée, imaginée, sans rigueur mais avec attention, avec soin et patience, une sublimation de ce désastre vécu (et qui aura provoqué jusqu'à la folie dérangée de toute une société s'auto-cloisonnant) se laisse éventuellement envisager...

L'écrit désigne ici, de toute façon, non pas d'autres livres, mais d'abord des luttes collectives résolues et tactiques, dans la vie réelle, pour abolir le désastre de la modernité marchande, dans la vie réelle.

 

De telles suggestions introduisent un travail théorique d'ensemble, qui couvre divers champs philosophiques, et qui comporte 2000 à 2500 pages (si l'on inclut les annexes).

Elles ont toutes été écrites par l'auteur de ce site internet : professeur de philosophie, militant anticapitaliste libertaire, et théoricien critique, spécialisé dans la critique radicale de la métaphysique idéaliste/bourgeoise et dans la critique matérialiste marxienne/lukàcsienne/debordienne de la valeur, du fétichisme marchand, de la réification et du spectacle.

 

Clarification : produire un CRI dans le spectacle désastreux

 

L'intention de cette philosophie critique est un CRI.

Aujourd'hui, les CRIS ne sont plus entendus. On regarde souvent le signifiant, la forme, mais on se moque trop souvent du contenu du dire.

On a oublié depuis longtemps que la philosophie n'était pas que fonction phatique, mais désignait d'abord et avant tout le monde, le monde social et humain, pour viser sa compréhension, sa critique et sa transformation effectives.

On voudrait montrer simplement l'horreur de ce monde ici.

Mais il faut savoir percer les tympans, être le plus assourdissant possible, pour abolir toutes les obstructions, spectaculaires, publicitaires, désinvoltes, dédramatisantes, qui s'opposent au dire absorbé et soucieux aujourd'hui.

Un CRI aujourd'hui est reçu avec une moue désabusée :

- "C'est intéressant", dira l'expert.

- "C'est une belle plume", dira le pédant inessentiel.

- "C'est un peu donneur de leçon", dira la vaniteux mondain qui confond si tôt la critique radicale du totalitarisme moderne, et de son si vain sang, avec quelques "jeux de langage" insignifiants, avec quelque infusoire philosophant, avec quelque philosophoire balbutiant, ou avec quelque "posture" surjouée.

Naturellement, ces mots ne sont pas écrits pour de telles caricatures de l'imposture, qui ne savent plus lire depuis longtemps. Ils ont des bouchons dans les oreilles, qui s'appellent : "réseaux", "carrière", "concurrence", "envie", "solipsisme", "narcissisme", "dissociation", "sadomasochisme", "hébétude", "inattention", "argument d'autorité", "trépanation", "études de marché", "domination", "auto-réification", "mode". 

Nous ne sommes pas spécialement bien servis médiatiquement d'ailleurs, en ce qui concerne l'idée que le discours philosophique ou théorique ou critique aurait encore du "poids". Il suffit de voir ce qui se rend massivement visible aujourd'hui :

Enthoven, Finkielkraut, Zemmour, Onfray, Alain Renaut, Luc Ferry, Badiou, Eric Hazan, Stiegler, Charles Pépin, Dorian Astor, Nancy, Tristan Garcia, Quentin Meillassoux, Houellebecq, Lordon, Friot, Chouard, Soral, Charles Robin, Michéa, Latouche, Ariès, Alain de Benoist, Francis Cousin, BHL, Jean Vioulac, Tiqqun, Belhaj-Kacem, Baudrillard, Pierre Rabhi, Alexandre Jollien, Frédéric Lenoir, Matthieu Ricard, Edgar Morin, Stéphane Hessel, Markus Gabriel, Jacques GuigouJacques WajnsztejnJeremy Rifkin, Piketty, Axel Honneth, Frédéric Worms, Franck Fischbach, Hayek, Pièce et main d'oeuvre, Bouteldja, Hadjadj etc. 

Ces frères Bogdanov de la "pensée", "critique", "technique", "économique", "écologique", ou "éthique", ces experts ou belles-âmes inconséquentes, spécialisées sans le savoir dans la protection du désert, se contenteront de déverser une rhétorique creuse sans fondement, un vague développement personnel à l'usage de l'aliénation consentie du consommateur-travailleuse esclavagisée et esclavagisant, que nous sommes tous et toutes, végétant dans des centres impérialistes meurtriers en tant que radicalement hébétés ou "divertissants".

Ce type d'individus sinistres est radicalement critiqué sur ce site.

Mais ce sont des hommes de pouvoir : s'ils prennent connaissance de ce genre de démarches (qui sont nombreuses, mais peu visibles), et s'ils se sentent provisoirement "menacés", ils voudront "écraser" celles ou ceux qui les développent. Ils les insulteront "subtilement" (dérision, moquerie, de la vedette méprisant l'anonyme, ou le critique invisibilisé, etc.).

 Pourtant, cette démarche ne fait que promouvoir radicalement ce que la plupart de ces VRP cocaïnés (métaphoriquement ou pas) se contentent de vanter publicitairement (si l'on exclut bien sûr les "penseurs" fascisants qui ont été cités : Soral et sa clique, Finkielkraut, Chouard, Onfray, Zemmour, etc.) :

- soin,

- réparation,

- devoir de mémoire,

- égalité et liberté  réelles,

- autonomie de la pensée,

- émancipation,

- féminisme radical,

- anti-racisme,

- critique de l'islamophobie et de l'antisémitisme (et de la christianophobie, dans les pays où elle est meurtrière, ou de toute autre discrimination religieuse),

- développement singulier, intensif et incarné de soi, anti-validisme, écologie radicale. 

Et c'est précisément pour défendre toutes ces luttes absolument nécessaires qu'il s'agit aujourd'hui de montrer que la pensée critique est beaucoup plus complexe, radicale et engagée que ce que le spectacle nous montre.

C'est pour être fidèles aux combats que le genre de vedettes citées plus haut prétendent "représenter" (en excluant les fachos) qu'il s'agit impérieusement de dénoncer radicalement leur bouffonnerie, leur imposture, leurs insuffisances structurelles, lacunes, limites irréductibles, contradictions, équivocités.

Par fidélité paradoxale à ce que diraient leurs slogans purement formels, pour produire réellement le contraire, dans la vie concrète, on les démonterait de part en part : et ce sont eux qui nous demandent de le faire, d'une certaine manière.

Ces vedettes indigentes de l'expertise critique, politique ou éthique, désirent inconsciemment leur auto-destitution, cela se lit sur leur visage grimaçant ou dissocié :

- que ce visage soit "serein", "positif", "éveillé" de façon bouffonne et atrocement naïve (Rabhi, Lenoir, Ricard, Jollien, Edgar Morin, Stéphane Hessel, etc.),

- que ce visage soit "émotionné" de façon pédante et "encuculante" (Enthoven, Pépin, BHL, Dorian Astor, etc.),

- que ce visage soit sentencieux ou pontifiant/fumeux, de façon "engueguelante" (Badiou, Althusser, Lacan, Baudrillard, etc.),

- que ce visage soit tordu par la haine, la vengeance ou le ressentiment (Finkielkraut, Onfray, Soral, Zemmour, Alain de Benoist, Francis Cousin, etc.),

- que ce visage affiche une fausse modestie "pénétrée" ou "absorbée" hypocritement, pour que des mots creux soient formulés (Tristan Garcia, Belhaj-Kacem, Nancy, Quentin Meillassoux, Markus Gabriel, Etienne Chouard, Piketty, Michéa, etc.),

- que ce visage affiche une conviction, un "souffle" convaincus mais asthmatiques et ahuris, voulant "édifier" ou "insurger", "indigner", une "somme" d'individus indéterminée assignée à l'être-peuple, à l'être-multitude, à l'être-troupeau (Friot, Lordon, Bouteldja, Tiqqun, Rifkin, Piketty, Chouard, les frères Jacques WG de Temps critiques, etc.) : 

quelle que soit la situation, dans chaque cas, ce visage de la vedette experte dans l'extension du désert, encuculant et engueguelant , pour reprendre des idées de Gombrowicz (Ferdydurke), ce visage atrocement crispé, clivant et clivé, qui est la négation systématique de l'intériorité qualitative qui l'anime, de son désir intime propre, ce visage, même s'il ne le sait pas, ne dit jamais qu'une chose :

"abolissez mon pseudo-pouvoir sans puissance, décomposé et décomposant, afin que les intentions vides que je formule contradictoirement, dans la zone partielle de la non-vie censée "représenter" "la" Vie hypostasiée, reçoivent le démenti qui rendra plus efficiente une lutte que je prétends mener, mais que je ne fais que bousiller."

C'est donc par gentillesse et attention à ces souffrances non conscientes d'elles-mêmes que de telles personnifications de l'imposture seront impitoyablement critiquées (les idées, et non les personnes, donc) dans les articles de ce site.

Les vedettes, comme hommes de pouvoir, non conscient de leur auto-délabrement, voudront bien sûr piétiner, humilier, à coup de "citations" ou d'académismes, ce genre de prétentions, de façon générale.

Mais ces fonctionnaires de la pensée, à cet instant, ne feront que s'insulter eux-mêmes, ce qui sera infiniment cocasses, mais aussi absolument pathétique : ils insulteront une démarche qui voudrait faire cesser leur dissociation.

De même que toute psycho-analyse théorique, curative, ou sociale provoque la résistance, le refus, parfois la colère, de ceux qu'elle "traite", de même la  critique radicale du désert produit la résistance et la colère, voire la haine, de ceux qui protègent le désert malgré eux, tout en prétendant, contradictoirement, pouvoir le faire cesser.

Cette résistance sera indissociable du transfert : la vedette qui insulte, qui se sent humiliée, éprouve un désir pour ce qui l'humilie, totalement malsain et fétichiste.

 

Propositions : les 5 émissions et la conférence-débat ci-dessous, auxquelles j'ai été invité, développent déjà cette démarche de démontage des vedettes de la "critique", ou fonctionnaires de la pensée, cités plus haut. Les 4 liens leur succédant clarifient le sens des deux dernières émissions (critique dialectique des Lumières et critique de l'antisémitisme germanique dont hérite l'extrême droite aujourd'hui).

Appendice :

Les théoriciens critiques qui utilisent la pensée ou la philosophie critique à des fins réellement constructives, politiques au sens strict, et ils sont nombreux, se voient eux-mêmes toujours plus décrédibilisés par ce genre d'avortons : car dans l'esprit de la plupart des spectateurs, ces avortons, massivement visibles, selon une exclusivité spectaculaire désolante, "sont" la philosophie, la critique, l'éthique, etc.

Ainsi, si vous avez le malheur de dire que vous pratiquez la philosophie, la pensée, la critique, vous susciterez très souvent un agacement, voire un mépris implicite, dans la mesure où les dits "penseurs" ou "experts" qui sont les plus exclusivement visibles aujourd'hui seront particulièrement vains, vaniteux et creux, en tant que "beaux parleurs" médiatiques indifférents à la transmission critique, ne se différenciant des présentateurs télé que par la caractère précieux et alambiqué de leur discours.

