Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 11:31

La révolution romantiquement appréhendée : ne changer que visuellement et auditivement le monde

Il y a n'y a pas de distinction entre quelque « âme » et quelque « corps », mais une opposition à l'intérieur même de la sensibilité du corps conscient. Deux sens parmi les cinq s'isolent : on considérera que c'est là quelque « âme » qui est séparée. Les trois sens restants seraient le « corps ».

ऀL'entendre est un sens isolé, un empire dans un empire, une « âme » distincte (on ne « voit » plus qu'il est rattaché au « corps », à la sensibilité). Un autre me parle : je suis pur entendre ; l'audition est rattachée au « sens », à l'entendement. Mais je n' « écoute » plus dès lors. La musique des phonèmes, le ton, tout cela doit déterminer l'entendre. Mais j'ai oublié cela depuis bien longtemps. Dès lors mon oreille devient suprasensible, supranaturelle.

ऀLe voir est un sens isolé, un empire dans un empire, une « âme » distincte. Je lis un mot : il est pure vision intellectuelle. Il est signifiant et signifié. Le voir s'oublie comme sensible. La beauté de la graphie m'a échappé. Platon dénonce le pharmakon, l'écrit ; mais il prône pourtant une contemplation pure et désintéressée des formes intelligibles ; il est lui-même la victime éminente du pharmakon.

ऀLe toucher est « corps » qui s'oppose à l'« âme », au voir et à l'entendre. Toucher c'est s'emparer potentiellement. S'emparer c'est être intéressé. Etre intéressé c'est viser la vie, ou la survie. Le voir et l'entendre sont a priori désintéressés, ce pourquoi ils constituent, à eux deux, un empire dans un empire.

ऀGoûter, c'est a priori se nourrir : visée biologique, s'opposant au désintéressement de l'empire dans l'empire (de l'« âme » : de l'entendre et du voir).

ऀSentir, c'est potentiellement goûter, ou copuler, ou fuir : visée liée à la survie. Mêmes remarques que précédemment.

ऀIl faut détruire l'empire dans l'empire : la dictature de l'entendre est fuite nihiliste hors du monde audible concret. Conséquence : l'autre est réifié intelligiblement, et le monde également, corrélativement. La dictature du voir est fuite nihiliste hors du monde sensible concret. L'écrit unilatéral bouche la parole vivante non obstruée, la musique dansée du monde et d'autrui. Conséquence : plus rien n'est lu, plus rien n'est compris.

ऀLa parole d'autrui est à connecter avec la complexité sensible : elle est mouvement, tonalité, gestes, odeurs, dynamique visible, envie de goûter ou dégoût, toucher concret, simultanément. La dialectique, dans sa signification conceptuelle, est réorientée à travers la saisie consciente de ces données non-abstraites.

ऀL'écrit est lecture dans un contexte donné, au sein d'un paysage, avec le souvenir charnel d'autres qui entourent, avec un certain goût dans la bouche, le contact des pages sous les doigts, l'odeur du papier et des fleurs alentour. Désobstrué, l'écrit est remède (pharmakon). Le lecteur ne vise plus quelque contemplation purement visuelle et absolument désintéressée (cf. Platon), mais il veut son propre cors en acte au sein du dévoilement du voilé.

ऀToucher doit poser son relatif désintéressement : caresser, découvrir avec curiosité, masturber, cuisiner par amour du goût, etc. Ce désintéressement détruit extrinsèquement l'empire dans l'empire : l'« âme », le voir et l'entendre, ne sont plus l'exclusif désintéressement.

ऀGoûter doit poser son relatif désintéressement : la cuisine comme art, et non comme nourriture en vue de la survie. La séparation de l'« âme » et du « corps » est niée par Joël Rebuchon.

ऀSentir unifie le tout : sentir avec son nez est sentir avec ses cinq sens. Sentir est le nom pour l'inconscient. Les phéromones. Cette séduction constante, et malgré soi, face à l'autre senti, est ce qui unifie voir et entendre, et dès lors cela unifie voir-entendre avec toucher-goûter-sentir. Sentir avec son nez est désintéressé : l'amour humain ; l'oenologie.

ऀLa société spectaculaire, la société des vedettes de la consommation ou de la production, la société de la télévision et du cinéma, bouche le sentir : les vedettes ne sont pas présentes en chair et en os ; elles ne sont que « vues » et « entendues » (non regardées, non écoutées). En tant que figures qui nous scindent de l'intérieur, qui créent pour nous, spectateurs, un empire dans un empire, une « âme » souffrante séparée du « corps » souffrant, les vedettes ou stars, seulement appréhendées phonographiquement ou visuellement, sont la négation de la vie dans la vie, le redoublement d'un certain cartésianisme dualiste.

ऀLe pire dans tout cela, est que notre désir de révolution est lui-même cinématographiquement conditionné : c'est seulement une nouvelle apparence de société, simplement visuelle ou audible en tant que signifiante pour l'oeil abstrait ou l'oreille abstraite, que nous voudrions imposer.

Partager cet article

Repost 0
Published by ben

Présentation

  • : benoitbohybunel
  • benoitbohybunel
  • : philosophie
  • Contact

Recherche

Articles Récents

Liens