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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 08:57

My rendez-vous

My rendez-vous (un mauvais film) 21 / 27...

Synchronicités

1er moment

 

Benoît BB : 

L'apophénie est d'abord la disposition du créatif, mais aussi du psychotique : ici sont saisies des coïncidences signifiantes, quoiqu'on ne puisse apparemment pas expliquer rationnellement ce genre de « significations ». Tentons pourtant telle « explication » (ou : élucidation).

Soit une patiente sur le divan : elle évoque un rêve. Un scarabée d'or a surgi là. Mais la fenêtre était ouverte. Soudain surgit effectivement, dans la réalité du cabinet, un scarabée doré. Ici, même si l'on n'est pas psychotique, ou créatif, il faut se rendre à l'évidence : il y a coïncidence signifiante. Pourtant il y a aussi en jeu deux séries causales a priori étanches mutuellement. La série causale par laquelle le scarabée est arrivé ici, dans cette zone précise du monde. Puis la série causale par laquelle la patiente en est venue à rêver d'un scarabée doré, mais surtout : en est venue à raconter ce rêve à ce moment précis.

Mais n'y a-t-il pas une cause commune à ces deux séries apparemment indépendantes l'une de l'autre ? N'ont-elles pas toutes deux un principe moteur commun ? Certes si : on pensera à la première vie s'étant manifestée, qui élucide leur présence à toutes deux, ou encore, plus en amont, à toute matière physique ayant précédé et provoqué ladite première vie.

Cela étant, en quoi le fait qu'il y ait principe moteur commun déterminerait la rencontre nécessaire ? Certaines patientes évoquant un papillon dans un cabinet ne voient pas surgir un papillon. En outre, cette idée du « surgir » du scarabée dans quelque « environnement » proche est toute relative, etn'est pas fondée dans la nature des choses : c'est dans l'environnement visible pour un humain doté de cinq sens spécifiques que surgit le scarabée « convoqué ». Pour un être plus petit, ou doté de facultés différentes, il se pourrait que le scarabée ne « surgisse » pas. Tout cela est éminemment contingent, arbitraire, et ne saurait être validé par quelque approche causaliste rigoureuse.

Néanmoins, la vie est la mesure de toutes choses, du moins pour elle-même : le « surgir » dans cette perspective est attesté. En outre, la patiente évoquant le papillon ne voit peut-être pas autour d'elle quelque micro-organisme relevant de l'espèce, en un sens : « papillon ». En outre, peut-être que le thérapeute a tout simplement laissé la fenêtre fermée.

A dire vrai, lorsque nous avons une pensée, celle-ci n'émane pas de quelque pure intériorité absolument close. Une pensée, sa formulation verbale ou interne, est l'expression de ce qui est perçu de l'extérieur. Et il y a aussi des micro-perceptions, sans aller jusqu'à parler de quelque « pressentiment » d'ailleurs. Une pensée souvent exprime des micro-perceptions, non accompagnée d'aperception. Parce qu'elles sont non accompagnées d'aperception, la pensée paraîtra autonome, close. Mais il y a néanmoins perception, soyons-en sûrs. La patiente a « aperçu », en un sens problématique, la présence à venir du scarabée (de même que le scarabée aurait été « convoqué », en un certain sens).

De façon plus ésotérique, une double causalité physique, telle que l'entend un Huw Price, par exemple, éluciderait de façon plus ou moins « rationnelle » la synchronicité à la Jung, et l'apophénie corrélative (dès lors non psychotique, ni même relevant du « créatif », mais tout simplement : « normale »). Au sein d'une circularité non fondée, l'avenir déterminerait le présent, et réciproquement. Le surgissement à venir du scarabée doré détermine l'évocation présente du rêve du scarabée d'or, et réciproquement donc. Il n'y a là plus d'avenir ni même de présent à vrai dire, mais une seule actualité insécable (ce pourquoi il serait absurde de questionner sur « ce qui a commencé » ; c'est le « il y a » qui est ici en perspective, le fait du surgissement comme cause de lui-même, éternel et actuel).

L'apophénie comme expression de micro-perceptions sans aperception renvoyant à l'unité des êtres, et l'apophénie dans son lien à la double causalité, sont les deux versants, complémentaires, qui nous feront comprendre de façon quelque peu « rationnelle » le fait de la synchroncité. Fait qui n'est pas le trésor caché des artistes ou des fous, dès lors.

 

Ebauche d'une interprétation mathématique des synchronicités (Liamine Touhami)

Concernant les synchronicités, nous pourrions tenter une interprétation mathématique plus précise.

Comme nous le disions précédemment, le temps vécu est toujours différent du temps physique calculé sur des supports spatialisés, ce qui empêche donc d'éprouver par le calcul cette fluidité vécue par la conscience du temps. La synchronicité d'événements prévisualisés dans une conscience, c'est-à-dire la simultanéité d'un futur virtuel introduit dans un présent vécu, reviendrait à poser une équation différentielle du troisième ordre où le présent, seul élément réellement connu du calcul, fusionnerait avec des éléments du futur sélectionnés par un opérateur. Le passé jouerait alors le rôle de mouvement rétrograde amenant une consistance à l'opérateur de sélection. Plus clairement, la synchronicité d'un événement, du point de vue strictement mathématique, consisterait à rétrécir le champ temporel d'une telle manière qu'une situation non encore vécue puisse apparaître à une conscience dont l'effort de rétrécissement a pu rendre possible la conception d'une telle situation. Les sentiments tels que le flashback ou la réminiscence pourraient alors être des sortes d'efforts inconscients avortés, ne permettant pas la visualisation complète du futur éprouvé. Je pense qu'il s'agit là d'un sujet extrêmement complexe, je compte par conséquent travailler et m'informer davantage avant de plus m'avancer sur le sujet.

 

Exemple de synchronicités

Idem

La Question de Kaph (jaune, orange, et rouge : soleil d'or)

O Enfant de l'Infini, te voici dans un corps de chair pour le plus merveilleux des voyages. Je te parle des profondeurs de ce corps qui a tant à t'apprendre. Viens dans ma lumière pour entendre son langage, te laisser surprendre par sa sagesse. Les cellules savent...

Aimes-tu ta planète, bien-aimé ? Aimes-tu ton corps de chair ? Ces deux questions n'en sont qu'une. Entends-tu l'appel de la Terre, l'Epouse bénie du Soleil, qui aspire éperdument aux rayons d'Amour de son Roi, et qui en est séparée par le psychisme humain ? Entends-tu l'appel qui monte des profondeurs de ton corps de chair ?

Il n'est plus temps d'hésiter ni de dormir. Il est temps d'agir. En situation de danger, la peur peut paralyser tout mouvement, mais tu peux faire le choix d'écouter la voix de ton âme en toute circonstance, et de t'élancer encore et encore. Ne laisse pas le mouvement de vie s'engourdir en toi, ne te décourage pas. La sortie du labyrinthe se situe au centre de ton être. Là est le secret. Et si parfois des brumes semblent vouloir envahir ton esprit et freiner ton élan, appelle-moi, et Je serai là."

 

Jung et la synchronicité

Synchronicité

Idem...

élucidation physique, encore imparfaite...

Suggestion d'accompagnement

2è moment

Certains témoignages de la « réalité » de l'éternel retour au sein d'une expérience personnelle située

 

Benoît BB :

 

Dans mon expérience personnelle, il y aurait trois manifestations de l'éternel retour remarquables.

La première, la plus récente, est la plus marquante. Une impression olfactive. Je me suis mis à porter un certain parfum (Dior), et en le sentant, je me suis "souvenu" que c'était le "mien", de toute éternité. Certainement y a-t-il autour de ce parfum toute une mythologie personnelle qui justifierait une impression vive. Mais il n'y a pas que cela : très clairement, je me suis « souvenu » avoir déjà été un certain homme portant ce parfum.

Une première rencontre amoureuse est une autre forme de manifestation de l'éternel retour. Si je m'apprête à vivre une relation forte avec une personne, très souvent une familiarité immédiate s'installe entre nous, dès la première rencontre, comme si nous « savions » déjà que nous allions vivre une relation "à venir" (de fait déjà vécue ?), digne d'être vécue.

