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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 10:02

 

1) Antisémitisme et critique obsessionnelle de "la" finance

 

L’un des écueils majeurs liés à la critique obsessionnelle de la finance, au nom de la défense de quelque économie "réelle" fantasmée, critique que développe tendanciellement tout altercapitalisme populiste, ou national-étatiste, sera l’antisémitisme latent que ce thème peut autoriser. Revenons sur cette question importante.

Les positions les plus caricaturales, ici, dévoileront une logique de simplification des rapports de domination qui possède, hélas, sa cohérence tactique, et donc son efficacité propre (cf. Soral, etc.).

Dans le pire des cas, donc, le « banquier juif » pourra devenir, idéologiquement, une figure diabolisée, mais aussi rassurante, puisqu’on aura pu identifier non seulement une fonction économique (capital fictif), mais aussi une religion, voire une « race », qui seraient responsables de « notre »« domination », en tant qu’elles seraient la "source" du principe « dominateur".

Pourtant, au sein d'un système économique qui fétichise les biens produits, et qui contamine tous les aspects de la vie, la domination demeure essentiellement impersonnelle, et elle s'applique à la totalité des secteurs sociaux fonctionnels, si bien que cette situation n'autorise nulle personnification abusive d'un "principe dominateur", et nulle focalisation simplificatrice : mais c'est précisément pour contourner le désespoir qu'accompagne un tel constat, ou pour éviter de formuler une critique radicale conséquente, peut-être trop effrayante, que l'altercapitaliste antisémite développe ses thèses paranoïaques, contradictoires et infondées... mais aussi, hélas, séduisantes pour certains esprits fragiles (ou vengeurs), avides d'"explications" immédiates.

De façon plus générale, sans considérer immédiatement la question de l'antisémitisme, dénoncer la seule finance pour critiquer de façon superficielle quelque "capitalisme" vague (ou quelque "néolibéralisme", plutôt, qu'on voudrait transformer en capitalisme plus "vertueux", plus "régulé"), poser ce geste pseudo-critique, donc, c’est très souvent chercher à responsabiliser plus que les autres certains "agents économiques" qui seraient plus "conscients", en leur prêtant des intentions psychologiques ou morales éventuellement "diaboliques", de telle sorte que le "combat" pourra s’engager sur un terrain affectif plus rassurant, d’autant plus qu’il aura su déterminer une « cible » "méchante" déterminée. Cette tendance générale, qu'on retrouve aussi à "l'extrême gauche", n'est pas immédiatement antisémite, mais elle s'engage sur une pente glissante : cette tendance à personnifier l'impersonnel (théologiquement parlant, à définir une instance diabolique), n'empêche pas par la suite des associations hasardeuses entre une "fonction économique" et une "catégorie d'individus", culturelle ou autre, ni donc la quête de boucs émissaires, avec toutes les dérives violentes que cela peut entraîner.

Même si la bourgeoisie, financière ou patronale, prétend gérer l'automouvement des marchandises valorisées quelque peu, il faut bien dire que la structure première de la domination, au sein du système marchand, est d'abord aveugle, mécanique, irresponsable, et que le fait de "dénoncer" de façon manichéenne les humains mécanisés et inconscients qui font "fonctionner" cette amoralité (et qui ne sont pas que les financeurs, loin de là) n'est pas pertinent, voire entretient certaines confusions pernicieuses. D’autant plus que, dans un système hiérarchique contenant une multitude de micro-hiérarchies, « nous » sommes presque tous, à un certain niveau, des gestionnaires de cet automouvement et « profitant » de lui, ce qui brouille toujours plus les pistes, et empêche réellement de cibler quelque « mal » humain à neutraliser – vacuité stérile et populiste, « détachée » de façon mensongère, de la critique des « 1% contre les 99% ».

