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9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 10:53

Platon se détourna des affaires de la Cité pour se tourner vers la philosophie, puis pour imposer à la Cité, dans un troisième temps, les normes philosophiques découvertes au sein de la contemplation pure et désintéressée des formes intelligibles. L’allégorie de la caverne, destinée aux futurs rois-philosophes, illustre parfaitement ce mouvement.

Marx détruisit le premier la hiérarchie platonicienne induite par ce mouvement. Il produisit un geste d’inversion. Il se détourna de la philosophie pour viser la réalisation de la philosophie dans le monde politique et historique.

On fait de Platon un pur idéaliste, qui ne s’intéresserait pas aux affaires « matérielles » politiques outre mesure, et de Marx un penseur matérialiste, critique radical de la philosophie, et de la conscience comme reflet en général. Mais si l’on se focalise sur la phase finale, et non plus sur la phase initiale, des deux mouvements qui viennent d’être évoqués, les choses s’inversent.

Certes Platon se détourne d’abord de la politique pour se réaliser dans la philosophie. Mais l’objectif de ce mouvement apparaît dans le but visé avoué : c’est la Cité qu’il s’agit de transformer effectivement en se détournant d’abord de la politique. Le fait de se détourner de la politique est un geste avant tout efficace, au final, pour la politique elle-même. C’est pour la politique que le penseur se fait radicalement idéaliste. C’est pour gérer la matérialité des affaires humaines, de leurs « productions », que le philosophe va jusqu’à nier toute matière.

Certes Marx se détourne de la philosophie, et juge qu’elle n’est qu’un reflet. Mais reprenons sa fameuse thèse matérialiste : ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, c’est la vie qui détermine la conscience. Marx ne dit pas ici qu’il faut changer la vie pour changer la vie, que la modification de la vie est une fin en soi. Il peut très bien vouloir dire : la conscience est impuissante face à la vie, mais c’est pourtant la conscience qu’il faut modifier en dernière instance. Nous tâcherons donc de transformer la vie, mais nous ferons cela surtout pour faire en sorte que la conscience, qui est déterminée par la vie, soit en accord avec elle-même. Marx n’est un matérialiste que parce qu’il faut bien l’être si l’on veut modifier les choses sur le plan de l’idée, ce qui demeure le plus important.

Marx se détourne de la philosophie, car il veut transformer la vie pour mieux modifier la conscience. Il fait au final de la conscience ce qui est le plus important.

Platon se détourne de la politique, car il veut transformer la conscience pour mieux modifier la vie, le politique. Il fait au final de la matérialité politique, et non de la conscience, ce qui est le plus important.

Les exégètes de Marx et de Platon se sont focalisés sur le mouvement initial de l’un et de l’autre : l’un se détourne d’abord de la politique, l’autre de la philosophie ; dès lors l’un serait « logiquement » « idéaliste », l’autre « matérialiste ». Mais les choses ne sont pas aussi simples. Il faut aussi voir le but final recherché, qui en dit beaucoup plus : l’un veut transformer le politique, l’autre veut modifier les consciences, au final. Et les choses s’inversent alors.

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