Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 09:36

Derrida à propos de l'éternel retour : "mon désir le plus tenace serait de recommencer, de revivre tout, le bon et le mauvais".

texte imprimable (pdf, 113 pages)

Vous trouverez ci-dessus le texte en pdf (113 pages)...

Ci-dessous, l'avant-propos et les premières pages d'un laboratoire en développement (dialogue entre un chercheur en philosophie et un chercheur en épistémologie de la physique), suivi d'une bibliographie indicative, d'un accompagnement musical (composition personnelle au piano), et de liens vers des écrits complémentaires (éthique érotique, ontologie de l'éternel retour, métaphysique et théologie).

Recherches cosmologiques, métaphysiques, éthiques, sur l'éternel retour

Liamine Touhami

Benoît Bohy-Bunel

Sommaire

  • Avant-propos : page 4
  • Recherches métaphysiques, physiques et éthiques autour du concept d'éternel retour (dialogue) : page 6

I L'éternel retour du même d'un point de vue cosmologique : principes élémentaires et problèmes induits

II Loi de conservation de l'énergie, déterminisme, et liberté

III La question de l'éternité

IV Le programme épistémologique de Bergson

V Dans le contexte d’une durée pure et continue, fluide et ouverte, quelle sera « l’origine » du vivant conscient de cette temporalité ?

VI Ebauche d'une interprétation mathématique des synchronicités

VII Certains témoignages de la « réalité » de l'éternel retour au sein d'une expérience personnelle située

VIII Tentative d'explication « rationnelle » de ces témoignages liés à une « réalité » de l'éternel retour

IX La philosophie de l'éternel retour : un monisme ou un dualisme ?

X Le créationnisme et l'éternel retour

XI Création et déterminisme

XII Le temps est-il double ou simple ?

XIII Les principes d'une physique qualitative, ou bergsonienne

XIV L'éternel retour serait-il une « bonne nouvelle » pour les physiciens ?

XV L'univers : une implosion-explosion

XVI La notion d'infini dans le contexte théorique de l'éternel retour

XVII La notion d'une quantité de forces finie dans « notre » univers

XVIII Quelques principes de la connaissance humaine

XIX Y a-t-il un « secret » du temps ?

XX Pourra-t-on « prouver » un jour scientifiquement l'éternité de la durée physique ?

XXI Quelle théorie métaphysique se rapprocherait le plus de la conception d’un espace-temps infini déroulé de toute éternité ?

XXII L'éternel retour remet-il en cause la loi de l'entropie ?

XXIII Il existe un espace, en mécanique quantique, qui possède des propriétés analogues à celles d’un « super espace » qui s’apparenterait à une multitude de degrés de liberté et qui n’a rien de commun avec l’espace à 3 dimensions que l’œil peut connaître. Du point de vue métaphysique, un tel espace peut-il réellement exister ?

XXIV D’après Kant, et les nativistes, l’espace et le temps sont des formes a priori de la sensibilité. Or, la sensibilité met elle-même en jeu ces deux formes dans quelque chose. L’être vivant ne doit-il pas posséder une forme particulière d’espace-temps ?

XXV Synthèse : tentative de penser « scientifiquement » l'éternel retour du même

XXVI L'éternel retour d'un point de vue « politique »

XXVII L'éternel retour face aux religions existantes

XXVIII Vu du point de vue de l’éternel retour, à quoi pourrait ressembler l’amour ?

XXIX L’amour universel que prônent les monothéismes pourrait-il être soluble dans une philosophie de l’amour associée à la pensée de l’éternel retour ?

XXX Le salut de l'humanité tient-il à l'amour ?

