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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 16:57

Un ton, un style, un ethos, contraires à l'émancipation : sentencieux, pontifiants, et infantilisants...Nietzsche, l'inventeur d'un nouveau "cucu" : le "cucu" "aristocratique"

Tout d'abord, une information utile pour tous ceux qui voudraient faire de Nietzsche un penseur "précieux" pour penser l'anticapitalisme, l'émancipation, ou même la critique de l'Etat capitaliste (en se référant par exemple à la critique mythologisante et immature de l'Etat qu'on trouve dans le Zarathoustra).
Quand Marx l'internationaliste communard écrit "La guerre civile en France", Nietzsche traîne dans des milieux wagnériens antisémites et nationalistes, qui considèrent avec mépris le prolétariat. Il écrit à cette époque La naissance de la tragédie (1872).
Marx et Nietzsche sont très clairement des ennemis politiques, de leur vivant, et leurs "synthèses" foireuses, a posteriori, ne peuvent se fonder que sur un anti-historicisme idéaliste et déconnecté du monde social et politique concret.
Ces synthèses sont d'ailleurs ménagées, le plus souvent, du point de vue de fonctionnaires bourgeois de la pensée, postmodernes (donc confusionnistes, ou relativistes), dont l'académisme indigent nivelle toute démarche critique, et qui ont tout intérêt à minimiser la différence entre une pensée adolescente, aristocratique, et mythologique (Nietzsche) et une critique radicale, conséquente et émancipatrice (Marx), pour conserver leur monopole "critique".
 
Extrait (Nietzsche et la Commune, Éditions Le Sycomore, 1981 - coll. Arguments Critiques. 190p.) :
 
"Personne ne peut nier la coïncidence entre l'émergence d'une vague révolutionnaire sans précédent, qui culmine avec la Commune de Paris, et la rédaction de La naissance de la tragédie.
 
Simple coïncidence dira-t-on. Mais sait-on que Nietzsche a pu saisir sur le vif à Bâle, le déploiement de la force ouvrière? Sait-on qu'il a enseigné au moment même où s'y tenait le IVe Congrès de l'Internationale? Sait-on qu‘il entretenait une correspondance suivie avec un jeune officier allemand affecté aux portes du Paris tenu par les Communards?
Quand on sait cela on ne peut s'étonner de sa condamnation de l'émancipation du prolétariat et du procès qu’il fait à la bourgeoisie, au sein même de sa première œuvre."

Commentaires plus généraux : Nietzsche, avide de puissance et de volonté de puissance, qui chez lui n’a jamais été le pouvoir et la domination, sera-t-il donc le plus grand démocrate, le plus fervent défenseur de l’émancipation des femmes, des prolétaires, des victimes du racisme, le plus grand défenseur des esclaves, des juifs persécutés, des « faibles », des opprimés ? S’il avait été univoque et cohérent, nous aurions pu le dire. Mais il sera devenu, par manque de clarté, par équivocité, par incohérence, et par inconséquence fréquente, le philosophe officiel des nazis (Hitler recevra sa canne), puis plus tard, lorsque ses textes recevront une interprétation plus « humaniste », plus « démocratique », mais en un sens toujours formel, abstrait, il aura pu inspirer des théoriciens (petit-)bourgeois, post-modernes, pseudo-critiques et contre-révolutionnaires, qui n’auront fait que décriresans rien prescrire de précis et de déterminé, en tant que « chercheurs » « objectifs » ou « désintéressés », curieux, bavards, ou ambigus, de façon pédante, « poétique », phénoménologique, existentiale, métaphorique, symbolique, « méthodique », grammaticale, structurale, historiale, absconse ou précieuse, quelque « totalitarisme », quelque « désolation », quelque « désastre », « territorialité » morbide, « biopouvoir », obstruction, catégorisation, ou « désert », quelque « nihilisme » vague, qu’ils n’ont pas su ou voulu éprouver, appréhender dans toute son horreur, pour mieux le laisser poursuivre son triste chemin (Deleuze, Blanchot, Derrida, Foucault, Nancy, Lacoue-Labarthe, et leurs disciples).

