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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 22:19

L’amitié permet de rendre supportable l’éprouvante séduction amoureuse des amants. On ne revient pas indemne du séjour dionysiaque. Mais l’ami est là, il est l’affirmation sereine est constante de l’individuation bienveillante, belle au sens le plus large possible.

L’ami est Apollon qui ne serait pas désiré sexuellement. La dialectique vivante qui se pratique avec lui est l’opération des distinctions, toujours par jeu, mais en un jeu qui est aussi sérieux qu’un jeu d’enfants. L’ami est le repos du guerrier. Avec lui c’est la monstration qui est la règle. Parler de soi et du monde avec l’ami, c’est se mettre, soi et le monde, à distance, afin de pouvoir contempler sans affects trop dévorants ce qui s’offre en cette vie hantée par un amour trop profond.

La loi du partage amical est la loi de la désignation. Et ce que l’on désigne, ce sont les belles apparences individuées. Apollon sera le patron des amis, avant que d’être le maître des amants. Toute vie est hantée par le désir d’un retour dionysiaque à la fusion originelle initiale sacrée avec l’être, depuis le premier souffle du nourrisson extatique. Cela est épuisant. L’ami est un refuge sur ce chemin. Avec lui, les êtres et les choses sont nommées, c’est-à-dire distinguées, afin que la beauté existe non pas seulement en soi, mais aussi à l’extérieur de soi. Partant, l’ami fait aussi en sorte que l’être ne soit pas seulement ce qui est à soi : il rend l’extérieur, en tant qu’extérieur précisément, désirable.

Du point de vue des amants, le monde est à eux : l’un est à l’autre, et l’être-au-monde est unité du « Trois ». Les amants se perdent alors, ils ont quitté le terrain de toute préoccupation. Certes ils aiment à séduire Apollon, ponctuellement, par caprice, mais peut-être n’est-ce que pour rendre simplement vivable leur extase mystique, leur solipsisme à deux : peut-être est-ce pour ne pas étouffer. L’ami est alors le refuge, dans cette vie d’amour éprouvante, quoique certes aussi sereine et nécessaire. L’ami est une forme de préoccupation joyeuse, sans « déchéance », qui vient combler l’attente d’un souci que l’amour des amants ne peut combler. Avec l’ami, « on » parle « de tout et de rien ». Mais ce quelque chose qui se partage là est une dialectique qui rend envisageable le partage d’un monde qui ne soit pas connexion mais : « échange ». Nous avons besoin de ce partage que le partage amoureux ne permet pas.

Seulement, serions-nous en train de faire de l’ami un « moyen » pour rendre l’amour vivable ? L’ami n’est-il pas une fin en soi ? Certes si. Car ces moments purement apolliniens qui se vivent au sein de la dialectique sans prétention pratiquée auprès de l’ami s’insèrent dans cet amour global de la vie propre que nous avons déjà élucidé quelque peu. L’orgasme continu doit quitter le lieu de l’amour passionnel, et rejoindre toute expérience de partage entre deux êtres.

C’est la philosophie qui nous élève à cette perspective : la philosophie est une façon de « faire » l’amour, de « créer » l’amour dans l’élément du langage. Les mots sont alors autant de séductions essentielles qui touchent l’ami comme l’amant(e). L’orgasme continuel a pour nom philosophie, ou dialectique. Et cette dialectique est le trésor des amants qui sont aussi l’un pour l’autre des amis, et des amis qui sont l’un pour l’autre, aussi, des amants.

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