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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 01:11

Un film intéressant (malgré sa dimension sensationnaliste) sur la destruction de l'enfance, qui dans le foyer privé envahi par la masse et la marchandise, est comprimée contre la guerre, la folie invasive et expropriatrice, et menacée par une société voyeuriste et exhibitionniste ultraviolente. L'enfant de star est particulièrement exposé. On finit par le dévorer. Le "féminin", réifié par la vedette masculine, devient un fétiche pour cette vedette. Une mention originale à la doctrine de l'éternel retour, à la fin du film, suggère un supplice de Tantale (que toute vedette, et que tout enfant de vedette, éprouve, indéfiniment).

La presse people, la misère en soi 
 
1) Un système qui abolit l’enfance 
 
La presse people est bien sûr un instrument de propagande : si le système du marché nous offre la possibilité de jouir d'un récit qui nous en impose, alors ce système est justifié, et il serait absurde de lutter contre lui. Ce récit, c'est celui qui concerne les petites affaires privées d'individus fétichisés auxquels on a ôté toute individualité singulière (ils ne sont que des re-présentants réifiés, dont le mouvement vital est réduit à une condition marchande, du monde de l'image autonomisé). Ce récit en impose, car il concerne des êtres divinisés que tout un chacun voudrait connaître ou être : ils auraient reçu une sorte d'onction spectaculaire, qui constituerait aujourd'hui une forme profane de sanctification. Ce récit qui en impose est l'injonction à se soumettre à la loi du marché, puisqu'au fond lesdites « stars » ne défendent jamais qu'un réseau systématiquement agencé de marchandises (un « mode de vie » épanoui dans la société marchande), dont la « valeur » problématique semble ne poser aucune question à personne. Mais qu'en est-il ? Le capitalisme aujourd'hui produit le pire dans le monde, inutile de le rappeler : travail des enfants, destruction des écosystèmes, patriarcat, exploitation, guerres, néo-colonialisme, empoisonnements, épuisements, suicides des travailleurs stressés, etc. C'est donc bien ce monde-là que soutient explicitement la presse people. Ainsi donc, le sourire d'un couple de stars, dans la presse people, a pour arrière-fond la défense du système qui provoque la soumission de peuples entiers dans le monde et la torture des enfants. Une interview « touchante » de tel ou tel « people », son visage niais et satisfait, atrocement dissocié, renvoient immédiatement à une façon de cautionner et d'encourager un système où l'enfance est mutilée et ravagée. L'horreur absolue, donc, c'est bien la presse people qui nous expose les « images » des enfants de « stars ». Ces enfants, en apparaissant immédiatement, s'insèrent de façon ignoble dans une matrice idéologique en laquelle leur image sera vendue pour que d'autres enfants puissent continuer à être torturés. Ce genre de politisation immédiate de l'enfance est l'abject pur, d'autant plus si cette politique est une politique totalitaire. Concernant la relation entre enfants et adultes, Arendt écrira, dans la Crise de la culture : « Ce qui nous concerne tous et que nous ne pouvons donc esquiver (...), c'est la relation entre enfants et adultes en général, ou pour le dire en termes encore plus généraux et plus exacts, notre attitude envers le fait de la natalité : le fait que c'est par la naissance que nous sommes tous entrés dans le monde, et que ce monde est constamment renouvelé par la natalité. »  Tout phénomène de « mise en spectacle » de l'enfance, dans le contexte du spectacle-marchandise, est une instrumentalisation de l'enfance en vue de maintenir, de conserver, les rapports symboliques, sociaux, économiques, existants. L'enfance comme principe de nouveauté dans le monde est de ce fait niée, et cette mutilation n'est rien d'autre que la mutilation de la liberté même de l'individu-enfant, c'est-à-dire de son humanité. 
L’enfant, devenu adulte à son tour, dans un tel système, ne produira plus de nouveauté dans le monde, et reproduira des schémas obsessionnels impensés : toute action politique transformatrice sera presque impossible pour lui, et il se contentera, le plus souvent, de se « comporter » de façon « adaptée », dans un « environnement » social balisé, de façon prévisible, statistiquement parlant. 
 
