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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 22:22

La première enfance est peut-être un orgasme continuel. La pénétration dans le monde serait une manière d’être pénétré de toutes parts par le monde, sensitivement et affectivement parlant. Chaque partie du corps du nourrisson est un organe récepteur qui reçoit toute l’intensité de l’univers, lequel n’existait pas peu de temps auparavant.

La distinction entre le monde et le soi n’est pas faite : le monde est le soi, et l’on est soi-même son propre monde. Mais comment s’appelle l’orgasme total, si ce n’est la possibilité d’être le monde total, sans restriction ? Lorsqu’il n’y a plus de point de vue, mais que le soi est tous les points de vue à la fois, lorsque partout où il y a de la matière, ma perception s’affirme en elle, lorsque je puis voir à travers tous les sens de tous les êtres, je ne fais jamais que jouir absolument : j’éprouve l’orgasme parfait. Ceci, le nourrisson l’éprouve peut-être.

Il y a là une belle leçon de sagesse : et elle s’appelle, cette leçon : l’orgasme continuel, sans interruption. Le désir ici n’est pas un manque de monde, mais un plein de monde, chaque nouvelle intensité, qui est la découverte d’un aspect du monde que l’enfant est lui-même, justifie toutes les autres, et elle est justifiée par toutes les autres, passées et à venir. Ce n’est pas le sexe qui est au centre de cet orgasme, mais bien tout le corps du bambin. Il jouit par tous les pores de sa peau.

La première enfance est un premier apprentissage de ce que pourrait être une sexualité apaisée de l’adulte, mais aussi une vie amoureuse apaisée. Elle est comme une anticipation qui renferme en soi toute la sagesse du monde. Elle est l’orgasme comme pulsation lente et continue. Elle est la loi de la joie, qui est la non-interruption, qui est la pure ouverture radicale de l’intégralité de la vie. Le nourrisson se fixe sur ses battements de cœur : et c’est le monde qui jouit avec lui, au rythme de ces battements, puisque le monde a un cœur (et c’est le sien). Ce simple effort pour persévérer dans l’être est en soi la béatitude, peut-être, de la première enfance.

Faire l’amour est une forme de méditation à deux. Il ne faut pas prendre à la légère ces moments importants de la vie, et il faut savoir s’y préparer, car c’est notre bonheur qui se joue là. La première enfance est le long déroulement d’une méditation analogue à cette méditation à deux. Pour l’enfant, il n’y a qu’une seule instance désirante : le soi-monde. Pour l’aimant, il y en a trois : soi, l’aimé(e) et le monde. Mais ce « trois », il faut savoir le projeter dans l’unité initiale du nouveau-né, où il n’y a pas de différence entre le sexe et tout le reste du corps, entre ma pensée et toute autre pensée, entre l’univers et le corps propre, entre quelque intensité « haute » et quelque autre intensité qui serait « inférieure ». La pure pulsation de la jouissance sans interruption est ce vers quoi doivent tendre les amants, qui dès lors ne font pas l’amour seulement lorsqu’ils sont nus, l’un en l’autre, mais bien partout et tout le temps. La relation amoureuse globale est baignée dans une lumière poétique qui ne cesse d’advenir, de disparaître et de réapparaître, sans perspective d’orgasme final ou d’extase finale, puisque le monde entier devient un orgasme continu, à deux, sans rupture.

L’enfance est le secret perdu de l’amour des amants. A retrouver. Originellement, le mystère de l’éternelle répétition devrait bien avoir sa révélation en ce lieu de la première enfance.

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