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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 06:13

Si la liberté n’est pas absence de détermination, mais connaissances de ce qui nous détermine, alors une certaine prise de conscience peut être libératrice.

Spinoza, dans l’Ethique, affirme que l’homme n’est pas libre, au sens où il ne dispose pas du libre arbitre, de la capacité de faire des choix libres, non déterminés par des contraintes extérieures. L’homme, avec Spinoza, est nécessairement déterminé : il n’agit pas par une libre volonté. On songera aux déterminismes psychologique, physique, biologique ou sociologique qui pèsent sur tout individu.

Cela étant, la liberté ne se réduit pas nécessairement au libre arbitre. Avec Spinoza, l’homme peut revendiquer une liberté spécifique, malgré le fait qu’il soit déterminé.

Cette liberté humaine ne consiste pas à décider librement telle ou telle chose, mais à connaître les contraintes extérieures qui pèsent sur nous, les déterminismes qui nous concernent. Autrement dit, l’individu doit comprendre qu’il n’est pas totalement maître de sa vie, qu’il n’est pas libre absolument, pour accéder à une liberté spécifique fondée sur la connaissance de soi, liberté certes relative, mais néanmoins réelle.

Par exemple, un homme qui décide de conserver un travail épuisant et peu épanouissant et de renoncer à une reprise d’études aura d’abord le sentiment qu’il fait un choix libre non contraint, car il aura simplement conscience de son désir, et non des causes extérieures qui déterminent ce désir. Mais s’il dépasse cette conscience superficielle qui n’est qu’une illusion de liberté, il découvrira que sa décision était déterminée, qu’elle n’était pas libre dans l’absolu. Ainsi, il pourra découvrir qu’un déterminisme sociologique ou familial pèse sur sa décision : ses parents ou sa famille, en tant qu’ils appartiennent à une certaine catégorie sociale, lui auront peut-être transmis une certaine conception du travail, rattachée éventuellement à une dévalorisation du monde des études. Il pourra également découvrir que sa décision à pu être conditionnée par une idéologie transmise insidieusement par les médias de masse ou des discours politiques dominants : cette idéologie défendrait la nécessité pour tout individu d’avoir un travail, quel qu’il soit, et énoncerait le danger de renoncer au salariat. En prenant conscience du fait que certaines déterminations qu’il ne contrôle pas pèsent sur sa décision, cet individu découvrira qu’il n’est pas entièrement maître de sa volonté. Mais précisément en découvrant qu’il n’est pas libre dans l’absolu, il accédera à une nouvelle liberté, relative quoique certaine. Car le fait de connaître les contraintes qui pèsent sur soi implique la possibilité d’intégrer ces contraintes, de les faire siennes, de les assimiler, afin de ne plus simplement les subir passivement. La liberté se situe ici dans la reconnaissance et dans l’assimilation de ce qui me détermine. Chez Spinoza, elle peut s’identifier à la joie : Agir en connaissance de cause, connaître ce qui me détermine et l’accepter, c’est assumer pleinement son action, et c’est ainsi agir joyeusement. Ainsi, il se peut que l’individu qui aura pris conscience des déterminations qui pèsent sur sa décision de continuer à travailler, et de renoncer à ses études, continue d’assumer cette décision. Mais quelque chose aura changé : Il ne se croira plus absolument libre, absolument responsable face à cette décision, et ainsi il épousera sa réalité telle qu’elle est, avec ses contraintes. Paradoxalement il sera plus libre parce qu’il aura renoncé à une liberté absolue illusoire. Dans la plupart des cas, soit dit en passant, la décision elle-même sera très certainement modifiée, voire inversée (notre individu aura sûrement découvert l'aliénation consubstantielle au fait de travailler).

Assumer, affirmer, incorporer des déterminations qui pèsent sur son action individuelle, telle est la liberté humaine chez Spinoza, et elle se traduit effectivement par la joie. La tristesse quant à elle se rattache à l’illusion du libre arbitre (le libre arbitre signifie responsabilité intégrale, responsabilité qui renvoie le plus souvent au sentiment de culpabilité, à la mauvaise conscience).

Remarque : Avec Spinoza il faut distinguer une conscience immédiate, superficielle et une conscience profonde, réflexive. La première est la conscience de son désir conjuguée à l’ignorance des causes qui me détermine : elle est l’illusion du libre arbitre et s’oppose à une liberté authentique.

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Published by ben - dans Ethique

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