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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 05:52

1) L'autre pour moi

Un objet extérieur, un corps animé de l'intérieur et dont l'intériorité m'est étrangère.

2) Concession

La séparation nette de l'âme et du corps est évidente dés lors que je considère l'expression de l'âme d'autrui, sa gestuelle ou sa parole, car :

- son corps appartient au monde perceptible, accessible à tous.

- son âme appartient à un monde inconnu de ceux qui le perçoivent, ledit monde étant donc accessible à lui seul : oui, cette âme ne peut être saisie que par l'interprétation d'une musique dansée et sentie (j'interprète ce que l'autre pense en fonction de la perception que je projette sur son corps parlé).

3) Pertinence conditionnelle d'une séparation âme/corps

Il y a séparation si et seulement si :

- on cherche à définir l'homme en tant qu'il est un objet extérieur à soi,

- on considère seulement autrui pour comprendre quelque universalité douteuse.

4) Nuancer, offrir des nouvelles conditions

Si l'on cherche à définir l'homme en tant qu'il est ce qui arrive à soi seul, cette thèse d'une séparation tranchée reste-t-elle pertinente ?

Réponse : Non, bien sûr

Explicitation : Car ce qui m'arrive ne se situe pas, a priori, dans deux mondes étanches mutuellement, mais dans un seul monde sentant et senti :

- Toute affection du corps est perçue par l'âme.

- Toute affection de l'âme traduit une affection du corps.

- La réaction ou action de l'âme au coeur d'un seul monde qui l'affecte et la réaction ou action du corps ainsi traversé constituent une seule et même réaction ou action.

- Le corps ne cause pas l'âme, et inversement : il y a jonction.

Problème 1 : Dans la situation où la pensée est dirigée (Jung), où elle est un discours intérieur relatif à un problème bien précis, il semble que l'âme s'autonomise ; elle semble ne plus être attachée aux affections immédiates du corps, contrairement à l'âme dont la pensée est non-dirigée (Jung), imagination, rêve, fantaisie. Comment résoudre ce problème ?

1) Une première remarque :

En fait, même lorsque la pensée est dirigée, le corps ne s'absente pas :

a) Le matériau de la pensée dirigée est le langage.

b) Ce langage, ces signes, ce système, ne sont pas des réalités indépendantes du corps, ils sont des sons audibles, des traces ou gestes visibles, des odeurs diverses, c'est-à-dire des objets de ce seul monde qui ont affecté le corps à un moment donné.

c) Pour tout dire, si la pensée est dirigée, l'âme qui perçoit le discours qui se déploie en elle n'est rien d'autre que le corps tel qu'il garde en mémoire certaines affections passées (ces affections renvoient aux corps humains ou objets porteurs de signes...).

2) Une deuxième remarque

a) Ces affections passées du corps dirigé intellectuellement renvoient elles-mêmes à d'autres affections passées. Le mot, le signe, audible ou visible, lorsqu'il affecte le corps, est associé à telle réalité "là-devant" qu'il signifie, laquelle a aussi affecté le corps hors de ce temps pourtant présent.

Exemple le son "pomme" est associé à toute les fois où le corps a été affecté par l'objet qu'il signifie (Spinoza).

b) Donc la pensée dirigée, c'est le corps tel qu'il a été affecté par des corps émetteurs de signes, mais c'est aussi le corps tel qu'il a été affecté par les objets auxquels ces signes font référence.

c) Pensée dirigée : le corps est deux fois présent.

3) Un doute à omettre

Lorsque la pensée est dirigée, il semble que l'âme se confond avec le corps tel qu'il a été affecté par le passé, mais non avec le corps tel qu'il est affecté présentement. L'âme affirmerait son identité avec le corps qui n'est plus, mais elle semblerait nier son identité avec le corps actuel. Y a-t-il alors négation du corps réellement présent, lorsque la pensée est dirigée ?

