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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 22:31

Le christianisme, qui se manifeste ultimement dans le romantisme et dans l’Homme abstrait de la société marchande, a pour tort principal de prescrire l’Amour dans l’absolu, sans opérer de distinctions concrètes.

De fait, je pourrais bien « aimer » tout un chacun, mais alors il faudra, à l’intérieur de ce mot, préciser certaines nuances concrètes par lesquelles nul Amour abstrait ne pourrait être supposé.

Ce que nous pourrions aimer en l’autre que nous ne connaissons pas, et que nous ne connaîtrons jamais, ce pourrait être son aptitude à vivre pour lui-même des intensités qui lui sont propres, incommunicables, potentiellement révolutionnaires. Il existe en chacun une propension à inventer son amour, ses amours, propension que nul langage social ne saurait saisir, et qui pourrait donner lieu, de proche en proche, à quelque révolution de l’ordre en place. Cela est digne d’être aimé chez l’autre, et nous devinons qu’il possède une telle disposition, comme si elle était un fond humain indéracinable. Ce « fond » n’est pas encore abstrait, et ne renvoie pas à l’Homme en général : car il n’existe que si à chaque fois, de façon singulière, il se manifeste. Il faut le constater singulièrement pour savoir s’il est un fait, et pourtant nous pouvons supposer qu’en droit il sommeille en chacun. Cette dialectique de l’universel et du singulier, qui n’est pas une dialectique de l’abstrait et du concret, mais une dialectique à l’intérieur du concret, nous pourrions la nommer : empathie. Elle n’a aucun rapport avec l’Amour chrétien, qui renvoie quant à lui à une dialectique à l’intérieur de l’abstrait, et qui n’en sort pas.

Ce que nous pourrions également déplorer en l’autre que nous ne connaissons pas, et que nous ne connaîtrons jamais, ce pourrait être son incapacité à vivre pour lui-même des intensités qui lui sont propres. Sa tendance, qui est aussi la nôtre, à exprimer son trésor intime avec les mots du langage rendu public, ferait que nous devinerions en lui un frère de souffrance : il ne saurait effectuer une reconnaissance de l’autre aimé et de soi par lui-même, il serait ce monstre privé de sens, ce montrant ayant même perdu sa langue maternelle. Poète privé des signes pour poétiser, il errerait sans but et sans confidences dans les limbes du trop-perçu. Ici encore, nous éprouverions un sentiment concret pour un individu concret : car ce Dit banalisé de l’a priori indicible serait à lui-même à chaque fois un fait très concret. Une dialectique nouvelle de l’universel et du singulier, dialectique concrète une fois encore, aurait pour nom : compassion. Cette compassion n’a aucun rapport avec la compassion chrétienne, qui s’adresse à tous et à personne en particulier, qui est aussi vague et générale que l’idée de quelque divinité pure en soi.

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