Pire, si l'enfant de « stars », en tant qu'image de « l'innocence épanouie », venant « absoudre » l'épanouissement morbide et coupable des « stars » dans le monde marchand, devient précisément une « arme » symbolique pour défendre non pas seulement ce qui existe déjà, mais ce qui existe en tant qu'il est le désastre et la destruction constamment renouvelée (le désert, donc), alors l'enfant n'est plus seulement mutilé, mais il participe même, à son insu, à un projet d'anéantissement globalisé, alors qu'il vient à peine d'entrer dans ce monde. L'enfant mis au travail, dans les pays dits du « Tiers-monde » sera, de ce point de vue, en tant que victime pure, précarisé de façon ignoble, mais symboliquement moins ravagé que l'enfant de « star », déjà « bourreau » malgré lui, et bourreau "défendant" à son insu la misère d'autres enfants.

La misère psychique et affective, dans ce contexte est la plus développée au sein des vécus inconscients de ces « peoples », malgré leur confortable « standing de vie », lesquels exigent en effet déjà de leurs propres enfants qu'ils effectuent un travail de propagande qu'ils n'assument pas eux-mêmes complètement.  Cette misère toutefois, ne fait pas d’eux des personnes simplement « à plaindre », mais à blâmer aussi, autant qu’on pourrait blâmer des rouages inconscients d’un projet de destruction massive, qui finiraient par « s’épanouir », de façon hébétée, dans leur « fonction » assignée, jusqu’à anéantir finalement, sans le comprendre vraiment, l’enfance même de leur progéniture (banalité du mal, qui souligne aussi celle de notre responsabilité d'individus-rouages en général).

Une famille précarisée, d’un pays « périphérique », qui ne peut plus éviter l’exploitation de ses enfants, ne peut en faire une « fierté », et n’aura pas tendance à se sentir « flattée » par cette « embauche » : sa tutelle est une condition majoritairement subie, là où l’avilissement des « parents » devenus « vedettes » semble auto-satisfait, voire revendiqué.

Nous avons, dans nos contrées, nos enfants-soldats. Ils sourient et sont bien portants, mais leur fonction politique est précise, dans un contexte de destruction organisée. A quand un misérabilisme qui déplore la misère de nos « stars », de nos « élites », de nos « winners » ? Nulle compassion aimante ici, mais simplement un mépris réel, à la mesure de l'inconséquence d'une machine impersonnelle que nul ne questionne vraiment en son être amoral. Et ce en vue d'abolir plus globalement toute misère, symbolique, morale, et surtout : matérielle.

Misère matérielle qui ne concerne en rien la vedette, et qui reste la plus scandaleuse, puisqu'elle fonde les autres.
 
2) Notre « développement » en question 
 
Ces remarques brèves, et sûrement insuffisantes, étant donné l’ampleur du désastre, nous orientent néanmoins vers une réfutation radicale d’un certain « faux évolutionnisme » qui s’est réaffirmé aujourd’hui (à moins qu’il n’ait jamais cessé de se « développer »). Le « faux évolutionnisme », selon Lévi-Strauss, est une attitude typiquement occidentale consistant à considérer que certaines « cultures » actuelles seraient moi « évoluées » que d’autres, et représenteraient des stades antérieurs du développement de ces « cultures » plus « évoluées ».  C’est, selon l’auteur, « une tentative pour supprimer la diversité des cultures, tout en feignant de la reconnaître pleinement. Car, si l'on traite les différents états où se trouvent les sociétés humaines, tant anciennes que lointaines, comme des stades ou des étapes d''un développement unique qui, partant du même point, doit les faire converger vers le même but, on voit bien que la diversité n'est qu'apparente. L'humanité devient une et identique à ellemême ; seulement, cette unité et cette identité ne peuvent se réaliser que progressivement et la variété des cultures illustre les moments d'un processus qui dissimule une réalité plus profonde ou en retarde la manifestation »
 
Pour un Sarkozy, par exemple, « l’Afrique », trop peu « entrée dans l’histoire », vivrait donc aujourd’hui « l’enfance » qu’aurait vécue antérieurement la « vieille Europe », parvenue maintenant à « l’âge adulte » (« discours de Dakar », du 26 juillet 2007).  Sarkozy sera ici aussi arriéré que les idéologues racistes du XIXème siècle, et s’autocontredit de ce fait. 
 
