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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 22:30

L’amour, avant d’être un amour pour un autre, pour l’amant, l’ami, le proche, ou pour Dieu, est un amour pour la vie. L’amour est la joie qu’accompagne l’expérience d’être en vie, avant toute chose. Avant d’être un solipsisme à deux, l’amour est un solipsisme radical, éprouvé seul. Je sens mon corps affecté par mon propre corps, et par ce monde qui ne s’en distingue que dans l’apparence, et alors je jouis purement et simplement : j’aime. C’est moi-même que j’aime dans ce cas, je suis à moi-même l’occasion de ma propre joie.

C’est ce fond d’amour pour ma propre vie, pour ce qui m’arrive, pour moi-même, qui détermine l’aspect chaque fois concret et indicible de tout amour. J’aime le regard que je porte sur ce soleil couchant, car ce regard me procure la plus grande joie. Mon corps esthétiquement traversé est l’occasion de milles délices, qui peuvent être mon quotidien, que dès lors j’accueille avec félicité.

Mais il m’arrive aussi de souffrir dans mon corps. Alors est-ce à dire que je n’aime plus la vie ? Pas nécessairement : car je puis très bien continuer à affirmer la joie d’être en vie, par-delà mon tourment. Mon cœur continue à battre, de fait, même dans la souffrance : c’est qu’en moi, sans moi, quelque chose affirme encore l’existence, le désir, la simple joie d’être. Je ne peux empêcher ce fait. Mon amour de l’être est le plus souvent plus puissant que mes simples impressions subjectives.

Il m’arrivera également de m’ennuyer face au spectacle de la nature. Mon regard ne produit plus la beauté des choses. Banalité décevante de la routine, ennui. Mais qu’est-ce à dire ? N’y a-t-il pas, par-delà mon ennui, malgré tout le fait d’une perception ? Or si mes yeux s’ouvrent, si mon oreille entend, n’est-ce pas qu’un désir de dévoiler se manifeste ici ? Je suis ici encore au sein d’une joie qui, si elle n’a certes plus la force de se saisir en tant que telle, ne traduit pas moins un amour indestructible de la vie.

Ce qu’il faut poser ici est a priori clair : tant qu’il y a de la vie en soi, il y a un amour de la vie. C’est sur le fond de cet amour de la vie que le caractère miraculeux de ce que l’individu singulier éprouve ressort. Il découvre alors que les mots publiquement reconnus pour chanter l’amour de la vie sont inadéquats : car son expérience du monde, même lassante, même souffrante, est une joie qui est chaque fois seulement sienne. Le terme d’ « amour », encore trop public, fait ici problème, et encore faut-il savoir renommer, comme de coutume. Certains se satisferont peut-être de quelques mots magiques : éternel retour, amor fati, ou autres lubies.

Sur la base d’un amour chaque fois singulier pour sa vie propre, l’individu rencontre l’amant(e), le frère, la sœur, le parent ou l’ami : cette relation à deux est un amour qui s’élève à l’amour de notre vie, et la dimension précieuse de l’autre surgit. Mais les mots manquent. Et comme toute joie singulière crée la joie, tout partage singulier doit bien créer le mot : « partage ».

Ensuite viennent l’amour plus abstrait pour le prochain, ou pour Dieu. Empathie, compassion, Amour absolu. Il s’agit bien là de cohabitation : puisque je constate que j’aime ce qui m’arrive, alors toutes les instances qui font que mon monde est bien ce monde sont également dignes d’amour.

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