Troisième forme de manifestation : le non-désespoir « ontologique », palpable chez tous les hommes que je rencontre. Qu'est-ce à dire ? Les individus sont « préoccupés » au quotidien : ils semblent avoir banalisé le fait de vivre, comme s'ils appartenaient à cette Terre de toute éternité. Je les trouve fort « installés » ici-bas, et c’est un sentiment que je crois partager avec beaucoup. C'est qu'ils ont peut-être une conscience pré-thématique de l'éternel retour. S'ils étaient convaincus que le néant succède à leur vie, ils ne seraient pas autant dans la quiétude moyenne et quotidienne qui paraît si visible sur leur visage calme. Heidegger, par exemple dans la première section d’Etre et temps, faisait de la préoccupation moyenne du quotidien de chacun, de cette façon quotidienne de manipuler sereinement les choses et les étants, de survivre et de vivre dans la quiétude, trop souvent quelque chose de « médiocre », ou une forme de « déchéance ».Mais on peut voir cela aussi comme une forme de banalisation réjouissante liée au fait de vivre une vie sans dimension tragique trop prégnante, sans dramatisation constante, qui pourrait indiquer que nous « saurions », pré-thématiquement, que nous sommes « installés » dans cette vie de façon très radicale, de façon totalement pleine, de façon éternelle. Même le dépressif est dans cette banalisation, je peux le dire, car j’ai vécu la dépression la plus intense. Même Cioran au fond « connaît » la loi de l'éternelle répétition, car il y a de la bouffonnerie comique dans son geste « nihiliste » adolescent, cela n’échappera à personne (Cioran ne reconnaît plus aucune valeur, car il aime trop la vie et ne supporte pas l’idée qu’il faille mourir ; mais il est manifeste dans ses écrits que ce nihilisme n’est qu’une pose, et qu’une conscience pré-thématique de sa propre éternité, peut-être, s’affirme ici, en tant qu’il n’est jamais qu’un mauvais acteur ; ce qui est comique, si nous avons raison, c’est qu’une aurons là un sinistre individu qui se lamentera pour l’éternité de devoir mourir, et qui mourra puis naîtra une infinité de fois pour mieux réaffirmer sa constante plainte gémissante, plainte qui déplore le contraire de ce qui est réellement vécu). Je regarde donc simplement le visage impassible de mes semblables, et je « sais », intuitivement, du moins je crois « savoir », qu'ils ont une conscience pré-thématique de l'éternel retour. Très paradoxalement, mais très certainement, leur « extase » dionysiaque face à l’éternité, ne s’affirme pas de façon dramatique, mais elle est au contraire on ne peut plus visible à travers leur sérénité moyenne et quotidienne. Il faudrait simplement qu’ils s’en aperçoivent, mais alors certes, peut-être, dès lors, ils se mettraient à s’enflammer et à crier bruyamment face à telle ou telle « révélation ». S'ils se pensaient réellement « finis », non éternels, je pense qu'ils se rouleraient par terre toute la journée, hurleraient constamment, et se scarifieraient continuellement pour apaiser les douleurs de leur âme, car la vie inextensive est une chose trop extraordinaire et miraculeuse pour qu’on puisse penser qu’on la vit en devant un jour renoncer à elle. Il y a encore des humains qui produisent, créent, édifient, construisent, sereinement et patiemment, en donnant un sens à tout cela : cela indique pour moi qu’il doit exister pour eux une conscience pré-thématique de leur éternité, car je ne pense pas qu’on puisse agir de la sorte sans qu’une dimension inconsciente de l’être ne saisisse intuitivement sa dimension éternelle.

 

 

Ces trois exemples que je viens de donner doivent pouvoir approfondir encore le concept d’éternel retour. Je m’explique. Si l’on admet que des séquences physiques, que des agencements spatiaux déterminés, se répètent à l’identique dans l’éternité de l’univers, on admet la possibilité selon laquelle des êtres exactement identiques à nous (avec le même prénom, le même matériel génétique, les mêmes vécus déroulés dans l’espace, etc.) réapparaissent dans des contextes spatiaux exactement identiques, avec des écarts de temps certes considérables, mais non infinis. Dans cette situation, deux options sont envisageables :

  1. soit l’être vivant qui meurt puis qui resurgit « à l’identique », après un écart de temps astronomique, au sein des mêmes agencements spatiaux, est « identique » simplement pour un observateur (supposé éternel) qui le considérerait « de l’extérieur » (qui pourrait même observer ses « pensées » physiquement, spatialement déterminées, mais « de l’extérieur », sur une « image » de son cerveau en mouvement, par exemple), mais il possède une intériorité, une conscience sensible, une identité personnelle qualitative (inextensive) différente, qui n’est plus la « même » (et alors la vie que « je » vis actuellement ne serait pas éternelle au sens strict : qu’un autre être exactement identique à moi, spatialement parlant, resurgisse dans une séquence identique à venir, ne signifierait pas que « moi », avec mon intériorité inextensive singulière, je resurgisse à l’identique) ;
  2. soit le fait de resurgir spatialement à l’identique, avec le même matériel génétique, dans des contextes spatiaux exactement identiques, signifie que c’est l’intériorité elle-même, la sensibilité consciente propre, l’identité personnelle qualitative, qui resurgit en tant que « même » âme (et alors, « je » suis éternel au sens strict : lorsque mon corps resurgit à l’identique au sein d’agencements spatiaux identiques, c’est encore bien « moi » qui resurgis, avec mon « âme » singulière).

Les trois exemples que j’ai donnés tendent à suggérer que c’est bien la deuxième option que nous pourrions choisir. Nous aurions une « réminiscence » confuse de nos vies identiques antérieures, certaines impressions de « déjà-vu », qui pourraient nous faire dire que, au fil des répétitions spatiales à l’identique de nos vies, une forme de continuité qualitative s’affirme (mais alors, certes, puisque mémoire implique accumulation du passé dans le présent, progrès constant, cette « même » âme qui resurgirait, cette « même » qualité inextensive qui se re-manifesterait, serait « identique » en tant que prise dans une évolution permanente, peut-être infime mais néanmoins certaine, par-delà l’identité stricte des agencements spatiaux du corps vivant). La loi psycho-physique de la synchronicité (« pressentiment » ou « pré-action ») s’appuierait sur l’unité qualitative d’une conscience qui se re-manifeste une infinité de fois dans l’éternité. Nous postulerions alors une forme de « métempsychose à l’identique ».

A ce titre, précisons une chose qui a son importance. J’ai déjà dit qu’il y avait une seule dimension inextensive dans l’être, et que l’inextensif est par principe indivisible, non-multiple. Or, il semble ici que je divise l’inextensif, en disant qu’un corps présent sensible pourrait avoir une dimension inextensive « différente » de celle d’un autre corps, passé, spatialement identique, mais temporellement antérieur (selon la première option). Par définition, ce doit bien être la même inextensivité qui se manifeste et qui meut ces deux corps, en dernière instance, si bien qu’il faut introduire plus de finesse dans ce problème.

Pour nuancer le problème, donc, il faut préciser une chose. Mon amie qui est là devant moi, par exemple, en tant qu’elle comporte une dimension sensible, inextensive, partage avec moi une appartenance à un inextensif-Un. Pour autant, cette appartenance ne veut pas dire, au sein même de ma sensation, que j’accède pleinement à la façon dont elle sent elle-même les choses, car nous sommes deux corps sentants séparés. Sur un fond inextensif commun, nous affirmons deux modalités différentes de cet inextensif, et c’est ce qui fonde notre identité personnelle inextensive, notre individuation propre, distincte de toute autre. Le problème de la « métempsychose à l’identique » renvoie donc au problème de savoir si la modalité inextensive très singulière qui est propre à mon individuation présente elle-même se répète à l’identique au sein de l’éternel retour d’agencements spatiaux à l’identique. Il se pourrait qu’un « clone » de moi-même ait exactement les mêmes vécus et pensées que moi, dans le même espace, sans pour autant que ce soit « moi-même » au sens strict qui vive « cette vie ». Nous pourrions certes avoir pour fond commun un inextensif commun, mais pour autant, les modalités individuées de cette inextensif commun pourraient différer d’un corps à l’autre.

 

 

« Prouver » cette métempsychose à l’identique paraît extrêmement difficile : les réminiscences dont j’ai parlé trouvent d’autres types d’explications, moins extrinsèques, et moins téméraires, si j’ose dire, dans les branches de la neurobiologie ou des sciences cognitives. Toutefois, pour donner un sens nouveau à ces réminiscences, nous pouvons formuler un problème nouveau, qui donne à penser. Voici ce problème : peut-on dire que la qualité d’une conscience, ce qu’il y a d’invisible dans une conscience et qui lui est absolument propre, sa modalité inextensive singulière, est assez dépendant des agencements spatiaux présents dans l’univers, et de la constitution physiologique, génétique, matérielle, du vivant, pour que la répétition à l’identique de ces agencements et de cette constitution implique le re-surgissement de cette même qualité ? Il me semble qu’un monisme spécifique pourrait permettre une résolution au moins partielle de ce problème.

 

Tentative d'interprétation cosmologique, ontologique et biologique, de ces témoignages liés à une « réalité » de l'éternel retour

 

Liamine Touhami :

 

Je vais commencer par la dernière expérience dont tu as parlé, qui nécessite à mon avis une explication cosmologique de tout premier ordre. Nous pourrions débuter ainsi. Depuis Démocrite jusqu'à nos jours, des preuves scientifiques de plus en plus éclairantes tendent à nous montrer que l'univers est fait de toutes petites particules insécables, et qui constituent le coeur de toute matière, de toute nature. Les raisonnements philosophiques concernant la nature animée, vivante ou percevante, de ces particules, ne nous intéressent guère dans une explication scientifique, mais que savons-nous empiriquement de celles-ci ? Les dernières théories sur ce sujet nous donnent à stipuler qu'au lieu d'un big bang créateur de matière, il y aurait une contraction qui, manifestement, aurait succédé à une expansion quasiment infinie. Le modèle serait alors une fluctuation de vibrations élémentaires de la matière en expansion et en contraction, par l’effet des accélérations de la matière aux confins de l'univers fini. Au-delà, inutile de spéculer métaphysiquement sur des données hypothétiques, mais il est surtout utile de savoir, dans la mesure où nous sommes nous-même constitués de ces particules, si une conscience pré-thématique de leur éternité est possible. Concernant la question de savoir si cette éternité doit être constamment la même, nous disons seulement que, le nombre de fluctuations étant potentiellement infini, et les différents agencements possibles de ces fluctuations, selon le principe de conservation, étant fini, les situations ont toutes les chances statistiques de se répéter indéfiniment à l’identique. Nous ne disons rien de plus, la causalité matérielle n'est pas violée et la liberté humaine n'est donc pas concernée puisque cette considération est strictement cosmologique (et non ontologique). Dans l'explication apparemment complexe que nous tentons, non sans oublier de faire part du décalage qu'il existe entre des calculs complexes qui déterminent un retour fluctuant de la matière d'une part, et la conscience a priori qu’un éternel retour existe pour un être fait de cette matière d’autre part, nous disons que certaines expériences spécifiques, ajoutées à un raisonnement sur la causalité cosmologique, nous amènent à penser comme possibles ces intuitions d'un éternel retour, si du moins nous parvenons à résoudre à un moment donné ce problème de la relation entre l’extensif et certaines modalités singulières de l’inextensif que tu poses. Voici donc, tirée de ton dernier exemple d'expérience, l'explication cosmologique.

