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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 22:23

L’orgasme est une extinction du désir, pour de nombreuses personnes. Après l’éjaculation, l’homme agit trop souvent comme s’il ne voyait plus la beauté de son amant(e). Après l’orgasme, la femme parfois est indifférente, lasse et distante. L’ensemble d’une relation amoureuse s’adaptera fréquemment à ce paradigme sexuel. Après l’extase doit suivre la déception, puis l’apathie.

Tandis que je me dirige vers l’éjaculation, je suis préoccupé : il ne faut pas que je jouisse trop vite, mais il faut faire en sorte également que l’orgasme soit le plus intense possible. Dans cette préoccupation, j’oublie d’aimer et de chanter mon amour, silencieusement, condition pourtant de son plaisir. De même, tandis que je « gère » mon couple, je me dirige vers la maximisation du plaisir avec l’autre. Je veux tout éprouver le plus vite possible. Cette même tendance à l’intérieur de la sexualité et de la relation amoureuse est une volonté constante d’ « avoir » ce que l’on ne saurait posséder, et surtout : d’en finir une bonne fois pour toute avec le désir. C’est la logique du désir comme manque qui gouverne ici, et l’objet visé, que l’on souhaite posséder, précisément doit toujours échapper, puisqu’il n’est pas un objet mais un être.

En sachant vivre et accueillir l’orgasme, l’extase, la visée du désir, nous saurons peut-être cesser de fuir, et de vouloir en finir avec ce que nous désirons, avec l’être du désir. Nous aurons alors su continuer à désirer ce que nous possédons déjà, sans avoir quelque « manque » à combler, et sans volonté de consolation. Nous aurons appris à faire en sorte que le précaire soit durable, et que la joie s’installe. Mais comment s’y prendre ? On ne « s’y prend pas ». On le vit.

Un orgasme n’est qu’une intensité singulière qui succède à d’autres intensités singulières. Il n’est pas une intensité « plus haute », car toute détermination quantitative, extensive, en ce qui concerne l’intensif, est une contradiction dans les termes. Il est seulement quelque chose de différent, dont la coloration est singulière. Ainsi il n’est pas l’ « achèvement » d’un processus. Il n’est que la manifestation d’une nouveauté. Mais chaque nouvelle sensation, durant l’amour, n’est-elle pas de même à chaque fois une radicale nouveauté, une béatitude en soi qui vaut la peine d’être vécue ? Certes si. Et donc toutes les intensités qui l’ont précédée pourraient bien de même être au service de sa puissance, même si elle n’est pas l’orgasme proprement dit. Dans cette perspective, la dépression des forces qui suit l’orgasme pourrait être différemment envisagée : elle aussi est une intensité inédite, et il faut savoir appréhender ce caractère inédit, précisément, non pas l’engloutir dans la banalité de ce que l’on connaît déjà, non pas la ramener à quelque « retour » à la normale. Cette nouveauté bien comprise a pour nom : tendresse. Et alors on comprend que l’orgasme lui-même préparait le terrain pour cette tendresse, qui est une chose qui vaut la peine d’être vécue. Nulle interruption brusque ici ne s’est jouée. Nul manque n’a été éprouvé. A chaque fois le plaisir de retrouver l’inédit reste le même. Et la relation peut se prolonger à l’infini. Le désir devient ma puissance, ma chance, il n’est plus lié à quelque frustration ou à quelque déception.

De même une relation amoureuse doit se vivre de façon non téléologique. La lassitude qui parfois pointe n’est peut-être qu’une dépression des forces après les beaux jours qu’il faut aussi savoir vivre comme intensité nouvelle bonne en elle-même : elle devient tendresse, et le plaisir resurgit.

L’éjaculateur compulsif, qui ne fait l’amour que pour éjaculer, qui ne séduit que pour éjaculer, est un être du manque. Son désir n’est pas sa force, mais son impuissance. Il veut en finir avec le désir, constamment : il veut que cela s’arrête. Au fond il n’aime pas être désirant : il associe cela à sa douleur, à sa frustration. Le bouddhisme sera la religion qui sera parfaitement adaptée à sa complexion naturelle. Le christianisme de même, mais différemment : car le christianisme lui promet l’extase qu’il connaît durant l’éjaculation pour l’éternité, après sa mort.

Mais au fond l’essentiel reste ceci : il faut savoir chanter son amour silencieusement durant l’amour. Ainsi chaque instant de la connexion des sexes est un moment magique, valable en soi dans l’absolu, sans se préoccuper de savoir quand l’orgasme adviendra. C’est parce qu’il ne chante pas l’amour mais la laideur tandis qu’il « baise » que le Don Juan désire simplement son éjaculation, que son désir est un manque solipsiste, que son Amour pour la Femme est abstrait, et qu’il est un être constamment déçu en quête de consolation.

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