La philosophie est une affaire sérieuse, et elle peut réellement changer la vie, si seulement on la respecte. L'utiliser à des fins publicitaires ou communicationnelles, c'est tout simplement la massacrer.

Que dirait un physicien si, dans l'esprit de la plupart des individus, la physique se réduisait à ce qu'en font les frères Bogdanov ? Il serait affligé, légitimement. Aujourd'hui, le philosophe sincèrement habité par la philosophie ne peut qu'être affligé : car les Onfray, Enthoven, Finkielkraut, etc., ces Bogdanov de la pensée sont, dans la tête de la plupart des spectateurs, ce qu'"est" aujourd'hui la philosophie.

S'il s'agissait simplement de pouvoir détourner le regard face à l'abject, la situation ne serait au fond pas si grave ; mais une survisibilité de certains clowns implique, aussi, malheureusement, une réduction pernicieuse dont nous souffrons

« En concentrant en elle l’image d’un rôle possible, la vedette, la représentation spectaculaire de l’homme vivant, concentre donc cette banalité. La condition de vedette est la spécialisation du vécu apparent, l’objet de l’identification à la vie apparente sans profondeur, qui doit compenser l’émiettement des spécialisations productives effectivement vécues. Les vedettes existent pour figurer des types variés de styles de vie et de styles de compréhension de la société, libres de s’exercer globalement. Elles incarnent le résultat inaccessible du travail social, en mimant des sous-produits de ce travail qui sont magiquement transférés au-dessus de lui comme son but : le pouvoir et les vacances, la décision et la consommation qui sont au commencement et à la fin d’un processus indiscuté. Là, c’est le pouvoir gouvernemental qui se personnalise en pseudo-vedette ; ici c’est la vedette de la consommation qui se fait plébisciter en tant que pseudo-pouvoir sur le vécu. Mais, de même que ces activités de la vedette ne sont pas réellement globales, elles ne sont pas variées. »

Guy Debord, La société du spectacle

Les liens ci-dessous se proposent de critiquer radicalement le "type" du "penseur-vedette", qui tend à bousiller toute théorie critique conséquente aujourd'hui.

Premier moment : ces cinq premiers articles décrivent de façon critique la philosophie spectaculaire postmoderne, ou quelques-uns de ses symptômes révélateurs.

"Les images qui se sont détachées de chaque aspect de la vie fusionnent dans un cours commun, où l’unité de cette vie ne peut plus être rétablie. La réalité considérée partiellement se déploie dans sa propre unité générale en tant que pseudo-monde à part, objet de la seule contemplation. La spécialisation des images du monde se retrouve, accomplie, dans le monde de l’image autonomisé, où le mensonger s’est menti à lui-même. Le spectacle en général, comme inversion concrète de la vie, est le mouvement autonome du non-vivant."

Debord, La SS, I, 2

Deuxième moment : les six prochains articles dévoilent les impostures désolantes, et altercapitalistes, de la pseudo-critique spectaculaire qui prend des airs indignés.

Les deux derniers illustrent l'hébétude des penseurs-vedettes dits "de gauche", en exposant leurs échos "politiciens".

 

"Le spectacle se présente à la fois comme la société même, comme une partie de la société, et comme instrument d’unification. En tant que partie de la société, il est expressément le secteur qui concentre tout regard et toute conscience. Du fait même que ce secteur est séparé, il est le lieu du regard abusé et de la fausse conscience ; et l’unification qu’il accomplit n’est rien d’autre qu’un langage officiel de la séparation généralisée."

Debord, La SS, I, 3 

Troisième moment : les quatre articles qui suivent critiquent radicalement le "naturalisme", tendanciellement patriarcal, pétainiste dans le pire des cas. Il est associé aussi souvent à une critique de la technique, ou à quelque "écologie" hébétée.

 

"Le concept de spectacle unifie et explique une grande diversité de phénomènes apparents. Leurs diversités et contrastes sont les apparences de cette apparence organisée socialement, qui doit être elle-même reconnue dans sa vérité générale. Considéré selon ses propres termes, le spectacle est l’affirmation de l’apparence et l’affirmation de toute vie humaine, c’est-à-dire sociale, comme simple apparence. Mais la critique qui atteint la vérité du spectacle le découvre comme la négation visible de la vie ; comme une négation de la vie qui est devenue visible." 

 

Debord, La SS, I, 10

Quatrième moment : les quatre articles qui suivent dénoncent des pseudo-critiques du spectacle, qui paraissent ambitieuses, mais qui produisent confusions et conservations du désastre. Et proposent des voies peut-être plus porteuses ou radicales.

 

"Là où le monde réel se change en simples images, les simples images deviennent des êtres réels, et les motivations efficientes d’un comportement hypnotique. Le spectacle, comme tendance à faire voir par différentes médiations spécialisées le monde qui n’est plus directement saisissable, trouve normalement dans la vue le sens humain privilégié qui fut à d’autres époques le toucher ; le sens le plus abstrait, et le plus mystifiable, correspond à l’abstraction généralisée de la société actuelle. Mais le spectacle n’est pas identifiable au simple regard, même combiné à l’écoute. Il est ce qui échappe à l’activité des hommes, à la reconsidération et à la correction de leur œuvre. Il est le contraire du dialogue. Partout où il y a représentation indépendante, le spectacle se reconstitue."

Debord, La SS, I, 18 

Cinquième moment : Les six articles suivants critiquent radicalement certaines pensées fascisantes, ou proto-fascisantes du moment. Et tentent de proposer des voies de sorties.

 

"C’est la plus vieille spécialisation sociale, la spécialisation du pouvoir, qui est à la racine du spectacle. Le spectacle est ainsi une activité spécialisée qui parle pour l’ensemble des autres. C’est la représentation diplomatique de la société hiérarchique devant elle-même, où toute autre parole est bannie. Le plus moderne y est aussi le plus archaïque." 

 

Debord, La SS, I, 23

Sixième moment : ces sept articles qui suivent reviennent sur des théories critiques insuffisantes, et opposent des perspectives moins dissociées.

 

"Ce développement qui exclut le qualitatif est lui-même soumis, en tant que développement, au passage qualitatif : le spectacle signifie qu’il a franchi le seuil de sa propre abondance ; ceci n’est encore vrai localement que sur quelques points, mais déjà vrai à l’échelle universelle qui est la référence originelle de la marchandise, référence que son mouvement pratique, rassemblant la Terre comme marché mondial, a vérifiée."

Debord, La SS, 39

Illustration musicale de ce qui vient d'être exposé :

 

Ci-dessous, vous trouverez un rap, écrit, composé, interprété et accompagné au piano par l'auteur de ces lignes.

Il exprime assez bien les relations qu'on peut avoir, tactiquement, comme anticapitaliste révolutionnaire en lutte, avec les agents d'entretien du spectacle (ceux cités plus haut, mais aussi tous les autres, et essentiellement les mâles dominateurs masculinistes, logocentriques, anthropocentriste et civilisateurs).

Ces gestionnaires asociaux et amoraux, phatiques et libidineux, sont des solipsistes sadiques : ce rap/ragga se propose de leur imposer la même attitude résolue, cynique et humiliante pour eux, afin de suggérer leur propre déshumanisation, et afin de retourner leurs propres armes contre eux-mêmes.

Fin de l'avant propos

Première séquence : Chasseur et chassé

Après cette "mise en perspective", on peut revenir à la "question meurtrière", de façon plus déterminée, telle qu'elle est aussi structurellement conditionnée par un ensemble d'assignations sociales réductrices, qui dépassent le champ du seul "racisme" ou de la seule "exclusion".

 

Car ce site critique et politique  se préoccupe essentiellement de ces questions.

Nous assistons depuis le 11/09/2001 à des attentats qui touchent le sol "occidental".

Depuis 2015, l'état d'alerte, suite à des attaques désolantes, meurtrières, a encore augmenté, en Europe et aux USA.

Pendant ce temps, la guerre ouverte, mais plus "lointaine", sur un "autre sol", est organisée quotidiennement par les gestionnaires du désastre (qui pourront aussi prétendre définir quelque "état d'urgence" répressif, policier, pour "protéger" la dite "population nationale" occidentale) : guerre pour la captation des ressources, ou guerre pour maintenir des "vagues migratoires", "menaçantes" pour les "économies nationales", hors des "frontières" des "centres impérialistes". Au sein d'une division internationale du "travail", ou de la guerre économique permanente, fondamentalement néocoloniale.

 

Que se passe-t-il donc lorsque l'Etat français diffuse officiellement "sa" version d'attentats qu'"il" subit (ou que les individus/rouages qu'il "représente" subissent atrocement, plutôt ?) ; lorsqu'il exige que cette "version officielle" soit massivement relayée ?

 

Le plus inquiétant peut-être dans cette affaire, c’est que c’est le point de vue des tueurs qui doit valoir comme étant le point de vue de référence, le point de vue qui impose une façon précise de définir les êtres.

 

 

Exemple : janvier 2015.

-« Ils » ont visé « Charlie Hebdo » en tant que « symbole » d’une « liberté d’expression » qu’« ils » jugent « décadente ».

-« Nous » défendons, après cette attaque, ladite « liberté d’expression », comme une « valeur » positive et fixe à défendre.

- « Ils » ont « choisi » de tuer des « flics » pour dénoncer le symbole d’une « République » oppressive et sécuritaire, recrutant des « mauvais » « musulmans », s’en prenant aux « véritables » « musulmans ».

- « Nous » sommes, de notre côté, de façon réactive et acritique, « tous des policiers », comme s’il y avait là une « valeur » positive et fixe à défendre (à tel point que « notre » chanteur « national » Renaud, dit « anarchiste » dans sa jeunesse, se vantera plus tard, dans une chanson, d’avoir « embrassé un flic »).

- « Ils » ont « choisi » de s’en prendre à des « juifs », pour défendre peut-être, d’une façon absolument abjecte et absurde « le » « peuple palestinien », ou les « arabo-musulmans » « en général », tels qu’ils seraient menacés par « le » « Juif » universel.

- « Nous », par réaction, nous sommes tous « juifs », réduisant les individus morts dans l’hyper cacher à leur seule religion (elle seule, comme caractère remarquable, étant susceptible d’orner, comme symbole, des étendards, lors d’une manifestation politico-esthétique…or, toute réduction nivelante et exclusive à quelque "judéité" abstraite aura été la condition d'un antisémitisme structurel). 

- « Nous » donc, selon un essentialisme pernicieux, « républicaniste », « culturaliste » ou « travailliste », qui devient une « valeur » « vraie » à défendre, nous réduisons les individus à de pures abstractions censées les définir, et nous affirmons, sans nuances, la valeur « en soi », positive, des assignations réductrices qui ont pourtant donné lieu à des meurtres.

