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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 22:31

Un croyant aime son Dieu, qu’il juge existant. Un athée de même aime son Dieu, qu’il taquine aussi parfois, puisqu’il lui ôte l’existence. Un polythéiste aime ses dieux, et il ne se sentira dès lors jamais seul. Un agnostique séduit son Dieu, en lui ôtant la nécessité, mais non pas la possibilité.

Le Dieu chrétien, Dieu de l’Amour abstrait, est aussi aimé abstraitement, ce pourquoi il est l’occasion de maintes destructions. Pourtant ce solipsisme à deux des amants, il doit bien exister de même entre l’individu et son Dieu, que ce dernier doive exister ou non. Le rapport à Dieu n’est pas un rapport général ou abstrait, a priori, mais il n’est jamais, dans les faits, qu’une intensité concrète qui se partage à chaque fois à deux.

Chacun crée son amour pour Dieu, chacun crée son Dieu. Selon l’expérience familiale, amicale, amoureuse, politique de chacun, le Dieu aura un visage bien déterminé, à chaque fois. L’amour ou la séduction ou la taquinerie que se partagent un individu et son Dieu doivent donner lieu à l’invention d’un langage que seules « deux » instances seront susceptibles de saisir. « Quel est ton Dieu ? », pourrons-nous alors demander à notre prochain. « Il est tel et tel », nous dira-t-il. « Mais il est aussi tel que je ne peux te le dire ».

Ce rapport au divin, que nous entretenons tous, que nous le voulions ou nom, c’est aussi le rapport à l’absolu. Par l’absolu, cet Amour en général, cet Amour abstrait, se constitue. Nous interposons alors entre nous et les autres une idéalité pure. La socialité finit par s’en emparer. Seulement une chose devrait nous marquer : une telle abstraction, un tel absolu, n’a rien d’universel ni de social à l’origine. Il est tout d’abord pur singulier, pur solipsisme à deux. Cette remarque est l’occasion de considérer différemment l’Amour abstrait, que nous dénoncions précédemment. A dire vrai, l’Amour abstrait pourrait très bien renvoyer à une expérience spirituelle intime très concrète : l’expérience de séjourner auprès de son propre Dieu, principe de séparation d’avec les autres hommes, mais aussi principe de fusion en soi-même avec la transcendance.

Il existe un Amour abstrait, absolu, en soi, tout à fait concret : et nous pourrions le nommer différemment. Il est l’élévation de chaque individu vers ce qui est plus grand que soi, et qui rend la vie tout comme autrui dignes d’être aimés, très concrètement : il est la croyance dans le fait qu’une certaine empathie, qu’une certaine compassion concrètes, peuvent nous relier les uns aux autres. Mais il existe également un Amour abstrait qui demeure tout à fait abstrait, et dont s’empare la socialité : il s’agit par exemple de l’Amour chrétien, qui postule un Dieu pour la plupart et pour personne en particulier, un Dieu s’imposant à tous et à personne, là où toute intimité restreinte a été bannie (Dieu de la place publique, Amour de la place publique).

Nous voici maintenant autorisés à chanter l’Amour en soi, si du moins nous avons ce rapport concret à notre petit Dieu intime, ou à nos petits dieux, véritables protecteurs transcendants de notre solitude incarnée. Mais avons-nous alors trahi notre existentialisme professé ? Pas nécessairement : car nous chantons encore et toujours les amours plurielles et singulières, par-delà notre reconnaissance du divin. Ce divin qui vient toujours trop tard, et qui est l’essence mal perçue de ce que serait quelque Amour dans l’absolu, n’est jamais que la transcendance qui protège notre immanence existentielle qui se dévoile à elle-même progressivement, et qui lui promet dans l’avenir seulement la possibilité d’un dévoilement adéquat.

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