Plus subtilement, pour un « historien-géographe » spécialisé, ou pour un « économiste » « scientifique » d’aujourd’hui, on n’aura pas cessé de distinguer, fondamentalement, les pays dits « développés » (du « Nord ») des pays « en voie de développement » (du « Sud »). La sophistication des « typologies » ne modifie pas essentiellement cette axiologie de base.  Du point de vue de l’accès aux ressources, ces pays désignés comme étant « en voie de développement » vivent effectivement, structurellement, des formes de misères matérielles insupportables. Mais ce qui est visé ici pour ces pays (le « développement » que connaîtraient les pays du « Nord ») est pourtant une nouvelle forme de misère en soi, outre le fait que ce « développement », qui est une fuite en avant morbide, ne sera jamais accessible pour tous (pour des raisons géopolitiques et écologiques évidentes).  En outre, le fait de ramener cette notion de « développement » à la seule situation « économique », n’est pas une façon de promouvoir finalement l’accès égalitaire, pour tous, aux ressources, mais une façon insidieuse de nier les multiples dimensions créatives qui fondent le développement qualitatif des sociétés. Présenter un critère unique (le développement « économique ») comme principe d’une hiérarchie pernicieuse, sera aussi un moyen de maintenir sous tutelle économique ces pays « en voie de développement », matériellement et juridiquement : l’homogénéisation des normes « productives », induite par ce critère, fonde en effet une sous-traitance qui crée de fait une précarisation matérielle massive dans le « Sud », laquelle ne saurait être intrinsèquement modifiée, tant que de telles idéologies « typologiques » et unidimensionnelles, matériellement agissantes, perdurent.  De fait, les critères théoriques de « distinction », qui maintiennent un « faux évolutionnisme » ethnocentrique (occidental), conditionnent bel et bien des applications « pratiques », qui semblent rendre toujours plus « réelles », les idéalités qu’ils distinguent d’abord abstraitement, dans l’apparence spectaculaire, mais aussi dans une forme de misère objective qui tend à réduire, abjectement, les « perdants » de la mondialisation, au type de l’animal laborans. L’idéologie de la domination, par les effets réels qu’elle crée, semble se donner toujours plus raison à elle-même, et réaffirme dès lors constamment une vision du monde destructrice, avec apparemment toujours plus de « légitimité ». 
 
L’humanitaire « humaniste », ou « tiers-mondiste », qui prône ce « développement » unidimensionnel « pour tous », plus « durable » peut-être (ONU, ONG, etc.), entretient, hélas, les conditions de possibilité de ce genre de tutelles, malgré ses « bonnes intentions ». Il entretient, en outre, un « doux rêve » « pour le monde », son occidentalisation massive, rêve pourtant irréalisable, et en outre effrayant. 
 
Les formes de misères subjectives totales des « vedettes » de nos sociétés de « vainqueurs », visibles dans la presse people, ou dans d’autres organes spectaculaires, qui éclairent aussi la nôtre, anonyme, ou la précarité de notre adhésion, seront des façons d’exhiber la décomposition éclatante qui s’affirme derrière ce « développement » ici revendiqué. Notre barbarie propre, « occidentale » ou « aisée », sophistiquée ou « confortable », indique le cynisme latent de cette notion de « développement ». Notre désir conscient, et formulé, qui envisage les mesures pratiques qu’il engage, de sortir de cette barbarie « confortable », brise potentiellement tout « faux évolutionnisme », mais aussi son pendant particulariste, le « relativisme culturel » nivelant, qui ne s’oppose à lui que dans l’apparence, devenu dangereusement « ethno-différentialiste » (Alain de Benoist).  Un désir universel et concret, celui de s’extraire de toute forme de misère, subjective et objective, incite les individus agissants à s’extraire des formes de dominations qu’ils entretiennent, ou dont ils souffrent. Mais cette barbarie confortable, cette précarité psychique propre à nos sociétés de « vainqueurs », ce sous-développement affectif et éthique, qui accompagne un certain « développement économique », ne s’auto-abolit pas par lui-même, mais prend conscience de lui-même, sous la pression des luttes, devenues plus visibles, des individus précaires, « proches ou lointains », subissant objectivement, la barbarie consentie de tels « vainqueurs ». C’est ainsi que les pays dits « moins développés », ou même les individus jugés « moins développés », économiquement, d’ici ou d’ailleurs, deviennent potentiellement, en voulant abolir leur tutelle, en venant détruire la domination, un facteur d’abolition de notre sous-développement, qualitatif et intensif.  La lutte autonome des individus objectivement prolétarisés, réifiés dans la production, vient abolir un monde où tous souffrent, au profit de tous.  
 