Le second exemple quand à lui est ontologique, en ce sens que l'intersubjectivité qu'il présuppose (relation de deux êtres qui s'aimeront) doit nécessairement inclure un argument ontologique. Mais il peut se tirer, sur la base de la vue darwinienne de la biologie, de l'explication cosmologique précédente. Si l'on considère que l'être vivant est doué d'une capacité d'évolution par une expérience somatique dont la mémoire agirait sur la pensée, nous pouvons dire que l'expérience des particules qui nous constituent agit en quelque sorte sur notre pensée subjective et, dès lors, intersubjective, surtout lorsque des émotions sont en jeu, car les intuitions sont alors plus flagrantes et remontent à la surface du psychisme. Or, nous avons justement donné comme expérience de ces particules un éternel retour de fluctuations de matière et de vibrations élémentaires. C'est donc ce qui devrait se trouver dans notre corps à l'état somatique, et dans notre âme par intuition de cet état. Ainsi l'âme tire sur un support éternel ce qui, dans le corps fini, n'est qu'à l'état de pur souvenir somatique, si du moins une certaine modalité propre d’un inextensif singulier trouve un tel support au sein d’un corps s’étant re-manifesté à l’identique (chose encore indécidable). Voici l'interprétation ontologique tirée de l'argument cosmologique.

Enfin, dans le premier exemple donné, l'olfaction tient une part prépondérante dans la sensation de réminiscence. Soit nous reprenons l'angle pragmatique pour expliquer que le cerveau des primates a toujours évolué dans sa primitivité avec un organe olfactif important, tenant lieu d'intuition première des états somatiques, et ainsi expliquons de même la réminiscence par ce sentiment de percevoir la mémoire de son corps par intellection d'une olfaction pure ; soit nous utilisons un argument métaphysique qui donne à l'âme en elle-même le pouvoir de tirer par transcendance la certitude d'une métempsychose éternelle. Les deux sont valables à mon sens mais l'argument métaphysique, contrairement à l’argument pragmatique, ne saurait dériver d'arguments déterministes « classiques », puisqu’aucune « causalité » (au sens courant, spatial) n'apparaît dans la durée pure de l'âme, seuls des arguments qualitatifs la concerne. La question est encore une fois très complexe et nécessite donc un travail continu et vigoureux, et relève plus d’un problème encore difficile à trancher, comme tu l’as dit, que d’une vérité qui serait directement accessible.

 

 

Synchronicité : cf lien ci-dessous (Ulysse)

Contrepoint 1 : 

 

1) Le concept de "synchronicité".

Le Tao ne pense pas une causalité dans l'ordre de la succession temporelle, mais une relation causale circulaire, ou cybernétique, dans l'ordre de la simultanéité. Autrement dit, ce qui "cause" un phénomène présent n'est plus un phénomène passé, mais ce sera d'abord un autre phénomène présent, simultané, qui l'élucide quelque peu. Par exemple, si je pense à un scarabée d'or, et qu'un scarabée doré surgit en même temps que ce scarabée pensé, dans l'ordre spatial mondain, alors on peut considérer que ces deux "intentions", ou "sollicitations", se déterminent mutuellement. Non pas que la pensée puisse "produire" magiquement une "apparition" dans l'ordre extérieur mondain. Mais bien plutôt, il existe une intrication subtile entre ces deux ordres, psychiques et physiques, qui rend possibles des manifestations synchroniques. Pour le comprendre, il faut aussi considérer la relation du présent au futur. L'individu qui s'apprête à verbaliser en lui la forme du scarabée pressent qu'un scarabée doré va surgir dans le monde. Il n'est pas pour autant "medium" ou devin, mais il est en train, plutôt, de développer une microperception, très peu consciente, au sein de son esprit.

Expliquons ce fait.

La microperception peut concerner la perception d'un bruit qui comporte un très grand nombre de bruits minuscules. Entendre les mouvements de la mer, par exemple, c'est entendre aussi chaque petite goutte contenue par cette mer, même si l'esprit conscient "intellectuellement" est incapable de saisir analytiquement chacune de ces composantes. Pourtant, d'une certaine manière, préconsciente, chaque goutte est "écoutée", de fait, puisque sinon l'ensemble ne pourrait être audible. Elle engage une microperception à peine consciente, et pourtant certaine (cf. Leibniz).

En ce qui concerne les microperceptions qui rendraient "visibles" un scarabée doré devant surgir dans un futur proche, le mécanisme est différent, mais les facultés mobilisées sont analogues. Selon Bergson, la durée pure de la conscience intime est une temporalité ouverte et continue, fluide, non segmentée, non fragmentée. Cela signifie que le passé s'enrichit continuellement au fil du déroulement présent de l'entièrement nouveau, et que le futur de même grignote déjà ce présent, le contamine, le pénètre intimement.

C'est dans la "grâce" ou la faveur qu'un tel phénomène est explicite, esthétiquement : par exemple, le mouvement gracieux d'une danseuse, courbe, produit chez le spectateur entrant en "sympathie" avec ses gestes, le sentiment que les gestes futurs, annoncés ici, sont déjà contenus dans le présent en mouvement, et cette faveur suscitée suggère bien la possibilité d'un futur grignotant le présent. Pour accéder à cette faveur qui pressent, "voit déjà", "anticipe", "connaît", "projette", il s'agit de laisser-être la perception intime, dans l'accueil et le recueillement. Ce laisser-être, précisément, est l'accès aux microperceptions qui rendent visibles et sensibles les gestes qui s'annoncent. Pour donc revenir à une synchronicité qui considère deux présents, l'un mental, l'autre physique, qui se détermineraient mutuellement, circulairement, on pourra dire que le scarabée d'or physique, tangible, à venir dans un futur proche, par exemple, aura été pressenti par le rêveur parce qu'il aura su laisser-être sa conscience attentive et favorable à la grâce, ouvrant la saisie de microperceptions infimes, ce qui produira son pressentiment d'un tel scarabée, jusqu'à produire sa pensée présente, en même temps que le scarabée surgit.

Une telle "faculté", qui serait l'ouverture de la durée intime de la conscience se laissant-être par faveur, serait aussi réminiscence du futur. Ici, elle produit une nouvelle "révélation" possible. Si un tel "futur" est souvenu, dans la grâce, c'est qu'il a peut-être été éprouvé déjà, dans une existence déjà affirmée à l'identique. Un retour périodique de cette même vie se laisserait ici envisager.

 

Ebauche d'une interprétation mathématique des synchronicités

 

(par Liamine Touhami, chercheur en épistémologie de la physique)

 

« Concernant les synchronicités, nous pourrions tenter une interprétation mathématique plus précise.

« Comme Bergson le dit, le temps vécu est toujours différent du temps physique calculé sur des supports spatialisés, ce qui empêche donc d'éprouver par le calcul cette fluidité vécue par la conscience du temps. La synchronicité d'événements prévisualisés dans une conscience, c'est-à-dire la simultanéité d'un futur virtuel introduit dans un présent vécu, reviendrait à poser une équation différentielle du troisième ordre où le présent, seul élément réellement connu du calcul, fusionnerait avec des éléments du futur sélectionnés par un opérateur. Le passé jouerait alors le rôle de mouvement rétrograde amenant une consistance à l'opérateur de sélection. Plus clairement, la synchronicité d'un événement, du point de vue strictement mathématique, consisterait à rétrécir le champ temporel d'une telle manière qu'une situation non encore vécue puisse apparaître à une conscience dont l'effort de rétrécissement a pu rendre possible la conception d'une telle situation. Les sentiments tels que le flashback ou la réminiscence pourraient alors être des sortes d'efforts inconscients avortés, ne permettant pas la visualisation complète du futur éprouvé. Je pense qu'il s'agit là d'un sujet extrêmement complexe, je compte par conséquent travailler et m'informer davantage avant de plus m'avancer sur le sujet.²

2) Synchronicités et multiplicité des sens des mots

 

On pourrait appliquer l'outil philosophique et épistémologique de la synchronicité au phénomène du langage.

Ici, c'est Lacan qui aura voulu ouvrir une certaine voie, quoique de façon assez équivoque. Il fit le lien, par exemple, entre l'expression "les noms du Père" et les "non-dupes errent". Mais sans trop justifier théoriquement, ou clairement ces "intuitions".

Pour proposer une justification plus "raisonnable", on utilisera l'idée taoïste, ou jungienne, ou bergsonienne, de causalité synchronique.

Donnons plusieurs exemples.

a) Prénoms

Un prénom comme celui de Laura. 

Des parents cherchent un prénom. S'ils laissent-être l'ouverture de la durée pure, par leur amour à deux, et par leur amour pour l'enfant qui naît, ils saisissent implicitement certaines microperceptions qui leur permettent d'intuitionner le devenir futur de cette enfant. Dans le regard de cette enfant, pleinement ouvert à la mondanité du monde, ils aperçoivent, même s'ils n'en sont pas "thématiquement" conscients, une manière très singulière d'être affectée par le monde, qui engage un à venir déterminé qualitativement, "déjà anticipé", même s'il est aussi plein accueil de la nouveauté. Ainsi, le prénom qu'ils choisiront "nommera" ce que deviendra qualitativement cet être nouveau, et ce prénom finira par dire un "présent" qui est aussi vécu intimement par l'être s'étant épanoui, devenue mûre et "elle-même". 

C'est au moment où cette synchronicité devient simultanéité de deux présences, psychiques et "prénomales", qu'on peut dire que cette personne devient ce qu'elle est, sans pour autant réaliser les attentes parentales "empiriques".

Pour ce qui est du prénom Laura, on assiste à plusieurs "mots", ou "noms", qu'il contenait déjà.