Réponse :

a) D'abord, il faut bien préciser que, lorsque la pensée est dirigée, elle ne cesse pas d'imaginer la réalité présente. Autrement dit, lorsque se déploie en l'âme une pensée discursive, celle-ci ne cesse pas de percevoir les affections présentes du corps dont elle serait l'âme. Certes, une faible attention est accordée à ces affections présentes du corps, mais cela ne veut pas dire qu'elles ne sont pas saisies : elles constituent, pour ainsi dire, l'arrière-fond nécessaire de l'activité mentale

b) Conclusion : La pensée dirigée, qui est identique à certaines affections passées du corps, en tant qu'elle cohabite en outre nécessairement avec l'actuelle imagination errante, n'est pas négation du corps présent, même si elle demeure faiblesse de l'attention accordée audit corps présent.

c) NB : De même, dans le rêve nocturne, il n'y a pas négation du corps présent : l'âme continue de percevoir les affections présentes du corps tandis qu'elle dessine une réalité peut-être différente...

Exemple : Celui ou celle qui a son amour à ses côtés, dans un lit, ne peut que rêver délicieusement.

4) Une troisième remarque

a) On peut noter que la pensée dirigée, souvent, se réoriente en fonction des affections présentes du corps, de façon partiellement consciente. Une attention particulière est alors accordée au corps présent, même s'il n'y a pas d'attention accordée à cette attention.

b) Exemple : La légendaire pomme-lune assommante de Newton, cette façon de sortir d'un rêve pour pénétrer un nouveau rêve, un éveil plus intense...

c) Conclusion : La pensée dirigée, qui renvoie à certaines affections passées du corps, ne cohabite pas seulement avec l'imagination, qui est perception présente d'un corps, mais elle peut aussi, transitoirement, être contaminée par cette dernière. Ainsi, elle n'est pas négation du corps présent, ni même négation de l'attention accordée à ce corps présent, et ce même si elle est parfois faiblesse de l'attention accordée à cette attention.

5) Une mise en scelle

a) Ce qu'il faut maintenant montrer :

Le fait que la pensée dirigée, qui se connecte à certaines affections temporalisées du corps, renvoie en elle-même au corps présent.

b) Question-réponse

Question : Qu'est-ce qu'une affection présente du corps ? Est-ce un corps radicalement neuf qui perçoit une réalité radicalement nouvelle, absolument séparée de toute réalité perçue dans le passé ou dans l'avenir ?

Réponse : Non. Toute affection présente du corps est relative aux affections passées ou à venir du corps, c'est-à-dire qu'elle est reliée à une éducation, à une hygiène, à une organisation du corps, etc.

Exemple : Le fait-même que je puisse percevoir une chose comme un objet détaché parmi d'autres objets dans un espace (3 dimensions) dépend de toute une organisation passée de l'appareil perceptif.

c) Affirmation-explicitation

Affirmation : la pensée dirigée renvoie à certaines affections passée du corps

Explicitation :

- elle renvoie à des sons prononcés audibles ou à des signes tracés visibles, c'est-à-dire à des corps humains parlants ou encore à des objets segmentés et inanimés (cadavres d'arbres ou autres), émettant un sens.

- elle renvoie à la réalité signifiée par ces sons et par ces traces, laquelle constitue une somme de phénomènes, une somme de corps séparés-reliés.

d) Conclusion

La pensée dirigée, si elle renvoie à certaines affections passées du corps, renvoie par là même à ce qui rend possible, en partie, la manière dont le corps est affecté présentement. Du fait même que la pensée dirigée est associée à certaines affections passée du corps, elle est liée en elle-même aux affections présentes du corps, puisque celles-ci sont causées par de telles affections passées.

6) Résolution énigmatique du problème posé plus haut : Newton et sa parabole

a) Newton réfléchit au problème de la chute des corps: il déploie une pensée dirigée.

b) Le matériau de cette réflexion est le langage, lequel est constitué par une somme d'absentes affections :

- sons audibles et traces visibles, passés ou à venir,

- réalité signifiée par ces signes, passée ou à venir.

c) Ces affections passées du corps ne sont pas absolument disjointes du corps présent ; elles sont là, dans la manière dont cette réalité là-devant est perçue actuellement. Autrement dit, lorsque l'âme de Newton perçoit le discours intérieur relatif à la chute des corps, une certaine pensée dirigée, elle perçoit un certain état mental dont chaque composant s'affirme dans la manière dont le corps est affecté présentement, en tant que ce corps présent est relié causalement à toutes ces affections passées.

d) Constat de Newton : une pomme tombe, contrairement à la lune. Soudainement, la pensée dirigée est redirigée vers quelque illumination intuitive : "gravitation", "attraction"

e) A la lumière des remarques précédentes, quel est le sens à donner à cet évènement ? :

- L'imagination atteste : chute d'une pomme

- La manière de cette imagination est rendue possible par une somme d'affections absentes, passées.

