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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 18:58

Une parabole : Penser, être un corps

Penser, c'est toujours être la pensée d'un corps. Il y a jonction. Dire "il y a pensée", ou encore "un corps pense", c'est dire "un corps se pose, s'écoule encore dans la durée".

Penser, c'est penser la pensée, et chaque fois celle-ci exprime ce que le corps exprime : l'impermanence permanente, l'ouverture unique sur une multiplicité qui s'auto-affecterait.

La pensée pense qu'elle pense. Le témoin, le témoignage, le récepteur du témoignage ne sont pas séparés. Ils renvoient tous à cette seule perspective possible, réelle.

Attester, constater, témoigner, juger, confirmer : cette seule manière d'être, une tautologie envisageable. Chaque fois la pensée affirme ce qu'elle affirme : "il y a encore la vie, ce corps, de fait."

Un symbole : jouer, rêver.

L'enfant joue ; il lance la balle, le jouet, qui retombe alors entre ses mains. Un constat : la balle est pesante. Après un bref envol sans grands espoirs, la belle est revenue : voilà bien tel enfant, en cela qui apprend, cette explicitation redoublée, voire la nature de son corps imprimé, ou des "autres" expressément corps, un certain sens du devenir de la sphère : tout ce qui se laisse lancer, tout ce qui se laisse élever dans les hauteurs, finit par redescendre, par rejoindre le sol, extrêmement impossible.

L'enfant rêve ; il lance une étoile, qui reste suspendue dans les hauteurs ; toujours une étoile sera le rêve le plus lointain, trop lourde pour retomber. Question de l'enfant qui rêve : "Qui attrape mon étoile ? Qui éprouve profondément sa pesanteur ?"

Questions un peu sottes, et pas vraiment passionnantes...

L'enfant joue, rêve, car tel est son goût, son bon plaisir. Joie ultime de faire varier le surgissement de l'évidence. Terreur extrême d'apprendre, d'accueillir chaque fois la révélation de l'essentiel. Joie extraordinaire d'appartenir à la décentrée, détresse nécessaire de peser. Amusé, l'enfant apprend la verticalité symétrique : une balle jetée, remémorée. Enigmatique, l'enfant apprend la verticalité asymétrique : une étoile lancée, accrochée.

Un signe : sauter, s'envoler.

Un corps pensant pense qu'il pense. Il s'énonce lui-même pour lui-même. Il jette, il questionne, il joue et rêve. En bref, il évalue la pesanteur, sa propre pesanteur, en la soumettant à de multiples variations. Il est aussi chaque fois la balle qui retombe, dans le plus extrême matin, il est même chaque fois l'étoile qui reste accrochée, au coeur de l'ultime courbure. A première vue, un corps pensant saute continuellement ; c'est ainsi qu'il passe d'un hasard à une nécessité, c'est ainsi qu'il se transforme : ce qu'il est avant le saut n'est pas ce qu'il est après le saut, même si le sol qui se dévoile sous ses pieds doit bien rester le même, en tant que dérobé. Plus précisément, un corps pensant est en train de sauter ; il vient de prendre son envol, il n'est pas encore retombé ; curieux, il demande : " Vais-je chuter ?"

Qui va m'attraper, le ciel ou la terre ? Où étais-je ? Où suis-je ? Où serai-je ? La pensée est le lieu où se confondent peut-être radicalement la balle et l'étoile, le lourd et le léger, le symétrique et l'asymétrique, le bas et le haut ; elle est le lieu du passage intense, de la transition. Délicieuse attente, horreur de l'incertitude. Un corps pensant pense qu'il pense : sauter ou s'envoler ?

Dramatiser à outrance ne servirait pourtant à rien...

A la rigueur, retomber : vague routine. S'envoler, dans l'absolu : le miracle monstrueux. A force de descendre, à force de s'abîmer, à force de trop s'extravertir, on perd le goût du saut ; et l'ennui guette alors, par quelque fade bonheur. Pourtant dans le même temps, le saut se répète, encore et à jamais. Puisque celui qui saute, continuellement, s'étonne absolument de sa chute, apparemment seulement possible, toujours il retente l'expérience. Il conserve la passion du miracle, la passion de l'instant où l'envol demeure envisageable, la passion de l'incertitude.