Il n’y a qu'un anticapitalisme conséquent (ayant un sens historique, concrétisant Heidegger et Nietzsche, pour les rendre inutiles), pour extraire le philosophe « dionysiaque » de ce bourbier désolant. Et pour que Nietzsche soit oublié enfin tout à fait. On ne transforme pas, de fait, le monde avec des fragments équivoques, poétiques ou lyriques, romantiques ou adolescents, puisque face à cela, les gestionnaires du nihilisme matériellement produit disposent de toute la logistique, de toute la technologie, et de toutes les sciences formelles les plus élaborées pour organiser la misère, tournant d’ailleurs finalement à leur avantage toute tentative critique trop équivoque, trop « rêveuse », ou trop peu rigoureuse.

Avec le Capital de Marx, indépendamment de toutes les limites datées de ce texte, le penseur et révolutionnaire actif dénonçant le dit « nihilisme » (l’autovalorisation de la valeur) pèse face aux hommes de pouvoir, car Marx aura tenté de retourner les outils conceptuels de ce nihilisme objectif, en les manipulant de façon précise et rigoureuse, contre lui-même.

Avec Zarathoustra, et tout ce qu’il implique, le « critique du nihilisme » n’est plus qu’un gentil poète qui sera hanté par un mystique mégalomane se prenant pour Dionysos, ou le Messie lui-même, et fournissant des symboles, métaphores, mythologies, totalement stériles du point de vue d’un combat qui n’est pas que celui de l’individu isolé et de sa pure conscience, mais qui est avant tout collectif et matériel. Ce critique adolescent et poétisant fournira en outre, pourquoi pas, des jeux de mots étymologiques vides dont le contenu historiquement antisémite n’est plus assumé (Heidegger), qui n’aident en rien la lutte à avancer, mais qui aggravent l’incompréhension et l’équivocité, le sentiment d’impuissance et la ratiocination inactive, et ce critique nietzschéen (ou heideggérien) du « nihilisme », donc, on pourra le laisser divaguer dans ses camps universitaires-concentrés, dans sa « concentration » bavarde et abstruse, sans voir en lui un bien grand danger. Si nous finissons par admettre cette situation, qui n’est pas si simple à admettre, alors peut-être que Marx lui-même, finalement, pourra enfin être complètement oublié, et devenir enfin ce spectre qui aura hanté Derrida.

Car nous n’oublions pas non plus que, si Hitler a reçu la canne de Nietzsche, d’autres sanguinaires dictateurs également, tueurs de masse abjects, n’avaient que Marx à la bouche (Staline, Mao, etc.). Nous oublions encore moins qu’il existe une tendance « métaphysiquement » antisémite chez Marx, qu’auront pu « exploiter » ses « héritiers »  rouges-bruns (La question juiveLes annales franco-allemandes). Mais ces récupérations, détournements, confusions, en ce qui concerne ici le texte marxien, dérivent aussi d'amalgames entre un certain "marxisme" et un certain romantisme idéaliste et adolescent, cultivant l'esthétique d'une violence guerrière "virile", à la manière des jeunes nietzschéens idéalistes. Si bien qu'ils ne rendent que plus nécessaires l'éviction de tout idéalisme adolescent hors des luttes pour l'émancipation, et non le rejet strict de l'anticapitalisme conséquent en tant que tel. Si Marx fut en outre équivoque, sur la "question juive", il ne fit que secourir, politiquement et concrètement, les communautés juives de son temps, et ne développa aucune affinité pernicieuse, à l'image d'un Nietzsche errant, si bien que les deux intentions doivent être clairement dissociées, ainsi que les deux héritages.

Dépasser toutes ces limitations historiques : revenir à la notion marxienne de pouvoir, et oublier enfin Nietzsche.

« Pouvoir » est un oxymore à un seul terme, dirons-nous donc, avec et contre Nietzsche : pour Nietzsche, et pour oublier Nietzsche finalement. Mais avec et contre Heidegger également : pour oublier Heidegger. C’est-à-dire : en suivant les traces de Marx, également, qui aura su fournir les armes conceptuelles les plus élaborées, non pas seulement pour déplorer dans le langage séparé de l’idéologie les ravages de cet oxymore, mais aussi pour produire une théorie critique méthodique et technique, susceptible d’abolir complètement ses ravages (nous suivrons donc Marx pour fuir complètement les dits « marxistes » « orthodoxes », ici).

Le pouvoir, s’il veut exister, il doit disparaître.

