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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 16:29

Cédric Villani, le génie français des mathématiques, chagriné par la diminution du budget public de la recherche, réaffirme, le 24 mai 2016, sur le plateau du « Grand journal », pour justifier la nécessité de "soutenir" les chercheurs, les finalités essentielles de la recherche scientifique aujourd’hui : participation à l’effort national dans la « course » aux nouvelles technologies, participation à l’augmentation du PIB, qui déboucherait logiquement sur la « prospérité » et la garantie « d’emplois adaptés ».

Mais si l'augmentation des PIB était appelée par son vrai nom : augmentation de la richesse abstraite, fondée sur l’accumulation du capital, c’est-à-dire sur l'exploitation de la force de travail ? Et si le développement des technologies était appelé par son vrai nom : devenir-obsolète du travail vivant, produisant chômage de masse, précarisation des travailleurs restants, au sein d'un système qui s'autodétruit (dévalorisation de la valeur), détruisant de ce fait tout sur son passage ? Et si la notion « d'emplois adaptés » était renommée : travail-marchandise en lequel l'aliénation est consentie, la servitude volontaire ? Parler de « prospérité » en ce sens pourrait paraître un peu cavalier.

La science aujourd'hui s'insère systématiquement dans une rationalité instrumentale, calculatrice, marchande, dont l'unidimensionnalité empêche toute réflexion alternative. Une recherche scientifique digne de ce nom ne devrait-elle pas envisager, précisément parce que cette rationalité instrumentale consolide un monde qui n'a rien de stable et de durable (autodestruction), des nouveaux paradigmes, des nouvelles dimensions, des nouvelles perspectives ? L'épistémologie bergsonienne, qualitative, me semble aller dans ce sens (on pourrait par exemple confronter cette épistémologie à la critique du quantitatif chez Marx). Et pour construire cette épistémologie nouvelle, ces paradigmes nouveaux, ce n’est pas les sommes d’argent dont on dispose qui seront décisives, mais l’audace subversive et le courage de penser différemment – l’argent, qu’il vienne du secteur public ou du secteur privé, n’entretient que sa propre logique, et se laisse donner à ceux qui seront prêts à défendre cette logique (productivité, compétition, accumulation).

Nos brillants spécialistes ont épuisé toutes leurs ressources dans une seule direction. Mais, en tant que spécialistes du pouvoir séparé de la pensée, et de la pensée séparée du pouvoir, ils ne savent regarder que là où on leur a dit de regarder. Idiots rationnels totalement privés de sens historique, ils déploient leurs compétences prodigieuses au profit d'un monde qui n'a plus rien d'humain (automouvement des objets). Comble de l’ironie, ils déploreront une situation qu’ils ont explicitement favorisée (austérité budgétaire, privatisation de la recherche) : car, en accompagnant le mouvement d’accumulation du capital, en contribuant à la « troisième révolution industrielle », ils ont accentué la contradiction irréductible du capitalisme (automatisation croissante de la production, dans un monde où l’on exploite le travail vivant), provoquant l’austérité néolibérale comme seule issue apparemment possible.

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