C'est là que d'autres microperceptions entre en jeu. Lorsque je "lis" ou "dis" Laura, je lis aussi, inconsciemment, toutes les combinaisons de lettres ou de phonèmes que contient ce prénom. Mon esprit synchronique est comme un ordinateur surpuissant qui enregistre toutes ces combinaisons, même si je ne puis en être vraiment conscient, car il faut que je focalise mon attention sur ce qui est directement admissible socialement, et compréhensible "objectivement", pour ne pas sombrer dans l'éparpillement des idées et des sens. Pourtant, ces micropercpetions sont là, elles jouent sur mon inconscient, de façon subliminale.

Je "dis" ou "lis" Laura, et je "comprends", de façon subliminale : l'aura ; oral ; a l'or ; alors ; etc.

Ce qu'avaient peut-être vu, très peu consciemment, mais de façon gracieuse et ouverte, les deux parents apercevant la singularité du regard ouvert de leur enfant, en choisissant un tel prénom comprenant de multiples sens potentiels, de par l'équivocité scripturale et phonétique de toute appellation constituée de lettres et de sons, aurait été ceci :

- une façon de manifester une incarnation très spirituelle, très affectée, très sensible, par laquelle l'être en devenir exprimerait bientôt par les gestes et le visage une "aura" imperceptible, luminescente, une "âme" qui envelopperait son corps et toucherait tout un chacun ("l'aura").

- un rapport à la parole soigneux et sincère, investi d'une grande responsabilité ("oral")

- la possession  d'une grande richesse, intérieure donc, étant donné ce qui précède ("a l'or, possède l'or")

- une capacité à se comprendre soi, ses désirs propres, après certaines blessures éventuelles, mais qui deviennent résiliences, transmutations alchimiques, sublimations, capacité à devenir ce que l'on est grâce aux enseignements douloureux de la vie ("alors").

Si la personne s'épanouissant parvient à développer ces dispositions (et elle le parvient souvent), alors la synchronicité, qui était futur entrevu par les parents "nommant" l'enfant, devient synchronicité d'un présent prénomal et d'une intériorité accomplie actualisant les intentions secrètes enfouies dans ce prénom.

On pourra caractériser cet accomplissement avec d'autres métaphores :

- Laura dont l'aura enveloppe le corps absorbé, fait ressortir une luminosité par elle-même : elle est luciole, bioluminescente, et n'a pas besoin d'être "figurée" massivement pour exprimer une telle grâce lumineuse.

- Laura, qui dit un jour "alors", éprouve certainement certaines souffrances, ignorances de soi-même, avant de se découvrir elle-même. Elle ressemble au "vilain petit canard" qui devient cygne majestueux. Synchroniquement, phonétiquement, on "entend" préconsciemment qu'elle est aussi signe : elle fait un signe pour se faire reconnaître à ceux ou celles qui le peuvent, mais cet appel non aperçu produisait d'abord sa blessure. Elle est elle-même pourtant un signe, une synchronicité belle, qui se lit immédiatement sur son visage, sans qu'elle doive parler...

 

La combinaison de deux prénom finalement peut aussi traduire des accomplissements (ou inaccomplissements d'ailleurs, incompatibilités).

 

Prenons le prénom de Benoît (ou Benoist). Selon la même logique de pressentiment des parents face à l'enfance née, on retrouve des intentions secrètes : bientôt ; aboient ; béotien ; benêt ; obstiné ; obtiens ; etc.

Ce qui donnera un devenir-soi-même ouvert mais suggestif :

- Un être dans l'attente, souvent avide, impatient (bientôt)

- Un être qui peut provoquer des comportements hostiles (aboient)

- Un lourdaud (béotien)

- Un être un peu naïf et candide (benêt)

- Une personne qui s'accroche, même si on lui dit de laisser tomber (obstiné)

- Une personne qui a de la chance, et qui a peut-être raison de s'obstiner (obtiens).

Si la personne réalise son être intériorisé potentiellement dans son prénom, alors elle tente d'articuler toutes ces composantes dans sa vie d'adulte.

On caractérisera ici encore cet accomplissement possible à travers certaines métaphores :

- Benoît abolit son avidité lorsqu'il comprend que son obstination n'est pas vaine, dans la mesure où il a la chance de pouvoir obtenir ce qu'elle vise, mais dans un temps long ; en devenant patient, il réalise ce qu'il est intuitivement : il est iris, fleur de patience et de gravité (cf René Char).

- Sa candeur un peu stupide et hébétée, lourdaude, qui provoque une hostilité fréquente, peut devenir sa chance, puisqu'elle lui permet d'ignorer qu'il peut obtenir ce qu'il obtient finalement, ce qui fonde à chaque fois une surprise, un émerveillement d'autant plus intenses : il est un roseau, souple, qui plie mais ne rompt pas.

 

Voyons maintenant ce qu'il en est des relations entre deux prénoms, et des intensités ou devenirs possibles qu'ils pourraient envelopper, via leur combinaison, pour deux êtres qui pourraient s'aimer (ou se séparer) un jour.

Laura  et Benoît, deux exemples pris au hasard, sont pensés à travers le mélange des lettres qui est inscrit, via certaines microperceptions, de façon latente, dans leur devenir à deux, en la présence ou en l'absence de l'autre.

Ces combinaisons peuvent être les suivantes : ablutionnera ; aboluiraient ; balourdaient ; boulangeraient ; traboulaient ; abouleraient ; labouraient ; etc.

S'il existe une relation entre ces deux êtres, ces combinaisons indiquent que des dynamiques négatives peuvent entraver leur chemin :

- Ils s'aboluiraient, ils se délabreraient, surtout si l'un et l'autre, d'ailleurs, n'a pas accompli certaines directions possibles induites par son appellation propre. L'avidité de l'un, l'incapacité de l'une à se dévoiler comme cygne, sa blessure non encore sublimée, produiraient ce délabrement.

- Ils balourdaient éventuellement, manquaient d'équilibre, à cause de leurs inaccomplissements respectifs : ces obstacles ne font que rendre plus impossibles encore ces accomplissements, et accroît délabrement et déséquilibre, avidité et blessure, inaccomplissements de soi et de la relation à deux.

La séparation qui s'ensuit exige peut-être un temps de retour à soi. Mais pourtant, la relation contenait déjà peut-être en germe des accomplissements plus positifs, qui ont été empêchés.

Si cet accomplissement par l'autre de soi devient conscience de soi et du "nous" différente, une sublimation alchimique devient possible.

Les deux amants comprennent qu'ils ont commencé à réaliser d'autres expressions plus positives, qui leur permettraient un jour un triple accomplissement, si seulement ils savent dépasser leur négativité : accomplissement de soi, de l'autre, et finalement du nous :

- Ils boulangeraient modestement et patiemment, produiraient la nourriture qu'ils peuvent produire, chaude et protectrice. La luciole éclaire patiemment ses compagnes et compagnons, tandis que l'iris, fleur de gravité, modère tout enthousiasme et indique la modestie paisible du pain et de la lumière.

- Ils traboulaient, dans cette situation, à Lyon ou ailleurs : la luciole se rend peu visible, et le roseau, souple, admet cette situation raisonnable, qui consiste à prendre des chemins de traverses cachés, dissimulés, jamais ouverts aux regards.

- Ils abouleraient finalement de façon comique, débarquant à l'improviste, et développeraient le sens de la surprise et de l'imprévu.

- Il ou elle ablutionnera l'autre, finalement, le lavera patiemment et tendrement : le cygne se frotte au roseau, qui reçoit les minuscules et infimes gouttes d'eau fraîche dont il a besoin, et qu'il perçoit maintenant de façon pleinement accueillante, même si elles sont des microperceptions infiniment délicates.

 

De telles possibilités, bien sûr, s'envisageraient selon certaines conditions : il faudrait que ces deux êtres sensibles, d'abord blessés, sans que l'autre y soit pour quelque chose, se soignent et se réparent, soient attentifs à l'autre, et parviennent à comprendre que, même dans leur tendance triste au délabrement ou au déséquilibre, se manifestait déjà un noyau rare et précieux de voyage, de création terrienne ou artisanale modeste et belle, de jeu, et d'imprévus. Ces sublimations sont difficiles, mais pas impossibles, lorsque deux personnes s'aiment.

Concernant la sublimation des tendances souffrantes, voire l'article  ci-dessous.

b) Noms communs

 

Pour les noms communs, on opérera les mêmes mécanismes.

La synchronicité (Tao, Jung, Bergson) fournit une base "épistémologique" relativement claire.

Ce qu'on entend quand on lit ou écoute un mot, en termes de perceptions subliminales, mélangeant implicitement phonèmes et lettres, renvoie à une grande multiplicité de sens.

Deux modèles : anagrammes et mélanges sonores.

Exemples : le mot "or" = rot ; trop ; orée ; tort ; port ; porc ; lieu ("ort" en allemand)

Le mot "manne" = amen ; amène ; anamnèse ; aimant ; humanise ("man" en anglais)

Ainsi, l'or renvoie à une expulsion grossière (rot), qui devrait ne pas être (trop), qui se situe avant une forêt verdoyante (orée), qui en tant que telle est une erreur (tort), une bestialité répugnante (porc), un lieu de passage entre la solidité et la fluidité (port) assignante et localisante, territorialisante (lieu, ort).

Une manne est une prière, qui transporte (amène), qui attire (aimant), qui humanise (man). 

Ainsi, si l'on confronte les synchronicités lettristes et phonétiques inclues dans les mots "or" et "manne", et que l'on confronte ces deux mots, leurs significations multiples, on dit : 

la nourriture accordée par Dieu aux Hébreux dans le désert de l'exode, si elle se mue en or, fait qu'une prière devient une expulsion grossière, qu'une vocation ne devrait pas être, qu'un projet résolu est obstrué, qu'une fidélité devient une erreur, que l'humanisation n'est encore qu'en attente, qu'elle ne dépasse pas la bestialité, l'assignation à un territoire clivé et clivant.