La bourgeoisie demeure certes une catégorie sociale "profitante", « dirigeante », « gestionnaire », qui bénéficie en tant que telle, quantitativement, et injustement de plus de biens, et ses intérêts vont à l'encontre d'une "justice sociale" stricte, de ce fait ; mais c'est aussi tout un système de la "survie augmentée", dont "bénéficieraient" tous les travailleurs-consommateurs, qu'il faudrait critiquer radicalement, ce qui implique la critique radicale de nos conditions réifiées de survie, et non simplement d'un ensemble d'individus isolés.

Cette condition nécessaire doit s’accompagner de précautions nombreuses, donc, puisque nous pouvons voir que, dans notre cas précis, les dérives populistes, antisémites, autoritaires, fascistes, ou réformistes petites-bourgeoises, toutes liées à une personnalisation et à une simplification naïve des rapports de domination, menacent.

Par ailleurs, considérons cette notion de « finance juive », que les antisémites affectionnent, promouvant une économie « réelle » souvent populiste, nationale-socialiste, ou encore proudhonienne, ou poujadiste, pseudo-anticapitaliste (Alain de Benoist, Soral).

Associer « la » finance « aux » juifs est un jeu idéologique qui ne se base pas essentiellement sur une statistique qui déterminerait un pourcentage plus important de personnes juives dans les milieux financiers. Ces statistiques « religieuses » n’existent pas de toute façon, et l’idée d’une finance « juive » reste essentiellement fantasmatique, et visera des individus devenus des « symboles » mythiques plus que des structures (Rothschild, etc.). La simple observation indique seulement que les personnes juives sont très présentes dans les métiers médicaux, juridiques, artistiques, scientifiques, intellectuels, et de l’enseignement, dans nos sociétés occidentales. Ils ne sont pas, explicitement, plus massivement représentés dans les milieux financiers.

Mais mettons-nous dans la tête d’un antisémite conspirationniste, qui soupçonne une domination de la finance « juive » mondiale. Que se passe-t-il dans sa tête ? Le capital financier est « coupable », pense-t-il, parce qu’« il » obtient de l’argent « sans travailler », sans rien faire. « Il » obtient de la valeur sans « produire » lui-même de la valeur, sans médiation par l’activité, l’effort, l’investissement (A-A’). « Il » « souille » la logique de la valeur, et l’anéantir, l’épurer, ou le réguler, sera un moyen de rendre la valeur plus « réelle », plus « vraie », plus « authentique » (« eigentlich », pour reprendre un terme de Heidegger). Avec le capital financier, l’argent devient de la « fausse monnaie », du « toc », une monnaie « corrompue ». Avec le capital financier, le fétichiste ne peut plus adorer son fétiche comme il le faudrait, il n’est plus « réel ». Le capital financier est celui qui dévalorise la valeur des idoles, qui les démystifie finalement (crise de confiance sur les marchés financiers), et qui les brise finalement (crise de l’économie « réelle »).

Autrement dit, l’altercapitaliste qui dénonce la finance défend un principe capitaliste plus « pur », fondé sur le « bon » travail, sur la « bonne » ou « authentique » (eigentlich, dirait Heidegger) exploitation.

Notons donc que ce qui s’oppose ici apparemment au « parasitage » du capital financier sera la morale essentiellement protestante du « travail » comme vertu et comme « valeur » en soi (cf. Luther).

Mais notons aussi que nous parlons a priori ici d’une catégorie, d’une médiation abstraite, dont les effets réels découlent d’une logique quantitative non-humaine, qui s’intercale entre les individus pour les mouvoir de façon automatique (le capital financier). Mais les antisémites « critiques de la finance », totalement confus et haineux, voudront voir un « peuple », une « identité » « religieuse » ou « culturelle », voire « raciale », ayant des intentions conscientes et précises, et se mettront en tête qu’il faut « combattre » ce « peuple ».


2) Psychanalyse « historique » ou « mythologique » des antisémites modernes

 

Mais tâchons d’entreprendre une "psychanalyse", qui viendrait pénétrer l'inconscient collectif de ces tristes personnages. Que se passe-t-il dans la tête des antisémites, sans qu'ils le sachent eux-mêmes, tels qu'ils sont imprégnés d'une histoire qui les traverse confusément, sans qu'ils sachent la connaître et la reconnaître ?