« Notre » appel à la « tolérance », ou à la « liberté » en un sens abstrait, mutilant, réductionniste, n’est jamais que le versant réactif, et impensé, de la pensée de ceux qui les « menaceraient ».

Le chasseur et le chassé, selon un paradigme cynégétique classique, possèdent les mêmes armes. L’hypocrisie du « chassé » se mettant en chasse (la « République ») est de rejeter le meurtrier au sein d’une infinie altérité, alors qu’il lui a précisément emprunté sa manière de déterminer les « proies », pour le combattre.

 

 

Mais les choses semblent plus complexes encore.

Ici, trois points doivent être envisagés pour saisir cette complexité : 

- la perspective unidimensionnelle  qui se dit, idéologiquement,"républicaine" (choc des civilisations, déclin  de l'occident, Huntington, Spengler, etc.) ; 

- la perspective unidimensionnelle mythologique des tueurs (djihad, choc des cultures, etc.) ;

- et la perspective sociale concrète, ou le monde vécu, multidimensionnel (clivages et dissociations subies par les individus en chair et en os, dans un monde en guerre, d'un côté comme de l'autre).

Ces trois points de vue s'entrecroisent, pour déterminer, au sein d'une idéologie unidimensionnelle qui se matérialise toujours plus dans la vie multidimensionnelle, une dialectique indéfinie de la vengeance et de la destruction.

 

 

Le « chassé », en effet, qui se définit aujourd'hui comme tel (la « République »), demeure néanmoins une forme originairement coloniale et expropriatrice, il reste celui qui, historiquement, entreprend la première « chasse ». Comme chassant initial, c’est bien lui qui aura déterminé le premier ces formes d’assignations et de réductions : de fait, l’universalité abstraite de ses « droits formels », rejetant un grand nombre d’individus réifiés hors de « l’humanité », accompagne son « projet » d’expropriations et d’invasions violentes.

Lorsqu’il semble devenir « proie », les nouveaux « chasseurs », qui voudraient réagir à une exclusion ou à une assignation subies, voulant dès lors « représenter »,confusément, et de façon tout aussi manichéenne, les « victimes », ici essentialisées, de son universalité abstraite, ne se sont peut-être que réappropriés eux-mêmes des valeurs mutilantes qu’il avait imposées d’emblée, en pensant que ces valeurs devaient être affirmées positivement, « reconnues » en leur « légitimité » : lorsque ce « chassé », donc,initialement chassant, se réapproprie à son tour, de façon acritique, les valeurs réductrices de ceux qui le « chassent » désormais, il ne fait que réaffirmer des valeurs qu’il a toujours défendues, et qui lui sont « revenues », à l’intérieur d’une spirale indéfinie de la vengeance et du meurtre (à moins, selon une autre perspective plus générale, qu’elles aient toujours été dans les même mains : celles des militaires virilistes et « conquérants »).

La domination, (néo)coloniale, étatico-nationale, traditionnellement active et affirmative, devient apparemment réactive, elle devient apparemment une simple « réponse » à une violence qui serait purement « extérieure ». Mais en fait, elle ne fait que renouer avec sa propre violence originaire, toujours plus précisément. Cette forme dialectique réactive, dont la synthèse semble indéfiniment ajournée, produit un auto-dévoilement toujours plus précis des structures gestionnaires de la destruction, et qui donne à penser, et qui devrait pouvoir encourager des luttes adaptées, pour les abolir.

Ce cycle d’une vengeance réactive, indéfiniment meurtrière, ne pourra être interrompu que lorsque la forme réactive, ou réactive « au carré », sera contrecarrée par l’affirmation et la réalisation de valeurs concrètes et vivantes, qui ne se réapproprient plus les évaluations des appareils destructeurs en voulant les « pérenniser » : soit par l’affirmation de valeurs non expropriatrices et non coloniales, non assignantes et non réductrices. Ces « nouvelles » valeurs, qui s’enracinent aussi dans une fidélité à des formes résistantes immémoriales, peuvent émerger, et persister, par exemple, lorsque des luttes sociales, des sabotages non meurtriers, des formes désobéissantes résolues, des stratégies d’auto-défense ciblées, des occupations déterminées, des blocages ponctuels, des désimplications assumées, des désordres tactiques, encouragent des dynamiques, progressives ou irruptives, de destitutions et d’abolitions des instruments inertes de la destruction, au profit de l’égalité, de l’autonomie, de la reconnaissance, et du soin positifs, réels, de tous et de toutes.

 

Cet aphorisme de Nietzsche exprime très bien l'ineptie des deux camps qui semblent s'affronter ici, mais qui partagent les mêmes valeurs : 

 

« Que des martyrs prouvent quelque chose quant à la vérité d'une cause, cela est si peu vrai que je veux montrer qu'aucun martyr n'eut jamais le moindre rapport avec la vérité. Dans la façon qu' a un martyr de jeter sa certitude à la face de l'univers s'exprime un si bas degré d'honnêteté intellectuelle, une telle fermeture d'esprit devant la question de la vérité, que cela ne vaut jamais la peine qu'on le réfute. La vérité n'est pas une chose que l'un posséderait et l'autre non (...). Les martyrs furent un grand malheur dans l'histoire : ils séduisirent. Déduire qu'une cause pour laquelle un homme accepte la mort doit bien avoir quelque chose pour elle - cette logique fut un frein inouï pour l'examen, l'esprit critique, la prudence intellectuelle. Les martyrs ont porté atteinte à la vérité. Il suffit encore aujourd'hui d'une certaine cruauté dans la persécution pour donner à une secte sans aucun intérêt une bonne réputation. Comment ? Que l'on donne sa vie pour une cause, cela change-t-il quelque chose à sa valeur? Ce fut précisément l'universelle stupidité historique de tous les persécuteurs qui donnèrent à la cause adverse l'apparence de la dignité. »
 

 

Nietzsche

 

Ce rap ci-dessous illustre ce qui vient d'être dit. Son flot enveloppe presque l'intégralité de mon projet théorique et musical (2500 pages en 6 minutes).

Mais Casey a aussi voulu faire preuve de "pureté", dans un monde où tout individu doit posséder de l'argent pour survivre, "se vendre", et dans un monde où tout argent encourage une misère et un proxénétisme généralisés...

C'est peut-être ce "purisme" qui emploie des armes cynégétiques dépassées, et qu'il faudrait reconsidérer.

Exemple, ici : 

Des militants radicaux auront critiqué ce désir "impossible" ou contradictoire de pureté :

"Alors comme ça ton rap n’est pas à vendre? À part à la Fnac, à Virgin … et à l’Antirouille, 13 eu le cercon c'est ça ? Ne pas lécher le cul des Majors ne te rend en aucun cas indépendante du marché de la culture." : nous dit ce tract, trop fidèle au message de Casey pour être fidèle à son désir de "pureté...

Une critique dure, mais légitime, qui devrait toutefois faire davantage l'autocritique radicale qu'elle engage...

Remarques plus générales : 

Une critique qui s'adresse aux "blogs" également, et à leur ineffectivité de principe (d'un point de vue critiquant les usages techniques/sociaux capitalistes, et d'un point de vue anti-idéaliste considérant qu'on ne transforme pas le monde avec des pures "idées" ou "théories") : une critique qui s'adresse donc à ce blog, qui s'il est "gratuit" apparemment, ne peut en fait pas l'être, de fait (un projet non associé à l'argent aujourd'hui n'est pas "visible", ne peut exister socialement) : le "lecteur" "rapporte" de l'argent aux publicitaires ou autres marchands de vide, peu importe le contenu des écrits (qui est un prétexte), et même donc si ces écrits se veulent "radicalement critiques".

L'argent dans ma poche, ou que "je" rapporte, est l'accroissement de la misère, de la dépossession et de la mutilation/réification de la plupart des individus vivants. Dans la circulation inversée (A-M-A'), dans le capitalisme, l'argent comme fin en soi devient la société abstraitement synthétisée, sa misère globale et souffrante, il est la guerre permanente que je ne fais plus que contempler avec "désir", "avidité", "lubricité", d'une façon atrocement clivante et clivée.

Produire une critique radicale de ces Divergences explicites en rendant possible une accumulation d'argent, par un "blog" ou autre, paraît donc être le cynisme en soi, même sur un "site" apparemment "innocent".

Pourtant, reconnaître cette situation contradictoire, c'est déjà envisager plus sérieusement son dépassement, et refuser précisément le cynisme qu'on nous impose, à l'avenir. Utiliser un medium en songeant à son abolition à venir, par la lutte (penser donc l'auto-abolition du medium, comprendre cette pulsion suicidaire, et la sublimer en pulsion de vie, qui transmute eu lieu de détruire).

Avantage dialectique : le medium unidimensionnel, dont les critères sont quantitatifs (facebook, overblog, twitter, etc.), fait du contenu un prétexte qui ne "compte" pas. Mais alors on peut "exploiter" dans ce contenu une complexité qualitative complexe et originale, nouvelle, imprévisible, radicale, qui ne sera jamais "censurée" ou "aperçue" par le medium, mais qui travaillera lentement à sa destitution progressive.

Autrement dit, les modalités et vecteurs de cette démarche critique visent leur auto-abolition, et tactiquement mettent en valeur parfois leur auto-contradiction, pour désigner leurs limitations, et donc pour désigner d'autres lieux plus effectifs (luttes sociales, situations subversives vécues, désimplications face à la désolation meurtrière, sabotage des structures du désastres, résistances collectives, résolues et pratiques face au désert moderne).

Note : l'autocritique radicale, dans notre situation, devrait elle-même être radicalement critiquée, mais pas par elle-même. C'est en  se taisant qu'on dit aussi moins de conneries, à propos de certains sujets douloureux.

 

Explication brève de ce dernier point :

- Dans la division internationale du travail, un consommateur-travailleur, même "modeste", d'un centre urbain  d'une puissance économique occidentale, collabore d'une certaine manière, passivement, et souvent malgré lui, au néocolonialisme, à la guerre, à la mise-en-camps et à l'exploitation sauvage de l'enfance et du dénuement dits "lointains" (mais en fait : partout hurlantes, comprimées contre notre niaiserie hébétée "confortable", "fun", "ludique", ou trépanée : atrocement dissociée ; sourires atrocement crispés - inconsciemment, ce qui est encore pire). Il n'est pas "responsable" de ce fait, car il se contente de "survivre" : pourtant, ce fait est là, indépassable aujourd'hui (et d'autant plus insupportable, dissociant).

- Ainsi, même l'autocritique radicale, qui se voudrait pourtant "sincère", dans notre situation, a quelque chose d'obscène, et doit parfois la mettre en sourdine, ou s'écraser.

- Le rap ci-dessous exprime parfaitement ces tensions insupportables :

Retour à la question du racisme ou de la réification des individus, qui développe ce thème, aujourd'hui central, de la chasse à l'homme.

Un rap, et 5 articles analytiques. Peut-être élucidants.