Il va de soi que cette "nourriture" malfaisante ne fut pas le choix de ces premiers esclaves visant leur émancipation propre, et celle des tous les individus de la terre... Ce furent les esclavagistes, soucieux de mater ces révoltes justes et fidèles, qui prétendirent "accorder" de telles nourritures. 

Les deux significations les plus explicites, ici, de toute façon, traduisant les dissociations mythologiques et politiques incluses dans les langues (ici, la langue française, mais cela fonctionnerait avec toutes les langues), seront les suivantes ; soit celles qui sont ambivalentes, et traduisent une possibilité de sublimation, ou d'ajustements mutuels : "Port" (car on reconnaît qu'un départ est encore possible, mais qu'il doit abolir son "être-port", son marchandage, pour rendre possible ce départ)/ et "Man" (car l'humain comme humain n'a pas encore dépassé l'anthropocentrisme qui l'empêche de faire de la manne un Don effectif : se rattachant au vivant comme tel, il accéderait à l'ouverture éternelle, réaffirmée indéfiniment, de sa vie propre).

Principe alchimique : si le "Port" engage son être-départ (et exclut son être-marchandage) et si le "Man" engage son être-émancipateur (et exclut son être-scindant), alors un départ émancipé vers les forêts, abolissant tout désert et tout désastre, mais aussi tout territoire clivé et toute frontière dissociatrice, devient pensable et possible, comme attente toujours différée, mais au moins désirée.

C'est comme cygne, ici encore, qu'une telle attente, qui veut s'accomplir, mais qui est d'abord souffrante, se manifeste. Comme signe imprimé aussi clairement sur un visage, que la natalitéannonce toujours déjà, cette âme allia un tel cygne qui demande à être reconnu, et il faut bien le dire :

il l'a toujours déjà été.

Une indication concernant cette reconnaissance est proposée ci-dessous. Cette reconnaissance, ou Sion, est d'abord un soin, partout et tout le temps, sans "localité" fermée ou assignée.

Contrepoint N°2 :

 

 

Selon un logique des synchronicités qui se développeraient non plus dans une seule langue, mais dans des échanges pensables entre les langues (ici, européennes), on pourrait postuler l'idée que certains phonèmes ou assemblages de lettres renvoient à des intentions modales ou affectives analogues, lorsqu'on passe d'une langue à lautre.

Joyce, ou Alexander Gode, ou Lacan, justifiés par une épistémologie taoïste, jungienne, et bergsonienne, pourraient nous orienter vers des propositions intéressantes, mais aussi très dangereuses.... nous verrons pourquoi.

 

L'idée est que le signifié peut varier, lorsqu'on rencontre un même son ou assemblage de lettres dans deux langues différentes, mais que la connotation affective est souvent la même, ou encore : la connotation symbolique, la figuration schématique.

Cela pourrait s'expliquer vulgairement par le fait qu'un "son" humain dit "mot" serait une sorte d'expression orale d'un état déterminé du corps qui la produit face à certains phénomènes intérieurs ou extérieurs à soi.

Par exemple, "ass" reproduit le sifflement d'un serpent, animal jugé vil, venimeux. Face à un serpent, je produis avec ma bouche un son qui reproduis celui du serpent, mais je manifeste aussi le mépris que j'ai pour ce serpent.

Au niveau du "signifié", "ass" signifie "cul" en anglais, réalité qui peut provoquer un certain mépris. Et "assassin", en français, sera aussi un signifié dont la réalité produit un certain mépris. 

Ces relations entre les langues, plus poétiques que "scientifiquement" rigoureuses, permettraient néanmoins de développer, selon une intention joycienne/lacanienne/freudienne/marcusienne, une psychanalyse décelant une pansexualité à l'oeuvre au sein des synchronicités et équivocités phonétiques interlinguistiques ou cosmopoles.

 

La conclusion serait la suivante : tout individu cosmopolite serait pansexuel malgré lui (or, tout individu serait devenu...cosmopolitique ; même s'il l'ignore)

Note : pour que ces précisions aient du sens, il faut préciser que chaque individu, dans un monde mondialisé, interconnecté (au profit du désastre, hélas), tend à "connaître" toutes les langues du monde, même s'il n'en parle qu'une seule. En effet, la multilatéralité indéfinie des échanges commerciaux contamine nécessairement chaque langue, qui tend à contenir, même malgré celles et ceux qui la parle, toujours plus, des éléments linguistiques issus de toutes les autres langues. Le français par exemple, contient aujourd'hui toutes les langues du monde, comme toutes les autres langues cosmopolites, si bien qu'un français tend à "parler", malgré lui, toutes ces langues. Elles sont contenues dans son parler.

Cette situation peut être dangereuses, si elle implique des dissociations symboliques violentes, et inconscientes, qui augmentent la déprise à l'égard du parler.

Elle peut aussi impliquer des relations internationales très perverses, symboliquement, comme nous le verrons : ici, certaines relations franco-anglaises, ou franco-américaines, parmi d'autres exemples possibles...

Mais elle pourrait être aussi ludique, joyeuse, et émancipatrice : si elle permet des jeux de langage innocents, elle suggère aussi l'entremêlement de désirs apparemment opposés, et montre que toute langue cosmopolite traduit une pansexualité latente de tout un chacun : la synchronicité interlinguistique cosmopolite indique que les genres sont des constructions contingentessituées et ne sont pas "naturels", que les sexualités sont variables à l'infini, et toutes reconnues licites par notre "moi" linguistique cosmopolite latent, et que chacun-e assume toutes les sexualités et tous les genres infinis possibles lorsqu'il se contente de produire son langage cosmopolite.

Ce qui semblait farfelu (unité du "son" ou "phonème" comme intention affective ou symbolique univoque) se réalise dans ce cosmopolitisme linguistique en devenir. La mondialisation totalitaire et meurtrière aurait créé malgré elle un vecteur secrètement émancipateur, qu'il s'agirait un jour de développer, pour favoriser l'abolition du désastre.

Pastiche n°2 : délires interlinguistiques/psychanalytiques fumeux, suite (cf Alexander Gode, Joyce, Lacan, etc.)...

Pastiche humoristique : délires interlinguistiques/psychanalytiques fumeux, suite (cf Alexander Gode, Joyce, Lacan, etc.)...
Selon une intention jungienne, les langues pourraient être traductibles les unes dans les autres, via un inconscient collectif affecté... exemples : 

- "Quai" (français)/"Key" (la départ comme clef de l'énigme ?) ;

- Rat (animal intelligent) / "Ray" charles = ruse virtuose de l'aveuglément (?) ;

- "Est" (être) / "Hey" = l'onomatopée comme affirmation d'une existence (?)

- Thune (argent) / tuner (anglais, syntoniser) = transmutation (?) ;

- bas-de-soie/bad ("mauvais" en français) = idée de "perversion" excitante (?)

- ass (anglais)/assassin = idée de dévaluation (?) ;

- "J'ai" (avoir) ; "Jay" (Bird) = l'avoir véritable est ce qui est libre et vole (?)

- "Ma" (possession) ; "Maw" (gueule) = la possessivité déforme le visage (?)

- j'aime (français) / gem (perle en anglais) = préciosité (?) ;

- Ton (manière de dire)/ Tönen (allemand, colorer, teinter) = idée de nuances (?) ;

- "cul" (français)/"cul"pable (anglais) (péché du sexe ou jouissance de l'interdit ?) ; -

- puss ("bisou" en suédois)/pussy ("chaton", sexe féminin, en anglais) = idée de douceur (?) ;

- Maque (se met en couple) / Mac (ordinateur) = connexion (?) ;

- Dents / al "Dent"e = Mangeable/capacité à manger = tautégorie (?) ;

- "Sa" (possession) / "Saw" (anglais, vu) = s'approprier un être en le voyant (?) ;

- "Chat" / "to "Chat" = la conversation éparpillée est féline (?)

- "Te" (adresse à l'autre) / "The" (pronom) = l'autre est défini comme instance qui annonce le nom, la désignation.

Evoque plus noblement un "Dôme". Plus "érotiquement", Sodome : et ainsi une sexualité génitale qui est reconnue implicitement comme une fin en soi (érotisme non soumis à la reproduction = érotisme qui humanise l'humain, et qui est éminemment l'érotisme anal).

On dit qu'un rendez-vous donné à 19h15 (SO) dans un bar qui se nomme "Dôme" renferme une tension sexuelle très forte, qui peut provoquer agressivité, excitation, ou les deux...

Reprise : lorsqu'un suédois dirait "puss", un anglais entendrait la même "intention" affective, ou érotique, par-delà des différences logiques ou terminologiques....
La personne suédoise, si elle désigne un "bisou" dans sa langue, mobilise malgré elle un désir possible, s'il y a un anglais inconscient en elle : désir saphique si la personne est une femme, hétérosexuel si elle un homme, indépendamment de la "sexualité" vécue socialement... L'interlinguisme produirait des inversions et réversions amusantes, par exemple sur un plan sexuel, si bien qu'il n'y aurait plus d'identités sexuels effectives (pansexualité inconsciente de tout individu cosmopolitique). Idem pour ass, con, tune, etc. ; 
A creuser.... 
De même, une femme qui dirait "amour" à son amant, ou "chaton", pourrait désirer, comme allemande inconsciente, qu'il soit une femme, puisque Liebe (amour en allemand) évoque phonétiquement une lesbienne ... et puisque chaton évoque "pussy"... 
Un exemple artistique de cette "synchronicité" cosmopolitique, où puss (suédois) est indéfiniment mélé à pussy ("chaton") ; monologues du vagin post-post-modernes : 

 
 

Iggy Azalea : commentaire

Propositions "lacaniennes", "joyciennes" ou "jungiennes" cosmopolitiques et humoristiques (méli-mélo sans rigueur)...
 

