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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 06:53

Tout est dit avec les sponsors exhibés au début de la vidéo : le flashmob n'a rien de subversif

Définissons la situation debordienne : il s'agit là de détourner furtivement, transitoirement, ironiquement, passagèrement, en l'habitant de façon poétique (non-fonctionnelle, gratuite), le lieu public de sa finalité socialement admise.

Nous donnerons des exemples critiques de situations :

1) Le pique-nique dans un magasin, le flash-mob. La limite de ces démarches est la pérennisation, l'institutionnalisation séparée, via la constitution de communautés connectives sur le web 2.0. Or la situation doit être ponctuelle, non durable pour être efficace, pour subjuguer, pour être fulgurante : car elle est une prise de conscience instantanée pour qui y assiste, dont la banalisation/récurrence impliquerait l'occultation à moyen terme.

2) L'art contemporain, le ready-made, la performance, le détournement, le slogan, la dénonciation ironique "à qui on ne la fait pas" (Ben). La limite de cette démarche est son nihilisme latent, et... le musée, comme spatialité et comme temporalité séparées ; le musée comme "institution" pérenne.

3) La manifestation anti-Chaplin au festival de Cannes (Debord dans sa jeunesse). La limite de cette démarche : faire d'une situation initialement subversive un fait historique sanctifié. Prenons l'idiosyncrasie du pro-situationniste : une sorte de prêtre des temps nouveaux qui déverse sa haine purement critique, stérile et désengagée dans des blogs, sur des forums, ou dans des conférences consacrées à son idole hélas incompris ; il dénonce le pouvoir séparé de la pensée, mais il est lui-même un pur théoricien dépourvu d'effectivité ; selon lui, l'ensemble de la société étant irrémédiablement aliéné, il la réfute en bloc, en oubliant d'ailleurs qu'il en fait partie et que son indignation morale traduit une façon de s'extérioriser à l'égard d'un monde dans lequel il est pourtant intimement compris ; peu d'autocritique, peu de proposition, nihilisme, révolte d'esclave ; il se positionne en niant ce qui n'est pas lui et en s'abstenant de collaborer plutôt qu'en affirmant sa propre action constructive. Cela étant dit, Debord lui-même, en subsumant la complexité sociale sous un seul concept censé tout expliquer, produit une pensée abstraite et peu empirique ; cette façon d'hypostasier abusivement est une théologie qui ne s'assume pas, et qui peut dériver vers les conspirationnismes les plus niais : remplacez "spectacle" par "lobby juif" ou autre, et vous trouverez le passage idéal qui mène de Debord à Soral ; on trouvera d'ailleurs sur les blogs consacrés à la pensée debordienne certains soraliens, attirés qu'il sont par les néons blafards et douteux de la simplification et de la dénonciation qui se complaît dans sa pseudo-non-naïveté. Une critique radicale de Debord doit être la suivante : la critique d'une pensée hypnotique, édifiante, non appuyée sur des raisons et des enchaînements logiques mais des fragments équivoques ; une analogie est possible entre ses fragments et les slogans publicitaires : purement phatiques tous deux, en fin de compte ; des formules dévitalisées, qui hantent l'esprit sans faire sens. On pense à cette autre analogie possible entre Platon et les sophistes : le critique finit par se confondre avec ce qu'il critique ; il y a de la stratégie derrière, une sorte de camouflage, mais on risque aussi d'y perdre son âme. En vertu du critère cynégétique, le chasseur s'identifie à la proie, mais lui-même de la sorte peut devenir le chassé.

4) Le théâtre de rue. Le problème ici est l'intervention de la monnaie, si l'on fait la manche, la monnaie étant l'institution par excellence, la non-situation éminente, mais aussi l'institutionnalisation, encore et toujours, dans le cadre des Festivals.

5) Notre-Dame-des-Landes. La limite est la même que celle qui concerne les musée : la séparation temporelle et spatiale ; la tendance à l'institutionnalisation séparée.

5) Diogène, l'exemple le plus convaincant : théâtraliser la vie sociale en son sein même, dans la continuité des relations humaines, de façon gratuite et déroutante en une contamination insidieuse, en une non-séparation temporelle.

Diogène est un bon paradigme pour penser un "hacking social", les réseaux intra-sociaux étant compris, derrière le clavier comme dans la vie sans clavier, comme une sorte de grand web où les liens relèvent d'une mécanique rationnelle dénuée de chair (connectivité).

La situation doit être temporaire, elle doit être interpénétration et intégration dans la continuité (parasitage insidieux), et c'est en tant que telle qu'elle est efficace ; seulement, elle n'est qu'un premier moment : à terme, elle doit viser une pérennisation/institutionnalisation non-séparée de la façon dont elle déstructure le sensori-moteur.

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Published by ben - dans Actualités inactuelles

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