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17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 10:21

Les hackers qui s’appellent les « anonymous » semblent incarner une exigence "critique", sur un certain secteur de la lutte. Mais ils ne sont hélas trop souvent que des individus sans consistance, ayant totalement assimilé les injonctions et « codes » techniques de la machine cybernétique, sans plus les remettre en question en tant que tels. Leur simple masque (V pour Vendetta), indique qu’ils sont totalement soumis à la propagande hollywoodienne qui fait aussi de ce monde pourri ce qu’il est, et ils ne combattent donc jamais que l’ombre de la réalité. Pour eux, la « révolution » sera un jeu adolescent romantique, une bande dessinée ou une fiction, et ils sont tout au mieux aussi inutiles que des « gamers » abrutis devant leurs jeux vidéo, et au pire aussi "nuisibles" qu’un spot publicitaire récurrent.

Si pour ces individus, la lutte contre un monde qui produit la conteneurisation des humains, hommes, femmes, et enfants, comme du bétail, pour les abattre, progressivement ou définitivement, est à ce point « fun » ou « funky » pour qu’on en fasse une sorte de jeu de piste grandeur nature, ou pour qu’on se prenne, dans ce « jeu de piste », pour un « héros » de comics ou de fiction hollywoodienne, tout « excité » à l’idée de « pirater » des « méchants » « ordinateurs », alors, de deux choses l'une :

- soit nous avons affaire là à des individus complètement cyniques et inhumains, voire sadiques et psychopathes, qui n’ont aucune dignité ni aucun surmoi, narcissiques et pervers au point de faire d’un combat contre l’abjecte extermination quotidienne de la vie un prétexte pour s’exhiber spectaculairement et vaniteusement ;

- soit nous avons affaire plutôt à des fétichistes totalement inconscients, qui ne vivent plus dans la réalité depuis longtemps, et qui ignorent tout de ce qu’ils veulent faire (dans les deux cas, ils restent nuisibles, du point de vue d’une lutte émancipatrice au sens strict).

A quand un hacking révolutionnaire un tout petit peu digne, avec des bases éthiques et politiques solides ? Il existe, mais précisément, "on" n'en parle pas (et ainsi il pourra être efficace).

Ce n’est certainement pas un Hakim Bey qui pourra nous aider dans cette affaire. Car lui aussi considérera finalement que la lutte éminemment sérieuse et absorbée, digne et scandalisée, contre la mise-en-camp et la concentration désintégrante des « inexpoitables », se fait essentiellement de façon festive, festivalière, ou « fun », et surtout de façon totalement psychotique et instantanée, segmentée, sectorisée, puisqu’aucune continuité ne sera revendiquée au sein de ces fameuses Zones d’autonomie temporaire qu’il vante, dites aussi Zones d’auto-mystifications tributaires. Il faudrait peut-être arrêter de proférer des indécences.

Citons un extrait de l’un des articles indigents de ce révolté de pacotille (dont « l’anonymat » ici est une nouvelle façon de s’exhiber spectaculairement, de devenir un « produit » « critique », et surtout pas un enjeu stratégique) : « Au XVIIIe siècle, les pirates et les corsaires créèrent un «réseau d'information» à l'échelle du globe : bien que primitif et conçu essentiellement pour le commerce, ce réseau fonctionna toutefois admirablement. Il était constellé d'îles et de caches lointaines où les bateaux pouvaient s'approvisionner en eau et nourriture et échanger leur butin contre des produits de luxe ou de première nécessité. Certaines de ces îles abritaient des «communautés intentionnelles», des micro-sociétés vivant délibérément hors-la-loi et bien déterminées à le rester, ne fût-ce que pour une vie brève, mais joyeuse. » (Zone Autonomie Temporaire).