Une sensation : le chaud, le froid ; le mou, le dur.

Celui qui saute, tente l'envol, s'insatisfait d'un climat, et du caractère qu'il suscite. Il ne supporte pas la tiède moiteur qui s'impose ici-bas, il ne supporte pas la mollesse qu'elle engendre. Est-ce là un simple caprice, une simple question de goût ? Il semble bien que non, en tant que sa vie-même, peut-être, est en jeu (qui peut garder les pieds sur le sol sans se consumer, sans être détruit, décomposé par le feu encore trop proche des entrailles de la terre ?). Semblable à la cire, celui qui saute finira par fondre s'il ne se dégage des flammes d'en bas. Il est contraint de sauter, en permanence. Est-ce là une simple question de goût, un simple caprice ? Evidemment : affirmer la vie, vivre, se contraindre, être nécessairement, ce n'est jamais qu'un caprice, ce n'est jamais qu'une question de goût, ou de dégoût...

Sauter, s'envoler : rejoindre les hauteurs glacées pour se durcir, pour se recomposer. Sauter, s'envoler : rejoindre le seul lieu habitable, le seul lieu où la vie se pose intensément. Voilà toutefois un dangereux séjour : trop de froid trop longtemps, et c'est tout le corps qui se pétrifie. Nécessité de la chute, du déclin, par-delà la mortelle tentation de l'envol.

Une impression : réagir, agir.

Réagir est le propre d'une puissance dont le devenir n'est pas simplement conditionné par la seule nécessité de son existence, mais aussi par l'existence d'une puissance autre. Réagir, cela désigne tout mouvement qui est aussi contraint, causé, par quelque élément extérieur. La réaction est une question de relation à l'altérité : tout mouvement (soit : toute apparition d'une puissance) dont la manifestation dépend également, d'une manière ou d'une autre, de sa relation à autre chose qui n'est pas lui, est une réaction. Disons-le autrement : dans le cadre de la réaction, celui qui commande la puissance et celui qui obéit à la puissance sont aussi séparés.

Qu'est-ce que sauter ? Apparemment, sauter, c'est réagir, et même deux fois réagir : d'une part, celui qui vient d'entamer son saut ne semble pas avoir simplement obéi à sa spontanéité close : son ascension paraît aussi être la conséquence de sa relation à une puissance qui est hors de lui, qui est dans autre chose que lui, du moins dans la mesure où elle est aussi mue par la tiédeur insupportable de l'ici-bas ; d'autre part, celui qui vient de retomber n'a pas chuté à la suite d'un libre décret, ou par la grâce de son bon vouloir ; une fois encore, la puissance de la terre, cette puissance autre, le contraint, la loi de l'attraction s'impose à lui, pour l'extraire des hauteurs saines et glacées. Disons-le autrement : celui qui saute, apparemment, n'obéit pas seulement à sa propre impulsion lors de l'ascension, et il ne lui obéit pas du tout lors de la chute : la terre commande aussi, éminemment peut-être ; celle qui commande et celui qui obéit sont aussi séparés.

Qu'est-ce que sauter ? Evidemment, sauter, c'est s'envoler, créer, être un premier mouvement, un miracle, à chaque fois. Evidemment, sauter, c'est agir. Qu'est-ce qu'agir ? Agir est le propre d'une puissance dont le devenir est conditionné par la seule nécessité de de son existence. Ce qui agit est indépendant, spontané, libre, en tant qu'il se ferme à toute extériorité qui pourrait influencer son écoulement. Ce qui agit se met en mouvement de lui-même, il n'est absolument pas mis en mouvement par autre chose ; il s'auto-affecte, il n'est absolument pas affecté par quelque élément extérieur. S'il y a bien agir, alors celui qui commande et celui qui obéit ne sont tout simplement pas séparés, de là comparables à quelque servile royauté.