Que fait Abraham, le père des juifs ? Il brise lui-même les idoles, les statuettes fétichisées par son père, au nom d'une défense de la vie et de l'émancipation de la vie. Que font les esclaves juifs face aux égyptiens ? Ils refusent de se soumettre plus longtemps au pouvoir imposant l’adoration des pyramides, ces masses inertes menaçantes qui représentent leur réification, et préféreront le désert libre et l’errance, l'exode, vers la liberté.

Percevant confusément ces données que son inconscient collectif contient, l’antisémite est face à un spectacle sublime qui lui en impose : le « père des juifs » est celui par qui la critique radicale de tout fétichisme advient, il est celui qui veut démystifier l’humain, le faire sortir de son rêve éveillé. Non, les objets inertes n’ont pas une valeur « supérieure » aux humains qui les produisent ou les symbolisent, de telle sorte qu’ils pourraient les menacer, les dominer, ou les abattre, nous dit Abraham. Précisément, ils sont inanimés. Ils ne changent pas non plus soudainement de valeur, par eux-mêmes, sous prétexte que les humains les verraient différemment, ou les produiraient différemment. Ils ne deviennent pas un jour « précieux » (constitués) pour devenir le lendemain « sans valeur » (brisés).

Or, la finance, précisément, nous l’avons vu, est un principe indirect de démystification : en injectant toujours plus des valeurs dites « fausses » dans la circulation des valeurs dites « vraies », elle finit par déréaliser ces valeurs dites « vraies », si bien que l’illusion de ces valeurs dites « vraies », leur pseudo-vérité, finit par apparaître. En tant qu’idoles, elles sont « brisées ».

Les conséquences sont violentes, car le fétichisme perdure malgré tout, et il s’agira pour lui de reconstruire indéfiniment les idoles brisées. Mais l’entropie est tenace, et la reconstitution des morceaux (par l’épuration de la dette, la régulation des marchés financiers, la concentration protectionniste des biens nationaux, l’anéantissement des profits fictifs, la déportation des flux financiers, etc.) est toujours plus malaisée, et un sentiment d’absurdité générale, et de misère tenace, se diffuse toujours plus.

Pour l’antisémite, donc, le judaïsme, comme religion abrahamique, puis comme « religion de la finance », pense-t-il, est celui qui vient détruire son rêve d’une humanité qui est exploitée, mais qui donne un sens, une valeur à cette souffrance et à cette exploitation (la misère comme valeur en soi). Avec Abraham, puis avec le banquier, plus rien n’a de « sens » : celui qui s’est fatigué à construire la statuette, ou l’idole, ou le travailleur qui s’est fatigué à produire une marchandise, un bien d’usage, l’auront fait en vain, puisqu’on ne peut plus idolâtrer ces productions, une fois qu’elles sont brisées, démystifiées, dévalorisées.

Nous parlons donc bien pourtant ici d’un peuple d’esclaves qui vise l’émancipation, non pas seulement des esclaves, mais bien de tous les humains de la terre, esclaves des idoles inanimées qu’ils produisent et fétichisent.

 

3) Déconstruire le complexe psychique clivant et clivé des antisémites

 

Disons-le avec force, ce n’est pas en tant que « personnification » du capital financier (de toute façon non qualitatif et non humain) qu’un individu produirait réellement la démystification, la déréalisation de la valeur des fétiches. Car le capital financier, lui, s’auto-mystifie, en pensant que sa valeur malgré tout est « réelle », au contraire d’Abraham, qui d’ailleurs est un homme en chair et en os. C’est malgré elle que la « personnification » contingente et indifférenciée du capital financier démystifie l’économie, si bien que, s’il existait un « esprit juif » « déterminé » (idée absurde, puisque l’intention talmudique est sans cesse mouvante, en devenir), il ne viendrait certainement pas « s’incarner » dans cette catégorie abstraite.