  • Synthèse générale de la recherche : page 63
  • Annexes : page 70

1ère Annexe : une réflexion de Martin Bojowald

2ème Annexe : une réflexion d’Aurélien Barrau

3ème Annexe : une réflexion philosophique sur l’expérience de pensée du « chat de Schrödinger »

4ème Annexe : Rilke, Huitième Elégie

  • Bibliographie : page 90

Avant-propos

Benoît Bohy-Bunel :

Lorsque j’ai évoqué pour la première fois l’hypothèse cosmologique de l’éternel retour du même avec mon ami Liamine Touhami, chercheur en physique et en philosophie, il a considéré que cette piste était intéressante. Selon une certaine loi statistique, lui disais-je, une éternité de durée associée à une quantité de forces finie dans l’univers implique qu’il est probable que la « séquence » physique dans laquelle nous nous situons s’est déjà répétée à l’identique et devra se répéter à l’identique, une infinité de fois. Nous n’aurions en fait pas une seule vie, mais une infinité de vies identiques se répétant dans l’éternité. Il reconnut la pertinence possible de cette conclusion.

Liamine travaille lui-même depuis quatre ans sur la fondation d’une épistémologie qualitative, bergsonienne, de la physique. Or, j’avais déjà formulé pour ma part, une interprétation philosophique de l’éternité de la durée qui était, précisément, bergsonienne. Nous avons alors découvert que nos travaux se complétaient, et que nous avions besoin l’un de l’autre pour avancer dans nos recherches. Je lui apportais le concept d’éternel retour. Il m’apportait un complément indispensable : un programme épistémologique bergsonien cohérent et novateur, permettant, entre autres choses, de saisir quelque peu le principe d’éternité physique.

Cette recherche est donc le premier résultat de cette rencontre. Il s’agit d’une sorte de dialogue, qui a pour but principal d’établir la légitimité potentielle de l’hypothèse de l’éternel retour du même, sur les plans métaphysique et physique, et les implications plus vastes de cette hypothèse. Les stoïciens, Auguste Blanqui, Nietzsche, sont bien sûr considérés dans ce projet, puisqu’ils auront déjà envisagé une telle hypothèse. Mais il s’agira de dépasser leurs limitations théoriques et historiques, en intégrant une métaphysique plus rigoureuse que la leur (Bergson) et une cosmologie moderne ou contemporaine plus précise (physique relativiste, quantique, gravitation quantique à boucles, etc.).

Nous évoquons également une certaine dimension « théologique » de la pensée du tout naturel, même si ici « théologie » n’est plus à comprendre complètement dans son sens « traditionnel ». Penser le tout du vivant, de la nature physique, dans son éternité et dans son infinité, suppose aussi de penser ce qui excède toujours cette totalité : puisque l’entité unitaire et totale, pleine et infinie, de cette phusis au sens large, doit, pour se définir dans son homogénéité synthétique, une, transcender la simple somme de ces parties, déjà à un simple niveau épistémologique (et peut-être même à un niveau ontologique, ce que nous verrons). Une instance inextensive (à la manière de l’inextensivité de la conscience sensible des vivants) semble devoir transcender cette vie quelque peu, ou l’envelopper, pour briser parfois un certain principe d’individuation des choses et des êtres, et pour rendre possible la saisie du tout (au sein d’un amour intellectuel du « divin », aurait dit Spinoza). Certains ont cru pouvoir appeler cette instance « Dieu », mais un délire de personnification anthropomorphique, tendanciellement autoritaire, enveloppa trop souvent ce mot. Car cet effet de transcendance dont il s’agira de parler n’est qu’un effet de tout discours qui tente de pénétrer la phusis, et relève simplement d’une substantialité en laquelle une transcendance invisible n’émerge que de l’immanence substantielle, laquelle est affectée par cette transcendance en retour. De façon assez étrange, nous évoquons ici une « théologie » (ou la pensée d’une transcendance métaphysique émergeant de la physique), qui ne viole en rien le discours physique « rationnel », mais qui renvoie au contraire à ses fondements principiels et axiomatiques, par exemple à son fameux principe d’une homogénéité de l’univers. Tout l’enjeu sera de pouvoir considérer le fait qu’un principe ici d’abord épistémologique est indissociable d’un principe ontologique.