Remarques annexes à propos du Nietzsche de Deleuze :

 

 

 

Deleuze évoque brillamment la 1ère partie de la Généalogie de la morale, dans ses premières pages de Nietzsche et la philosophie ; mais il définit un peu "hors-sol" la "psychologie" de l'homme du ressentiment (homme du ressentiment également "dialecticien", donc, puisque la recognition dans le concept, ou la quête dialectique de la reconnaissance, est jugée "vile", au sens nietzschéen, par Deleuze) ; or, chez Nietzsche, dans la Généalogie de la morale, il est très clair que c'est "le" Juif, primitivement esclave, qui est cet homme du ressentiment, initialement, inversant la morale aristocratique. Le christianisme ne fait qu'universaliser cette tendance, d'abord juive, selon Nietzsche (si bien que l'anti-christianisme de Nietzsche sera d'abord un antijudaïsme "métaphysique").

Que Deleuze taise pudiquement ce contexte antijudaïque "métaphysique" de la Généalogie de la morale en dit beaucoup sur cette récupération par la "gauche" postmoderne, dans les années 1960, de Nietzsche. Et en dit beaucoup aussi sur les talents de faussaires d'un Deleuze.

Il faut bien oser affronter, pourtant, cet antijudaïsme "métaphysique" de Nietzsche, et même du dernier Nietzsche. Qui deviendra trop souvent, entre de mauvaises mains, antisémitisme effectif. Par exemple, lorsque Nietzsche dit qu'il a fait fusiller "tous les antisémites" à la fin de sa vie ("billet de la folie"), son antijudaïsme "métaphysique" n'a pas disparu, bien au contraire. Car l'antisémite (chrétien) serait, avec Nietzsche, lui-même hanté par le "ressentiment", la "réaction", soit par cet "esprit moral juif" (inversant), en quelque sorte, qu'il renie en lui-même (thème antisémite par excellence de la "haine de soi"). De même, lorsque Nietzsche reproche à Wagner son christianisme grossier (Parsifal), c'est aussi un esprit réactif qu'il ne supporte pas : il oppose sa haine d'une morale dite "juive", réactive, à l'antisémitisme de comptoir de Wagner, qui relèverait donc d'une haine de soi (il est faux de dire que la rupture avec Wagner ferait de Nietzsche un "philosémite" converti ; c'est tout le contraire qui est vrai, assez explicitement). Mais peut-être qu'en supposant une dialectique cachée chez Nietzsche, réhabilitant souterrainement un ethos démocratique, une faiblesse esclave qui accède à la puissance tendanciellement, on peut extirper Nietzsche de cette situation crispante...

 Deleuze s'empêche de tenter ces exercices (difficiles) de transmutation du texte nietzschéen, car il ne pose pas la Généalogie de la morale comme problème du point de vue d'un antijudaïsme "métaphysique" de Nietzsche, et surtout car il congédie de façon assez caricaturale, en l'assignant au seul hégélianisme, la dialectique (ou "l'infâme dialectique"). 

Pourtant, la dialectique initiale (talmudique) est certainement toute différente de la dialectique idéaliste-allemande (et antisémite, d'ailleurs) d'un Hegel...

Une hypothèse porteuse à avancer serait que cette dialectique herméneutique originaire traverse l'oeuvre de Nietzsche, assez secrètement. Mais alors c'est tout le "geste" nietzschéen qu'il faudrait enfin rejeter, pour conserver des intentions beaucoup moins équivoques, et qu'on retrouve très bien ailleurs.

Quoi qu'il en soit, on ne pourra que songer avec affliction à cette indication de Deleuze, dans son Nietzsche et la philosophie, qui aujourd'hui fait froid dans le dos, si l'on rappelle bien que derrière "l'homme du ressentiment" nietzschéen se dissimule la figure du "Juif" "sournois" hanté par la "haine de soi" ; il propose, de façon acritique, une citation de l'antisémite (et "communard") Jules Vallès, pour "appuyer" son analyse de la "morale réactive" : " "Le plus frappant dans l'homme du ressentiment n'est pas sa méchanceté, mais sa dégoûtante malveillance, sa capacité dépréciative. Rien n'y résiste. Il ne respecte pas ses amis, ni mêmes ses ennemis. Ni même le malheur ou la cause du malheur". Les deux dimensions antisémites, "socialiste" ou conservatrice, se rejoignent ici, pour mieux abolir le noyau radicalement émancipateur d'une critique historique et sociale conséquente.... 

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