Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 22:22

La fusion pleine et totale avec le monde de la première enfance est le phénomène dionysiaque par excellence. Le principe d’individuation, qui est le principe qui règle le monde des apparences, n’a pas lieu ici. La frontière entre le corps propre et tout ce qui entoure n’est pas appréhendée. Ce phénomène, il est une forme d’Amour pur pour le monde, c’est-à-dire pour soi, c’est-à-dire pour le monde.

Les premiers mots compris et échangés, dans une vie, sont certainement la déchirure ultime et définitive : le monde et soi, le visage du parent et son propre visage, apte à énoncer, sont désormais des éléments distincts. Si ce fait était brutal et immédiat, et non continu, il serait aussi violent que la naissance, que la première inspiration. Mais l’avènement du monde des choses individuées est une histoire qui se raconte dans la durée, et un jour il se trouvera que l’enfant n’est plus à lui-même son propre monde : il sera situé, en lui-même, séparé du reste des êtres et des choses.

Une forme d’Amour complet disparaît alors, et en un sens jamais son authentique plénitude ne sera retrouvée. S’aimer soi comme pulsation du monde qui est, cela est le privilège de l’éminente entrée dans l’être. Toute la vie est une quête de « ré-union », et certaines extases temporaires pourront donner l’illusion, à l’adulte formé, qu’il revit là ce paradis perdu.

Deux amants, si leur amour est vrai, seront les plus susceptibles de vivre le dionysiaque de la première enfance, l’abolition de tout principe d’individuation. Ils ne sont d’abord l’un pour l’autre que deux pures apparences, séparées dans l’espace comme deux images qui se font face : Apollon est leur gardien. Contemplant la beauté de l’autre, chacun se complaît dans la dualité de cet amour nouveau, qui apporte avec lui toutes les promesses de réconciliation. Or une certaine sexualité, qu’elle se vive avec ou sans vêtements, une certaine pénétration de l’un(e) par l’autre, un certain orgasme de même, tels qu’ils s’accompagnent de quelque détermination télépathique mystérieuse, évoquent une éternelle redite, une éternelle récurrence qui n’est plus le fait d’un « Deux » divisé, mais le fait d’un Deux sans individuation, qui lui-même ne forme que la connexion la plus intime qui puisse se penser. Le phénomène dionysiaque, qui brise les individualités, se fait jour, et leur vie peut devenir ce qu’elle fut dans les premiers moments, sur un mode rehaussé : car simplement accueillir la fusion du soi-monde comme un donné est une chose ; la construire avec l’aimé(e), ce qui est le plus difficile, en est une autre.

Partager cet article

Repost 0
Published by ben

Présentation

  • : benoitbohybunel
  • benoitbohybunel
  • : philosophie
  • Contact

Recherche

Articles Récents

Liens