Attention : dérives poético-fumeuses postmodernes....

(les inconséquences possibles d'un "Lacan"/apprenti sorcier, ou d'un Joyce équivoque)

 

A travers la perspective jungienne, on pourrait penser que certaines langues, d'un point de vue lacanien (équivocité de la signifiance au niveau phonétique), donneraient des indications à d'autres, de façon parfois très "comique", voire scandaleuse ou hérétique...

Si le français "Dieu" résonne aussi, inconsciemment, comme "dis "E"" ("dis la lettre "E""), alors que pourrait-il dire de façon latente, par exemple, à une personne parlant l'anglais, pour qui "Dieu" se dit "God" ?

Comme on l'a ici très bien compris, une subversion radicale et profondément choquante serait inscrite dans la rencontre des différents inconscients collectifs attachés aux langues (Gode).... ce pourquoi les français, inconsciemment, pourraient horrifier voire dégoûter à ce point les anglais, ou les américains (sans que la question de leur hygiène corporelle soit vraiment le point essentiel ; il s'agit là de sous-entendus obscènes, qu'un Lacan ou qu'un Joyce auront rendus envisageables subtilement, mais sans aller jusqu'au bout de l'outrance rabelaisienne).

Si l'anglais(e) ou l'américain(e) "obéissait" à l'injonction inscrite synchroniquement dans la "théologie" paillarde française inconsciente ("dis "E""), alors on pourrait dévoiler la possibilité d'un religare non autoritaire qui serait : (auto-)érotisme épanoui, non jugé et non "régressif", pervers mais innocent, clitoridien, anal, karmique, tantrique, pansexuel, oralisant, masturbatoire, ou autre ; saphisme ou homosexualité débridée, enfance possible mais choisie, indéfinies possibilités....Cela est souhaitable, mais aussi très dangereux, car peu soigneux, et trop "crypté".

Cette remarque ne concerne en rien quelque "France" définissant quelque "identité" nationale "privilégiée", mais désigne plutôt certains rares individus, peu importe leur "nation" qui voulaient peut-être érotiser et rendre plus humoristique cet Etat rance et morbide. Et de façon cosmopolitique. Rabelais et son "abbaye de Thélème" par exemple, etc.

Si une théorie des synchronicités est établie plus "raisonnablement", à travers une intention affective et "logique", simultanément (réminiscence ou pressentiment dans un principe de moindre action "psychique/physique"), ces jeux de mots des langues entremêlées cesseront d'être "ésotériques" et fantaisistes, et les pires "relations internationales" symboliques, seront peut-être dévoilées du point de vue de simultanéités totalement clivantes et clivées, traduisant des tensions dans la sphère des affaires matérielles humaines.

L'ironie puérile de ces jeux de langage pourraient toutefois tourner en dérision celui qui fait la guerre, patriarcal, raciste, homophobe et destructeur, comme bouffon qui ignore qu'on le parle ou qu'on le meut, comme un pantin mécanique dissocié.

On continuera, de toute façon, à dire "e", comme suggestion phonétique paillarde, au "god" anglo-américain, jusqu'à ce qu'il éclate de rire...Mais cela est aussi très risqué, voire inter-dit.

Certes, toute déité ou divinité ici ne sera jamais que la vie qui se transcende dans l'émancipation, par la lutte résolue et radicale contre le désert, par un érotisme et une jouissance pleine qui revendique son primat, sa dimension de fin en soi, qui n'est dégradé en "moyen de survie", en "vecteur biologique reproductif pour l'espèce", que de façon déshumanisante pour les individus. Dire "e" au God anglo-américain, d'abord hystérique (masculiniste) et sadique/narcissique/fétichisé (auto-réifié comme Lettre), c'est simplement indiquer ces directions assez élémentaires (Marcuse, Rabelais, Kama Sutra, Cantique des cantiques, Safia, Marie-Madeleine, Sara, Michel Henry, René Girard, Walter Benjamin - inconsciemment).

Alexander Gode, linguiste germano-américain, d'un père allemand et d'une mère Suisse, ayant étudié à Paris puis à Columbia, connaissant le français, l'allemand, l'anglais, l'italien, ayant fondé l'Interlingua, tentative de poser des relations internationales interlinguistiques, fut certainement l'individu, de par son nom de famille, qui fut le plus proche de telles "révélations" édifiantes et scandaleuses (quoique cocasses!). Mais il ne put aller jusque là, car il aurait perdu tout crédit, ou aurait trop outré son époque.

Son prénom, Alexander, inconsciemment, aurait pu aussi indiquer que ses continuateurs ou héritiers désexualiseraient toutes ses intentions, qui étaient beaucoup trop subversives.... même si elles apportent avec elles, potentiellement, la paix (soit l'humour, l'érotisme, et l'amour innocent).

Néanmoins, de telles suggestions peuvent paraître extrêmement choquantes pour une tradition plus ascétique, qui comprend la relation au divin au sein d'un principe d'incarnation certes érotisé, mais de façon chaste et aussi très spirituelle. L'asexualité n'étant ici pas exclue. On pourrait voir les jeux de lettres ou de mots "lacaniens", ou "jungiens", ou "rabelaisiens", comme un instrument symbolique trop dangereux, entre les mains d'apprentis sorciers qui ne savent pas ce qu'ils font. Ils mettraient en valeur des relations symboliques franco-anglaises, par exemple, du point de vue des langues et de leur équivocité phonétique, comme une relation infiniment malsaine et dérangeante. Ces relations seraient dès lors perçues inconsciemment, mais certainement, de façon extatique ou paranoÏaque, comme une forme de "conspiration" symbolique ou pornographique blasphématoire. Les tensions matérielles, d'abord agissantes, ne seraient que plus dissociatrices, au sein de la division internationale du travail inégalitaire. Des impérialismes culturalistes et occidentalistes exposeraient impudiquement leurs potentielles diffamations latentes, qui bousilleraient des intentions spirituelles qu'ils soumettent, de façon idéologique et matérielle. D'autant plus si ces deux impérialismes historiques prétendent avoir un primat formel/matériel (France/USA : droits de l'homme et universalité du libre-échange destructeur).

L'intention outrée qui apercevrait l'hébétude de tels adeptes des "jeux de langage" franco-anglais, inverserait la proposition : Dieu comme "dis "E"" adressé au God anglais produirait un phénomène d'inversion. L'émetteur deviendrait "Dog", et l'injonction donnerait : "Doge", commandeur des armées. Mais alors c'est de façon militaire et meurtrière que se développerait une telle réaction.

La réaffirmation d'un principe pacifique et matériel, incarné, comme principe spirituel qui se transcende, pourrait se dialectiser en : géode.

De même qu'un hacker devient un spécialiste en sécurité informatique, de même un esprit qui saisit les codes cryptés du langage devra prévenir les dissociations possibles impliquées par certains "jeux de langage" inconscients et inconséquents, qui augmentent les chances de la guerre, puisqu'ils augmentent les dissociations inconscientes, et le sentiment de quelque "conspiration" incompréhensible ou cryptée.

Le principe kabbalistique, qui est le soin même du langage et de ses synchronicités, fut accusé précisément parce qu'il fut le seul à exhiber exotériquement ses mécanismes, contre l'autoritarisme "ésotérique", et il fut donc montré du doigt à cause du fait qu'il fut justement soucieux et précautionneux, dénonçant d'autres ordres élitistes ou "initiatiques".

Mais toutes ces considérations, bien peu matérialistes, se situent bien sûr dans le cadre d'un pastiche postmoderne dénué de sens et d'orientation, et restent insuffisantes en elles-mêmes. Elles ne désignent que la nécessité d'analyses plus rigoureuses, plus empiriques et sociales, que vous trouverez dans les articles ici diffusés. Elles suggèrent leur propre insuffisance "postmoderne".

Appendice 1 : L'amour, dans le Phèdre de Platon

 