- Les affections passées ou absentes contenues par la pensée dirigée de Newton qu'elles causent font partie de cette somme susdite.

- L'imagination de la pomme réoriente donc la pensée dirigée de Newton, elle lui renvoie l'ascenseur.

f) Que s'est-il passé ?

- Sans trop s'en rendre compte, Newton a pris conscience que la manière en l'imagination dont la pomme affecte son corps est conditionnée par toutes ces absences passées contenues dans la pensée dirigée.

- Or, Newton sait mieux que quiconque que la saisie d'une condition ou d'une cause dans sa vérité adéquate suppose la saisie de ce qu'elle conditionne ou de son effet.

- Ainsi, Newton est comme guidé vers la nécessité de saisir la manière dont la pomme affecte son corps présentement, puisque cette manière est bien l'effet dont la cause est le matériau de sa réflexion, et ce en vue de se comprendre soi authentiquement.

- Pour Newton, et de façon générale, c'est lorsque la pensée dirigée est comprise comme constituant la forme (partielle) de sa matière, soit de l'imagination actuelle, laquelle matière devient cause à son tour, que cette pensée dirigée en question s'achève.

g) Déplions davantage.

Question : Quel est lien précis entre le fait de saisir la pensée dirigée dans sa vérité, et le fait de donner une solution satisfaisante au problème posé par ladite pensée dirigée ?

Réponse :

- La pensée dirigée de Newton vise une cause susceptible d'expliquer le phénomène mécanique de la chute des corps. En cela, elle ressemble à toute autre pensée dirigée, en tant que toute pensée dirigée toujours se focalise sur la saisie d'une unité contenant sous elle une diversité qui pose problème.

- Le propre de la pensée dirigée de Newton est de constituer elle-même l'effet de l'imagination du corps passé, soit une certaine somme d'absences passées.

- En réalité, la cause, l'unité que recherche la pensée dirigée est la cause, l'unité qu'elle enveloppe elle-même, cette cause unifiant l'inactuelle actualité dudit corps, de l'imagination.

- Donc, une fois que la pensée dirigée de Newton a compris ce qu'elle cherchait, à savoir le fait-même qu'elle cherche d'une façon certaine, alors seulement elle résout ses dits "problèmes", très concrètement.

- Les mots "attraction" ou "gravitation", ainsi que les jugements associés à ces termes, ne sont pas autre chose que la pensée dirigée qui reconnaît dans sa vérité, dans sa force, dans sa puissance d'affecter cela même qu'elle affecte.

- Toute connaissance commence avec l'expérience, mais toute connaissance ne dérive pas de l'expérience (Kant).

h) Question de la chute des corps : "Pourquoi une pomme tombe-t-elle, alors que la lune ne tombe pas ?"

Réponse de Newton : La lune tombe, mais différemment.

i) Explicitation de h)

Question 1 : qu'est-ce que le langage, que sont ces affections absentes et actuelles en même temps ?

Réponse 1 : il est une éducation à saisir la ressemblance et la différence dans la réalité perceptible, dans les objets qui traversent le corps.

Remarque :

Différence : distinction, détachement de chaque étant

Ressemblance : rassemblement des étants sous l'unité

Question 2

"Dans la question de la chute des corps relative à la pomme ou à la lune, quel étonnement Newton saisit-il ?

Réponse 2

Newton s'étonne de la non-ressemblance apparente qu'il y aurait entre deux corps différents (lune et pomme). Il recherche la ressemblance dans la différence. Il se trouve, il trouve sa traduction : vérité assertorique.

7) Bilan-conclusion :

La pensée dirigée dirige ce qui la contamine, c'est-à-dire l'imagination errante.

La pensée dirigée a la puissance d'accorder lucidement une certaine attention à son impact dans la manière dont l'imagination se déploie.

Ainsi contaminée, la pensée dirigée résout le problème sur lequel elle se concentrait ; car en saisissant l'effet de manière adéquate, elle peut saisir la cause de manière adéquate.

