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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 16:37

 

Les individus réifiés par la production de valeur, dans l'objectivité réifiée d'un monde « donné », peuvent reconnaître un processus qui pourrait être en même temps leur propre projet : ils pourront être le moteur de la dissolution et de la destruction de cette société par elle-même. La bourgeoisie, de son côté, ne fait que développer une pensée pure, dont les antinomies, opposant le sujet et l'objet, le contenu et la forme, la liberté et la nécessité, etc., traduisent une conscience des limites de la société bourgeoise, mais sans la possibilité de son dépassement pratique, car cette société demeure ici, en tant qu'objet d'une pure représentation, au sein d'une extériorité et d'une immédiateté infranchissables : l'automouvement des choses, dans son immédiateté, ne saurait, d’un point de vue bourgeois, être rattaché à une base humaine, sociale et historique, déterminée, mais apparaît bien plutôt dans une rigidité non surmontée, non médiatisée. Dans ce contexte, donc, le bourgeois affirme constamment une logique morbide par laquelle il détruit le système qu’il dirige. Les prolétaires viendront achever cette logique, pour le bénéfice du tout social, obéissant aux souhaits inconscients de la bourgeoisie qui ne peut plus se souffrir elle-même (quoiqu’elle ne le sache pas elle-même).

Mais nous devrons bien montrer maintenant un fait qui est aujourd'hui nié constamment (théorie du "capitalisme cognitif", etc.) : le fait que c’est par l’exploitation de la force de travail que la valeur « augmente » pour se conserver dans la circulation, que c’est par l’exploitation de la force de travail que les profits financiers et patronaux réels se font.

Nous ne considérons pas ici la dimension « ontologique » de la « réalité » de la valeur. Nous considérons sa dimension « économique » au sens "classique" du terme, dans le cadre de nos sociétés marchandes de la modernité tardive. Et nous considérons que cette question ainsi posée, qui semblera plus « rigoureuse » et plus « sérieuse » du point de vue d’un économiste « scientifique » et ne se mêlant pas de « philosophie », doit être traitée dans avec les termes qu’il emploie lui-même, pour les retourner contre lui-même.

Aujourd’hui, la plupart des économistes « sérieux » rejettent la thèse marxienne de l’exploitation en tant que « source » de la production « réelle » de valeur, car ils considéreront que la « création » de valeur est un phénomène multicausal. Ils noieront ainsi le facteur de l’exploitation dans une foule d’autres facteurs supposés « productifs » ou permettant la « croissance » (mais c’est qu’ils ne font pas la distinction entre valeur actualisée et valeur fictive ou projetée, ce qui est après tout « normal » du point de vue d’idéologues totalement fétichistes et mystifiés par la formule A-A’, croyant qu’il serait possible de « faire travailler l’argent »). Ces multiples facteurs pourront être les suivants : consommation des ménages, « investissements » en tous genres, échanges commerciaux, épargne, crédits bancaires, etc. Mais en développant tous ces éléments dits « productifs », ils ne font que répéter sans cesse, quoique sans bien sûr jamais le reconnaître : exploitation, exploitation, exploitation : extorsion de plus-value, accomplissement d’un surtravail, non-rémunération d’une partie du travail effectué.

