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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 22:28

Ce qui fait advenir la pensée de l’éternel retour dans le monde, c’est un amour sincère pour un autre être. Songez à Lou Salomé.

Cet amour qui mériterait que l’on invente un nom pour lui, cet amour qui est une révolution intensive, celui qui appelle l’empathie de tout autre, et celui dont le manque justifierait une authentique compassion de tout autre, cet amour est un cri. Ce cri est fort et puissant, et il dit : « je voudrais que tout cela revienne, pour l’éternité ! »

Il ne saurait exister la possibilité d’un tel amour sans la nécessité qu’il soit le Don le plus abouti, le plus parfait, le plus généreux. Mais alors la réflexion ne doit pas s’arrêter en si bon chemin. La réflexion elle-même est guidée par la joie, elle se déploie grâce au sentiment de plaisir. Or, par plaisir, il faut radicaliser la signification de ce Don : il ne saurait être un Don s’il n’est qu’un moment disparaissant, une étincelle de vie destinée à s’évanouir dans le néant éternel. De fait, ce Don est appelé à se renouveler, pour l’éternité. Il fut un plein si plein, un ouvert si ouvert, qu’il ne saurait être qu’un « temps » ne laissant aucune trace. Il aura été bien plutôt : la loi du temps dévoilée, la loi de la répétition nécessaire, car un Don, selon la réflexion et son plaisir, ne saurait être la moitié d’un Don.

Une rencontre entre deux êtres qui s’aimeront follement est souvent le fruit d’un hasard complet. J’aurais pu ne pas prendre un café ce jour-là, dans ce bar, et ne pas l’apercevoir pour la première fois. J’aurais pu m’asseoir deux tables plus loin. J’aurais pu vivre dans une autre ville, car tel avait été aussi mon projet, etc. Ce genre de considérations, considérant la rencontre de l’amante qui sera aimée, est courante, et il y aurait mille livres à écrire sur la question. Néanmoins, une fois que l’histoire se déroule, ce qui paraissait au départ purement contingent, absolument pas nécessaire, devient comme un destin, comme un chemin qui ne pouvait pas ne pas être emprunté. On constate alors une chose étrange, à la suite de ce genre de constat : le premier regard échangé, très certainement, fut la saisie de ce qu’on connaissait déjà : un amour déjà vécu, une promesse déjà tenue. Tout se passe comme si nous avions déjà éprouvé une telle passion, de toute éternité, et que nous ne pouvions pas y échapper.

Ce regard de l’amant sur le monde est singulier : il ne croit plus à la notion de hasard pur, et se rit de toute contingence. Une approche plus « scientifique », ou plus « matérialiste », pourrait alors nous inciter à nous moquer de lui : son délire l’empêcherait de voir les choses « telles qu’elles sont ». Mais qu’est-ce à dire ? Celui qui n’aime pas, celui qui se meut dans l’ « objectivité » neutre, froide et distanciée du discours rationnel devrait-il être plus à même de saisir quelque « réalité en soi » des choses ? Le sans-cœur serait donc plus pénétrant ? Il y a ici une absurdité flagrante. Peut-être que la nécessité que l’amant met dans les choses, dans sa rencontre, peut-être que son regard rétrospectif sur le miracle de l’aimée, délivre un secret de l’être bien plus précieux que toute froide objectivation rationnelle. De fait, il se pourrait qu’il saisisse une loi des choses : tout se répète, à l’identique, puisque l’aimée, pour la première fois aperçue, baignait dans une lumière qui indiquait qu’elle était une réminiscence.

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