Deuxième séquence : écrits analytiques et systématiques, qui dévoilent une intention d'ensemble :

- érotisme théologique révolutionnaire (lien 1),

- critique de la valeur économique et du fétichisme marchand (lien 2),

- cosmologie suggestive, ouverte, d'une perpétuelle réaffirmation de ce qui se vit (lien 3),

- tous trois fondant la nécessité d'aimer et de lutter intensément, au profit de l'éternel présent.

Quatre figurations suivent :

- deux cygnes, ou signes, auto-révélants, s'emmêlent, mais s'évadent et se frottent au roseau (lien 4) :

- ce sont des lucioles masquées, saphiques, qu'ils deviennent (lien 5),

- qui plaignent ou prennent en pitié les vedettes plastiques, dont la "beauté" esclavagiste désole (lien 6).

- De là s'ensuit un voyage à Florence : les lucioles vagabonderont sur ce roseau (lien 7).

Troisième séquence : articulation d'un projet musical et d'un projet philosophique et critique

 

Vous trouverez ci-dessous 59 morceaux composés, chantés ou arrangés par l'auteur de ce site.

Explicitation détaillée de ce lien musical/théorique/critique/érotique 

Pastiche ironique (en un sens socratique, ou pythagoricien).

Outils mobilisés ci-dessous : Jung (synchronicités) ; Lacan (équivocité phonétique du langage induisant une multiplicité de sens perçus par l'inconscient) ; Bergson (durée pure ouverte et continue permettant une prévisualisation, dans la grâce) ; Francois Martin (théorie de la "Psyché quantique" : intrication pressentiment psychique/principe physique téléologique de moindre action), Kabbale érotique.

Remarque : ici, exceptionnellement, une entorse est faite à la méthode marxienne matérialiste. Mais les finalités "manipulatoires" ou tactiques de ces propos fumeux ou idéalistes sont pourtant des finalités matérialistes (transformer le monde effectivement, et non pzs seulement l'interpréter différemment).

Remarques à propos de ce projet musical et de ses intentions.

 

 

 

 

Les prénoms qui désignent chaque composition originale, jouée au piano, sont ceux, le plus souvent, de personnes réelles. Mais ils peuvent être vus également comme désignant des archétypes, rassemblant une constellation de figures mythologiques, littéraires, picturales, ou cinématographiques.

L'intention est un hommage, et non une séduction. Mais aussi un conseil : l'archétype clivé doit savoir retrouver sa vocation fluide dans l'animation musicale, quelle qu'elle soit. Selon une perspective critique, la musique peut dénoncer la manipulation d'archétypes subliminaux, qui créent l'idolâtrie et non le partage modeste et sain. La dimension discrète musicale détruit ces prétentions, si elle parvient à réaliser sa visée propre. Elle s'articule à une stratégie politique qui se veut résolue, érotique et révolutionnaire.

Si le morceau désigne un archétype qui est aussi une vedette, ce morceau la critique d'abord : il désigne son incapacité à être une luciole, produisant sa propre lumière intérieure, et la vulgarité de son monde, son extrême violence, et sa vocation à jeter un voile de "fun" sur la guerre, la misère, les meurtres de masse et la mutilation de l'enfance.

Mais il est aussi rappel possible d'une promesse d'enfance : la vedette, soumise comme être "féminisé", possède un désir de paix et d'émancipation, pour toutes et tous. Faire cesser sa dissociation serait un moyen de faire cesser sa souffrance clivée, et peu consciente : cela implique de devenir invisible dans le spectacle, et seulement visible dans la lutte.

Stratégiquement, de telles évasions seraient très utiles : l'impact massif des vedettes actuelles, visibles partout et tout le temps, impliquerait que leur auto-exclusion affirmée aurait également un impact massif, et provoquerait des remises en questions du système chez un grand nombre d'individus.

Bien entendu, ce n'est pas un projet isolé d'un seul individu qui permettrait cela. Mais c'est une direction à emprunter au moins une première fois, pour tout militant promouvant la pluralité des tactiques.

 

 

 

 

 

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    Attention : pastiche new age syncrético-fumeux. Bouillabais(s)e mystico-illuminée (rien de bien sérieux).

     

    Pour produire une manipulation cathartique qui viendra démystifier la vedette, il s'agirait d'emprunter les outils du subliminal, mais de façon "exotérique", en explicitant dans un second temps les "codes" à l'oeuvre.

    La production ici est un pastiche, qui a une dimension critique : critique du neuromarketing, du discours publicitaire crypté en tant qu'obscène, confusion de systèmes "ésotériques", "jeux de langage", que seuls les promoteurs, ou "vendeurs de rêve" cyniques, amoraux et asociaux, "maîtriseraient".

    Premier Tableau : les 44 perles aperçue par Sara

     

    Un être indéterminé, dont les lettre sont SARA, est touché d'abord par 1 seul être, dont l'aura brise tout solipsisme désastreux.

     

    Mais ce 1, très vite, désigne un 4 remémoré, une anamnèse : l'aura elle-même, une natalité ailante, qui porte l'humain, une gemme, ou une gamme, et une évasion porteuse, 4 négresses vertes.

     

    Suivant le fil d'Ariane, Sara re-trouve Ariana, Grande impatiente, qui rassemble les 4, pour que l'aura devienne 5 : c'est alors L'ANGE qui devient manifeste.

    Elle est donc la première, ou la seule, car elle donne un sens, un signifié, une voyelle salvatrice, à ce qui n'était que juxtaposition de lettres....

     

    Très vite, le 5 se dévoile comme 6 : "I wanna be your dog", disait I-G-G-Y, mais ici elle est blonde et indique qu'elle leur changera la vie (change your life). : Sara découvre qu'elle ALIGNE. Elle "a" (has) les "a" (aura, ailante, gamme, eva)

     

    Ce 6 se métamorphose en 22, car il est joint par 16 : il est alors AIGNEL, principe de l'échange, comme agnelle (échange chaste et innocent, mais érotique).

     

    Départ(s) agnelants...

    Puis une Diane chasseresse apparaît, impromptue, Hélène de Troye ou Anna, palindrome malicieux, qui dévoile la loi de l'éternel retour à toutes. Mais cette Marie-Antoinette luxueuse est aussi un danger, et le crew devra refuser sa guerre. Pourtant, elle était plus maligne, ou tactique : elle DELIGNA. A 23.

     

    Maintenant que SARA observe ces 23, elle voit débouler 16 autres, dont elle se souvenait, mais qu'elle n'espérait plus...

    "Nous JeRKâMeS" toute la nuit", racontera SARA, devenue vieille, à ses nombreux petits-enfants, évoquant cette union des 39. Eva et Ariana acceptaient de se mêler à ces nouveautés, toujours les premières.

     

    Ce furent finalement les 7 désirées ardemment qui purent s'associer pudiquement aux 38, mais pour longtemps (quoique toujours temporairement) : elles acceptaient parfois de se baigner dans la CèZe du Gard, avec Eva G ou Eva L. Mais restaient rétives, par chance.

    SARA le "savait" maintenant : elles étaient 46.

    SARA s'incluant maintenant, elles étaient 47.

    Colia V, plus douce que le miel...Paris, septembre-octobre 2008...

    La résolution de l'énigme induite par un "pépin de pomme" : "dressing grown" ; désigner ce qui doit l'être quand on est mûr pour vivre ce qui doit l'être avec telle rose (eros) sans robe de chambre ; voici donc cette désignation très explicite : https://soundcloud.com/beno-t-bohy/une-chatte-que-jai-apprivoisee?in=beno-t-bohy/sets/compositions-au-piano

    Deuxième tableau : jeu de Lettres, de chiffres et de signes autour de ces 44 perles aperçues par SARA éprouvant l'aura comme gemme (j'aime : Gemma Glgari ou Clélia Conti : 33).

    47 - 3 (BLG) = 44

     

    Attention : Pasiche new age poético-fumeux

    Revenons maintenant sur le nombre 44.

    Symbolisme

    • Selon R. Allendy, "ce nombre doit logiquement unir le principe des mutations périodiques de la nature aux manifestations cosmiques de celles-ci".

       

    • J. Boehme appelle les nombres 44, 45 et 46 la trinité de la vie humaine.

       

    Bible

    • Le 4e livre de la Bible, le livre des Nombres, contient 1288 ou 400+400+400+44+44 versets. Il est 44 fois plus court que 3x444 ou 666+666.

       

    Général

    • Le Vatican occupe 44 hectares dans la ville de Rome.

       

    • On raconte qu'un jour un journaliste interviewa le Frère André. A un certain moment, il lui aurait dit: "Je doute fort que vous ayez commis plus de quatre fautes", et le Frère André de répondre: "Pas seulement quatre, mais quarante-quatre et plus", ce qui a fait bien rire le journaliste.

       

    • Construite entre le 4e et le 6e siècle de notre ère, le Dhamek-Stûpa, d'une hauteur de 44 mètres, marque encore de nos jours l'endroit où le Bouddha prononça son premier sermon devant ses cinq premiers disciples.

       

    • Les Bouriates connaissaient 99 dieux, divisés en 55 bons et en 44 mauvais. Ces deux groupes de dieux lutteraient depuis très longtemps entre eux.

       

    • Le dieu Chronos était entouré de 44 assistants, soit 22 principaux et 22 secondaires, selon le Phénicien Sanchoniaton.

       

    • Chez les Sioux (tribu indienne d'Amérique du Nord), 44 chefs médecins (hommes de paix) étaient nommés au sein de la tribu.

       

    • Il manque au Nouveau Testament 44 versets pour atteindre le nombre total de 8000 versets, ce dernier représentant la béatitude céleste.

       

    • Anniversaire de mariage: noces de topaze.

       

    Guématrie

    • Les valeurs numériques des mots hébreux AEIE HIE signifiant "Je suis la Vie", BBLI signifiant babylonien, HVL signifiant phénix, et DM signifiant sang avec mem final égale à 40, donne chacun 44.

       

    Occurrence

    • Le nombre 10000 revient 44 fois dans la Bible.

       

    • La somme des occurrences de tous les nombres de la Bible supérieurs ou égaux à 144000 donne 44. Et au total, 44 livres de la Bible utilisent le nombre 3.

       

    • Le mot tribulations est employé 44 fois dans la Bible - 11 fois dans l'AT et 33 fois dans le NT.

       

    •  

     

     

    (source : anagogie.online)

     

    Remarques

    Mais plus précisément, une phrase est ressortie :

    "L'ange, aligné, aignel, déligna, nous jerkâmes pour l'eau de la Cèze."

    Selon le code César, qui est le plus adapté dans notre contexte, si on opère un décalage de 44, on obtient le résultat suivant : 

    "T'ivom, itqovm, iqovmt, lmtqovi, vwca rmzsiuma xwcz t'mic lm ti Kmhm."

