Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 05:44

Voici une définition idéaliste du mot "concept", issue de la plus pure tradition idéaliste (Platon, Kant, etc.). Elle est présentée de façon non critique, même si elle appelle une critique, qui sera non seulement légitime, mais même nécessaire.

Préambule :

- Le concept est ce que vise le philosophe. Le philosophe fabrique des concepts.

- Mais le non-philosophe a lui aussi un rapport avec les concepts, dans la mesure où il utilise des mots (qui dit mot dit concept). Toutefois, le rapport non-philosophique au concept est souvent un rapport confus : nous ne savons pas toujours définir clairement et distinctement les mots que nous employons.

Au quotidien, nous ne connaissons pas clairement les concepts que nous utilisons. Par exemple, lorsque je dis à quelqu'un que je l'aime, il faut bien que j'ai une connaissance au moins vague du concept d'amour. Sinon, ma parole ne signifie rien. Mais cette parole que je prononce, je peux très bien la prononcer sans avoir une connaissance claire et distincte de ce qui constitue l'essence même de l'amour, la nature même de l'amour, la définition même de l'amour.

Certains ne font pas la distinction entre l'appétence, l'appétit, et le désir ou l'admiration pour

une personne. S'ils vous disent qu'ils vous aiment, il vaudrait mieux vous éloigner. Ils n'ont pas un concept assez précis de l'amour pour distinguer entre le fait d'aimer le chocolat, par exemple, et le fait d'aimer une personne.

Conceptualiser, se faire un concept de quelque chose, c'est cela : c'est se dire :

« tiens, lorsque j'emploie ce mot, qu'est-ce que cela signifie au fond ?

Quelle est la définition qu'il faut donner par exemple à l'amour, dans la mesure où nous employons le mot amour dans tel ou tel contexte ?

Quels sont les règles, les principes, qui nous permettent d'utiliser le mot amour à bon escient ?

Ce travail de questionnement, nous ne le faisons pas tous les jours. Nous nous reposons le plus souvent sur des définitions de l'amour, ou d'autres concepts, que nous avons admis dans notre enfance. Pourtant, nous évoluons, nous faisons de nouvelles expériences, et ainsi les concepts s'enrichissent sans que nous nous en apercevions (leurs propriétés essentielles, a priori, deviennent de plus en plus précises et nombreuses).

Par exemple, à l'adolescence, si nous découvrons l'amour avec une autre personne, le concept d'amour est élargi : il ne fait plus référence à l'amour des parents, mais aussi à un amour que nous vivons. Ainsi, à l'adolescence, toutes les fois où nous prononçons le mot amour, quelque chose a changé dans la signification de ce mot. Si à ce moment-là nous ne faisons pas un effort de conceptualisation, si nous ne réfléchissons pas sur le sens d'un mot qui a changé pour nous, alors nous aimerons mal : nous continuerons d'aimer comme un enfant qui aime sa mère ou son père, mais non comme un amant ou comme une amante. Conceptualiser n'est pas seulement l'apanage des philosophes. Pour des raisons existentielles, nous avons nous aussi tout intérêt à produire des concepts.

Définition philosophique du concept :

Le concept est l'unité intelligible d'une multiplicité sensible.

Je tenterai d'expliquer cette définition, assez technique, en répondant à 5 question.

- Qu'est-ce que l'intelligible ? L'intelligible est ce qui est saisissable seulement par l'intellect, la raison.

- Qu'est-ce que le sensible ? Le sensible est ce qui est saisissable seulement par les sens ; le sensible est ce que je perçois avec mes cinq sens, c'est l'ensemble des objets que je vois, écoute, touche, sens, goûte.

- Pourquoi le sensible est-il nécessairement multiple ?

Pour répondre à cette question, je proposerai 3 syllogismes.

Syllogisme de base

Le sensible est dans l'espace est dans le temps (axiome indémontrable mais intuitivement certain).

Or l'espace et le temps impliquent la multiplicité.

Donc Le sensible est multiple.