Sauter, c'est agir, évidemment. Mais en quel sens ? Pourquoi donc ? Comment ? Sauter, c'est agir, dans le sens où sauter, c'est être en train de sauter ; ni l'origine du saut, ni même son issue, n'ont une réalité distincte pour celui qui saute. Celui qui saute demeure simplement dans les airs ; il a oublié son lieu d'origine tout comme il ignore son lieu d'arrivée, pour la simple et bonne raison que de tels lieux ne sont jamais vraiment advenus. Très concrètement, il vole, incertain, pour la première fois, le plus librement du monde, obéissant à son seul caprice, obéissant à son bon plaisir, flattant son goût le plus scandaleusement arbitraire. Lorsqu'il s'affirme dans les hauteurs, rien ne distingue le sauteur de l'étoile, ou de l'oiseau : la fierté et la joie attachées à l'indépendance dominent légitimement ; là où il se situe, quel " autre " pourrait avoir l'impudence de lui dicter sa loi ?

Supposons tout de même une fois encore que le sauteur a la possibilité de se sentir avant et après le saut, de sentir que la terre commande aussi son ascension et sa chute. Apprendra-t-il quelque chose de nouveau ? Découvrira-t-il que son agir d'étoile n'était qu'une illusion ? Sera-t-il déçu, désenchanté ? Apparemment, trois fois oui. Et de fait, trois fois non. Oui, trois fois non, dans la mesure où c'est toujours le moment de la suspension au-dessus du sol qui nous révèle le sens profond de la totalité du saut ; ni l'origine ni l'issue du saut ne sont ces points de départ à partir desquels pourrait être interprétée la totalité du saut.

Supposons qu'il y a trois êtres distincts lors de l'expérience du saut : il y aurait celui qui se prépare à sauter, celui qui est en train de sauter, et celui qui vient de retomber. Chacun raconte aux autres ce qui lui arrive. Le premier se dit libre et contraint à la fois, c'est-à-dire relativement actif, relativement réactif : d'un certain point de vue, il est libre de sauter, car il pourrait cesser de sauter, mais d'un autre point de vue, il sent qu'il est contraint de sauter, comme si la terre, brûlante, le lançait elle-même dans le ciel. Le second se dit entièrement libre de demeurer suspendu, c'est-à-dire absolument actif : il est toujours libre de s'envoler, il n'a qu'à choisir ce qu'il préfère. Le dernier se dit tout à fait contraint, c'est-à-dire absolument réactif : il ne pouvait pas ne pas chuter, même s'il l'avait voulu de toutes ses forces, car la terre a imposé sa loi, de façon implacable, indiscutable. Supposons maintenant que ces trois êtres distincts cherchent à définir la réalité unique et profonde du saut. Dans un premier temps, c'est " l'ayant sauté ", le dernier, qui s'exprime, très sûr de lui : il est celui qui n'ignore pas où le saut " veut en venir ", il est persuadé que sa parole est celle qui aura le plus de poids. Il dénonce la naïveté des deux autres, il se moque de leurs espoirs puérils ; gravement, mais non sans ironie, il leur annonce que le sauteur subit le saut, du début jusqu'à la fin. Chacun de ses éclats de rire vise la destruction, le rabaissement. Il déclare que le sauteur, dans sa globalité, est finalement bien pathétique, tout juste digne de pitié. C'est une chose tout à fait humiliante qu'il apprend à ses auditeurs : le sauteur retombera sans pouvoir choisir et, mentant, il répétera indéfiniment ce ratage lamentable. Il est typiquement le cynique, le sceptique, le dogmatique qui affirme la négation. Après cette douloureuse intervention, " l'ayant à sauter ", le premier, très confiant lui aussi, et peu impressionné par ce qui vient d'être dit, prend la parole à son tour. Il sourit sans agressivité, sans méchanceté, car il sait, de façon sereine, que lui seul est dans son bon droit : il est l'origine, la condition de possibilité du saut, comment pourrait-il ne pas entendre mieux que quiconque son sens véritable ? Grand prince, il éprouve de la compassion pour les deux autres, victimes du fanatisme et de la démesure, non dotés de la faculté de nuancer. Rejetant tout dogmatisme, il déclare qu'il est le médiateur, la voie de la sagesse, qui réconcilie les opposés, qui réunit les extrémités. Il affirme que chacun de ses auditeurs a raison, à sa manière, mais que lui-même a plus raison encore en tant qu'il a pu les mettre d'accord. Il est typiquement le critique, le dialecticien, qui affirme la négation et l'affirmation dans le même temps. Finalement, c'est au tour du " sautant ", du second, de donner son avis. Il est le plus discret des trois. Visiblement, les deux discours qu'il vient d'écouter l'ont drôlement affecté ; il paraît amusé, réjoui, semblable à l'endormi qui, après avoir oublié qu'il rêvait, se souvient : ce n'est qu'un rêve, continuons de rêver. Et que dit-il maintenant ? Il dit ceci : "Toi, le dernier, ayant été, tu affirmes la négation, et toi, le premier, l'origine, ayant à être, tu affirmes à la fois la négation et l'affirmation. Moi, le second, étant, j'affirme l'affirmation. Au fond, nous ne sommes pas si "autres" : tous les trois nous affirmons, tous les trois nous affirmons l'affirmation. Je suis celui qui parle votre parole, celui qui rêve votre rêve. Apparemment, vous croyez que la terre vous commande, vous croyez lui obéir sagement ; mais j'ai moi-même inventé cette fiction, obéissant seulement à ma volonté d'être une étoile actuellement suspendue. Séparés de moi, vous n'avez aucune consistance, de même que je ne saurais me poser en votre absence impensable. Au fond, jamais nous ne sommes montés, jamais nous ne descendrons, pour cette simple raison que le contraire est tout aussi vrai. La terre n'est pas une force étrangère. Nous sommes la terre, la différente indéfiniment disjointe. La terre vole, incertaine, au-dessus d'elle-même, pour ne pas se consumer. Typiquement, je suis le dogmatique qui affirme l'affirmation ; c'est ainsi que je suis le seul type, ce seul type. Qui peut ne pas affirmer l'affirmation ? Il y a le saut, c'est-à-dire la vie, la terre, un corps, une pensée, un témoignage, encore. Soyons clairs : je commande, vous obéissez, mais nous ne sommes pas séparés. Soyons brefs : nous, sautant, vilenie d'un maître, nous agissons."