La pensée de l’éternel retour est indissociable des phénomènes de synchronicités dont parla le psycho-analyste C.G. Jung, et qui intéressèrent son confrère le physicien Wolfgang Pauli, l’un des pères de la physique quantique (prix Nobel en 1945), mais intéressent aujourd’hui encore certains chercheurs comme Philippe Guillemant, Huw Price, Joachim Soulières, ou François Martin. En effet, la synchronicité est, très fondamentalement, une double causalité : le présent détermine le futur, et, réciproquement, le futur détermine le présent, au sein d’une actualité, d’une durée épaisse, non divisible, non fragmentée. Or, si un tel « futur » a « déjà » été éprouvé par une sensibilité inextensive antérieure, « à l’identique », sous l’hypothèse d’un éternel retour « à l’identique » de toute vie, une telle épaisseur de la durée vécue reçoit une interprétation plus complexe, et relève peut-être de sorte de « pressentiments », d’« anticipations rétroactives », de « réminiscences » spécifiques. Par ailleurs, la synchronicité, dis-je, pourrait être aussi, sur un autre plan, une manifestation « physico-théologique » de cet effet de transcendance lié à la pensée synthétique de la phusis, tel qu’il ne serait plus simplement un effet « théorique », mais aussi l’expression d’une instance existant ontologiquement, certes de façon toujours problématique : ce qui fut appelé Dieu, mais qui n’est en fait que pure extériorité émergeante puis s’imprégnant dans ce à partir de quoi elle émerge, et qu’on pourrait appeler : « invisibilité inextensive du dehors, enveloppant et intégrant le dedans », « ceci » pourrait se rendre « apparent », dans les synchronicités, en tant qu’elles auraient une valeur « intentionnelle », mais toujours problématique (attente d’une herméneutique « physico-théologique », indéfiniment renouvelée). Voici donc pourquoi l’éternel retour n’est pas simplement une physique, mais aussi une « théologie », en un sens extrêmement large (le divin du « theos » étant ici l’effet de transcendance du naturel, en tant que sa dimension inextensive tend à dépasser sa fragmentation, vers l’unité).