Donc la pensée dirigée est bien liée :

a) Souffrance de la révélation-réflexion

b) Etonnement face à la non-ressemblance de l'affection présente

c) Joie de la réverbération, laquelle appelle une nouvelle souffrance, etc., indéfiniment.

Problème 2 : si la pensée est imagination errante, non pensée dirigée, l'affection du corps peut renvoyer à des affections absentes, passées. Y a-t-il alors négation du corps présent ?

1) Réponse Immédiate

Non : car ici, le point de départ ou le lieu originel de la pensée reste explicitement l'affection actuelle d'un corps, laquelle affection n'est que tendue vers des absences non totalement niées.

2) Conséquences

a) Il est maintenant évident que l'humain en tant qu'il est ce qui m'arrive à moi seul n'a absolument pas une âme et un corps séparés.

b) Question :

Certains continuent d'affirmer cette séparation tout en prétendant qu'ils ne parlent pas du corps et de l'âme d'autrui, mais bien du corps propre ou de l'âme propre. Comment expliquer cette étrangeté ?

Réponse :

- Ce "soi" doit se considérer comme un objet extérieur à lui-même, soit comme un "autre",

- Ou plutôt, il doit se considérer tel qu'il est perçu comme un autre par les autres

Dualité : son corps appartient au monde perceptible, accessible au public ; son âme, en revanche, appartient à un monde apparemment inconnu de ceux qui perçoivent tel corps propre.

c) Question : D'où vient le fait que ce "soi" se met à la place de l'autre, et ainsi se considère comme un autre ?

Réponse : Cette rotation du regard s'opère lorsque la pensée dirigée est inattentive à quelque attention accordée à l'imagination. Il semble que l'utilisation d'un certain langage rend possible cette tentation de se mettre à la place de l'autre pour se considérer soi.

d) Explicitation du mécanisme qui vient d'être suggéré

- Qu'est-ce que le langage tel qu'il se déploie dans la pensée dirigée ? Réponse : des absences présentes, mémorisées (sons, gestes, vacarme, coups, odeurs, etc.).

- En quoi le langage implique-t-il la tentation de considérer ses affections propres du point de vue de la conscience d'autrui ? Réponse : le langage est la façon dont autrui me hante.

- Expliquons-nous. Lorsque je déchiffre un message, ou lorsque je reconnais la ressemblance dans les différences que constitue la réalité, et ce solitairement, l'expérience d'autrui parlant se manifeste comme force motrice. Oui, d'une certaine façon, autrui parlant me considère, me commente, lorsque je fais l'expérience, en son absence, de mon aptitude à rendre signifiante la réalité ci-présente.

- Je prends donc bien la place d'autrui pour me considérer moi-même toutes les fois où j'expérimente une réalité rendue signifiante par l'absence présente d'autrui parlant. Ce dialogisme fallacieux est à la base du dualisme âme-corps, que nous venons de tenter de déconstuire.

Appendice : réfutation de Bergson

Bergson réfute, dans L'âme et le corps, la tendance cognitiviste à identifier l'esprit à la matière cérébrale. En cela, nous ne pouvons qu'être en accord avec lui. Mais il a tort de supposer que Spinoza, qui est le point de départ de notre analyse, irait lui-même dans le sens d'un tel réductionnisme crétin. Nous verrons cela.

Bergson postule une mémoire intégrale qui ne serait pas « encartée » cérébralement. Le cerveau enregistrerait uniquement les faits de mémoire servant l'action plus ou moins immédiate, la motricité à court ou à moyen terme. Il ne contiendrait nulle « trace » de cette mémoire vive qui est en nous, malgré nous, en laquelle l'intégralité de notre passé est « conservée », et qui coïncide avec la multiplicité qualitative de nos faits de conscience profonds, avec la durée pure qu'on ne peut spatialiser sans la trahir. Dans cette perspective, il y aurait certes une forme de solidarité entre le cerveau et l'esprit : le cerveau serait comme la pantomime grossière (partielle) gesticulant au son de la musique fluide, continue et subtile de l'esprit. L'esprit quant à lui outrepasse le corps : spatialement, l'oeil s'évade ; temporellement, l'esprit conserve absolument tout, et ce tout n'est pas entièrement visualisable sur une « photographie » du cerveau en mouvement. Dès lors un espoir est permis : si l'esprit, ou l'âme, est plus que le corps, alors cette instance pourrait bien survivre au corps. Cette proposition ne serait pas contraire à une certaine « logique » (la logique du vivant spirituel).