     

     

    - Le 44 ici, est le t très signifiant, qui s'associe au x unique (20 + 24)

     

    -Ce sont bien les 12 perles de la cité céleste qu'annonce donc ce chiffre, en dernier recours, par l'amour le plus pur qui soit, par lequel c'est "l'âme qui enveloppe le corps" (Apocalypse, 21 : 21 + Beith = 42 + 2 = 44).

    Suggestions plus précises :

    21+21 = (Beith/Aleph) multipliés par 2 = 42 + Beith = 44

    Remarque : ce 44 est un 33; (22 ; 11 ; etc.)

    Explication : 22 + 11 (BB + AA) = Béni/Boy + Aleph/Ame = 33

     

    33 comme porte de perle de la cité céleste, terrestre, sensuelle et incarnée, comme 44, est pour sAra, ou Beith, CC : Clélia Conti. Ou encore, d'un point de vue Hébreu : GG, Gemma Galgani.

     

    Il faudrait maintenant tenter de dénouer tous ces noeuds...

     

     

     

    Revenons maintenant aux lettres considérées, pour envisager des conciliations et luminosités possibles, pleines et entières, joyeuses et incarnées, par-delà tout délabrement contingent : Aleph, Beith, Lamed, Guilem, , Noun

     

    Soit : Sara (ou Beith) face à l'ange.

    - L'aura,

    - Ariana tirant le fil,

    - la gemme,

    - l'évasion qui émascule Adam,

    - et la natalité qui porte l'homme.

    Lorsque Sara se comprend comme Beith, comme B, il devient : Bengale, ou tigre féroce et craint (ce qu'il est, mais sans que ça se sache). Comment cela peut-il arriver ?

    SARA devient Beith, et Bengale (tigre), lorsqu'une Beith l'appelle. Elle est la 47 ème.

    Ils, elles sont 47. 48 avec Beith ou Bengale (un benêt), mais d'abord 47

    Interrogeons les tensions qui habitent ces 47.

     

    (source : "soleildelumière.canalblog", une ratatouille new age amusante)

    a) Aleph, le roi et la reine

     

    "Première des Lettres, elle les contient toutes. La rencontrer, c'est rencontrer notre Splendeur, la Couronne éternelle qui nous attend depuis toujours.

    Aleph est l'élan premier, le commencement de toute chose, le début du Chemin, mais aussi le Chemin lui-même, puisqu'Elle contient en Elle l'énergie de toutes les Lettres. Elle peut évoquer un nouveau départ, Elle encourage l'élan créateur des pionniers du Nouveau.

     

    Aleph est la Rose qui fleurit sur la Croix. Elle rayonne dans le chakra du coeur, le centre de cette croix humaine qui se dessine lorsqu'on ouvre les bras. Elle invite au dépassement suprême.

    Unis à Elle, nous sommes réellement invincibles, nous pénétrons dans la conscience de l'Unité absolue, où plus rien d'extérieur ne peut nous nuire, car l'univers entier fait partie de nous, et agit avec nous.

     

    1 - Aleph1[1]

     

    Première des Lettres, Aleph les contient toutes. La rencontrer, c'est rencontrer notre Splendeur, la Couronne éternelle qui nous attend depuis toujours.

    Aleph est l'élan premier, le commencement de toute chose, le début du Chemin, mais aussi le Chemin lui-même, puisqu'Elle contient en Elle l'énergie de toutes les Lettres. Elle peut évoquer un nouveau départ, Elle encourage l'élan créateur des pionniers du Nouveau.

    Mais pour cela Elle nous invite tout d'abord au silence, au recueillement dans notre sanctuaire intérieur. Elle n'est pas le Bélier fonceur mais le Taureau, invincible puissance virile qui féconde la matière et la façonne selon la Volonté divine. Celui qui porte le fabuleux fardeau de la Création.

    Dans ce silence intérieur, Elle nous aide à laisser émerger la volonté de notre âme, et prendre ainsi une décision sans hâte, basée sur une conviction intime inébranlable. Avec le sentiment de la Justesse viennent la paix et la confiance. Nous pouvons avancer dans la direction choisie, dans la force tranquille de ceux qui se sentent accompagnés par le Divin.

    Entreprendre une action dans la conscience d'Aleph demande l'Unité, sur un plan intérieur, mais aussi, si deux ou plusieurs sont concernés, entre tous les participants, Aleph nous enseigne que la conscience d'Unité est la base de toute action pour l'évolution, que celle-ci concerne les plans matériel, affectif ou spirituel. Toute entreprise qui ne repose pas sur le fondement de l'Unité est vouée à l'échec.

    Aleph est la Rose qui fleurit sur la Croix. Elle rayonne dans le chakra du coeur, le centre de cette croix humaine qui se dessine lorsqu'on ouvre les bras. Elle invite au dépassement suprême.Unis à Elle, nous sommes réellement invincibles, nous pénétrons dans la conscience de l'Unité absolue,

     

     

     

     

     

    où plus rien d'extérieur ne peut nous nuire, car l'univers entier fait partie de nous, et agit avec nous."

     

     

     

     

     

     

     

     

    "

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    b) Beith, la demeure éternelle

     

     

     

    02-beith_2

       "Objet de toutes les quêtes, splendeur de toutes les splendeurs, quel que soit le nom qu'on lui donne, Beith est la Maison originelle, le berceau de notre âme. Elle est la substance même de la Mère divine, la trame qui soutient les univers et les mondes. Elle est aujourd'hui la Terre Nouvelle, la Demeure de l'Homme Nouveau. Dans sa Présence, nous sommes chez nous sur cette planète, dans un corps physique en parfaite harmonie avec le corps de Lumière.

     

    Beith dans le tirage nous transmet un magnifique message. Le but de notre quête est proche. Elle nous invite à regarder une situation avec l'oeil de l'Intelligence Binah), qui ne se laisse pas tromper par les apparences. Elle nous hausse dans la conscience souveraine de l'Unité.

     

    Egalement, sur un plan plus "matériel", elle peut attirer notre attention sur le lieu où nous résidons, ou que nous prévoyons d'habiter. Nous devons l'aimer, le respecter, peut-être changer notre façon d'y vivre, et même l'identifier à la beauté de Beith.

    Beith est la claire lumière qui remplit toute chose, de l'infiniment petit à l'infiniment grand. Celui qui est revenu chez lui ne craint plus rien, car plus rien n'est " extérieur ", séparé de lui. Il peut goûter aux Noces Mystiques, et connaître l'eucharistie de l'ère nouvelle, où le corps lui-même est Pain de Vie animé par le Sang Lumière.

    Beith régit la planète Saturne. En effet le temps est aussi notre demeure dans l'incarnation, offert à notre libre arbitre. Cette Lettre extraordinaire est une clef précieuse pour le transcender et goûter la paix rayonnante de l'éternel présent.

    Beith est l'initiale du mot "Baroukh", utilisé pour bénir ( Baraka : bénédiction ). Elle est la Lettre choisie par l'Eternel pour présider à la création du monde. Cela signifie que nous sommes tous bénis, quels que soient nos choix ou nos erreurs, car nous sommes les enfants de Aleph-Beith, le Père-Mère.

    Nous portons tous sur notre front la marque invisible de cette bénédiction sacrée."

     

        

    2 - beth3

     

     

     

     

     

     

     

     

    c) Lamed, l'aiguillon de l'amour

     

    "L'Amour est la plus grande force de l'univers. Il aiguillonne notre âme sur les Chemins jusqu'à la " folie " de plonger les bras ouverts pour répondre à son appel... Car ce qui est sagesse pour l'âme est souvent folie pour l'ego humain.

    Lamed est la seule Lettre dont le dessin monte au-dessus de la ligne d'écriture. Sa partie inférieure arrondie ( un Kaph ) représente le corps, le plan manifesté. La partie supérieure verticale ( un Vav ) nous relie aux plus hauts plans de Lumière et de Connaissance. En méditant ( en s'identifiant ) avec cette belle Lettre, nous pouvons percevoir le point de jonction juste au-dessus de la tête.

    Lamed nous invite à la méditation, au silence des hautes montagnes. Une énergie très pure, haute et subtile veut nous remplir, et pour cela il faut quitter intérieurement le tumulte des pensées, se rendre réceptif à cette puissance d'amour, et à elle seule. C'est au cœur de ce silence, de cette sérénité, que l'amour jaillit aussi du plus intime de notre être.

    Enfin Lamed est liée également au principe de l'étude, car à ce moment-là nous avons accès à des plans de connaissance qui ne sont pas destinés à l'intellect qui ne pourrait les comprendre. Elle nous dévoile les sciences de l'univers, de l'infiniment petit à l'infiniment grand, et révèle les splendeurs cachées dans les textes sacrés. Elle est l'alliée du chercheur qui aborde le monde avec un esprit ouvert."

     

     

     

     

    12 - lamed3

    d) Guimel, le berger

     

    "Génération des idées, la Puissance du Don, l’étude et la conception féconde, la concrétisation d’un projet, l’évolution dans la forme et la matière, l’hérédité. La modulation du Verbe Créateur, dont l’énergie positive vient de l’Aleph-Beith.
     
      

     
     

    Nous sommes faits à l'image de Dieu, nous sommes donc en réalité don total, don permanent à la vie, au monde entier. Si nous ne donnons pas constamment (comme le souligne l'Ange des célèbres Dialogues), nous dépérissons.

    Guimel vient nous rappeler, et surtout nous aider à réveiller et rayonner cet attribut fondamental. Tout dans l'univers se donne sans rien chercher à garder pour soi : la nature, le soleil, les étoiles... Mais les voiles qui recouvrent encore notre conscience ont recouvert cet élan spontané et permanent qui est notre véritable essence, là est la cause de tous nos problèmes humains.

    Guimel est la Grâce souveraine de l'Eternel, l'abondance à tous les niveaux, qui ne demande qu'à se déverser dans la coupe offerte de notre être.

    Mais bien souvent nous endiguons ce flot généreux sans le savoir. Tournés sur nous-mêmes, sur nos manques et nos plaintes, nous fermons la porte à la Grâce divine. Guimel nous aide à ne rien attendre pour soi, à ne rien garder ni retenir. Alors, dans cet état d'esprit de totale nudité, Elle vient nous revêtir de lumière. La Vie nous donne exactement ce dont nous avons besoin pour accomplir notre mission, cela ne signifie pas qu'il ne faut rien demander au Divin, bien au contraire, mais dans une ouverture et une confiance totales quant à la forme que prendra la réponse. Car elle vient toujours, aucun appel ne reste sans réponse pour celui qui sait l'entendre.Oui, nous sommes aimés infiniment !"

     

     

     

    3 - guimel3

     

     

     

    e) Hé, le souffle de vie

     

    "Quelle indomptable puissance créatrice dans cette Lettre qui préside au signe du Bélier, le premier de la roue du Zodiaque ! Et, ce qui peut sembler paradoxal dans notre culture, Elle représente l’essence du Féminin, au-delà de ce que peut signifier pour nous l’image de la femme sur la Terre. Elle apparaît deux fois dans le Nom divin Yod Hé Vav Hé, où Elle manifeste la Face féminine de Dieu, unie à Yod et Vav (Face masculine).