Mais notre recherche a également une dimension « politique », ou « éthique », en un sens tout aussi large. Regarder le ciel, comprendre la totalité naturelle, vivante, envisager une sensibilité inextensive qui n’est pas seulement fragmentée et divisée, mais potentiellement connectée, voire unifiée, cela comporte de fait des enjeux « politiques » ou « éthiques » certains. Les premiers astronomes grecs ont voulu définir un « ordre » du ciel, et cet « ordre » fut implicitement, voire explicitement, projeté sur quelque « ordre » « naturel » ou « légitime », hiérarchique, de la cité. La physique moderne, cartésienne-galiléenne, newtonienne, puis einsteinienne ou quantique, conditionne, directement ou indirectement, le développement d’une mécanique qui sera exploitée essentiellement par les ordres socio-techniques permettant l’exploitation industrielle de la grande majorité des individus, et du vivant non-humain, et même finalement le développement de l’outil nucléaire, et de la capacité destructive atomique. Mais il existe aujourd’hui une cosmologie se développant, qui nous paraît « inexploitable » par les institutions mortifères de la destruction, ou de quelque ordre « légitime » hiérarchique naturalisé, si du moins on l’oriente vers la vocation qui lui paraît propre. C’est celle, nous semble-t-il, d’un Aurélien Barrau (libertaire et anti-autoritaire par ailleurs), ou d’un Martin Bojowald, tous deux réinstallant l’univers dans un principe d’éternité intuitif, et développant l’idée d’un « univers en rebond », au sein d’une infinité temporelle, voire spatiale, vertigineuse, et surtout : tous deux donnant à nouveau leur dignité légitime à l’imagination, à la créativité, à la rêverie, à la fantaisie, au sein même de la science que l’on dit la plus « dure » et la plus « rigoureuse » (« tout arrive » nous dit Barrau, évoquant la potentialité d’une infinité d’univers, ce qui est aussi un programme pour l’imagination). Cette « troisième » physique, qui est celle qui nous intéresse, aura une dimension « politique » en un sens radicalement nouveau, ou peut-être aussi radicalement archaïque (qui nous rapproche des premières formes de liens spirituels cosmogoniques des sociétés premières, animistes ou panthéistes). Elle est politique au sens où elle développe une forme de spiritualité plus incarnée, peut-être plus empathique, mais aussi plus « critique », spiritualité qui émerge à partir d’une compréhension indéfinie de ce qui fait que le tout est tout, et de ce qui nous relie tous à ce tout (« politique » comme religare qui est « cité » par ceux qui saisissent le tout d’une phusis incarnée). Face à cette cosmologie contemporaine qui « ouvre la perspective », et que nous allons questionner, nous réinstallons Bergson dans le débat, car lui-même plus que tout autre aura voulu dépasser la dimension « mécanique », quantitative, spatialisée, et donc potentiellement destructive, de la physique moderne, en développant les prémisses d’une épistémologie qualitative de la physique (Durée et simultanéité), indissociable d’une pensée de la durée pure du vivant (L’évolution créatrice), et de la durée pure de la conscience intime humaine (Essai sur les données intimes de la conscience). Ce sont les outils bergsoniens, réactualisés, qui pourraient selon nous permettre d’accomplir la vocation « spirituelle-politique », pour ainsi dire, de cette « troisième » physique d’un Aurélien Barrau, par exemple, ce que nous montrerons et expliciterons en détails.

Durée et simultanéité est selon moi l’un des ouvrages du XXème siècle qui a les enjeux politiques les plus décisifs de notre temps. Ici, un philosophe-épistémologue, Bergson (président, dès 1921, de la CICI, ancêtre de l’UNESCO), soucieux de développer une dimension « spirituelle-politique » au sein des sciences naturelles, dont il critique aussi la mathématisation inconséquente ou inconsciente, s’adresse à un physicien génial, Einstein, mais quantifiant la durée pure, la divisant, la morcelant, et dont la relativité générale de tout mouvement et de tout repos indique que les systèmes de référence physiques n’ont plus aucune qualification subjective, vivante (réification pure du sujet observateur einsteinien, qui n’est pas étrangère à la réification dont parla Georg Lukàcs, en critiquant le productivisme industriel, comme nous le verrons) : cette physique einsteinienne ne rendra pas impossible la désolation nucléaire qui s’ensuivrait, mais fournira au contraire des outils précieux à ses producteurs.

C’est Michel Henry, grand penseur français de la vie subjective et qualitative, pensant une phénoménologie et une religiosité, une sacralité de la vie, en un sens cohérent, critique du productivisme et des techno-sciences (commentateur de Marx), qui me permettra de ménager un espace de synthèse entre Bergson et cette dimension « politique » au sens fort d’un certain discours sur la « nature ».

Il s’agira donc bien finalement de réhabiliter une certaine vocation « messianique » de la cosmologie théorique, au sens politique du terme (émancipation à l’égard de la fragmentation du sensible qui nous tient en esclavage, vers la compréhension empathique de ce qui nous relie), contre toutes ces tendances destructrices développées par les sciences modernes. Et je donne à ce projet le nom de « pensée cosmologique, métaphysique, et éthique, de l’éternel retour du même ».

