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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 22:46

« Les voies de dieu-e, ou de la vie qui se transcende collectivement, sont impénétrables ».

La plupart des « religieux », des « pratiquants », ou des « vertueux » issus des divers monothéismes, que nous sommes, même si nous sommes athées, occultent constamment cette parole pourtant pleine de bon sens.

Il n'y a de fait aucun rapport entre l'existence d'une vie, ou d’une déité-une se transcendant, qui dépasse infiniment notre puissance de compréhension, et quelque régime alimentaire déterminé, quelque pilosité ou quelque voile à exhiber, quelque horaire pour la prière à respecter, quelques cheveux féminins à raser, etc.

De telles normes pratiques sont éminemment contingentes, humaines, trop humaines, et relèvent exclusivement d'un souci de discipliner les corps et les esprits, en vue d'assurer une société plus prévisible, et moins dangereuse, peut-être.

Certes, une déité, ou une vie « bonne » « voudrait » certainement une société harmonieuse et pacifiée, et dans l'esprit ne s'opposerait peut-être pas à ce genre de prescriptions. Mais il est absurde de supposer que le détail de la norme viendrait strictement d’elle, mouvante et fluctuante.

Et d'ailleurs le supposer est à contre-emploi, et au fond va à l'encontre de ce que « devrait vouloir » un principe inextensif mouvant la vie : des commandements purement humains érigés en « commandements de Dieu » deviennent bien vite tyranniques, et le décalage entre leur contingence limitée temporellement et leur prétendue origine divine crée une dissociation susceptible d'engendrer toutes les guerres (d'autant plus si diverses religions, aux prescriptions diverses, mais revendiquant le même Dieu, sont en concurrence).

 

Nous ne pouvons que supposer dans sa globalité vague ce qu'une déité, ou la vie qui se transcende et s’émancipe, voudrait pour elle-même. Mais le choix du détail précis de notre aspect extérieur (barbe, voile, soutane, maquillage, etc.), de notre régime alimentaire (ramadan, carême, nourriture cacher, consommation débridée, etc.), de notre emploi du temps, de notre vie sexuelle, de nos choix sanitaires, tout cela n'a strictement aucune relation avec un rapport intime au divin.

C’est la société spectaculaire-capitaliste qui accroît ce rapport superficiel, apparent, social, à la spiritualité invisible. Pourtant Abraham fracasse les fétiches : un individu abrahamique, ou « sarahique », devrait fracasser les fétiches-marchandises, et abolir la mise-en-spectacle de son intérieur sacré. Il y aura ici trahison explicite.

Les dits « vertueux » en matière de religion, souvent donneurs de leçon, moralisateurs et patriarcaux, réduisent leur être spirituel à l'obéissance à des préceptes pratiques humains, trop humains.

Les deux écueils graves de cette attitude :

  • D’une part, ils sont d'une infinie présomption ; ils prétendent connaître dans son détail le plus précis la façon dont « Dieu », dont on suppose qu’Il existe séparément, voudrait que l'on vive, sur un plan vestimentaire, hygiénique, sexuelle, etc., là où ils reconnaissent pourtant que les voies du « Seigneur » sont impénétrables (et ce même pour quelque prophète inspiré : Jésus n'a-t-il pas interpelé lui-même « Dieu » de cette façon : « pourquoi m'as-tu abandonné » ?). Cette présomption va à l'encontre de l'esprit même de la prescription humaine, laquelle vise en effet modestie et pacification de principe
  • D'autre part, ils risquent de ne plus avoir de spiritualité digne de ce nom ; trop occupés à « apparaître », ils se vident de l'intérieur, et oublient d'ouvrir un accès plein et total au mystère de l’incarnation, en eux-mêmes.

Nous deviendrions pure apparence sans intérieur soigné, sans intimité préservée, dès lors.
 

La bigoterie, ou la prière rabâchée sans conviction est du même ordre : si son esprit s'est envolé, ne reste plus que des mots vidés de leur substance.

Certes, porter le voile, par exemple, peut être parfois vécu comme une fidélité à une tradition humaine à laquelle on tient parce qu'au sein de cette tradition Dieu est honoré. Nos racistes « républicains » qui voudraient brandir ce voile comme voile « barbare » pour justifier leur barbarie invasive abjecte ignorent qu’ils défendent quant à eux d’autres formes religieuses traditionnelles, pour souvent inverser leur sens, d’ailleurs. Pourtant, une fois que de telles prescriptions humaines auraient été respectées, rien n’aurait encore été fait en direction du divin, ou de l’intime.

Se diriger vers la déité en soi qui se transcende, ou vers l’émancipation de tous et de toutes (ce qui devrait être la même chose), par l’amour et la lutte pour la justice, c'est certainement d'abord entrer en soi-même, et : penser à l’infinie puissance de ces vies s’unissant, telle qu'elle nous échappe également (elle n’est ni visible, ni spectaculaire, par définition : on ne saurait l’associer à quoi que ce soit d’apparent).

Si « mon » carême, « mon » ramadan, « ma » consommation, « mon » régime casher, sont pour moi l'accomplissement de la volonté de quelque « Dieu » autoritaire sur terre, alors je prolongerai une infinie présomption (prétendant connaître ce qu’un tel « Dieu » veut dans le détail), et je me viderai bien souvent de toute intériorité spirituelle, ne souhaitant qu'apparaître en société d'une façon singulière. Je serai soumis à l’ordre spectaculaire marchand qui viole tout religare propre, et trahirai sûrement les intentions initiales de ce religare. D’autres orientations singulières néanmoins peuvent motiver ces façons de vivre et d’agir « fidèles », même si elles restent encore à inventer, sans clivages et sans autoritarisme littéraliste.

La déité enveloppe une puissance infinie, comme l’indique déjà Spinoza, dans son Ethique. C'est la supposer bien peu puissante, bien médiocre, que de penser qu'elle a part à nos petites affaires vestimentaires, à nos petites affaires hygiéniques, sexuelles, etc.

La déité comme projection vivante au pluriel, se désire peut-être comme joie, partage, sérénité collective et individuelle. Mais les moyens que mobilisera cette exigence restent encore très indéterminés : mille voies vers un monde moins désastreux, plus intensif et plus incarné, restent envisageables. Certaines voies sans « dogme », sans « Dieu » autoritaire et patriarcal, sans traditionalisme figé, paraissent même les plus prometteuses, aujourd’hui, même si elles ne contredisent pas nécessairement l’abrahamisme initial, ou encore d’autres formes d’animismes plus primordiales.

Mais fermer les possible en restant fixés sur des normes disciplinaires que les prophètes ont inventé pour faire de l'humain un animal prévisible et donc moins dangereux pour son prochain, cela est totalement pernicieux, et devient aujourd'hui un vecteur de destruction de l'humain. On ne voit plus ce qui unit profondément, et l’on se focalise sur ce qui divise superficiellement, et de façon inessentielle, de façon infantile et dissociée.

Un voile, au sens générique, qui dévoile la séduction possible d’un visage, ou d’un masque, incarne et ne désincarne plus. Il affirme qu’une intériorité, qui veut se dire mais ne se montre pas sans trahison, s’annonce transitoirement. Ce voile suggère une perle, au sens théologique, et au sens érotique (ce qui deviendrait la même chose). Et la tradition devient joie et partage. Car la lettre aurait ici, peut-être, reçu un souffle dynamique. Cela supposerait que soit définitivement abolie la société spectaculaire et marchande, réifiant et inversant systématiquement toute vocation émancipatrice.

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