    Dans le tirage, Hé vient nous dynamiser. Elle nous invite à respirer en conscience, ce qui dépasse la notion d’un simple exercice. L’air que nous respirons l’est aussi par tous nos frères et soeurs de l’humanité, que nous les aimions ou non, par les animaux et les végétaux. L’atmosphère de la planète représente également son champ vibratoire dans lequel nous baignons tous, et dont nous sommes responsables. Respirer en conscience devient un acte d’unité – au grand potentiel guérisseur – qui nous rapproche de notre réalité divine.

    Dans l’air vibre une énergie de vie, le prana, nourriture essentielle pour nos corps subtils. Hé nous invite à ouvrir les fenêtres de notre être pour l’accueillir dans nos profondeurs intimes et le laisser circuler, sans chercher à le retenir. La respiration nous enseigne qu’il faut accepter de se vider pour être rempli. Si nous cherchons à retenir la Lumière de peur qu’elle s’échappe, nous bloquons l’échange, nous figeons la force de vie.

    Hé dans le tirage peut signifier que la situation demande un élargissement, une ouverture plus grande, une respiration nouvelle dans une confiance totale.Son énergie accompagne le changement. Elle nous aide à puiser à la Source d'un dynamisme ancré dans la volonté de notre âme de lumière."

     

     

     

    f) Noun, la gardienne du grand oeuvre

     

    "Noun vient bousculer les anciennes habitudes, et il n'est pas toujours facile de réaliser la beauté de cet Amour qui nous interdit de nous endormir sur le Chemin, car il prend parfois la forme d'une épreuve déstabilisante. Elle est pourtant l'alliée de notre âme de lumière qui nous pousse à grandir. Dans les profondeurs de notre être réside notre Ombre, cette partie de nous qui nous fait peur, que nous n'aimons pas, et que bien souvent nous renions. Elle peut prendre nom violence, terreur, rancune, orgueil, égoïsme... Elle peut nous apparaître comme une bête hideuse qui se cache à la lisière de notre inconscient.

    Noun nous invite à mieux comprendre notre Ombre, afin de lui faire goûter le pur Amour du Christ qui ne juge pas. Sans le savoir, cette part de nous-même aspire à la Lumière et l'appelle à sa façon. Plus nous avons peur des ténèbres, plus cette peur les nourrit. La seule clef est l'Amour qui démasque le jeu des apparences et révèle l'appel désespéré de tout ce qui se croit non-aimé.

    Sous une autre facette, cet appel peut être celui du corps de chair qui nous envoie un message.Nous croyons parfois qu'il nous fait mal, mais c'est nous qui le faisons souffrir, de mille façons,en oubliant qu'il a tant besoin de lumière. Une maladie ou un choc physique est toujours un appel d'amour. Il est bon de parler à ses cellules, voir en elles le temple de la Vie.

    Ainsi nous pouvons étendre notre bienveillance à l'Ombre de l'autre, qui ne pourra plus nous toucher négativement, car avec l'aide de Noun, nous pourrons traduire son expression négative en défi d'amour."

     

     

     

     

     

     

    Conclusion de ces jeux de lettres synchroniques et mythologiques autour du nombre 33 :

     

     BA/L (21+30) tend à devenir 51, chiffre a priori malfaisant.

    Car 666 puissance 51 a une somme qui donne 666.

    Un benêt obstiné et béotien, assez lourdaud, sera fasciné par l'aura, et la beauté orale, d'une femme-cygne, qu'il a toujours déjà aimé. Mais il suit aussi un fil d'Ariane, ou il attend Ariana, Grande impatience, comme lui, avide de se plonger dans ces buissons ardents, qui délabrent leur passion, et créent déséquilibres et tristesses.

    Le benêt ici croît faire hommage en oralisant tous ses désirs malvenus, en particulier saphiques, voire pires, mais cette oralité incessante, n'est encore qu'une régression immature, un désir de fusion ou de soins maternels, solipsistes ou idéalisés, nostalgiques qui ne peuvent être supportés par l'aimées.

    Tout ce blabla dérangeant crée la scission nécessaire, et l'obstiné qui se comprend mal lui-même sait qu'il n'obtient rien, ni l'amour, ni l'attention, et il a mérité ce sort.

     

    Pourtant, Aleph, ce fil d'Ariane, cette Ariana, Grande étourdie, ne disait rien d'insensé, mais on ne pouvait l'écouter ici

    "Bien-aimé fils du Vivant, Je suis Aleph, et Je suis toi. Je suis la réalité flamboyante de ton être divin. Et voici ma question, réponds-moi du plus profond de ton âme : Que veux-tu ? Quelle volonté anime tes pas actuellement ?

    Viens avec moi, bien-aimé, et entre en toi-même. En toi cohabitent de nombreux niveaux de conscience , de l'animal à l'Ange. Aucun n'est à renier. Tous ces niveaux de vie sont légitimes, car tous aspirent à boire à la Source de Vie, même si parfois l'appel est détourné ou dévié. JE SUIS en chacune de ces expressions de ton être. Mais aujourd'hui l'Univers est à l'écoute du niveau de toi-même à qui tu remettras les rênes et qui répondra à ma question. Que veux-tu vraiment, bien-aimé ? Formule ton intention, et l'Univers sera ton allié.

    Je suis ton Père véritable, la Source de tout ce qui est. De Moi tout jaillit, à Moi tout revient. Et tu es fait à mon image. Toi aussi as le pouvoir de féconder la matière, de réveiller la Vie et d'animer la beauté en toi et autour de toi. Si tu comprends ce que Je suis, donc qui tu es, la matière même deviendra ton alliée pour tout ce que tu entreprendras.

    Avance en confiance, bien-aimé, dans la conscience de cette couronne invisible, mais réelle qui s'ouvre sur ta tête, illumine ton coeur et motive ses pas"

    L'attention que reçoit le benêt, mais aussi chanceux, qui obtiens ce qu'il souhaite, comme Beith, est bien celle-ci :

    "Ame de lumière, te souviens-tu que tu es mon Enfant ? Te souviens-tu de la Demeure de Soleil qui est la substance même de ta Réalité ? En ressens-tu la nostalgie ? Réjouis-toi, bien-aimé, car aujourd'hui Je viens à toi. En fait, Je suis là et tu es en Moi depuis toujours, mais une partie de toi m'avait oubliée, et souffrait cruellement de l'exil.

    Veux-tu revenir totalement en Moi, et vivre la plénitude de notre communion ?

     

    Tu le peux. Prononces à voix haute ton Intention, regarde-moi et fais un pas en avant. Plonge dans le poudroiement d'or de la spirale tourbillonnante en mon Coeur, dans mon rayonnement bleu azur de l'infini de mon Ciel.

    Je suis là. Ecoute ma voix qui te parle au creux de la Terre vivante. Je suis dans la nature généreuse, mais aussi dans le béton des villes. Je suis l'endroit où tu habites. Aime-le, qu'il soit un palais ou une humble chambre transitoire. Appelle ma lumière en lui, afin que Je le remplisse. Respecte-le,et souviens-toi que tu es en Moi : partout tu es chez toi.

    Ne t'attache pas à un lieu déterminé, ne t'attache pas à rien ni personne. Laisse mon amour te remplir et déborder de ta Coupe. La Terre, l'Univers entier est ta Demeure, ô mon Enfant. Uni à Moi tu es libre. Dans la danse d'amour du temps et de l'espace, les limites s'effacent et révèlent l'éternité de son Etre. "

    Le benêt commence à comprendre qu'une intention belle et délicate voulait se dire en lui. Mais l'aura de celle qui l'a touché absolument ne s'exprime pas encore, si bien qu'il ne sait encore que faire. Pourtant, dans son silence si doux, elle lui a dit quelque chose : 

    Comme Lamed, comme cette âme qui enveloppe son corps, elle aura l'or alors, car elle aura produite l'émule orale, par ces mots muets, mais si explicites :

     

    Chère âme, Je suis Lamed et nous avons rendez-vous, car en ce jour tu as accompli tout un parcours dont tu peux déjà entrevoir les bénéfices. Tu es plus riche que tu ne le crois peut-être, riche d'une vaste expérience, riche de ce que tu as compris et donné dans le passé.

    Tu ne voyages pas seul, tous les habitants du vaisseau Terre avancent vers une nouvelle conscience, et de nombreux pionniers ont choisi de s'élancer en leur nom à tous. Sache qu'il y a des âmes qui pourraient monter dans des plans de lumière toujours plus haut, et qui choisissent de s'incarner sur la Terre et d'endosser le poids de l'hérédité physique et psychique de l'humanité ancienne, afin de le transmuter pour contribuer à l'avènement de l'Homme Nouveau. Egalement de nombreux êtres de lumière descendent de différentes régions et espaces vibratoires pour devenir humains et participer à cette merveilleuse Aventure.

    Et toi, bien-aimé ? Choisis-tu de marcher dans la conscience de l'Unité avec tous tes frères et toutes tes soeurs, sans en exclure aucun ? Choisis-tu de pardonner à tous ceux qui t'ont offensé, qui ont été pour toi l'agent d'une souffrance ? Choisis-tu de voir en chacun, derrière le sombre manteau qu'il porte parfois, une âme de Lumière qui a endossé ses propres voiles ?

    Si cela te semble difficile, appelle-Moi et mon rayonnement t'aidera. Je suis la puissance de la Compassion, et Je te propose aujourd'hui de devenir Moi."

    Il n'y a pas de maléfice, a priori, pour celle qui apporte l'or et l'aura, et le benêt, lorsqu'ils se confrontent au fil d'Ariane, puisque chacun-e préconise patience et promet un accomplissement. Mais l'impatience du benêt obstiné, et son aveuglement, l'empêche de devenir ce qu'il est. Tout comme la douleur de Lamed, qui s'occulte encore, comme cygne inachevé, reçoit cette avidité de celui qu'elle aime comme une blessure qui augmente la première. Ariane, Ariana, ou Aleph, engage les deux amants, l'aura et le benêt, à vivre leur désir animal comme une sainteté qu'ils sont, et réciproquement. Elle indique qu'un désir impérieux les réunit toujours déjà. Le benêt veut vivre sa chance, qu'il connaît, et embrasser l'être tout entier, son désir impossible, mais qu'il obtient, mais il ne sait pas l'envisager encore sans se sentir impatient, ou coupable, ce qui est la même chose. Celle qui a l'or et l'aura offre sa totale compassion, qui deviendra celle de l'obstiné, et c'est vers un chemin précis qu'elle l'engage, avec lui : lorsque son ressentiment aura disparu, il ne se sentira plus coupable, et vivra ce qu'il a à vivre, ce qu'ils ont à vivre tous deux, et même tous les trois, mais sans que la souffrance ait sa part. Car ce trop plein d'amour du benêt ne pourra plus convoquer l'exclusif, ce que Lamed sait depuis longtemps, puisqu'elle vit la même chose.