Cette vocation, même du point de vue épistémologique de la physique standard d’aujourd’hui, serait porteuse : car nous verrons ici qu’une physique qualitative bien comprise (qui est aussi une biologie, une science cognitive bien comprises) n’est rien d’autre que la possibilité d’unifier un jour, épistémologiquement et même mathématiquement (mathématique « intuitive »), la physique de l’infiniment petit et la physique de l’infiniment grand, graal de tous les physiciens « standards » aujourd’hui (question qui occupe éminemment d’ailleurs Aurélien Barrau, dans le contexte de la gravitation quantique à boucles).

Blanqui, Nietzsche, Bergson, Michel Henry, Aurélien Barrau : pour faire de la pensée du ciel et de la vie une élévation spirituelle et un principe d’émancipation et de libération, de créativité et de joie, au sens fort. Contre une pensée « standard » qui organise le monde de la destruction, vers son extinction finale (on songera à Stephen Hawking qui, en janvier 2016, annonçait de façon assez froide et fataliste que l’humanité finirait certainement par périr dans quelques centaines d’années, sans envisager la possibilité que nous puissions un jour interrompre de façon consciente et réfléchie le procès productiviste et technologique rendu possible par le monde théorico-technique qu’il représente, dont il dénonce à la fois les aspects destructeurs, mais sans pouvoir empêcher leur déploiement aveugle).

Liamine Touhami :

La rencontre avec mon ami le philosophe Benoît Bohy-Bunel est une de ces rencontres que l’on n’oublie pas. En effet, les travaux que nous menions chacun de notre côté traitaient du même sujet, sous des angles et des disciplines différents. Benoît s’occupait de métaphysique, et ses concepts d’éternel retour et de paix perpétuelle l’engageaient sur des recherches qui dépassaient largement ce domaine de la philosophie. Quant à moi je travaillais depuis dix ans dans le domaine de la physique et recherchais une nouvelle façon de voir les choses dans cette discipline. Cela me conduisit à étudier profondément l’œuvre de Bergson et je découvris alors la durée ; je me rendis compte qu’il était possible de pratiquer une physique qualitative. Avec Benoît, nous échangeâmes très vite sur ces concepts et ces recherches. Ces échanges, très fructueux, et engagés sur des voies novatrices, donnèrent lieu à cette recherche que nous vous proposons aujourd’hui. Il s’agit de questionnements qui nous ont traversés et qui nous ont menés à chercher des réponses dans les travaux que nous avons effectués sur ces sujets fondamentaux que sont la cosmologie de l’univers, la théologie de l’être, l’éternité, la visée politique pouvant rassembler l’humanité dans le bien-être… Autant de sujets qui je le crois passionneront le lecteur scientifique ou philosophe, athée ou religieux, doué dans les études ou travailleur manuel, car ce sont il me semble des questions qui traversent toute l’humanité.

Recherches cosmologiques, métaphysiques, et éthiques autour du concept d'éternel retour

Dialogue

Remarques préalables :

L’ordre de l’exposition, ici, correspond à l’ordre naturel d’une discussion vivante et mouvante, qui s’est déroulée progressivement. Chaque titre correspond à une question que nous avons posée à l’autre, pour approfondir des thèmes qui nous semblaient importants.

Nous avons préféré cette forme dynamique, qui traduit le mouvement réel d’une pensée dialogique en construction, et qui se surprend parfois elle-même en découvrant des zones nouvelles, à la forme scolaire et rigide correspondant à la réorganisation artificielle et a posteriori d’un donné théorique organique et fluctuant.

Dans cette recherche, nous traiterons de questions cosmologiques et de questions métaphysiques, puis éthiques, en tâchant de bien distinguer les champs, mais en les articulant entre eux, également, de façon à suggérer des possibilités d’ajustements réciproques, et une complémentarité irréductible de ces champs.