Cette description est censée proposer une métaphore pour ce que doit être le mode de vie du révolutionnaire ou du résistant. Et cette idée est plutôt tendancieuse, comme il va de soi. Les résistants, ou les luttants, révolutionnaires, face au pouvoir totalitaire économique et idéologique qu’ils combattaient, et qui anéantissaient des individus méthodiquement, se prenaient-ils gentiment pour des « pirates », « jouaient-ils » avec des « cartes au trésor », pour détecter quelque « butin » ? Leur réseau d’information était-il celui d’individus « bien déterminés à rester hors-la-loi, pour une vie brève mais joyeuse » ? Il n’y a plus aucun sens de la gravité chez ces pseudo-révoltés pour lesquelles la vie n’est plus qu’un jeu, une représentation légendaire, et pour lesquels l’abolition de l’enfance et le massacre des innocents est l’occasion de développer des « métaphores » fictionnelles « fun » et « cools ». Les révolutionnaires ne sont pas des « pirates » qui vont à l’assaut d’un « butin ». Les pirates sont des fous sanguinaires qui n’ont que l’argent en tête, et non la justice, et qui font de l’existence un divertissement creux et dérisoire. Ceux qui se disent pirates et révolutionnaires aujourd’hui sont en fait des hallucinés fétichistes qui voudraient réaliser dans leur vie sans profondeur ce qu’ils ont vu sur des écrans, et qui ne conçoivent plus que l’abolition de ce monde est une exigence morale et humaine d’une gravité extrême, qui devrait faire de nous, qui en souffrons, des personnes imprégnées de responsabilité et de sérieux, de conséquence et de cohérence.

Cette critique s’adressera aussi bien sûr à certains « situationnistes » dont les « errances urbaines » furent des délires narcissiques et solipsistes totalement clivés et mégalomanes.

Ou encore à un pseudo-critique comme « Usul », social-démocrate radicalement hébété, qui passera du jeu vidéo à la « critique politique » sans savoir suggérer assez la différence stricte entre ces deux mondes, diffusant un « divertissement » « construit » et « sérieux » qui reproduira la vacuité « ludique » du monde de l’image autonomisé, et de la séparation achevée.

Nous pourrions néanmoins dire que la révolution, comme visée également progressive, peut devenir joie, indépendance à l’égard de ce qui détruit, et non pas seulement visée concentrée et négative, destructive. Mais nous ne dirions pas à ce moment-là qu’il fallait faire pour autant de cette résistance une fête amusante, un jeu de piste, une nouvelle activité ludique dénuée de sens et de profondeur, parmi tant d’autres activités ludiques (jeux vidéo, télé, comics, cinéma, lecture, visites culturelles, festival de rock, etc.), comme si la survie luttante au sein de la désolation était un parcours « sympa » dans un parc d’attraction.

On pourrait penser ici à René Char, qui aura su exprimer mieux que quiconque la joie qu’il aura vécue dans la résistance, de façon paradoxale mais vraie (mais certes, il est loin d'être le seul ; cf. Emma Goldman, Malcom X, etc.).

A la fin de la guerre, Char le résistant exprima son regret de devoir laisser derrière lui « son trésor », qu’il ne pourrait plus exprimer. Car, dit-il : « notre héritage n’est précédé d’aucun testament ». Ce trésor, il était sa joie de résistant, une forme de « vérité » : « qui a épousé la résistance a découvert sa vérité ». Ainsi s’exprime par exemple cette joie profonde et grave, ce trésor, cette vérité :

« 1. Conduite

Passe. La bêche sidérale autrefois là s'est engouffrée. Ce soir un village d'oiseaux très haut exulte et passe. Ecoute aux tempes rocheuses des présences dispersées le mot qui fera ton sommeil chaud comme un arbre de septembre. Vois bouger l'entrelacement des certitudes arrivées près de nous à leur quintessence, ma Fourche, ma Soif anxieuse ! La rigueur de vivre se rode sans cesse à convoiter l'exil. Par une fine pluie d'amande, mêlée de liberté docile, ta gardienne alchimie s'est produite, ô Bien aimée ! » (Fureur et mystère)

René Char parle-t-il là d’un vulgaire festival, d’une chasse au trésor de pirates, d’un divertissement « sympathique » ou « instructif » ? Il faut se permettre d’en douter.

Devrions-nous avoir perdu cette dignité dans la lutte, sous prétexte que le pouvoir que nous combattons, qui ne cesse pas moins d’exploiter vivants et morts, serait devenu lui-même infiniment trivial, vulgaire, tapageur, et laid ? Nous ne le pensons pas. « La chasse au trésor » est aussi un jeu télévisé français d’une bêtise infinie, créée par Jacques Antoine au début des années 1980 ; cela donne à penser. Nous congédierons donc fermement Hakim Bey et tous ces « anonymous » inconséquents, ou autres « colibris » indigents (Pierre Rabhi les adoubera bientôt)… Indépendamment de tout cela, et en laissant ces tristes sires là où ils se trouvent, nous retiendrons simplement que cette idée d’anonymiser le révolutionnaire voulant saboter, progressivement ou irruptivement, la machine capitaliste reste une voie intéressante stratégiquement.

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