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12 juin 2015 5 12 /06 /juin /2015 16:52

On peut voir le deuxième chapitre du film Melancholia, de Lars van Trier, comme la version onirique du premier chapitre. Justine, la belle mélancolique, dont le mariage sinistre ouvre le film, verrait dans le deuxième chapitre, consacré à l'apocalyptique surgissement de la planète destructrice, son rêve pour l'humanité, et pour le terrestre en général, se réaliser. La vie sur terre est une chose mauvaise en soi, et il s'agirait de l'abolir. Si un mariage, si la célébration de ce qui devrait être l'amour, n'est plus qu'une triviale démonstration bourgeoise, alors la vie ne vaut plus la peine d'être vécue ; et tout ce qui vit en général ne doit plus être. Le deuxième chapitre ne serait que la projection mentale, le désir qui s'exprime de façon latente dans le premier chapitre, dans leur achèvement irréel.

La dépressive est une personne d'une cruauté ultime : sa détresse est un sentiment qui se dépose sur tout ce qui est. De même que l'exubérant, le joyeux, emporte avec lui l'être tout entier, et réclame que tout se répète à l'identique, pour l'éternité, de même la dépressive réclame que tout s'anéantisse au plus vite, que tout cesse de se manifester, dans la mesure où tout serait imprégné de laideur, d'injustice, de chaos, de charogne, de merde et de putréfaction. L'image de la planète Melancholia fracassant la Terre est d'une beauté calme et d'une splendeur inouïes : un acte de purification, c'est ainsi qu'on l'éprouve. La dépressive ne veut pas seulement se purifier en mourant seule. « Compatissante », elle veut également que le terrestre tout entier se dépouille de son être. Lorsqu'elle se prélasse, dans la nuit, sous la lumière verte de la planète maléfique, elle est au comble de son bonheur rêvé : la chaleur froide de la luminosité purifiante est une promesse de calme, au sein de ce tapage insupportable qu'est l'existence, le mouvement, la conscience, la vie.

Il y a de la générosité chez Justine, et de l'amour même : elle seule aurait compris le caractère insupportable de l'existence ; elle serait extra-lucide. Que chacun disparaisse dans le choc explosif final sans douleur est d'un sublime parfait pour son âme romantique éprise d'un suicide digne de ce nom.

Notre société totalitaire, qui veut en finir d'être, qui dérègle délibérément les éco-systèmes, est cette Justine : une compassion morbide qui pour le bien d'autrui veut son suicide provoqué. Hitler, Staline, étaient cette Justine. Il faudrait se débarrasser d'un fond dépressif et suicidaire romantique. Mais aussi et surtout : il faudrait se débarrasser de la séduction qu'opère sur nous la sublimité de l'apocalypse final (pensée d'éjaculateurs immatures).

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