Lorsque la mise au travail de l’enfance prolétaire provoque la lutte de ceux qui la subissent, alors peut-être que la barbarie d’une enfance « épanouie », devenue la caution, comme image publicitaire, de ces horreurs « lointaines », ou « inapparentes », finit par devenir insupportable pour ces « parents » « aisés », niais et souriant stupidement, et peut-être que deux mouvements, d’abord antagonistes, finissent par s’articuler, pour abolir le désastre.  Mais ce vœu pieux, idéaliste, ne prendra pas assez en compte les structures de contrôle, et des résistances collectives, qui le rendent pour l’instant utopique. Il détermine néanmoins un idéal régulateur possible. 
Des confrontations plus violentes sont à craindre, et la conciliation générale de tous les  intérêts, vers l’abolition de la désolation, théoriquement audible, reste pratiquement impensable. Les « vainqueurs », détruisant leur propre intimité, et leur propre espace « privé », n’admettront pas si vite qu’ils auraient « intérêt » à être « vaincus », pour faire cesser ces autodestructions.  Car il existe aussi peut-être une joie sadique dans le fait de faire subir à ses propres enfants ce qu’on a soi-même subi toute sa vie (une mutilation de soi, une auto-réification, que tout « vainqueur » aura connu). Et comprendre que cette « joie » diminue l’être, plus qu’elle ne l’augmente, n’est pas une chose si aisée, pour l’individu clivé. Mais c’est une autre question.      
 
 
« C’est l’unité de la misère qui se cache sous les oppositions spectaculaires. Si des formes diverses de la même aliénation se combattent sous les masques du choix total, c’est parce qu’elles sont toutes édifiées sur les contradictions réelles refoulées. Selon les nécessités du stade particulier de la misère qu’il dément et maintient, le spectacle existe sous une forme concentrée ou sous une forme diffuse. Dans les deux cas, il n’est qu’une image d’unification heureuse environnée de désolation et d’épouvante, au centre tranquille du malheur. » Guy Debord, La Société du Spectacle 
 
3) Appendice : extrait, sélectionné au hasard, d’un article de magazine « people » 
 
« Keira Knightley et James Righton ont été repérés hier (lundi 28 septembre) dans l'un des quartiers les plus branchés de New-York, Soho. L'actrice et le musicien étaient accompagnés d'Edie. Si Keira, tout de noir vêtue, avait la poussette en mains, James, lui, portait sa fille dans un porte-bébé. Face à la rue, Edie découvrait avec joie les animations de la rue. Tout semble rouler pour les jeunes parents, le rythme de croisière est trouvé. Dans de sa dernière interview pour le magazine ELLE, Keira s'était confiée sur l'expérience incroyable qu'est la maternité. "Cette chose qu’on appelle l’amour est stupéfiante. C’est très primitif, un amour primitif. C’est assez extraordinaire. Et cette faculté de ne pas dormir et de continuer à avancer quand même" expliquait l'actrice, ajoutant "Vous passez par la grossesse, puis l’accouchement et après vous nourrissez votre bébé et vous vous dites – Wow, mon corps est vraiment incroyable et je ne vais plus jamais le détester, parce qu’il a fait ça, et c’est p*tain d’extraordinaire". 
Toutes les premières photos d'Edie, l'adorable fille de Keira Knightley et James Righton sont à découvrir juste au-dessus ! » 
 
 Extrait de l’article : « Photos : Keira Knightley : de sortie avec son adorable fille, elle dévoile pour la toute première fois son visage ! » ; in : Public, le 29/09/2015 
 
Sommes-nous encore capables de déchiffrer ces agencements de mots avec l’attention qu'ils appellent désespérément ?

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