  1. La consommation des ménages ne « crée » de la valeur que dans la mesure où elle repose sur l’exploitation des travailleurs qui produisent ces biens de consommation, et où les ménages sont constitués eux-mêmes majoritairement de travailleurs exploités.
  2. Les investissements concernant des instruments de production, par exemple (capital fixe), ne « créent » de la valeur que dans la mesure où la valeur « fixe » de ces instruments est « valorisée » par la force de travail exploitée qui les utilise. La machine permet de faire des gains de productivité conséquents, mais c’est essentiellement dans la mesure où c’est le travail vivant humain exploité lui-même qu’elle rend plus « productif ». La machine en elle-même ne crée aucune valeur. Même dans une entreprise entièrement automatisée (ce qui arrive aujourd’hui), la valeur qui sera « créée » dépendra essentiellement de l’exploitation passée de la force de travail qui aura produit ces machines (travail mort), ou de l’exploitation actuelle ou à venir de la force de travail qui sera en relation avec cette production entièrement automatisée (sous-traitance, etc.). En ce qui concerne l’investissement dans les matières premières, le raisonnement est le même : c’est le travail vivant, et seulement lui, soit la « ressource humaine », qui fera « fructifier » la « valeur » de ces « ressources » non-humaines.
  3. Par ailleurs, l’argent qu’a injecté le patron dans le capital productif n’est pas une « création » de valeur par le capitaliste (lequel ne crée rien, mais extorque tout), mais il renvoie à une force de travail que ce capitaliste aura exploité antérieurement, lorsqu’il n’est pas fictif. Si les investissements sont financiers, alors nous sommes là dans le secteur du capital fictif, dont nous savons qu’il ne produit de la valeur que de façon totalement illusoire, ou sur la base d’un accaparement d’une portion de la plus-value, mais avec toujours moins de contact avec la réalité de l’exploitation (ce qui tend à barbariser cette exploitation).
  4. Concernant le capital commercial, on ne saurait dire non plus qu’il « crée » de la valeur immédiatement. Il peut reposer sur un « vol » du client, à la rigueur, si le produit est vendu au-dessus de sa « valeur », mais ce vol n’augmente pas la masse de valeur globale au sein de la circulation globale, puisque la même somme disparaît et apparaît dans deux « poches » différentes, sans changement quantitatif notable. Le capital commercial qui « vole » ses clients « vole » donc aussi et surtout les travailleurs exploités qui ont « créé » une valeur que ce capital commercial « gonfle » superficiellement dans les prix, pour mieux dissocier la production réelle et sa rétribution de sa vente fondée sur des formes-valeurs irréelles. Les travailleurs seront dépossédés non seulement par l’exploiteur, mais aussi par celui qui vendra les produits (toutefois les deux ne sont pas nécessairement inclus dans deux sphères distinctes). Si donc le capital commercial, par le « vol » qu’il perpétue face au client, accroît indirectement l’aggravation de l’exploitation, alors peut-être pourra-t-on dire qu’il est un vecteur indirect de « création » de valeur « réelle », mais nous insisterons sur le caractère indirect de cette « création ».
  5. Dans ce contexte, tout ce qui est relatif au souci de la diffusion ou de la communication dans le contexte du capital commercial (marketing, packaging, « concept », « idée », publicité, cinéma, magazines, télé, etc.), ne « crée » bien sûr aucune valeur de façon directe. Mais certes tout de même, cette sphère de la « communication » « crée » bien indirectement de la valeur, mais dans la stricte mesure où elle accroît la dépossession et l’exploitation des travailleurs et travailleuses qui auront produit les marchandises « vantées » (ou méprisées) par elle. En tout cas, ce n’est sûrement pas par sa vertu « esthétique », « inventive, « imaginative », « artistique », isolée, ou propre, qu’elle pourrait créer quelque « valeur » « réelle » au sens économique. Il faudra bien préciser que cette vertu « esthétique », "intellectuelle", ou « artistique », pour produire vraiment de la « valeur » économique « réelle », devra être conçue comme un simple moyen, en tant qu’elle devra être très efficace dans sa fonction d’occultation et de mystification fétichistes afin que la grande majorité des individus prolétarisés qui ont produit les marchandises qu’elle promeut ou « vante », ou qu’elle dénigre implicitement en ne les « montrant » pas, ou en ne les "esthétisant" pas, puisse continuer à être piétinés, ignorés, invisibilisés, parcellisés, disloqués un maximum, conditions nécessaires de leur exploitation valorisant ladite « valeur ». « L’agir communicationnel » d’un Habermas, soit dit en passant, en dernière instance, et bien malgré lui, ne fera que rendre plus « vertueux » un tel système d’hypocrisie et de cynisme généralisés, pour « l’encadrer » de façon à ce qu’il soit plus durable (il sera à l’éthique publicitaire-promotionnelle ce que le keynésianisme est à l’économie). La dimension « artistique », « humoristique », « esthétique », « intellectuelle », « culturelle », de ces secteurs de la spécialisation promotionnelle n’est donc qu’un moyen, qu’un outil, mis au service d’une mystification économique plus efficace, qui permettra d’optimiser la réification « rentable » des individus au travail dans les secteurs « réellement » productifs : 
  6. Quant à l’épargne et au crédit bancaire, etc., inutile d’y revenir : le capital financier, en tant que fictif, ne « crée » pas de valeur « réelle » au sens économique. Répétons-le, les banquiers, actionnaires, financeurs en tout genre, qui disent « épauler » l’économie réelle, ne sont bien que des individus qui extorquent une portion de la plus-value.

De ce fait, donc, tous les individus qui défendront ces « valeurs » presque « morales » et « naturelles » que sont pour eux le « travail », la « croissance », l’« économie », le « social », la « politique », l’ « investissement », l’ « intégration », la « citoyenneté », l’« épargne », le « développement soutenable », l’« écologie politique », etc., etc., vous diront en fait : « Valeur, Valeur, Valeur. Exploitation, Exploitation, Exploitation. Technique, Technique, Technique. Destruction, Destruction, Destruction. »Et ils vous diront donc, implicitement, que ces quatre mots répétés trois fois sont le meilleur des mondes possibles, un paradis qui nous ouvre les bras.

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