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23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 12:40

L’identité « nationale »

 

 

Ce fut la nation allemande, plus tardivement constituée, qui pensa de la façon la plus précise l’être-national d’un « peuple », et qui nous transmit une telle idéologie, qui ne faisait que répondre  à d’autres exigences, socio-économiques, qui quant à elles auront d’abord émergé dans le monde anglo-saxon.

Le relativisme culturel de Herder, le relativisme linguistique de Humboldt, l’idéologie « völkisch » de Jahn, et la nazification désastreuse du folklorisme allemand, renferment toutes les prémisses de l’être-national allemand, puis européen. L’Allemagne en effet, comme nation plus tardivement constituée, et comme « peuple de philosophes », dut redoubler d’efforts « idéologiques » pour légitimer sa place dans la vieille Europe, et sa pensée de l’être-national, surtout au XIXème siècle, renferme toutes les tensions nationalistes tragiques de cette Europe. N’ayant pas une tradition « romaine » historiquement acquise, à la manière de l’Europe latine, l’Allemagne se tourna vers quelque héritage philosophique et mythologique grec fantasmé (cf. le Dionysos nietzschéen, ou les rapprochements étymologiques hasardeux d’un Heidegger entre la langue allemande et la langue grecque antique).

Mythe de l’âge d’or, organicité d’un « peuple », perspectivisme radical, relativisme assumé, fond grec antique, ou encore « indo-européen » (frères Schlegel) : toutes ces déterminations enveloppent un projet nationaliste d’abord très situé, au niveau « culturel », qui diffusera ensuite ses « modèles » et « critères » à la modernité désertique de façon assez large.

Ces déterminations, qui atrocement accomplissent un « destin » meurtrier dans le nazisme, sont pourtant d’abord conciliables, et compatibles avec le dit « doux commerce » émergeant dans l’Europe bourgeoise, et en particulier avec les conditions juridiques libérales qui ont surgi en Angleterre au XVIIème siècle, avec le mouvement des enclosures, puis avec les colonisations, et plus généralement en Europe au XIXème siècle, avec l’apparition d’un capitalisme industriel, en voie de mondialisation. En effet, pour qu’un marché se constitue, il faut que les partenaires ou concurrents économiques aient des « identités » assez fermes, et des « frontières » assez délimitées : telles sont les conditions d’une guerre économique mondiale, qui repose sur les monopoles, mais aussi, contradictoirement, sur la concurrence et la division rationnelle du travail. La « nation », même sous sa forme culturelle ou mythologique, sous sa forme, donc, d’abord, éminemment « allemande », devient un cadre « approprié », définissant des relations de tutelles, de coalitions et de dépendances assez strictes, pour qu’une telle dynamique socio-historique se développe de façon « ordonnées » et « fluide ».

Voici donc que les principes bourgeois formels et cosmopolitiques d’égalité dans la circulation des marchandises, et de liberté d’entreprendre (Lumières bourgeoises) ont besoin en sous-main d’une réaction particulariste, relativiste et nationaliste à de telles valeurs, pour se développer dialectiquement.

Ces contradictions se retrouve dans le fait que l’Allemagne d’Hitler des années 1930, en diffusant des biens non-marchandisables, en relançant l’industrie de l’armement des pays occidentaux, et en développant un protectionnisme circonstancié, fut une occasion de « relance » pour le capitalisme mondial, mais qu’elle fut ensuite, comme folie invasive et meurtrière, culturellement et politiquement, définie comme « mal absolu » à abattre.

L’abjection de l’être-nationaliste capitaliste et occidentaliste consiste dans le fait qu’il diabolise la forme la plus barbare, mais aussi se voulant la plus « fidèle », de cette nation occidentale (nation allemande du XIXème siècle et des années 1930), mais qu’elle lui emprunte en même temps toutes ses structures idéologiques les plus meurtrières et les plus dangereuses.

Le différentialisme états-unien, le relativisme structuraliste français, ne surent pas, hélas, complètement s’extirper de telles déterminations « culturalistes », héritières de la métaphysique « prestigieuse » allemande, car elles ne développèrent jamais de façon conséquente une critique radicale de la dialectique de l’universel abstrait et du particulier réactif propre au capitalisme mondial. Ces « pays universels » développent finalement une double barbarie, jusque dans leur pseudo-critique postmoderne : barbarie de la mondialisation amorale et nivelante, sur un plan économique-libéral, indissociable de la barbarie d’un sentiment national-identitaire naturalisé en sous-main, comme réaction maintenant en vie la forme mondialisée, et la restructurant indéfiniment.

Les anti-modernes et les postmodernes se retrouvent finalement sur la question d’une visée altercapitaliste tendancieuse, interclassiste, de même que le cosmopolitisme économique anglo-saxon, ou juridique français, surent très bien se concilier avec la forme nationaliste allemande émergeant au XIXème siècle pour mieux « préserver » de telles dynamiques mondiales.

Les personnes qui finalement développent des formes de xénophobies ou de racismes nationalistes qui se voudraient « anticapitalistes », ou qui voudraient renouer avec un « passé » traditionnel oublié, seront dans la pure et simple contradiction (cf. Finkielkraut, Soral, Zemmour, Alain de Benoist) : car l’identité qu’elles convoquent, ou ce néo-nationalisme qu’elles viennent d’« inventer », est le produit de la société moderne la plus tardive, du capitalisme le plus sauvage, qui finit par mélanger tous ses éléments idéologiques les plus destructeurs, pour survivre encore quelques décennies, dans une situation où il sera toujours plus fréquemment en crise. Ce « chant du cygne » des néo-conservateurs, ou des racistes, est bien la forme la plus bouffonne et la plus strictement contemporaine de la pulsion suicidaire et morbide du capitalisme, si bien que leur référence à quelque « âge d’or » idéalisé n’est qu’une absurdité en soi, une impossibilité dans l’absolu. Ils sont les rejetons les plus tardifs de la désolation moderne, et ses défenseurs les plus « postmodernes », finalement, en un sens strictement (pré)historique.

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