Répétons-le, la réfutation bergsonienne du réductionnisme physicaliste est irréfutable. Mais là où Bergson à tort, c'est dans le fait de déduire de cette réduction une forme de dualisme qui ne s'assume pas complètement. Bergson a tort de « réduire » lui-même le corps à l'étendue (le cerveau comme étendue visible, etc.). Nous l'avons vu, le corps est d'abord perception, sensation. Nous l'avons identifié à cela depuis le départ. Or le fait de la perception, ou de la sensation, est en lui-même invisible dans le monde. La manière dont je vois ou perçois une chose là-devant, en tant qu'être corporel, n'est en elle-même pas visible pour un autre, ni même pour moi d'ailleurs. Ma corporéité sensible n'est pas quelque chose « d'étant visible », ou « d'étant étendue ». Mon cerveau vécu, lui-même, est inextensif. En tant que corps, donc, je ne suis pas dans l'espace, je ne suis pas appréhendable. Je suis une pure temporalité interne, invisible, une durée pure. Autrement dit, mon corps est exactement ce que Bergson entend par « esprit » ou « âme ». Bergson fait dans la facilité : il réduit le corps à une matière visible là-devant (le cerveau comme substance anatomique, c'est-à-dire morte), et il en déduit que l'esprit n'est pas ce « corps » : autant dire que la mort n'est pas la vie, ce qu'un enfant de trois ans sais déjà.

Ce corps invisible de la perception, de la sensation, je le rattache analogiquement au corps visible, apparemment percevant, appartenant à d'autres individus qui me ressemblent (car je « sens » bien que ces corps sont animés de l'intérieur). Or ces individus meurent, en tant que corps, cela reste indubitable. Mais il m'apparaît aussi que leur capacité de sentir ou de percevoir, capacité qui s'enracinait très certainement au sein d'une mémoire corporelle intégrale, n'est plus, une fois qu'ils sont morts : je le « sens » et le constate très bien. J'apprends alors que je suis moi aussi une étendue, visible pour d'autre, dont le corps invisible a pour substrat un corps périssable : je le connais intuitivement. L'espoir bergsonien n'est plus vraiment permis. Le monisme est radical. La mort est sûrement définitive.

Néanmoins je ne fais jamais que sentir, ou intuitionner, sans démontrer quoi que ce soit, la nécessité de cette mort de mon corps invisible (ou de mon esprit) attachée à la périssabilité apparente de tout corps visible pour un autre. L'impossibilité de la démonstration, les limites du « sentir » ou de l'intuition, m'ouvrent à un nouvel espoir. Et ce sentir lui-même peut se renverser d'ailleurs, vers une foi raisonnable. Bergson, cet anxieux, a voulu poser un ultime dualisme pour « sauver sa peau » après sa mort. Mais un monisme intégral, plus cohérent, moins superficiel, en outre, moins soumis à quelque « réverbération ontologique » impensée, permet tout autant une perspective eschatologique raisonnable.

C'est le langage qui fait le lien entre le corps et l'âme, entre le fait de la perception, invisible, et le fait de l'intellection, invisible également. Ce langage, s'il se saisit dans son unité, ouvre la voie à un monisme joyeux, où même Dieu, l'âme immortelle, la liberté, sont des potentialités envisageables. Parmi tant d'autres.

Spinoza lui-même a thématisé le langage en ces termes (cf. : le son « pomme »). S'il dit que le corps est étendue visible, il parle alors du corps superficiel, tel qu'il est pour un autre, et non du corps vécu en première personne. Ce corps vécu, qui renvoie au problème de l'expression, et du langage, donc, chez Spinoza, c'est bien le corps des affects, inextensif. Identifier Spinoza au cognitiviste contemporain revient à identifier Chopin à Gainsbourg : c'est-à-dire à identifier un maître à qui on ne la fait pas à un disciple qui n'est jamais qu'un cancre brouillon sans discernement. Celui qui produit cette identification, tel Bergson, n'a lui-même pas l'oreille assez fine.

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Published by ben - dans Métaphysique et ontologie

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