Platon, Phèdre, 253d-256e

« En commençant ce discours nous avons distingué dans chaque âme trois parties différentes, deux coursiers et un cocher : conservons ici la même figure. Des deux coursiers, avons-nous dit, l'un est généreux, l'autre ne l'est pas ; mais nous n'avons pas expliqué quelle était la vertu du bon coursier, le vice du mauvais ; nous allons maintenant l'expliquer. Le premier, d'une noble contenance, droit, les formes bien dégagées, la tête haute, les naseaux tant soit peu recourbés, la peau blanche, les yeux noirs, aimant l'honneur avec une sage retenue, fidèle à marcher sur les traces de la vraie gloire, obéit, sans avoir besoin qu'on le frappe, aux seules exhortations et à la voix du cocher. Le second, gêné dans sa contenance, épais, de formes grossières, la tête massive, le col court, la face plate, la peau noire, les yeux glauques et veinés de sang, les oreilles velues et sourdes, toujours plein de colère et de vanité, n'obéit qu'avec peine au fouet et à l'aiguillon. Quand la vue d'un objet propre à exciter l'amour agit sur le cocher, embrase par les sens son âme tout entière, et lui fait sentir l'aiguillon du désir, le coursier, qui est soumis à son guide, dominé sans cesse, et dans ce moment même, par les lois de la pudeur, se retient d'insulter l'objet aimé; mais l'autre ne connaît déjà plus ni l'aiguillon ni le fouet, il bondit emporté par une force indomptable, cause les disgrâces les plus factieuses au coursier qui est avec lui sous le joug et au cocher, les entraîne vers l'objet de ses désirs et après une volupté toute sensuelle. D'abord ceux-ci résistent et s'opposent avec force à une violence indigne et coupable. Mais à la fin, lorsque le mal est sans bornes, ils s'abandonnent au coursier fougueux, et promettant de faire ce qu'il voudra, s'approchent et contemplent de près la beauté toute resplendissante de l'objet chéri. A cette vue la mémoire du guide se reporte vers l'essence de la beauté, il la voit s'avancer chastement à côté de la sagesse. Saisi de crainte et de respect, il tombe en arrière, ce qui le force de retirer les rênes avec tant de violence que les deux coursiers se cabrent, l'un de bon gré puisqu'il ne fait pas de résistance, mais l'autre, le coursier indocile, avec regret et avec fureur. En reculant, le premier, encore tout confus et tout ravi, inonde l'âme toute entière de sueur et d'écume ; l'autre, déjà guéri de l'impression du frein et de la douleur de sa chute, ayant à peine repris haleine, se répand en outrages et en injures contre son compagnon et contre le cocher lui-même; il leur reproche leur timidité et leur lâcheté à soutenir l'attaque concertée; enfin, malgré leur refus de le suivre, il les force de céder encore une fois et n'accorde qu'avec peine à leurs instances un moment de délai. Ce temps une fois passé, s'ils feignent de ne plus y penser, il réveille leur souvenir et leur fait violence ;hennissant et bondissant il les entraîne, et les force de hasarder auprès de l'objet aimé une nouvelle tentative. A peine arrivé près de lui il se couche, s'allonge, et se livrant aux mouvements les plus lascifs, mord son frein, et tire en avant avec effronterie. Le cocher cependant éprouve plus fortement encore qu'auparavant la même impression de terreur, et se rejetant en arrière, comme il arrive souvent dans les courses quand on fait effort pour franchir la barrière, il retire avec plus de violence que jamais le frein entre les dents du coursier rebelle, ensanglante sa bouche et sa langue insolente, et meurtrissant contre terre les jambes et les cuisses de l'animal fougueux il le dompte par la douleur. Lorsqu'à force d'endurer les mêmes souffrances, le méchant s'est enfin corrigé, il suit humilié la direction du cocher, mourant de crainte dès qu'il aperçoit le bel objet dont il est épris. C'est alors seulement que l'âme des amants suit celui qu'elle aime avec pudeur et modestie. (...) Voilà donc le jeune homme qui aime aussi, mais il ne sait qui ; il ne connaît pas la nature de son affection et ne saurait l'exprimer ; semblable à celui dont la vue s'est affaiblie pour avoir regardé des yeux malades, il cherche en vain la cause de son mal, et, sans le savoir, dans les yeux de son amant il voit comme dans un miroir sa propre image. En sa présence il cesse comme lui de ressentir la douleur ; en son absence il le regrette autant qu'il en est regretté ; il lui rend amour pour amour. Mais il ne croit point que son affection soit de l'amour; il l'appelle, il la croit de l'amitié. En même temps il désire presque autant que son amant, quoiqu'un peu moins, de le voir, de le toucher, de l'embrasser, de partager sa couche, et voilà bientôt très probablement ce qui lui arrivera. Or, tandis qu'ils partagent la même couche, le coursier indompté de l'amant a beaucoup de choses à dire au cocher ; il lui demande en retour de tant de peines un moment de plaisir. Celui du jeune homme n'a rien à dire : mais, entraîné par un désir qu'il ne connaît pas, il presse son amant entre ses bras, l'embrasse, le caresse le plus tendrement, et tandis qu'ils reposent si près l'un de l'autre, il est incapable de refuser à son amant les faveurs que celui-ci lui demandera. Mais l'autre coursier et le cocher lui opposent la pudeur et la raison. Si donc, la partie la plus noble de l'intelligence remporte une si belle victoire, et les guide vers la sagesse et la philosophie, les deux amants passent dans le bonheur et l'union des âmes la vie de ce monde, maîtres d'eux-mêmes; réglés dans leurs mœurs, parce qu'ils ont asservi ce qui portait le vice dans leur âme et affranchi ce qui y respirait la vertu. Après la fin de la vie ils reprennent leurs ailes et s'élèvent avec légèreté, vainqueurs dans l'un des trois combats que nous pouvons appeler véritablement olympiques ; et c'est un si grand bien, que ni la sagesse humaine ni le délire divin ne sauraient en procurer un plus grand à l'homme. »

 

Pour décrire l'âme, Platon propose une métaphore très parlante : l'âme est une sorte d'attelage composé d'un cocher et de deux coursiers, de deux chevaux, l'un blanc, l'autre noir. Le cocher est la partie directrice de l'âme, le centre de toute décision, qui donne une orientation générale à l'attelage : il est la raison ou la volonté. Le cheval blanc, obéissant et fidèle, est la tempérance (la retenue, la pudeur). Le cheval noir, colérique et vaniteux, intempérant, est la concupiscence.

Un chardonc, un chevanoir, principe charnel et sensuel, et un cheval blanc, principe d'une tempérance intemporelletous deux guidés par un cocher, une volonté, potentiellement hyméniale.

Il faut d'abord noter que toute âme comprend un cheval noir dans son attelage. Autrement dit, toute âme est propre à se laisser emporter par la violence des passions. Toute âme comprend en son sein la possibilité de s'éloigner de la tempérance et de la raison. La vertu morale, qui est tempérance et raison, est donc une disposition qui s'acquiert dans l'effort : autrement dit, le cocher et le cheval blanc doivent savoir humilier, avec force, les prétentions immorales et néfastes du chevanoir.

En outre, par cette métaphore, Platon expose une composante de son eudémonisme : l'eudémonisme est la doctrine selon laquelle une âme vertueuse est une âme heureuse, et réciproquement : la vraie vertu impliquerait le bonheur du vertueux, de même que le véritable bonheur impliquerait la vertu de l'heureux. Autrement dit, la puissance des forces morales de l'âme, soit la puissance du cocher et du cheval blanc, de la raison et de la tempérance, signifie non seulement le devenir vertueux de cette âme, mais elle est aussi la condition de sa plus pure félicité, de sa plus haute béatitude. L'examen du désir amoureux, développé dans ce texte, nous montre précisément ce fait.

 

Le cocher, s'il est mis face à l'objet de son amour, constate d'abord que le cheval noir, la concupiscence de l'âme, cherche à le contraindre pour qu'il s'empare violemment de cet objet, pour qu'il se l'accapare sans retenue, pour qu'il le souille de la sorte irrémédiablement. Face à cette force brute déployée par le cheval noir, le cocher, avec l'aide du cheval blanc, résiste tout d'abord. Mais s'il cède finalement une première fois, il pourra s'approcher quelque peu de l'être aimé. « A cette vue, la mémoire du guide se reporte vers l'essence de la beauté ».

Expliquons cette notion selon laquelle la partie directrice de l'âme, le cocher, la raison, se ressouvient de l'essence du Beau face à l'être aimé. Le cocher, en tant que partie directrice de l'âme, est l'âme elle-même telle qu'elle a pu contempler, dans le ciel des essences intelligibles, tandis qu'elle n'était pas encore rattachée à un corps humain mortel, une forme pure, universelle et objective indiquant l'être absolu du Beau en soi. En effet, la condition naturelle d'une âme n'est pas de demeurer dans le monde terrestre, mais consiste à exister sans corps, en tant que forme pure et sans mélange, et de graviter dans l'espace céleste, autour du monde, pour accéder à la contemplation de formes intelligibles. Mais il se peut aussi que l'attelage de l'âme, suite à une dégradation quelconque, descende sur terre et se rattache à un corps vivant corruptible et imparfait. L'idée du Beau en soi ne peut plus alors être contemplée directement. C'est seulement par l'intermédiaire de la contemplation d'un corps sensible et particulier dont il est amoureux que le cocher ainsi rattaché au monde sensible, au monde terrestre, pourra se ressouvenir de cette expérience qu'il a faite du Beau absolu tandis qu'il demeurait dans le ciel des formes intelligibles. Autrement dit, face à un être qui, dans le monde sensible, suscite une admiration immédiate, face à un être qui est aimé par nous, une sorte de nostalgie surgit pour notre âme : notre âme comprend confusément que cette beauté singulière qui l'émeut participe en quelque sorte de l'Idée du Beau en soi à laquelle elle avait pu accéder avant de s'incarner dans la matérialité terrestre. L'amour réveille en l'âme une soif d'absolu, et il est l'occasion d'une réminiscence par laquelle l'âme se rappelle quelle est son origine, sa condition première et naturelle.

Après cette première expérience quasi-mystique, le cocher et le cheval blanc conserveront un respect presque religieux face à l'être aimé. Mais le désir du cheval noir ne sera que plus intense. Le cheval noir vise la possession charnelle de l'être aimé, il vise l'accouplement immédiat. C'est par l'action du cheval noir précisément que le souvenir du Beau absolu qui avait été suscité par la présence de l'être aimé risque de s'évanouir. Autrement dit, si l'âme encore rattachée à un corps mortel succombe aux assauts du cheval noir, si le cocher et le cheval blanc ne retiennent pas la partie concupiscente de l'âme, le lien qui relie cette âme à son origine, à sa condition heureuse d'âme éternelle demeurant au contact de la réalité suprême, risque de se détruire. Pour le dire simplement, l'amant qui abandonne sa vertu en s'accouplant immédiatement et sans retenue avec l'être aimé doit renoncer par là-même à l'amour pur et divin qui nous met en relation avec l'essence de la beauté et avec la réalité absolue des choses que toute âme doit chercher à rejoindre. Perdre sa vertu, dans ce cas, c'est pour l'âme s'exposer à un grand malheur : c'est risquer de ne plus pouvoir s'extirper de la matérialité terrestre et de ne plus jamais pouvoir être en contact avec les nourritures qui sont les plus essentielles à l'âme.