Spinoza, Benjamin, Arendt, Derrida, Lukàcs, revendiquent parfois, implicitement ou explicitement, une judéité dynamique, politique et intellectuelle, subversive en soi, qui dévoile et dénonce des formes dictatoriales ou totalitaires reposant sur des idéalités abstraites dominant les individus en s’intercalant entre eux. En tant que tels, ils dévoilent la fidélité à un projet messianique originaire : ce sont certains spectres, pourrait dire Derrida, certaines médiations idéelles et clivantes, qu’il y a entre les humains et le monde, qui les empêchent de s’atteindre et de s’attendre. C’est par la philosophie, l’intellect, l’esprit critique, la subversion théorique, l’écriture, la déchirure déchirée, que les personnes juives les plus investies par leur « judéité », en un sens politique et dynamique, non essentialiste et non organique, se voulant les plus fidèles peut-être, à un projet millénaire de démystification, réaliseront une forme d’identité « politique » juive, au sens très large et existentiel, au sens de ce qui « devient » sans jamais complètement s’accomplir (au sens d’une « attente sans atteinte », pour reprendre l’expression de Marc Goldschmidt à propos du messianique benjaminien).

Le « capital financier », qu’on ne peut « personnifier » puisqu’il est abstrait et mécanique, réalisera aussi cette destruction, mais négativement, inconsciemment, passivement, et malgré lui, à travers une dialectique « négative » non résolue, à travers une négation de la négation qui sera le négatif porté à sa suprême puissance. Même si un individu juif est banquier, ce qui peut arriver parfois, il ne traduit pas ici le projet profond et fidèle d’Abraham, puisque, en tant que gestionnaire d’une catégorie qui est la négation de son humanité « spirituelle » et située, déterminée, il ne saurait rien traduire de « religieux » ou de « politique », et puisque, même si cela pouvait être le cas, il ne serait que le dévoiement, vers son inversion, du geste anti-idolâtre affirmatif, destructeur en tant que créateur, d’Abraham.

Ainsi donc, ce que ne supporte pas l’antisémite aujourd’hui, c’est le judaïsme tel qu’il réalise une vocation dans l’intellect subversif, émancipateur, et qui vient dénoncer toutes les mystifications abjectes des individus néo-païens, barbarisés (Alain de Benoist), qui mettent entre l’humain et l’humain des symboles, des images, des idoles, des choses mortes « valorisée », pour mieux les distinguer, les séparer, les diviser, les discriminer (cf. aussi : « ethno-différentialisme »). Mais l’antisémite, pour justifier sa haine de cet intellect qui le dénonce à la racine, devra s’en prendre à la figure que le dit « peuple » lui-même, cette abstraction indécidable inventée par les dominants, discrédite et conchie apparemment, pour s’assurer les faveurs du dit « peuple », qui doit devenir discriminant comme lui, pour que ce dit « peuple » lui reste soumis. Il ciblera le banquier, qui ne réalise que sans conscience et sans « personnalité » située, pour mieux le déréaliser, ce que les individus s’associant au geste abrahamique accomplissent et accompliront indéfiniment avec constance, patience, discernement et philosophie, réellement et sans désincarnation.

C’est ainsi que l’antisémite transforme strictement un projet d’émancipation de tous les humains, par un peuple d’esclave s’étant « élu » soi-même de ce fait, au sein de cette vocation fidèle, en un peuple visant une domination mondiale « fourbe » et sanguinaire. Cette supercherie est la bêtise et la vacuité en soi.

 

4) Protestantisme

 

Le paganisme chrétien qui idolâtre le corps mort de Jésus et le sang de Jésus mort, encourage certainement, lorsqu’il est pratiqué, consciemment ou inconsciemment, par ces antisémites clivés, de telles confusions aberrantes et de telles inepties coupables. Un certain « catholicisme » aura développé ce paganisme.

En réaction à cela, la littérature hébraïque post-biblique, au Vème siècle (juste après Constantin Ier), évoque la vocation anti-fétichiste d’Abraham brisant les statuettes de son père. Et Mahomet brisera les statuettes de la Mecque peu de temps après. Ce n’est pas tant Saint Paul qui christianise et institutionnalise, voire « paganise » le corps de Jésus, mais bien plutôt, politiquement, Constantin Ier. Les réactions presque immédiates des enfants d’Abraham (juifs et musulmans) le montrent.

