Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 06:35

Un fan exulte.

« Notre glorieuse classe politique a enfin compris que l'efficacité de son vain babil idéologique nécessite l'ingestion préalable d'un immonde vomi publicitaire. Son aptitude à le recracher sans répugnance force l'admiration. L'aliénation libérée crie victoire !

On ne peut être que subjugué face à tant de dévouement et de lucidité. Lorsque la campagne présidentielle devient un événement aussi important que le destin d'une Loft Story, alors seulement on peut se féliciter du triomphe de la citoyenneté active !

Nous vivons un moment historique, où la démocratie française se révèle à elle-même. L'époque moderne est sur le point d'atteindre son en-télé-chie première : dans une mascarade inattendue, la forme-démocratie s'apprête à se réaliser complètement au coeur de la matière indifférente du capitalisme.

Les illusions originelles des apôtres des droits de l'homme ne sont plus que des vagues souvenirs, des errances dont l'absurdité n'apparaît de façon que trop criante en ces temps de vérité : oh, comme ils sont lamentables, ces poètes de la révolution qui voulaient ériger un souverain Bien sur terre, au même instant où ils réifiaient la limitation de l'indépendance propre de l'individu ! Comme ils sont touchants, ces philosophes, qui ont cru à une autre liberté que celle de l'homme égoïste replié sur lui-même... Leur amour de l'humanité consciente et autonome fut une insulte trop durable à l'idéal démocratique ; leur tentative insensée d'éduquer le peuple fut aussi stérile que le souci d'éveiller un troupeau à la conscience de l'enclos ; leur volonté d'"éclairer" une agrégation d'êtres sociaux objectivés fut aussi vaine que le désir de moraliser l'objet. Leurs espoirs mensongers, pertes de temps responsables de tant d'incertitudes, nous persuadent de la supériorité nouvelle de la "vie politique" actuelle.

Gloire aux marionnettes de la République naissante ! Leur lucidité est, à ce jour, inégalée. Par le moyen de quelque réminiscence inespérée, suggérée par quelque fureur cathodique, elles ont retrouvé les méthodes trop longtemps reniées des théocraties féodales, pour leur accorder une puissance décuplée. En réutilisant le mode hypnotique propre aux illusions religieuses et politiques de l'Ancien Régime, elles ont contourné le danger de s'adresser à des consciences lorsqu'il s'agit d'obtenir le consentement à l'inversion de la vie, à la folie qu'est l'idéologie matériellement produite du capitalisme. En ritualisant chacune de leurs apparitions, en s'offrant à l'autel télévisuel honoré au sein de tous les foyers, elles ont compris la nécessité, pour se faire entendre, de respecter la cérémonie obscure du culte voué à la marchandise. Elles ont intégré, dans leur manière d'être, la vérité que leurs prédécesseurs trop humains se sont refusés à admettre, soit la vérité selon laquelle la démocratie se destine à décorer la logique a priori inodore, incolore et sans saveur, de la marchandise, laquelle logique n'est rien d'autre que le principe de synthèse de la société tout entière. Elles ont accepté leur rôle de jésuites de la valeur, condamnées ainsi à confirmer le retour de Dieu sur terre.

Qu'ils sont beaux, ces martyrs sacrifiés en leur image, et qui ont su rejoindre les rangs d'un vaste réseau de prostitution assumée (où se côtoient publicistes, chanteurs à Pognon, "stars" du cinéma et autres putes médiatiques...). Combien ils sont fidèles à la seule vie qui vaut d'être vécue, celle qui nous fait oublier notre inutilité laborieuse, celle-là qui est si pleine d'émotions, de compassion, d'effronterie, d'impudeur, d'insolence et de sincérité provocante, celle-là que l'on rejoint dans les zones de non-vie !

Merci encore, putocrates de tous bords, vous avez su nous parler, et nous vous avons entendu ! Merci de faire cesser définitivement l'écartèlement de nos esprits : la "conscience éclairée" devenait une position intenable au sein d'une réalité aussi obscure, où le seul but est de produire indéfiniment des petites objectivités divinisées, où notre activité ne vaut qu'en tant qu'elle est rendue abstraite, où les rapports sociaux n'existent qu'en tant qu'il sont non-sociaux, et où la valorisation s'affiche partout, sans la vie, pour la vie. Merci de nous rappeler que l'existence, dans la société marchande-friande, est une sphère finie et dubitative dont la circonférence est partout et le centre nulle part.

Le seul reproche, déjà formulé, que nous vous adresserons, c'est de cesser d'apparaître. Car à cet instant, c'est tout un bloc de déceptions, éprouvé quotidiennement, qui resurgit. Mais nous vous retrouvions très vite : écouteurs, baladeurs, TV, Web, supermarché, métro, boulot, dodo, etc. Par vous, la vie est un clip coloré. Et cela n'est pas médiocre, mais très digne...Merci ! »

Partager cet article

Repost 0
Published by ben - dans Actualités inactuelles

Présentation

  • : benoitbohybunel
  • benoitbohybunel
  • : philosophie
  • Contact

Recherche

Articles Récents

Liens