    Figure archétypale d'Aleph (ou Ariane-a) dans le spectaculaire/marchand (choisie au hasard, parmi tant d'autres : un archétype rassemble une multiplicité d'individualités) : Ariane et le Minotaure, fille de Minos, amante de Thésée, de Dionysos, égérie mythologique de Nietzsche, qui accompagne la révélation de l'éternel retour

    Into you (Ariana Grande)

     

    Paroles (ironiques et hasardeuses)

     

    I'm so into you, I can barely breathe
    Je suis tellement accro à toi que j'en respire à peine 
    And all I wanna do is to fall in deep
    Et tout ce que je veux faire est de l'être encore plus
    But close ain't close enough 'til we cross the line, baby
    Mais on n'est pas assez proche tant qu'on ne franchit pas la limite 
    So name a game to play, and I'll role the dice, hey
    Alors donne le nom d'un jeu et je lancerai les dés

    Oh baby, look what you started
    Oh bébé, regarde ce que tu as commencé 
    The temperature's rising in here
    La température est entrain d'augmenter ici

    Is this gonna happen?
    Est-ce que ça va arriver? 
    Been waiting and waiting for you to make a move
    Ça fait un moment que j'attends que tu te décides 

    (Woo, oh, oh, oh!)
    Before I make a move

    Avant que je le fasse moi-même
    (Woo, oh, oh, oh!)

    So baby, come light me up and maybe I'll let you on it
    Alors bébé viens m'éclairer et peut-être que je te laisserai en profiter 
    A little bit dangerous, but baby, that's how I want it
    C'est un peu dangereux, mais bébé, c'est ainsi que je le veux
    A little less conversation, and a little more touch my body
    Un peu moins de conversation et un peu plus de caresses
    Cause I’m so into you, into you, into you
    Car je suis tellement accro à toi
    Got everyone watchin' us, so baby, let's keep it secret
    Tout le monde nous regarde, alors bébé, gardons le secret
    A little bit scandalous, but baby, don’t let them see it
    C'est un peu scandaleux, mais bébé, ne les laisse pas le voir
    A little less conversation and a little more touch my body
    Un peu de moins de conversation et un peu plus de caresses
    Cause I’m so into you, into you, into you, oh yeah
    Car je suis accro à toi

    This could take some time, hey
    Cela pourrait prendre un certain temps
    I made too many mistakes
    J'ai trop fait d'erreurs
    Better get this right, right, baby
    Donc je dois faire les choses bien 

    Oh baby, look what you started
    Oh bébé, regarde ce que tu as commencé 
    The temperature's rising in here
    La température est entrain d'augmenter ici
    Is this gonna happen?
    Est-ce que ça va arriver? 

    Been waiting and waiting for you to make a move
    Ça fait un moment que j'attends que tu te décides 
    (Woo, oh, oh, oh!)
    Before I make a move
    Avant que je le fasse moi-même

    (Woo, oh, oh, oh!)

    So baby, come light me up and maybe I'll let you on it
    Alors bébé viens m'éclairer et peut-être que je te laisserai en profiter 
    A little bit dangerous, but baby, that's how I want it
    C'est un peu dangereux, mais bébé, c'est ainsi que je le veux
    A little less conversation, and a little more touch my body
    Un peu moins de conversation et un peu plus de caresses
    Cause I’m so into you, into you, into you
    Car je suis tellement accro à toi
    Got everyone watchin' us, so baby, let's keep it secret
    Tout le monde nous regarde, alors bébé, gardons le secret
    A little bit scandalous, but baby, don’t let them see it
    C'est un peu scandaleux, mais bébé, ne les laisse pas le voir
    A little less conversation and a little more touch my body
    Un peu de moins de conversation et un peu plus de caresses
    Cause I’m so into you, into you, into you, oh yeah
    Car je suis accro à toi

    Tell me what you came here for
    Dis-moi ce que t'es venu faire ici
    Cause I can't, I can't wait no more
    Car je ne peux pas attendre plus longtemps
    I'm on the edge with no control
    Je suis à la limite et sans contrôle

    And I need, I need you to know
    Et j'ai besoin que tu saches
    You to know, oh!
    Que tu saches

    So baby, come light me up and maybe I'll let you on it
    Alors bébé viens m'éclairer et peut-être que je te laisserai en profiter 
    A little bit dangerous, but baby, that's how I want it
    C'est un peu dangereux, mais bébé, c'est ainsi que je le veux
    A little less conversation, and a little more touch my body
    Un peu moins de conversation et un peu plus de caresses
    Cause I’m so into you, into you, into you
    Car je suis tellement accro à toi
    Got everyone watchin' us, so baby, let's keep it secret
    Tout le monde nous regarde, alors bébé, gardons le secret
    A little bit scandalous, but baby, don’t let them see it
    C'est un peu scandaleux, mais bébé, ne les laisse pas le voir
    A little less conversation and a little more touch my body
    Un peu de moins de conversation et un peu plus de caresses
    Cause I’m so into you, into you, into you, oh yeah
    Car je suis accro à toi

    So baby, come light me up and maybe I'll let you on it
    Alors bébé viens m'éclairer et peut-être que je te laisserai en profiter 
    A little bit dangerous, but baby, that's how I want it
    C'est un peu dangereux, mais bébé, c'est ainsi que je le veux
    A little less conversation, and a little more touch my body
    Un peu moins de conversation et un peu plus de caresses
    Cause I’m so into you, into you, into you
    Car je suis accro à toi


     

    Note : l'érotomanie "synchronique" ici est bien sûr simulée, pour suggérer la violence subliminale du spectaculaire marchand.... Tout un chacun se sentirait "intimement" concerné. Et souffrirait d'autant plus, comme luciole quasi invisible.

     

    Mais cette violence, ce sont aussi les vedettes féminines, instrumentalisées, qui la reçoivent.

    Dans ces tourbillons, finalement, Ariane ou Aleph, n'a été qu'une menace, mais sa présence physique n'a pas été constatée. Une médiation plus tangible intervient pour que la vocation de l'ablution aimante se manifeste patiemment.

    Une telle progression peut donner lieu à une nouvelle forme : ABL : les clivages souffrants demeurent, mais c'est Ariane qui file la métaphore, et dès lors les amants terribles envisagent qu'un jour, ils se prodigueront ablutions et tendresses. Ils donnent tant d'amour à tout, mais c'est simplement l'aura que l'obstiné veut soigner, il n'est né que pour ça, par-delà toute dérive passagère.

    Une perle devient dicible. Elle est l'invisibilité enfouie nichée au coeur de Lamed, qui se manifestent pourtant si clairement, lorsque le benêt est en elle. L'aura de sa manifestation mystique n'est que la conséquence de ces rites érotiques mystérieux.

    Perle enfoui dans le contact des sexes, qui révèlent sa présence, Lamed devient gemme : et enfin il dit "j'aime", avec la plus grande ferveur.

    Gemma également, elle est gamme, mélodie fluide et fluctuante, qu'il joue pour elle.

    Mais elle évoque encore Ariane, Aleph : un danger. Car cette gemme est lue par un benêt romantique, Madame Bovary qui fixe son attention sur une persane qui n'est plus elle. Si elle fait chanter la vieillesse, c'est qu'elle est aussi pêcheuse de perles, comme Marion, et si elle chasse les sorcières, c'est qu'elle sublime une quête médiévale dont il croyait faire partie. Son art étonne, ou donne un ton qui ne cerne plus l'aura de la luciole qui l'enveloppe aujourd'hui. La scission pourrait s'aggraver.... Mais une ouverture soudain surgirait.

    Guimel dit : 

    Enfant de Lumière, âme courageuse, tu as accepté de traverser le grand désert pour aller en Terre promise. Je suis le Berger qui guide le troupeau de ton être. Pour pénétrer en un Royaume de Lumière, aucune brebis intérieure ne doit être oubliée. Regarde-toi comme Je te regarde, avec amour et compréhension. Je viens  pour ton âme, pour l'homme ou la femme humaine que tu es, pour ton enfant intérieur, pour tout ce qui en toi se croit ignoré de Dieu. Je viens pour la brebis qui a peur d'avancer, qui ne veut pas changer de pâturage, pour celle qui dort, pour celle qui veut suivre d'autres bergers tentateurs. Je viens pour celle qui en toi s'est égarée, comme pour celle qui m'a déjà reconnu.

    Acceptes-tu de me suivre aujourdhui, de rassembler le troupeau pour te donner à ma lumière dans un élan entier et unique ? Viens-t'unir à Moi, viens pour devenir Moi, devenir Berger qui choisit sa route et guide ses brebis avec amour et ténacité.

    Et voici une autre Question de Vérité : ô bien-aimé, crois-tu en la Grâce ? As-tu conscience que rien n'est impossible à la Main de Dieu ? Ouvre-toi à la magie de la Vie. Veux-tu ouvrir la porte à mon action, et me laisser entrer dans ton quotidien ? Ainsi tout ce que tu toucheras, tout ce que tu construiras portera l'empreinte de la Grâce et en sera illuminé . "

    Par ce mot, le benêt et celle qui possède l'aura, pourraient comprendre que l'animalité dont parlait Aleph, ou Ariane, n'était pas que pure concupiscence vulgaire, suscitant une jalousie douloureuse. La blessure de Lamed pourrait se changer en vocation, gravité. L'avidité du benêt, éventuellement lubrique, pourrait se changer en responsabilité. Les plaisir du corps ne seront plus exclus, mais ils soutiendraient un projet, une vocation si importante et absorbante, qu'ils seraient pures nécessité saine en elle-même, moyen de supporter un chemin infiniment difficile et long. Si c'est l'impossible qui est visé, les impossibles désirs, satisfaits, et absolument souhaités, seraient douceurs et compassion, comme le promettait déjà Lamed. Les paroles d'Aleph, le fil d'Ariane qu'elle tend, seraient devenues plus claires, par Guimel, ou gemma.

    Mais il faut bien dire que ces paroles, d'abord, le benêt clos sur lui-même ne les a pas reçues.

    Deux archétypes au sens jungien (qui ne visent pas des individus concrets particuliers) : Albertine disparue, saphisme incompréhensible (Madeleine de Proust) + Gemma Galgani, la perle de Jésus

    I don't know how to love him (paroles)

    I don't know how to love him,

    what to do, how to move him.

    I've been changed, yes, really changed.

    In these past few days when I've seen myself

    I seem like someone else.

     

    I don't know how to take this

    I don't see why he moves me.

    He's a man, he's just a man.

    And I've had so many men before

    in very many ways:

    he's just one more

     

    Should I bring him down? Should I scream and shout?

    Should I speak of love - let my feelings out?

    I never thought I'd come to this - what's it all about?

     

    Don't you think it's rather funny

    I should be in this position?