Ces enfants d’Abraham sont aussi fidèles au Jésus qui s’en est pris aux marchands du temple. Ils définissent une unité. Finalement, les antisémites chrétiens (ou islamophobes) trahiront leur propre Messie, et s’opposeront à ceux, abrahamiques, qui lui sont plus fidèles.

On pourrait concevoir la transsubstantiation comme une façon de réaffirmer avec le nazaréen l’amour pour la vie, par la nourriture : il « nous » aurait fait aimer la vie, et manger du pain, boire du vin, serait une façon de réaffirmer la présence de sa parole. Mais lorsque cette transsubstantiation devient « magie » occulte, paganisme barbare, une intention simple et incarnée pourrait se perdre.

Le protestantisme voudrait rappeler ce « bon sens » chrétien, ou abrahamique. Hélas, il finit par barbariser encore plus le principe de la transsubstantiation.

Le protestant ne fera que "purifier" un certain paganisme, en transférant l’image du cadavre du « Christ » dans le métal-or inerte ou dans l’argent censé « représenter » la misère souffrante et dite « purifiante » du travail naturalisé en tant que martyrisé (cf. Weber).

Parce qu’il finit par refléter, puis soutenir idéologiquement, le capitalisme anglo-saxon émergent, le protestantisme, avec son éthique du travail, affirme la possibilité pour le travail abstrait de devenir la substance de la valeur économique. C’est l’exploitation qui serait fondée « théologiquement ».

Le protestantisme s’oppose d’abord au catholicisme et à son principe d’accumulation défini comme « vol ». Mais il préfère à cela une « bonne » accumulation, celle qui est fondée sur l’effort et la souffrance des travailleurs et travailleuses.

Luther aura voulu convertir les juifs de son temps, dans son combat contre le catholicisme. Mais son échec le rendit furieux, si bien qu’il devint un antisémite virulent : il imagina qu’il fallait faire porter aux juifs un signe distinctif, et prônera l’incendie des synagogues. C’est un simple échec politique contingent qui fondera un antisémitisme théorisé et structurel, ici. La haine contre le principe d’accumulation catholique est déviée, pour ce protestantisme-là, vers le principe de l’usure, travail « impie » » auquel les personnes juives étaient assignées à cause de leur exclusion archaïque (mythe haineux du « juif déicide »).

Le protestant confond donc les indulgences catholiques avec l’usure qui aura été le sort imposé aux juifs, et développera un antisémitisme absurde et paranoïaque, car ne ciblant plus ce qu’il dénonçait.

Cette situation est aussi absurde que le protestantisme devenu littéraliste ou fondamentaliste : en effet, initialement, le protestantisme réaffirme le principe talmudique selon lequel la lettre n’est pas figée, mais évolue en fonction des interprétations mouvantes dans le temps.

Aujourd’hui, le protestantisme représenté idéologiquement, tendanciellement littéraliste et fondamentaliste, summum du fétichisme occulte chrétien, après le catholicisme ascétique glorifiant la morbidité de la chair morte, protestantisme idéologique qui aura su donc apparemment puis réellement transférer le principe de transsubstantiation divine dans le principe sensible-suprasensible de la chose-argent (représentant symboliquement un travail humain souffrant essentialisé), est structurellement antisémite, comme théologie politique capitaliste nationale : il est le "bon travail", ou "l'économie nationale", qui dénonce dans le "Juif" errant, le principe mondial-abstrait qui le menace en tant que tel.

Protestantisme allemand : celui de Kant, qui assimile la forme morale pure et autonome à cette piété protestante, et le contenu matériel contingent, hétéronome, au « principe juif » ; Kant détermine l’antisémitisme moderne par excellence, pour les philosophes idéalistes-allemands (après Luther), et de façon absurde puisqu’il cherche à « fonder » en « droit » un pur fait politique contingent, un pur échec de communication et de conversion, une petite vexation personnelle médiocre (luthérienne). Les Lumières et ses Droits de l'Homme ne fondent pas simplement la légitimation « idéologique » des massacres des colons, et du patriarcat moderne, mais aussi celle de l’antisémitisme du XXème siècle.