Nous précisons que les conclusions finales sont hautement spéculatives, du point de vue des sciences naturelles « positives » et « expérimentales », et qu’elles s’insèrent dans une proposition qui se veut philosophique, et non dans un discours qui prétendrait « corriger » les résultats admis par les sciences positives aujourd’hui. Nous occupons parfois un terrain cosmologique, mais il s’agit alors de la dimension la plus spéculative de la cosmologie, qui nous paraît très difficilement « testable » par l’expérience en l’état actuel des choses. Il faut voir ce geste, donc, comme une « mise en perspective » plus que comme la prétention d’avoir fait une « découverte positive », « mise en perspective » qui intéresse d’abord le philosophe, et qui concerne secondairement peut-être le physicien, si du moins celui-ci se confronte parfois à des questions d’ordre métaphysique.

Toutefois, Heidegger lui-même rappellera, dans son Introduction d’Etre et temps, que le philosophe peut jouer un rôle décisif dans la constitution des sciences positives et spécialisées. En définissant une « ontologie générale », il définit en même temps des concepts fondamentaux qui détermineront des ontologies régionales rendant possibles le développement et l’investigation positive de chaque science spécialisée. Le philosophe, en pensant l’être (l’être de ce qui est là, et du fait d’être là), dit en même temps ce qu’est le fait d’être « naturel », « physique », « biologique », « psychique », « cognitif », « historique », « sociale », etc. Aristote par exemple, en définissant des catégories logiques « exploitables » pour toutes les sciences spécialisées à venir (la substance (ou essence), la quantité, la qualité, la relation, le lieu, le temps, la position, la possession, l'action, la passion), définit un être du logos présentifiant l’être (ontologie générale) et définit autant d’ontologies régionales qui restent encore essentiellement le fond (souvent impensé) des sciences naturelles d’aujourd’hui (physique, biologie, psychologie, etc.). Penser l’être différemment aujourd’hui, c’est modifier potentiellement les ontologies régionales des sciences, soit leurs concepts fondamentaux, et c’est intervenir de ce fait, au moins indirectement, dans le champ de ces sciences (éventuellement pour élargir ces champs, les connecter, les synthétiser différemment, et même peut-être pour affecter leurs expérimentations mêmes, indissociables de tels concepts fondamentaux).

C’est donc dans une mesure très spécifique que nous prétendons « affecter » certains discours scientifiques modernes, de façon médiatisée, en restant soigneusement sur le terrain philosophique, épistémologique, ou sur le plan d’une cosmologie réflexive, spéculative, non expérimentale.

L’ontologie générale que nous proposons néanmoins, ne sera pas heideggérienne au sens « existentialiste » (car nous rejetons l’anthropocentrisme qui en découle). Mais bien bergsonienne, voire « henryenne », considérant que c’est la vie qualitative et subjective fluide et continue qui est la mesure de toutes choses.

Sentences directrices

« Homme ! Ta vie tout entière sera toujours de nouveau retournée comme le sablier et s’écoulera toujours de nouveau. Puisses-tu alors retrouver chaque souffrance et chaque plaisir, chaque ami, chaque ennemi et chaque espoir, chaque erreur, chaque brin d’herbe, chaque rayon de soleil, la série intégrale de toutes choses. »

Nietzsche, Fragments posthumes sur l’éternel retour

« Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau. »

Anaxagore

 

 

 

Bibliographie

Physique

Barrau, Aurélien, Des univers multiples, Dunod, Paris, 2014

Barrau, Aurélien, Big Bang et au-delà, Dunod, Paris, 2013

Bojowald, Martin, L’univers en rebond, Folio, Paris, 2009

Einstein, Albert, La relativité, Payot, Paris, 2001

Mach, Ernst, The Science of Mechanics : A Critical and Historical Account of Its Development, Paperback, 1988

Guillemant, Philippe, « Théorie de la double causalité », Revue temps, Vol.2

Philosophie

Nietzsche, Friedrich, Fragments posthumes sur l’éternel retour, Allia, Paris, 2003

Nietzsche, Friedrich, Ainsi parlait Zarathoustra, Poche, Paris, 1972

Blanqui, Auguste, L’éternité par les astres, Broché, Paris, 2002

Bergson, Henri, Essai sur les données immédiates de la conscience, PUF, Paris, 2007