    I'm the one who's always been

    so calm, so cool, no lover's fool

    running every show

    he scares me so.

     

    I never thought I'd come to this - what's it all about

     

    Yet, if he said he loved me

    I'd be lost, I'd be frightened.

    I couldn't cope, just couldn't cope.

    I'd turn my head, I'd back away,

    I wouldn't want to know -

    he scares me so.

    I want him so.

    I love him so

     

     

    .

    Je ne sais pas comment l'aimer (traduction)

    Je ne sais pas l'aimer,

    L'inciter, ou autre chose.

    J'ai été changé, oui, vraiment changé.

    Ces jours récents quand je me vois

    Je ressemble à quelqu'un d'autre.

     

    Je ne sais pas le comprendre,

    Je ne vois pas pourquoi il m'incite.

    Il est un homme, qu'un homme.

    Et j'ai eu plusieurs hommes avant

    Dans plusieurs façons,

    Il n'est qu'un autre.

     

    Devrais-je le faire baisser? Devrais-je hurler et crier?

    Devrais-je parler d'amour - laisser aller mes sentiments?

    Je ne pensais jamais que tout finirait comme ça - quel est-il ?

     

    Tu penses que c'est plutôt drôle

    Que j'en sois là, n'est-ce pas?

    Je suis celle qui a toujours été

    Si tranquille, si calme, pas la sotte éperdue

    J'ai dirigé chaque spectacle,

    Il me fait tellement peur.

     

    Je ne pensais jamais que je finirais comme ça - quel est-il ?

     

    Pourtant, s'il me disait qu'il m'aimait,

    Je serais perdue, j'aurais peur.

    Je ne pourrais pas faire face, je pourrais pas faire face.

    Je me tournerais la tête, je m’éloignerais,

    Je ne voudrais pas savoir -

    Il me fait tellement peur.

    Je le veux tellement.

    Je l'aime tellement.

    Note : l'érotomanie mégalomane ici est bien sûr simulée, pour suggérer la violence subliminale du spectaculaire marchand.... Tout un chacun se sentirait "intimement" concerné. Et souffrirait d'autant plus, comme luciole quasi invisible.

     

    Mais cette violence, ce sont aussi les vedettes féminines, instrumentalisées, qui la reçoivent.

    Guilem semble permettre déjà une réconciliation des deux amants, B et L, avec Aleph, ou Ariana.

    Mais c'est lorsque Guilem, la perle, ou Gemma, s'unit à son tour à celle qui a connu le royaume des cieux, la dextérité du dérobement, l'innocence incestueuse dans le triolisme, coupable d'avoir empruntée à Adam sa lettre Majuscule, de façon androgyne, c'est lorsqu'elle s'unit à , l'aiguillon de l'amour, c'est lorsque va conquérir ce coeur de la bergère Guilem, que Lamed, ou l'aura explicite et pénétrante, désigne son propre désir de se donner dans ce luxe sensuel qui flattait d'abord Beith.

    Eve devient ce serpent qui s'auto-séduit, dans le Jardin d'Eden, et qui masculinise son nom, subtilement, par l'interversion : Adam, héritant de son "E", et délesté de son "A", devient une dame laborieuse, enfin, et brodant son érotisme créateur, comme une luciole. Eve devient Eva, et déterre la "Hache" de guerre, pour une lutte sans merci contre le mâle reproducteur. "Hé" va donc abolir la sujétion de son "genre" assigné", comme l'avait suggéré le serpent, séducteur et inversant. Sa pansexualité discrète renverse sans qu'il le sache quelque "virilité" bouffonne de son Mâle au pouvoir sans puissance.

    "Hé" va dévoiler, comme serpent qui se personnifie, qu'elle est une négresse verte, ou Lucy peut-être : une première humanité dont la Terre verte erre, tonne, mais inspire. Elle est une Lucy qui "lit", qui connaît, et qui manipule.

    Eva finalement enterre la hache de guerre, mais conserve ses intentions subversives. Elle conserve ce "A", cette subversion, mais le "H" s'est éclipsé.

    Bientôt, Hé et Guilem, ou Eva, une négresse verte art qui erre tonne, deviennent ce qu'elles étaient originellement : Vita Sackville-West et Virgnia Woolf, sur quelque écran lointainement visible, déchirure déchirée mais pourtant explicite.

    Intermède :

     

    Le festival de Berlin 2017 s’est ouvert un jour, et avec lui le marché du film où les producteurs de nouveautés viennent vendre leurs projets. 

    The Hollywood Reporter révèle ainsi que la réalisatrice britannique Chanya Button (Burn, Burn, Burn) s’apprête à réunir Gemma Arterton et Eva Green dans Vita & Virginia, un film racontant la relation amicale et amoureuse entre Virginia Woolf et Vita Sackville-West.

    Les deux écrivaines étaient très proches et devinrent amantes à la fin des années 1920. Leur relation se poursuivit une dizaine d’année et marqua profondément les deux femmes, qui écrivirent toutes les deux sur le sujet.

    Vita est notamment l’une des sources d’inspirations principales d’Orlando, le célèbre roman de Virginia Woolf publié en 1928 qui a été adapté en 1992 par Sally Potter avec Tilda Swinton dans le rôle d’un homme traversant les siècles et se transformant un jour en femme.

     

    (source : http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Gemma-Arterton-et-Eva-Green-amoureuses-dans-Vita-Virginia)

     

     

    Archétypes : Androgyne originel-le, subversion, fuite (Hé-va) ; pansexualité, monologues intérieurs, interlinguisme, cryptage, bergère, ennui mortel, bovaryste, dans le foyer patriarcal, porte de perle ouvrant à la Cité Céleste (Guilem, Gemme, Gemma). Attention : ces personnes concrètes représentent des archétypes mais n'ont pas à les assumer pleinement (risque : divinisation idolâtre de l'humain, qui accroît la barbarie et le patriarcat).

    Ecoutons maintenant ce qu'Eva, la négresse verte, ou Hé, aurait à dire à Guilem, mais aussi à B et L, tels qu'ils désireraient accepter la présence d'Aleph, ou d'Ariana et de son fil équivoque :

    Enfant de la Source de Vie, viens en ma lumière bleue et respire. Respire profondément ! Acceptes-tu de t'ouvrir à la Vie ? Préfères-tu tenter de rester en vase clos dans ton univers personnel ? Entends-tu l'appel de ton âme qui te pousses en avant ?

    N'aie pas peur, bien-aimé, Je suis là, Je suis toi. Accompagne le mouvement de vie, et une porte s'ouvrira pour toi. Ne cherche pas à retenir ce qui semble s'échapper,ce que tu crois perdre. La vie est changement permanent. Elle te rendra au centuple ce que tu crois perdre, si tu ne figes pas ton pas. Avance en confiance, tu as rendez-vous avec toi-même.

    Ame voyageuse, allège tes bagages. Tu n'as besoin de rien d'autre que de cette force fougueuse qui s'élance déjà en toi. Ouvre-lui le passage, afin qu'elle ne se retourne pas sur elle en se consumant dans son enfermement. Laisse tomber les barrières qui pourraient l'empêcher de s'exprimer. Il te suffit de dire "oui" au Nouveau de tout ton coeur, sans y mettre d'image ou de désir précis.

    Je suis Hé, et voici mon message: la Vie t'aime infiniment. Et si des apparences trompeuses t'ont fait croire le contraire, aujourd'hui, viens danser dans ma lumière,  car tu seras bientôt en Terre promise ! "

     

    A Guilem, la perle, Gemma, Eva, indique que l'évasion est un chemin qui est séduisant, mais non malsain.

    Pour Albertine, chez Proust, qui était aussi une Gemma Bovery rêveuse et malheureuse, le bonheur s'était annoncé devant la mer bleue, et elle aurait voulu vivre ce saphisme qui était son désir, et non pas rester prisonnière d'un homme.

    indique à Gemma qu'elle doit être cette Albertine qui épouse la promesse du bleu de la mer, et qui fuit la demeure de son geôlier.

    Lamed, qui possède l'aura, entend enfin cette parole de Hé, ou d'Eva, car c'est sa pansexualité qu'elle révèle enfin. Guilem, Gemma, annonçait cette possibilité, mais ne pouvait produire le désir, car seul le bleu proustien de la mer réveille les désirs saphiques refoulés ou enfouis.

    Trop orange, la perle que "j'aime", la gemme, Guilem, princesse persane qui ne connaît que trop le serpent de Zarathoustra, évoque encore trop Clélia Conti (33), comme Gemma Galgani (33), et ce soin des oranges, que Fabrice del Dongo observe du haut de sa tour Farnèse, n'évoque pas encore la subversion saphique de façon assez explicite.

    Mais si Célia Galgani s'accouple avec le bleu de la mer, dans l'évasion suggérée par Eva, le message qu'elle transmets à Lamed, l'aura, unifie une multiplicité d'intentions.

    Finalement, Beith, le benêt obstiné, le béotien benoîtement naïf, pourra même cesser d'être geôlier, et de mésinterpréter la Grande impatience d'Ariana, qui tire un fil par ironie plaisante, et fait déjà brûler les buissons ardents, puisqu'il aura compris que le bleu de la mer l'appelle lui-même dès lors qu'il devient Orlando : de même que le loup des Steppes, chez Hesse, n'a pas deux âmes mais une infinité, de même il aura une infinité de genres et de sexualités, et pourra rejoindre sans jalousie et sans possession des passions saphiques qui n'en seront plus...

    Archétype : le bleu proustien de la mer, qui éveille des désirs saphiques, et abolit la prison masculine

    Space Dementia (Démence Spatiale). Par Muse.

     

    Height is the one for me
    La hauteur est ce qu'il me faut
    It gives me all I need
    Cela me donne tout ce dont j'ai besoin
    And helps me co-excist with the chill
    Et m'aide à coexister avec la froideur

    You make me sick
    Tu me rends malade
    Because I adore you so
    Parce que je t'adore tellement
    I love all the dirty tricks
    Que j'aime tous ces sales tours
    And twisted games you play on me
    Et les jeux pervers que tu me joues


    Space dementia in your eyes
    Démence spatiale dans tes yeux
    Peace will arise and tear us apart
    La paix sera restaurée et nous déchirera
    And make us meaningless again
    Et nous rendra insignifiants à nouveau

    You'll make us want to die
    Tu vas nous donner envie de mourir
    I'd cut your name in my heart
    J'avais découpé ton nom dans mon coeur
    We'll destroy this world for you
    Nous détruirons ce monde pour toi
    I know you want me to feel your pain
    Je sais que tu veux que je ressente ta douleur


     

    Note : l'érotomanie mégalomane ici est bien sûr simulée, pour suggérer la violence subliminale du spectaculaire marchand.... Tout un chacun se sentirait "intimement" concerné. Et souffrirait d'autant plus, comme luciole quasi invisible.

    Mais cette violence, ce sont aussi les vedettes féminines, instrumentalisées, qui la reçoivent.