Hegel suit ce fil : « le Juif » hypostasié devient l’universel abstrait, le sensible indifférencié, vide, là où le protestantisme est la réalisation de l’esprit rationnel « pur », ou de « l’universel-concret ».

Nietzsche, assez fidèle à son père pasteur, sur ce point, fait « du » « Juif » le principe « vil », « réactif », « vengeur », « inversant » les « vraies valeurs » aristocratiques et « affirmatives », là où le « noble » ne connaîtrait pas ce « ressentiment » (la « Judée contre Rome »).

Schopenhauer, Fichte, et d’autres pitres antisémites, développeront de telles inepties à leur tour.

Marx, dans la Question juive, associant la religion "profane" "du" "Juif" à l'argent, sera de son époque, et n'empêchera pas un antisémitisme structurel de certains "marxistes" altercapitalistes, même si Marx de son vivant ne développa absolument aucune pratique politique antisémite, à la manière d'un Heidegger…

Heidegger sécularise à son tour Luther : l’angoisse existentiale devient la « plus-value » existentielle prélevée par le capitaliste nationaliste avide de valeur « réelle » (sadique/narcissique).

 

5) La vocation messianique ne méprise pas le labeur, mais le sublime vers la création intensive de soi et du monde

 

Détruire les idoles, avec Abraham, Sarah, Jésus, Mahomet, c'est transmettre un message, qui se dit et s'écrit, qui ne vient pas promouvoir le "mépris" des individus oeuvrants ayant fabriqué, péniblement, ces objets : c'est au contraire dénoncer l'ordre qui instrumentalise ces fabrications, pour mieux soumettre les oeuvrants, et c'est donc finalement promouvoir un monde où ces oeuvrants pourront créer des oeuvres belles, qui leur appartiennent vraiment, dans des conditions libres, et qui ne sont plus souffrantes.

 

6) Unions des luttes

 

Abraham sera donc le "père" des chrétiens et des musulmans, comme affirmant l'animation de toute vie, supérieure aux choses inertes (comme "animiste" complexifiant l'animisme initial, en déterminant la transcendance qui émerge à partir de lui).

Ce qui fut dit à propos d'un "judaïsme" séparé doit être dit à propos de ces deux autres formes de l'abrahamisme. L'antisémite, par souci de "cohérence", finit par persécuter un christianisme demeuré fidèle à une vocation anti-fétichiste, émancipatrice, mais aussi un islam attentif à une politique juste, favorisant la libération des esclaves, et il produira des amalgames analogues à celui qui consiste à ramener "le Juif" à "la finance", pour développer cette stigmatisation d'un certain religare primordial se développant et se différenciant.

L’antisémite cohérent stigmatise bien vite de nombreux chrétiens et musulmans qui s’opposent aux inversions modernes du christianisme et de l’islam, si bien que la lutte contre ces trois formes de discrimination trouve une unité certaine, certes d’abord très « théorique ».

 

 

 

 

 

 

 

    1. Une lutte au sein de la lutte, au nom de la cohérence de cette lutte : fédération universelle et concrète, vers l'émancipation de chacun et de chacune

 

Lorsque Sarah à son tour tente de briser la parole patriarcale d'Abraham (mais encore sans succès), elle reste finalement fidèle au geste d'Abraham brisant les statuettes de son père. Et les luttes contre la domination universelle des choses sur les êtres se fédèrent potentiellement, plus qu'elles ne s'opposent entre elles. L'antisémite brun-païen, ou le dominateur fétichiste qui veut soumettre les esclaves issus d'un même religare (abrahamique), qui voudrait être à la fois masculiniste ou patriarcal, ne peut plus avoir la moindre légitimité, ni la moindre audience auprès des individus dominés qu'il tente de rallier à son "combat"...

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