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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 07:37

La bêtise incarnée

Quelle que soit la nature d'une crise, il sera toujours absurde de glorifier un âge d'or qui la précéderait. Car cet âge d'or lui-même est mis en accusation par le fait même que, en tant que fondation ou épanouissement historique, économique, politique, religieux, il n'aura finalement pas été, du temps de son actualisation, assez « parfait », assez puissant, pour empêcher toute crise où tout déclin lui succédant. Les "trente glorieuses", par exemple, devraient mises en
accusation depuis 2008 : c'est leurs limites, leurs imperfections qui sont apparues ; il est absurde de parler d'un déclin (économique) contemporain en ayant pour référence axiologique les "trente
glorieuses", car il apparaît aujourd'hui qu'elles constituent en elles-mêmes déjà le point critique, n'ayant pas rendu impossible la crise profonde qui touche l'économie mondiale depuis 6 ans. On
pourrait alors rechercher une base plus ancienne pour localiser quelque autre âge d'or, mais, comme on le comprendra, l'absurdité de la démarche restera là même, pour peu qu'on admette un strict déterminisme régissant, sans discontinuité, les affaires humaines (déterminisme que les déclinistes ou décadentistes semblent ne pas même soupçonner). On appliquera le même raisonnement pour les différents types de déclinismes. Mais on pourra aussi renverser la
perspective : si l'âge d'or est mis en accusation par les crises qui lui succèdent, les crises à leur tout, évaluées à l'aune de l'âge d'or, pourront être réhabilitées en tant qu'elles découlent d'un âge
d'or. Les deux options sont possibles, mais les deux désignent aussi la relativité circulaire des notions de déclin et d'âge d'or, leur vacuité en somme.

Pensons au déclinisme de Zemmour : la France contemporaine, telle qu'elle découle, entre autres choses, d'une tentative napoléonienne de fondation historique, c'est aussi la France métissée, déconstructionniste, la France ayant assimilé les acquis de mai 68, etc. Zemmour revendique l'héritage de Napoléon, mais il ne voit pas que la meilleure façon de le faire serait de prendre en compte ce que Napoléon a vraiment fait, et non ce qu'il aurait voulu faire idéalement (ou même : ce que Zemmour suppute qu'il aurait souhaité faire) : parmi une multitude d'autres facteurs, d'une façon ou d'une autre, l'action de Napoléon en Europe et en France conditionne,
aujourd'hui encore, ce que Zemmour appellerait une France dégénérée ; de deux choses l'une : soit Zemmour minimise un peu trop l'impact historique de Napoléon, son champion, et n'ira pas jusqu'à penser que son Empire déchu se perpétue de façon agissante dans la réalité présente... mais alors il y a bien peu de raison de glorifier ce « grand homme », au fond assez stérile, rétrospectivement parlant. Ou bien Zemmour reconnaît que l'action napoléonienne est encore «
agissante » aujourd'hui, et alors il doit bien reconnaître que cette société sur laquelle il vomit aujourd'hui, c'est aussi, en partie, celle que Napoléon a édifiée. En toute cohérence, il devra donc, selon cette deuxième option, qui est la moins absurde, soit se mettre à réévaluer positivement notre France contemporaine (version optimiste) soit à dévaluer au moins relativement l'action napoléonienne (version pessimiste). Zemmour ne fait ni l'un ni l'autre, ce pourquoi il est profondément inepte (la logique élémentaire lui fait défaut, comment pourrait-il simplement transmettre une « idée », un message, un contenu?).

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Published by ben - dans Actualités inactuelles

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