Bergson, Henri, Durée et simultanéité, PUF, Paris, 1998

Bergson, Henri, La pensée et le mouvant, PUF, Paris, 2003

Bergson, Henri, Matière et mémoire, PUF, Paris, 2008

Jung, C.G., Les Racines de la conscience, Le livre de poche, Paris, 1995

Kant, Emmanuel, Critique de la raison pure, Flammarion, Paris, 2006

Camilli, Coralie, Le temps et la loi, PUF, Paris, 2013

Spinoza, Baruch, Ethique, Poche, Paris, 1994

Heidegger, Martin, Qu’appelle-t-on penser ?, PUF, Paris, 1999

Weil, Simone, La pesanteur et la grâce, Pocket, Paris, 1993

Poésie

Rilke, Rainer Maria, Elégies de Duino, Editions de la Différence, Paris, 1994

Des liens pour compléter l'analyse :

1) Ethique. La joie, le désir, la morale, la liberté.

"Compositions personnelles au piano. Musique et philosophie" 

- "Les amours au pluriel" 

 "Peut-on encore chanter l'amour ?" 

"Aimer son prochain, concrètement" 

- "Aimer dieu, concrètement" 

- "L'amour de la vie" 

- "La haine existe-t-elle ?" 

- "Comment aimer le plus profondément la vie ?" 

- "Celui qui se console en songeant aux arrière-mondes ne saura pas aimer" 

"Aimer l'autre, une infinité de fois" 

"Le regard ouvert" 

- "Le silence" 

"Le monde de la préoccupation" 

- "La félicité" 

"La séduction" 

 "Aimer le sexe de l'autre" 

-  "Vivre l'orgasme" 

"La première enfance" 

-  "Le dionysiaque" 

"L'amour est-il tragique ?" 

- "L'amitié" 

"Toute morale renvoie à une nature contemplée extatiquement" 

"Epicure : le plaisir est vertu" 

"L'éthique stoïcienne : se restreindre à ce qui dépend de soi" 

"Le tragique moral kantien" 

"Dépasser la morale" 

"Tout désir est joie" 

"Le désir ne doit pas être ma souffrance, mais ma chance" 

"La liberté est compatible avec un déterminisme strict" 

"Absurdité de la nostalgie amoureuse" 

"La compassion comme arme stratégique" 

"Désirer la mort" 

"La solitude ontologique" 

"Solipsisme" 

"Platon, Euthydème" 

2) Philosophie de l'esprit. Métaphysique, ontologie, théologie.

 

"L'angoisse chez Heidegger" 

"Synchronicité" 

- "La perte, l'absence" 

"Recherches cosmologiques, métaphysiques, et éthiques, sur l'éternel retour" 

- "Perspectives ontologiques (essai, 142 pages)" 

"La ruse du chinois de Königsberg" 

- "Etre et percevoir (Heidegger, Bergson, Spinoza)" 

- "Une folie (roman)" 

- "Tout est un"

- "L'angoisse chez Heidegger" 

"C'était demain. Lorsque la fin justifie l'origine. Science et religion." 

- "La solitude ontologique" 

- "Solipsisme" 

- "Tentative de déconstruction du dualisme âme/corps" 

- "La conscience et la non-conscience" 

- "L'être temporel et atemporel" 

"La partie et le tout" 

"Rêverie et discursivité" 

"Qu'est-ce qu'un concept ?" 

"Sur quel mode dois-je affirmer la présence de Dieu ?" 

"L'agnosticisme comme ouverture du sens" 

"L'idée de Dieu en moi" 

- "Images de pensée" 

Partager cet article

Repost 0
Published by ben

Présentation

  • : benoitbohybunel
  • benoitbohybunel
  • : philosophie
  • Contact

Recherche

Articles Récents

Liens