Si le cocher et le cheval blanc remportent finalement la bataille, s'ils savent opposer au chevanoir la pudeur et la raison, alors l'amour devient véritablement sublime. Platon affirme alors ceci : « si donc, la partie la plus noble de l'intelligence remporte une si belle victoire, et les guide vers la sagesse et la philosophie, les deux amants passent dans le bonheur et l'union des âmes la vie de ce monde, maîtres d'eux-mêmes ; réglés dans leurs mœurs, parce qu'ils ont asservi ce qui portait le vice dans leur âme et affranchi ce qui y respirait la vertu. Après la fin de la vie ils reprennent leurs ailes et s'élèvent avec légèreté. » On voit ici très clairement que la quête du bonheur véritable, soit la quête d'un amour pur qui nous rend heureux dans cette vie-là, mais qui permet aussi à l'âme de s'élever pour rejoindre son milieu d'origine après cette vie, signifie très exactement la quête de la vertu morale comprise comme maîtrise de soi. L'amant qui sait dompter le cheval noir de son âme acquiert ainsi la vertu qui rend possible tout amour authentique, et il construit aussi son bonheur le plus complet, soit le bonheur d'être en relation avec l'essence intelligible de la Beauté.

Telle est la formule de l'eudémonisme platonicien : sache suivre la formule suprême de la vertu, sache dompter ta concupiscence, et c'est alors ton bonheur suprême que tu suivras, soit la libération de ton âme au sein d'un amour pur et absolu. Avec Platon, la recherche du bonheur n'est pas contraire à la morale. Avec Platon la recherche du bonheur renvoie à la recherche de la vertu morale.

Appendice 2 : Sade et Platon s'ajustent mutuellement

Il se pourrait que l'ascèse platonicienne et le solipsisme désolant sadien, tendanciellement immature et meurtrier, s'ajustent mutuellement... les deux intentions désignent une sensualité charnelle clivée, et même patriarcale, logocentrique, mais leur rencontre produirait la conciliation du cygne blanc et du cygne noir, dont les conflits empêchent la grâce et la fluidité courbe de la danse de la vie...

 

 "O mes amis ! je vous le demande, un homme rempli de bonté planterait-il dans son jardin un arbre qui produirait des fruits délicieux, mais empoisonnés, et se contenterait-il de défendre à ses enfants d'en manger, en leur disant qu'ils mourront s'ils osent y toucher ? S'il savait qu'il y eût un tel arbre dans son jardin, cet homme prudent et sage n'aurait-il pas bien plutôt l'attention de le faire abattre, surtout sachant très bien que, sans cette précaution, ses enfants ne manqueraient pas de se faire périr en mangeant de son fruit, et d'entraîner leur postérité dans la misère ? Cependant, Dieu sait que l'homme sera perdu, lui et sa race, s'il mange de ce fruit, et non seulement il place en lui le pouvoir de céder, mais il porte la méchanceté au point de le faire séduire. Il succombe et il est perdu ; il fait ce que Dieu permet qu'il fasse, ce que Dieu l'engage à faire, et le voilà éternellement malheureux. Peut-on rien au monde de plus absurde et de plus cruel ! Sans doute, et je le répète, je ne prendrais pas la peine de combattre une telle absurdité, si le dogme de l'enfer, dont je veux anéantir à vos yeux jusqu'à la plus légère trace, n'en était une suite affreuse."

 

Sade, Histoire de Juliette

 

Si Sade et Platon s'écartent et s'écoutent, s'attendent et s'atteignent finalement, les déchaînements tumultueux du chevanoide Socrate seraient le plus souhaitable et le plus vertueux chemin, en ces 21 mai indéfiniment répétés. Nous, humains sensibles et intelligibles, visibles et invisibles, nous nous autocannibaliserions, de façon autolubrifiante mais tout à fait innocente....

 

 

Appendice 3 : Fabrice et Clélia

Puisque nos Gilbertines bagnolaises vouaient aussi un culte à Stendhal, à proximité du collège Gérard Philippe, un éclairage final serait éventuellement fourni par l'histoire de Fabrice et Clélia.

 

Fabrice del Dongo, dans La Chartreuse de Parme, ne peut pas chanter son amour pour Clélia. Il reste muet face à l’ineffable. C’est dans ce qu’il ne dit pas qu’il dit le plus de choses. 
Fabrice del Dongo n’est pas même vu par Clélia, initialement : il n’est qu’une présence, qui plane, dans cette tour Farnèse. Un simple regard bienveillant, silencieux, porté sur une femme tendrement aimée, suffit à l’envelopper d’une nuée d’amour précieux qu’elle ne peut que sentir. 
Dans ce silence et dans cette inapparence se manifeste le dit non su d’un amour qui ouvrira le regard. Un amour reste privé pour ne pas se dissoudre dans l’être-explicité public. Il ne s’insère pas dans la significativité mondaine des choses. Il est le phénomène invisible, ou la beauté, que seuls deux êtres au monde pourront appréhender. 
Comment devenir manifeste pour un seul être, c’est-à-dire : en étant non manifeste de cette sorte pour tous les autres ? Un amour doit être l’art de la dissimulation, l’art du maquillage. Un seul signe trahit l’ensemble pour un seul être, mais pour tout autre il ne se sera rien passé. 
Dans ce silence, la résolution monte finalement : une forme de « solipsisme à deux » s’étant manifesté, c’est néanmoins la certitude de l’existence d’un « extérieur » qui advient. La loi de cet « extérieur » paraît claire comme le jour : il s’agit de son éternité fluide, qui conserve en projetant. La résolution corrélative est, de même, claire comme le jour : il s’agira d’aimer assez pour demeurer fidèle au Don de l’éternelle persévérance d’une forme de béatitude indicible. 
Les amants néanmoins sont happés par le bavardage des prêtres, des prophètes, des vendeurs de « rêves ». Ils sont nommés par ces parasites qui viennent dès lors s’immiscer dans leur monde à deux. Leur silence résolu est détruit, la loi du temps s’évanouit, et le clin d’œil « malin » ou « sympa » redevient le cours des « choses ». Ils ne sont pas protégés, leur révolution à deux est infiniment fragile. En même temps, ils ne sauraient bannir toute société de leurs préoccupations : c’est elle qui maintient leur être biologique et psychique sans lequel ils ne peuvent tout simplement pas « être » l’un pour l’autre ; d’autres liens, de même, amicaux ou familiaux, leur sont nécessaire. Ils doivent aussi retrouver un autre « monde » de l’extériorité, une autre loi du temps, pour que leur monde et leur temps, seulement, aient un certain prix. Mais très souvent de ce fait ils s’usent. Leur « solipsisme à deux », dans le pire des cas, peut devenir un « solipsisme de la masse », en lequel le on-dit du quotidien recouvre tout ce qui est original et singulier. 
Le silence résolu des amants passionnés est presque une impossibilité, et, s’il est possible, ce n’est que transitoirement : de larges zones de banalité irrésolue et bavarde l’entourent. 
Mais alors, je voudrais me promettre à moi-même une chose : lorsqu’arrive l’impossible, lorsqu’arrive ce silence, je tâcherai de le saisir à chaque fois radicalement, de la façon la plus pleine possible, sans réserve et sans crainte. J’épouserai absolument de telles chances, sans équivoque, et tâcherai de ne jamais oublier la promesse qu’elles apportent avec elles : la promesse de l’éternité dans la vie. Ce qui est le plus intense est aussi ce qui est le plus vrai : puisqu’une telle promesse me fut apportée durant le temps le plus intense de ma vie, elle doit aussi être la plus vraie.

 

 

Note : Collectivement, si Clélia devient le symbole de la paix, ou de la nudité dansante et chantante, c'est peut-être "Sion" qu'attendrait ce messianique indéfiniment désiré, projeté, mais jamais atteint. Mais aussi et d'abord un simple soin, une réparation, dans la mémoire digne et recueillie, puis dans la paix et la justice établie pour toutes et tous, progressivement, quoique jamais "parfaitement". Sans territoire fermé, localisé, pas "ici ou là", aujourd'hui ou demain, mais partout où un ici veut se dire, et chaque fois déjà.

Contrepoint mystérieux :

Et si Eve et le serpent étaient la même personne ? Principe créateur et consumant, principe terrien, qui est à la fois un poison (mortalité) et un remède contre l'ennui "mortel" de l'immortalité à deux... Principe d'un retour à la poussière, d'un cycle perpétuel de régénération.... On parlerait presque de "sève" ici, pour désigner cet instinct unitaire ; qui n'a rien de "satanique", sauf pour les sadiques masculinistes/violeurs qui personnifient l'impersonnel (logocentrisme patriarcal).

Eve se découvrant devient Eva, Théo ou Adama : dieu-e, déité pleine, en devenir sur une belle verte... des négresses vertes, au pluriel, et sans perspective "racialiste" possible (cette seule déité inextensive possible). Lucy, donc, en un certain sens. Lucy in the sky..

Avertissement impérieux, au premier degré (non ironique) : 

Tout être qui voudrait abolir, massacrer, violer, des négresses vertes qui seraient devenues des "insultes", alors que chacun l'est toujours déjà, de façon a priori incarnée et souple, violer ou tuer une Eva, une Lucy, une Sky, un Théo, un Adama, ou tout autre être vivant sensible et beau qui exprime par son appellation la déité sacrée de toute une chacune, de tout un chacun, serait en soi le zombie mort-vivant s'auto-réifiant, s'insensibilisant, de la façon la plus clivée qui soit, souffrant d'abord soi-même de façon lamentable, mais devant êtrecombattu comme maladie, comme mal-dire qui étouffe la plupart des individus incarnés : "guérir" cet être sadique et fétichiste ici, consisterait à lui faire comprendre qu'il souhaite sa propre défaite de façon latente, soit l'abolition de son pouvoir mutilé et confus, grimaçant et sans puissance.

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