Il nous faut prouver la mineure de ce premier syllogisme (l'espace et le temps impliquent la multiplicité). Pour ce faire, je propose deux syllogismes, un pour l'espace, un pour le temps.

a)

L'espace est composé d'emplacements distincts (analyse du concept d'espace).

Or toute distinction implique une multiplicité.

Donc l'espace implique la multiplicité.

b)

Le temps est composé d'instants distincts (analyse du concept de temps).

Or toute distinction implique une multiplicité.

Donc le temps implique la multiplicité.

La réponse à la troisième question est donnée avec ces trois syllogismes.

- Pourquoi l'intelligible est-il nécessairement multiple ?

Syllogisme :

L'intelligible est valable en tout temps et en tout lieu, il est hors de l'espace et du temps (analyse du concept de l'intelligible).

Ce qui est hors espace-temps n'est pas multiple.

Donc l'intelligible n'est pas multiple, mais il est une unité.

Clarification de la majeure de ce quatrième syllogisme : l'intelligible, le concept, est valable éternellement et partout. C'est-à-dire qu'il est universellement valable. En effet, l'intelligible, c'est la définition d'une chose, c'est l'ensemble des propriétés essentielles d'une chose, et cette définition est toujours vraie, quels que soient le temps et l'espace où l'on se situe. Le concept, la définition d'une chose, est éternellement vraie, de la même manière que 1 + 1 = 2 est éternellement, universellement vrai.

- Dans quelle mesure peut-on dire que l'unité intelligible, le concept, désigne, rassemble, unifie, une multiplicité sensible ?

Pour répondre à cette question, nous utilisons un exemple : le concept d'amour.

- Le concept d'amour désigne une multiplicité sensible : c'est-à-dire qu'il désigne toutes les amours singulières du monde réel que je peux percevoir avec mes cinq sens (le mien y compris).

- Mais il y a un seul concept, le concept d'amour, pour désigner cet ensemble multiple. Donc on pourra dire que ce concept, en désignant toutes les amours sensibles du monde, les unifie, les rassemble.

- Le concept d'amour unifie toutes les amours sensibles du monde réel dans la mesure où en lui sont compris les points en commun qui existent entre elles. On dira que le concept d'amour est constitué par les propriétés essentielles de tout amour, et que c'est dans cette mesure qu'il peut rassembler une diversité apparente d'amours.

- Exemples de propriétés essentielles de l'amour (ceux-ci étant dévoilés toujours plus précisément au fil de la réflexion philosophique, ou de l'existence individuelle) : une cause extérieure, le désir, le manque, l'attraction, la pulsion, l'élévation, la joie, le tourment, la folie, la foi (sans cause extérieure, il n'y a pas d'amour, sans désir, il n'y a pas d'amour, sans manque, il n'y a pas d'amour, etc.)

- Dans la mesure où le concept d'amour est défini par les propriétés essentielles telles qu'une cause extérieure, le désir, le manque, l'attraction, la pulsion, l'élévation, la joie, le tourment, la folie, la foi etc., il peut désigner et unifier toute la multiplicité des amours que je perçois avec mes cinq sens dans l'espace et dans le temps.

- Remarque : les propriétés essentielles se distinguent des propriétés accidentelles (par exemple, la couleur de peau de l'être aimé extérieur à moi est une propriété accidentelle de l'amour : un amour peut exister indépendamment du fait que l'être aimé est « noir », « blanc », « jaune », ou « rouge »). Lorsque l'on définit un concept, il faut ne pas confondre les propriétés essentielles et les propriétés accidentelles.

Le concept est unité, chose de pensée (intelligible), généralité ou universalité (contenant sous lui des multiplicités sensibles). Il désigne l'essence et non les accidents.

Partager cet article

Repost 0
Published by ben - dans Métaphysique et ontologie

Présentation

  • : benoitbohybunel
  • benoitbohybunel
  • : philosophie
  • Contact

Recherche

Articles Récents

Liens