Une routine : le clair, l'obscur ; le maître, l'esclave

Un corps pensant pense qu'il pense pour confirmer joyeusement le miracle : il n'y a rien de plus clair, de plus évident. Mais trop de lumière aveugle, on finit par ne plus rien voir. Ce qui s'offre le plus généreusement devient ce qui se dérobe ; ce qui se montre sans réserve devient ce qui est sèchement occulté ; ce qui est le plus proche devient le plus lointain.

La lumière de la tautologie miraculeuse n'est pas seulement trop vive ; elle est aussi trop rapide dans son retirement ; ainsi, semblable aux galaxies les plus lointaines qui s'éloignent de nous à une vitesse si grande qu'on ne les perçoit plus en leur clarté, elle demeure invisible.

Le plus clair, le plus évident, trop intense, trop rapide, est obscur. Il devient même toujours plus obscur, car il est toujours plus intense et rapide. C'est ainsi qu'on finit par oublier qu'il est d'abord le clair par excellence ; c'est ainsi qu'il devient simplement invisible, au même titre que toute chose inexistante à laquelle n'est accordée, a fortiori, absolument aucune attention.

Nécessairement donc, ce qui devient le plus obscur, c'est ce fait que le plus clair est obscur, s'obscurcit, dans la mesure où le plus clair rejoint finalement tout ce qui n'existe pas. Puisque finalement s'impose l'incapacité de soupçonner l'existence-même du plus clair, la possibilité de saisir son occultation cesse.

Voici donc le moyennement clair, qui concurrence le plus clair. Il finit même par acquérir le monopole apparent de la clarté, au fil de l'extinction de ce dernier. Le moyennement clair, c'est la banalité de la routine, la loi de l'ennui, ce qui va de soi. Sous les tièdes projecteurs moyennement clairs, si un corps pensant pense qu'il pense, il n'y a rien de nouveau sous le soleil, et si un saut se manifeste, il n'y a pas de quoi s'extasier, on sait bien de toute façon que la chute adviendra. Probable, prévisible, connu d'avance, trivialement ennuyeux, ne valant pas la moindre once d'enthousiasme, incapable d'étonner : tel est ce qui est moyennement clair. Le moyennement clair n'est ni trop intense ni trop rapide, c'est pourquoi il semble ne perdre jamais sa visibilité exclusive ; il est aussi fade que l'habitude, et aussi moyen que le dressage.

La sensibilité au plus clair et la sensibilité au moyennement clair renvoient à deux manières de penser la pensée, c'est-à-dire à deux manières de sentir le saut, lesquelles se rejoignent substantiellement, indéfiniment. La sensibilité au plus clair est une manière chaque fois radicalement nouvelle, différente, d'être suspendu activement entre deux bords de rien ; la sensibilité au moyennement clair est cette manière lasse, apparemment fort peu variable, de reconnaître l'évidence d'un fait qui semble mesurément différent, d'identifier ce qui paraît probablement réactif. Ce n'est qu'en apparence que ces deux manières sont distinctes. Car au fond, elles constituent une seule manière : le pensant, la pesante, est bien toujours et encore une étoile suspendue, un premier mouvement, mais aussi cette balle qui tombe, une continuation ; la sensibilité à la clarté moyenne n'est jamais que l'expression étrange d'une sensibilité à l'éminente clarté, à cette seule clarté, et réciproquement. La clarté moyenne n'a pas d'existence propre, séparée de la clarté tout court (c'est elle aussi, véritablement, la "non visible!"), et réciproquement. La fadeur, la lenteur relative de la lumière ne peut pas ne pas exprimer également et avant tout son extrême intensité, son extrême rapidité, et réciproquement.

Intuition, soi : la sensibilité à la plus grande clarté, la joie. Ecoulement, moi : la sensibilité à la moyenne clarté, l'ennui. L'un, discret comme le maître sûr de sa puissance niée, commande. L'autre, bruyant comme l'esclave acquitté, obéit. Ils ont deux styles différents, mais au fond, ils ne sont pas "séparés" : nous agissons.

Amusant devenir de la pensée : le maître est toujours plus puissant, c'est-à-dire toujours plus intense et rapide, alors qu'il est aussi toujours moins perceptible, toujours plus discret, tandis que l'esclave, soumis à cette croissante puissance, paraît toujours plus fade et lent, alors que le volume de son trivial tapage augmente continuellement. La manifestation excessive de l'ennui finit par être le symptôme d'une joie d'autant plus débordante qu'elle est très difficilement saisissable. Maîtrise d'un réagissant.

Un arrêt : avertissement

Ces petites touches imagées peintes plus hauts sont tout à fait lucides en elles-mêmes, et ne devraient pas poser plus de problèmes. En effet, au même titre que toute assourdissante intuition, demeurant inaudibles, elles sont suffisantes, dans la mesure du moins où ce qui veut ici se dire est bien cette puissance non-dite d'un vacarme qui s'allongerait désastreux en ce qu'il serait radicalement harmonieux, ou encore absolument moyen. Toutefois, cette suffisance en question n'est pas satisfaisante. Trop précise, trop resserrée, trop immédiate peut-être : elle devient finalement infiniment confuse, telle qu'elle se projetterait pour elle-même vers quelque élitisme extrême, c'est-à-dire vers quelque ultime nullité. Pour tout dire, il faut bien ici-même, sur le chemin à parcourir, s'extravertir, se déplier sans réserve.

Tel lion rugissant, en ses moustaches par trop recourbées, eût certes bien pu quitter maintenant la partie, trop heureux de sa monstrueuse joie qui aurait su semer quelques mauvais grains de perplexité équivoque. Mais connaissons-nous bien le danger d'une telle tentation ? Ce poids immense sur le coeur, cette angoisse permanente que son désir aurait suscitée, l'avons-nous pleinement ressentie ? De fait, peut-être pas vraiment, et, de là, effectivement, puisque ce serait justement l'occultation de l'étouffant, son indicible secret, qui l'aurait rendu réel. Pauvre timide lionceau qui se serait ignoré jusqu'au silence.

Par pitié donc, explicitons, soyons mécontents face à ce qui n'est encore que le songe extrême d'une mélodie surpuissante, l'un et l'autre copulant en notre déchirure déchirée, néant d'un sens totalement signifiant. Par pitié, définissons-nous encore.

Un abîmé doit s'épancher, une béance doit régresser, une gueule doit s'ouvrir, monstrueuse en sa gerbante et plate lucidité. Quel spectacle peu étonnant en lui-même !

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Published by ben - dans Métaphysique et ontologie

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